‹ Yayâ ben Adî, un philosophe arabe chrétien du Xe siècleChapitre 18 sur 25 · d^^ f^ , XSL · texte numérisé non relu

d^^ f^ , XSL

126 YAHYÂ BEN 'ADÎ.

d'une qualité, l'un doit T'tre un cheval, un ange, une plante, un minéral, une quantité, une qualité; puisqu'il n'est pas l'homme qui est distinct de tous les autres êtres, il doit être lui-même tous les autres êtres (1).

A cette conclusion absurde s'en ajoute une autre encore plus absurde. L'un doit être, en même temps, chacun des contraires et le contraire opposé. Supposons, par exemple, qu'il soit ditï'érent du blanc. Comme il est évident que l'un des attributs du blanc est d'être différent du noir, il faut nécessairement que l'un ne soit pas ce qui est diflférent du noir. Or, comme tout ce qui n'est pas différent du noir est noir, l'un est par conséquent noir. L'on prouverait, de la même manière, qu'il est blanc, qu'il est chacun des contraires et le contraire opposé. Il faudrait encore admettre, en vertu de cette doctrine, que l'un est ditïérent de l'être (2).

Si, par cette expression : « il n'a pas de semblable, » on entend qu'il n'existe aucun être qui lui ressemble sous tous les rapports, bien que pouvant, sous certains, lui. être comparé, il faut bien convenir qu'un être quelconque a cela de commun avec tout être différent. Nul être, en effet, qui puisse être comparé et ressemblera un autre en tous ses attributs, car la distinction entraîne la différence et la différence ne permet pas l'identité dans ce qui est principe même de leur différence (3). Les deux choses étant différentes, elles ont cet attribut commun d'être différentes (4j.

Concluons donc qu'il est faux de dire que la notion de l'un soit de n'avoir j)as de semblable (p).

(3) jli.j^\ J.1^' ^^Jj:^^\5 Li^jj::;.^^\ sS^^^ '<^{r^\ ô^ f. S''. i3'J.;ci-"W\ ^\^ <^ ^■^- ^'oiis lisons jjli-i'^l au lieu de (wiL«a^^^\ du manuscrit.

IIP Prétendre encore que, dans le Créateur, la notion de l'un signifie qu'il est le premier des êtres nombrables(l) est une opinion dont la fausseté éclate par deux conséquences ridicules qu'elle entraîne. Ou bien il n'y aurait pas plusieurs êtres, ou bien il y aurait de nombreuses causes premières. En eltet, si la notion de l'un désigne la première des choses nombral)les, il doit former, avec un ou plusieurs autres êtres qu'on lui joint, deux ou plusieurs êtres nombres, car la pluralité résulte uniquement d'unités plus nombreuses que l'unité simple. Mais toute chose une de sa nature est susceptible de devenir deux, quand on lui en ajoute une autre; autrement il serait impossible qu'il y eût plusieurs choses : conclusion absurde, puisque la multitude des êtres saute aux yeux. Si, d'autre part, nous prenons une nouvelle chose, distincte de celle que nous avions d'abord supposée, et qui puisse, elle aussi, être le commencement d'un nombre, elle sera, comme la précédente, l'un de la cause première, puisque la notion de cette cause première est d'être le premier des êtres nombrables. Toutes les unités existantes pouvant chacune être la première des choses nombrées, comme leur nombre est illimité, les premières causes seront en nombre illimité ; conclusion détestable que nul ne saurait admettre (2).

Voilà, l'on en conviendra, une argumentation bien spécieuse. Mais nous avons mieux encore, dans le paragraphe suivant, oii Ben 'Adî examine, tout au long, l'opinion de ceux qui prétendent que le terme « un » est un mot dérivé tiré de la nature même de l'être à qui on l'applique. Ce nom convient au Créateur parce que son essence renferme « l'unité », mot d'où dérive le mot « un » (3).

(2) Le texte est fort altéré dans tout ce passage, f. 6. v^^l^ <*.3b <>^.«j\ ^ji^ iS^^^^ >-1Ua3 i^>\ jj j^Cv9 <k'S\':> ^ >y^9-<

128 YAnVÂ BEX 'ADÎ.

Le nom de Dieu ou de cause première et le nom d'unité sont deux notions mises en parallèle, et Yal.iyâ examine leurs relations réciproques. Bornons -nous à signaler les assertions suivantes. ' Dans cette doctrine on doit nécessairement reconnaître l'existence de deux notions distinctes : Tune sera l'essence pour laquelle ce nom est dérivé, essence appelée un et sujet d'un accident; l'autre sera l'essence d'où dérive ce mot, c'est-à-dire l'unité par laquelle s'est produit l'un et qui est un accident » (1).

« Si ces deux notions sont éternelles, il faudra admettre deux éternels : l'un, accident, et l'autre, sujet de cet accident. En outre, l'essence [de Dieu ou de la cause première] devra être multiple par nature, puisqu'elle n'est pas une par nature, mais par accident, c'est-à-dire en recevant l'unité, et parce que tout ce qui n'est pas un de sa nature est multiple par essence » (2).

Si ces deux notions sont créées, il faudra que la première cause ait une autre cause, mais c'est impossible (3), « car la cause des causes est le principe de l'existence de

f. G^-. Je>^ ^^A^ \j^s^\^ jUs

Lf.j (avant dernière ligne de la citation) « par elle ». indi.spensable au sens, n'est pas dans le manuscrit de Paris, mais se trouve dans le texte abrégé de Munich.

W^^ ^J-^® Cr^ W-^^'^^ ^T^ 0\jv3\ ^>^" ^^\ ^^3 j-0 j6-(-«jJ^.^ i2^ W-^9 *>=».* ^.«-J "2i\xai.\^ ^^ L^\ ^Jo 8\xi>.\^ LfJiÀJ «1U.«*>«*J

tous les êtres en dehors d'elle, et elle ne saurait avoir daiitre cause qu'elle-même » (1).

« Admettons au contraire que l'une des deux notions soit éternelle et l'autre créée, nous nous trouvons en face d'une double hypothèse » :

1° L'essence est éternelle et V unité créée. « L'essence n'était donc pas une primitivement, mais multiple avant la création de l'unité. D'autre part, l'unité n'a pu être créée que par l'essence même [de la cause première] ou par une autre cause. Si c'est par l'essence même de la cause première, comme cette cause est éternelle, l'unité ne peut être qu'éternelle, assertion contraire à l'hypothèse. Si elle a été créée par une autre cause, l'on pourrait d'une cause à l'autre aller à l'infini » (2).

2" Uessence est créée et l'unité est éternelle. Alors, la cause des causes serait créée et aurait une cause en dehors d'elle : supposition absurde, puisque « l'unité serait en même temps éternelle et non éternelle, existante et non existante; éternelle par hypothèse; non éternelle,

(1) (1.^3 "si) ^-^^ ii^^j>3 ^■'V'r^ ^^><^^^ ^59 ,*.XAi] (j50 ^2J^ ^'^ Ia^^ tXs- ^J o?^ ^\ . . . J-ijjJl iXt. 'àSa'^^ J-i^^ ^j^i^ (^ '>\ f. 7^ — 8.

Nous lisons dSst.\.\ au lieu de '<k\jL\\ du Ms. ; il faut encore supprimer l.^iS^.

(2) (Ms. ^■j.s.-*) ÔJ^s--» y^'^\ ^ (Ms. C^oJ") ^^j:é U-a^=>-\ Utâ

1.^3 0^^ jj^' (Ms. \i) \i\ CUJl^ >>j».3 k" j..ai.\3 Cj'X^'^ (^j s\x=^\^ c:^.,^^

l^jli^ L^j"\J.J ^^\S ^^U (Ms. ^^^^^^\) ^^\ .*.i«J ûl^ ]..fJ'\J.J OA.>-i- ^J Jl^ O^ 3 t Ji).i^ IlXAj ^.«.^.xs \3\ iij^ai.^3U à^^iXs ^^■^^ . . . (f. 7) l^j\3 ^^.^i (3;-^^ ^^* W^ isj.a>\^J\ (Ms. Ô5^=w)

(f. 7^). <y} ^V ^^ U ^J\ jXJ3

Périer. 9

130 YAl.IVÂ BEX 'ADÎ.

parce que l'essence à laquelle elle surviendrait et dont elle aurait besoin pour exister, ne serait pas [selon la môme hypothèse] éternelle. Il est évident, en effet, que ce qui a besoin pour exister de quelque chose qui n"est pas éternel nest pas lui-mCme éternel » (1).

Yal.iyâ arrête ici son analyse des manières erronées d'envisager l'unité de Dieu. On peut remarquer qu'il n'a pas étudié l'opinion de ceux qui prétendent : « que le Créateur est un dans tous les sens et multiple en aucun sens». C'est qu'elle sera implicitement réfutée par l'exposé de la thèse vraie qui la contredit : «Le Créateur est un dans un sens ; il est multiple dans un autre sens » ; et telle est la doctrine que notre philosophe va laborieusement établir dans la suite de son traité. Il est nécessaire de prêter quelque attention pour ne pas perdre la suite de son raisonnement à travers des subdivisions multiples.

La cause première est une; mais, tout d'abord, qu'est ce que l'unité? «Est un», répond Yahyâ, tout être dans lequel il n'y a pas de diversité sous le rapport où il est un (2), et l'on peut concevoir cette unité de six manières :

t. 8. ^ v>."ô j"^ '■-^^.^ 5* O^r*. O^ '^ i3 T^ ^^■*.s:?. j^j^iy^ ^A Lo ^^yl Les mots entre crochets doivent être supprimés parce (ju'ils faussent complètement le sens qui est alors : « l'essence . . . ne peut être qu'éternelle », or, cela va à rencontre de l'argumentation. Le manuscrit de Munich dit : i.^i js5 ^^c ^Jl.^^ ■^^y^ o^ cs^^l "^^ ' '' s'agit alors de l'unité qui ne peiit être éternelle avant l'essence l^JL-.9 ; mais la suite des idées est moins rigoureuse (|u'avec la correction (|uc nous proposons.

Page 1