‹ Yayâ ben Adî, un philosophe arabe chrétien du Xe siècleChapitre 17 sur 25 · LA THÉOLOGIE DE BEN 'ADI · texte numérisé non relu

LA THÉOLOGIE DE BEN 'ADI

A cette question préalable : Q'est-ee que Dieu? Ben 'Adî ré})ond comme Aristote : c'est l'être qui est par soi; «il ne doit sou existence pas plus que ses attributs éternels à aucune cause, » (1). C'est une substance éternelle qui comprend son essence et est l'objet de sa propre pensée (2). 11 est la cause première de tous les êtres en dehors de lui (3), parce qu'il les a tous créés (4); il s'occupe de ses créatures, puisque, après avoir été cause de leur existence, il la leur conserve, et c'est lui encore qui les fait mourir (ô).

Ces définitions, semées ça et là dans les œuvres de Yahyâ, n'indiquent pas seulement la nature de Dieu, mais encore ses attributs essentiels ou métaphysiques.

Parmi ces attributs figure, tout d'abord, Tunité. La cause première éternelle, cause de tous les êtres, doit nécessairement être une; c'est une vérité incontestable. Or, les Chrétiens affirment qu'il y a une Trinité en Dieu. Trinité, unité, sont-ce donc deux concepts contradictoires? Tel est le problème que Ben 'Adî s'etï'orcera de résoudre.

(1) A. ff. 90^; IL ï. 17\ 46.

(2) 'SSs. j)\js (»-^$^ àJ\S~\ J^isi^ àJi\}> ^J-sie. ^J.ic ^j\ j*>^^

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SA THÉ0L(HJ1E. - TRAITÉ DE LTNITÉ. 123

Mais avant d'aborder de front les objections dressées contre le dogme chrétien, il comprend la nécessité de bien déterminer tout d'abord la nature de l'unité qui convient à l'essence divine. Si cette unité n'est i)as incompatible avec une certaine pluralité résultant des notions ou attributs divins, nous n'aurons qu'un pas à faire pour admettre les personnes.

Tel est l'objet du Traité de VunUr. Les pages suivantes en donnent de larges extraits que nous avons dû tirer, non sans quebiue peine, d'un manuscrit abominablement fautif. Le texte est encombré de divisions et de subdivisions enchaînées, d'ailleurs, avec la rigueur, mais, quelquefois aussi, avec la sécheresse d'une démonstration mathématique. Si la pensée est subtile, nous n'en attribuerons pas exclusivement à Ben 'Adî la louange ou le blâme. Il faut remonter jusqu'à son maître Aristote, car il serait sans doute possible d'opposer à chaque phrase du Traité de l'unité une phrase correspondante tirée de la Métaphysique ou de V Auscultation naturelle.

Traité de l'unité (i).

Yahyâ ben 'Adî entre sans préambule dans le corps de son sujet, et il énumère les diverses manières de concevoir l'unité quand il s'agit du Créateur :

Les auteurs, dit-il, sont fort divisés d'opinions.

P D'après les uns, nous disons de Dieu qu'il est un, pour en exclure Vidée de nombre, sans affirmer l'idée d'unité (2).

2" D'après certains autres, la notion d'un, quand il s'agit de Dieu, signifie qu'aucun être n'est semblable à lui.

124 YAI.IVA P.EN 'AI)i.

3° Jai entendu im théologien de nos contemporains enseigner que la notion réelle de l'unité de Dieu signifie que Dieu est commencement (1) -, mais je ne connais personne qui adopte cette doctrine, et, à ma connaissance, aucun des docteurs anciens ne l'a formulée.

4° D'autres encore disent (lue la notion d'un appliquée à Dieu est une de ses notions que l'on peut également accorder aux autres êtres (2).

5° Certains prétendent que le Créateur est tin à tout point de vue et qu'il n'est multiple en aucun sens.

6° D'autres enfin, disent qu'il est î(n dans un sens, et multiple dans un autre (3).

Ces divers modes d'envisager l'unité sont ensuite longuement analysés par notre philosophe.

P Tout d'abord, ceux qui prétendent que la notion d'un, appliquée à Dieu, exclut seulement l'idée de nombre, mais n'affirme pas l'idée d'unité, énoncent une proposition dont les premiers termes et les derniers sont contradictoires. En etîet, tout être est un ou multiple. Et puisque la proposition dont il s'agit nie, dans sa première partie, la pluralité d'un être, elle devrait nécessairement affirmer son unité; puisque, dans sa seconde partie, cette proposition nie l'unité, elle devrait affirmer la pluralité au lieu de la nier, comme elle le fait dans le début. Nous avons donc ici une contradiction manifeste (4).

II" Si la notion d'un, quand il s'agit du Créateur, signifie qu'aucun être ne lui est semblable, on doit entendre qu'aucun être ne peut lui être comparé sous un rapport quelconque. Il ne doit donc avoir aucune notion commune

(1) f. 2". \^^ ^Xs»-^ J^s».\^ ^i\ jA

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avec les autres êtres; ou plutôt, ses attributs doivent être opposés aux leurs (1). Cela peut encore signifier qu'aucune chose ne peut être comparée au Créateur, ni lui ressembler en tous ses attributs, bien qu'il puisse y avoir quelque similitude entre les choses et certains aspects des attributs divins (2). Mais précisément, si deux choses sont différentes Tune de l'autre, elles se ressemblent nécessairement et peuvent être comparées en ce point de vue commun aux deux de n'être point semblables (3). Cela étant, il ne peut exister de chose à laquelle il soit impossible d'en comparer une autre, sous quelque rapport. En outre, si quelqu'un soutient que tous les attributs de l'un sont différents de ceux des autres êtres, qu'aucune qualification ne leur est commune, il sera contraint d'avouer que non seulement l'un est semblable à tous les êtres, mais encore qu'il est tous les êtres. Supposons, pour prouver cette assertion, que l'un soit différent de l'homme. Puisque l'on peut affirmer de l'homme qu'il n'est ni un ange, ni un cheval, ni une plante, ni un minéral, ni un accident, ni, en un mot, aucun des êtres qui ne sont pas l'homme, ces mêmes propositions négatives ne seront donc pas vraies de l'un (4), et les propositions affirmatives contraires lui conviendront rigoureusement; car, lorsqu'on énonce, sur une même chose, une proposition négative et la proposition affirmative contradictoire, lune des deux propositions doit nécessairement être vraie (5). Voici donc la conséquence ridicule qui s'impose : puisque l'un n'est pas l'homme, lequel est distinct d'un cheval, d'un ange, d'une plante, d'un minéral, d'une quantité,

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