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CHAPITRE XIII

Le home. — Luxe et simplicité. — Pourquoi les domestiques hommes sont si rares et si chers. — Les incartades des servantes irlandaises. — Les machines substituées aux domestiques. — Les nègres en chemin de fer, dans les hôtels et dans la rue. — La vengeance d'un marchand

de cochons,

On connaîtrait mal la famille américaine si l'on ne pénélrait dans son home pour surprendre, dans le détiul, sa vice de chaque jour, et si surtout l’on ne se rendait compte du rôle qu'y joue la domesticité.

Il ne sera donc pas sans intérêt d'examiner quelle est la situation des domestiques américains. J’ajouterai à cette étude quelques renseignements sur les nègres qui sont, eux aussi, des serviteurs, ct qui, à ce titre, méritent de trouver place dans un travail sur la domesticité aux États-Unis.

Entrons d’abord dans quelqu'une de ces innombrables maisons dont le {ype reste le même à New- York, à Boston ou à Chicago, et qui sont occupées par les familles aisées du pays.

Comme le terrain est fort cher, là maison classique de la ville n’a ni les grandes cours ni les jardins qui sont si communs à la campagne. L'essentiel pour que le home existe, c'est que Fhabitalion ait une entrée séparée. La façade sur la rue dépasse rarement vingtcinq pieds (sept mètres cinquante), c'est juste ce qu'il faut pour avoir la place d’un corridor. On y accède par un petit perron extérieur de huit à dix marches. La double porte franchie, celle de bois au dehors et la porte vitrée à l'intérieur, on se trouve en face d'un escalier étroit qui monte aux étages supérieurs, lesquels ne sont jamais plus de deux. Au-dessous descend l'escalier qui mène au sous-sol. Au pied de l'escalier se trouve le portemanteau, où on laisse pardessus et chapeau, caril est contraire aux usages de garder son chapeau à la main pour faire une visite.

En entrant dans le vestibule quisert de corridor, on a à sa droite le salon, front parlour, éclairé par deux fenêtres sur la rue; à la suite vient une chambre généralement assez sombre, car celle n’a pas de jour propre; au fond se trouve une dernière pièce, salle à manger, bibliothèque ou salon, suivant qu'on dîne où non dans le sous-sol, Cette distribution se répète au-dessus , avec

cette différence que la pièce centrale est remplacée par la salle de bain et que les pièces extrêmes sont des chambres à coucher. Le sous-sol contient la cuisine, les dépendances, quelquefois Ia salle à manger. Une cour minuscule s'étend derrière la maison: c'est là que se font tous les lavages, et des cordes tendues en tous sens portent le linge qui sèche. Assurément l'aspect de toutes ces pelites cours, vues en enfilade du haut d'un elevaled (un chemin de fer élevé), n’est pas gracieux ; mais comme celles sont placées entre les maisons qui bordent les rues, elles n’enlaidissent pas trop la ville, et les maîtresses de maison les apprécient beaucoup pour les commodités qu’elles y trouvent.

Grâce à ces sous-sols ct à ces cours, elles peuvent échapper à la (yrannie du blanchisseur chinois qui brûle le linge; celles peuvent aussi exécuter ou faire exécuter chez elles tous les travaux de ménage, leur maison est installée tout exprès pour cela.

Ainsi que le remarque un écrivain qui est plus au courant que personne de tous les détails de la vie américainc, M. des Rousiers, ce Lype d'habitation, qui est très pratique et très commode pous les gens de condilion modeste, est assez mesquin d'apparence. Il ne correspond en aucune façon aux ressources souvent immenses dont disposent les propriétaires. Avec une lortune beaucoup moindre, un Français aurait un très joli petit hôtel aux Champs- Élysées ou dans quelque autre quartier à la mode; il donnerait des soirées ct des fêtes ; il aurait des chevaux et des voitures et un train de maison assez complet.

En Amérique, rien de tout cela. Sauf pour certains capitalistes prodigicusement riches, qui peuvent, en

dépensant des millions de dollars, se donner les mille raffinements de la vie curopéenne, on trouve dans la plupart des familles un singulier mélange de luxe ct de simplicité. Le luxe, on le devine aux moelleux tapis qui couvrent les escaliers et les appartements ; on Île devine encore aux machines coûteuses qui sont installées dans les sous-sols et qui distribuent à profusion dans toute la maison l’eau froide ou chaude, le gaz, l'électricité ou la chaleur ; enfin ilse révèle surtout dans certains objets d'art, tableaux, statues et tapisseries, qui ont été rapportés d'Europe et qui on dû coûter des sommes folles. Mais à côté de ces fantaisies ruineuses, on est frappé de la simplicité de la vie de chaque jour. Ce que nous appelons un train de maison est à peu près inconnu. La femme n’a pas de jour de réception; elle donne rarement des fêtes, sauf pour les débuts de sa fille dans le monde, et encore, pour ces sortes de cérémonies, préfère-t-on les salons de quelque grand hôtel, où l’on est sur de trouver un personnel complet et bien stylé.

Ils sont infiniment peu nombreux ceux qui ont une voiture. Pour les jours de gala on en loue une, et pour les courses ordinaires on se sert du car, omnibus, tramway ou chemin de fer métropolitain.

Dieu sait que les beaux équipages ne manquent pas à New-York dans les allées du Parc central durant la saison. Mais, chose curicuse, si les chevaux sont magnifiques , les cochers marquent assez mal; el, quant aux valets de pied, ils sont plus rares qu'un laquais poudré à Paris.

A Chicago, c’est micux encore, on ignore ce que c'est qu'une livrée, et les riches citoyens de la « Reine

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