CHAPITRE PRÉrJMINAIRE
intelligences comme lea J'Hcmenis à' Knc\ide{l). Il faut encore observer qu'à son début cette philosophie n'est arabe que de nom ; elle est écrite en arabe, cet idiome étant devenu la langue officielle et courante de l'empire des Khalifes, mais les premiers philosophes arabes sont des Chrétiens ou des Persans, comme Qosta ben Loûqâ et al-Farâbî. Le véritable esprit arabe et musulman se trouve dans les adversaires de la philosophie, dans ces Moteltaïlemin qui s'efforcent de défendre le dogme du Qorân contre le rationalisme qu'apporte avec elle cette doctrine étrangère. A l'exemple des docteurs chrétiens ils se voient obligés d'étudier les systèmes philosophiques qu'on leur oppose, et de les adapter à leurs croyances (2).
Grâce à tous ces travaux des Nestoriens, des Monophysites, des Mahométans, la philosophie d'Aristote est devenue la base de toutes les discussions théologiques. Nous avons peine à comprendre qu'Aristote ait pu servir à dé-
(1) Renan, TJe philos, perip. ap. Syros, p. 10.
(2) « A l'instigation du khalife al-Mehdî, les savants controversistes de l'école théologifiue, ^^^K;:^]\, commencèrent à réfuter dans leurs ouvrages les sectes hétérodoxes mentionnées ci-dessus (Manichéens, De'isanites, Marcionites) et d'autres sectes ; ils opposèrent une argumentation rigoureuse au système de leurs adversaires, renversèrent les vaines hypothèses des impies et firent briller la vérité aux yeux de ceux qui doutaient. » Mas'oi'dî, Prairies d'or, T. VIII, p. 293.
« Lorsque les sectateurs de l'Islamisme eurent paru, et qu'on leur transmit les écrits des philosophes, on leur transmit aussi les réfutations ([ui avaient été écrites contre les livres des philosophes. Ils trouvèrent donc les discours de Jean le Grammairien, d'ibn 'Adî et d'autres encore, et ils s'en emparèrent, dans l'opinion d'avoir fait une riche trouvaille. Ils choisirent donc dans les opinions des philosophes anciens tout ce qui parut leur être utile, bien que les philosophes récents en eussent démontré la fausseté comme, par exemple, l'hypothèse des atomes et du vide, et ils s'imaginèrent que c'étaient là des choses d'un intérêt commun et des propositions dont avaient besoin tous ceux (jui professaient une religion positive.» Maimonide, Guide des égarés, T. I, p. 340. — Cf. Picavkt, Esquisse, p. 154.
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fendre des dogmes aussi différents, parfois aussi opposés, que ceux des Musulmans, des Juifs et des Chrétiens, et que, plus tard, Averroès, Mairaonide et Saint Thomas se soient proclamés les disciples du même maître.
Ce serait, en effet, un phénomène inexplicable, si Aristote avait été le seul maître, et si sa doctrine avait été acceptée sans retouches. Mais les Arabes connaissent Platon, et principalement h Timée, le Phédon et le Livre des Lois, ainsi que les philosophes de l'école d'Alexandrie, parmi lesquels ils estiment particulièrement Thémistius, Porph^Te et Alexandre d'Aphrodisias. Tant que la doctrine d'Aristote peut se concilier avec les croyances orthodoxes, les docteurs arabes, tout comme nos scolastiques du moyenâge, s'en tiennent à leur philosophe préféré et ne vont pas chercher d'inspiration ailleurs. Si sur des points essentiels, par exemple sur la Création, la foi des croyants ne peut se plier aux théories d'Aristote, il faut aller puiser à d'autres sources ; le platonisme et surtout le néoplatonisme représenté principalement par l'apocryphe Théologie d'Aristote, abrégé des Ennéades de Plotin (IV— VI), et le Livre des causes, extrait de Vlustitution théologique (azoïysltooig Qeoloyr/.r/) de Ploclus, interviennent alors pour compléter et corriger l'aristotélisme. (1)
Au X* siècle, époque où Yal.iyà écrivait son œuvre, nous nous trouvons en face de ce spectacle vraiment curieux : il y a unité de doctrine en philosophie, grâce à Aristote, entre Chrétiens et Musulmans ; Chrétiens et Musulmans, dans l'interprétation des dogmes de leur foi, sont divisés en sectes multiples et rivales.
Nous n'avons à nous occuper ici que des trois principales confessions chrétiennes qui dogmatisaient en Orient depuis cinq siècles.
(1) Vacherot, Histoire critique de l'école d' Alexandrie, T. III, p. 103; PicAVET, Equisse, pp. 110 — 114; De Boer, article Arisintâlts dans Y Encycloj)cdie de V Islam, T. I, p. 439. Paris, Leyde, 1913.