En homme sans vertu est) un terrain sans gibier L (App
o. On doit perpétuer ses vertus; mais à chacun les siennes, celles du mari ne sont pas celles de l’épouse. — La femme sert un homme et c’est tout jusqu’à sa mort. L'homme décide du droit. Servir une femme ne lui convient pas. Com.
6. l'ne excitation continuelle (hang) est chose funeste. Chercher la stabilité par ses efforts est une erreur. Elle dépend d’en haut (du ciel). Ces efforts seront sans résultat ni mérite. Com. II. Ceci est une répétition du §1.1! s'agit de la position d’un homme dans le monde, de son lot en ce monde. Cela dépend du ciel et non des efforts des hommes.
Com. I. — Hang indique constance, permanence. C’est le fort en haut, le faible en bas (voir le koua), le tonnerre et le vent en communication et concorde. C'est le moteur et le mu docile, la constance heureuse et la stabilité dans sa voie. La voie, les procédés du ciel et de la terre se perpétuent et ne cessent jamais. Le succès git dans la persévérance en ce qu’on a commencé.
Le soleil et la lune, participant au ciel, perpétuent leur éclat. Les quatre saisons changeant et se succédant peuvent se perpétuer parfaitement. Le Saint persévérant en sa voie, le monde se transforme et se perfectionne. En cette perpétuité on peut voir les sentiments, les tendances du ciel et de la terre et de toutes choses.
M'ôte. — Tout se rapporte ici (à part § 4, voir la note) à l’idée de permanence, stabilité des lois générales, de la position sociale, etc.
Koua XXXIH.
— — M T’ùn : 1. Retraile, obscurité; 2. Retirer.
Texte I. — La vie retirée a des avantages; le petit s’y affermit et se perfectionne.
1 Ceci n'est qu'une suite du § 3; cela se rapporte à l'absence complète, permanente de gibier; à « partout, entièrement » 2e sens ; ou à l'image de la lune qui est comme une terre déserte.
Com. I. — kl. Le fort, dans une position convenable, agit conformément au temps. Le petit (dans l’obscurité) avance et grandit. Grande est l’importance de la retraite.
Texte II. — 1. Retirer sa queue uniquement 1 (se tenir en arrière) en présence du danger sert peu quoi qu’on fasse, il faut se retirer en un lieu obscur et tranquille. — Com. 11. Si l’on ne fait rien, il n’y aura pas de danger. (App.)
2. Si pour retenir une chose on emploie une lanière de cuir de bœuf, personne ne pourra l’arracher (sens figuré). — On sera ferme en son propos. Com. IL Si l’on se garde et retient bien, on réussira. (App.)
3. Pour celui qui vil retiré et a une maladie dangereuse, il est bon d’entretenir des serviteurs ou une épouse secondaire (pour le soigner). (App.)
K. Aimer la retraite est bon aux yeux du sage, mais point pour l’homme vulgaire (qui cherche à paraître). — Le sage l’aime, le vulgaire point. Com. IL
5. Se plaire dans l’obscurité, c’est un gage de bonheur. — Car alors on peut diriger toutes ses pensées vers le bien. Com. II. (App.)
6. La retraite dans l’abondance procure tous les biens. Point de doute. (App.)
Symbolisme. — Le ciel sur une montagne. Le sage s’éloigne des gens vulgaires non par haine, mais par dignité.
Koua XXXIV.
■ A Jü Ta tchuânf) : grande force.
Texte I. — Elle donne succès et achèvement.
Com. I. — Tâ tchuâng est le grand devenu fort, le mouvement dirigé par la force; c’est aussi le fort juste et droit. La rectitude et la grandeur manifestent les sentiments du ciel et de la terre.
1 C’est comme nous dirions : mettre la tête sous son aile, en faisant allusion à l’autruche.
Texte IL — 1. Si la force est dans les doigts de pied on avancera mal, eùt-on même toute volonté. — La force dans les doigts de pied indique son épuisement, celui de la vertu. Com. IL Ou plutôt la force dans les choses inférieures, accessoires. Com.
2. La force employée sagement ( Is’ong ) donne le succès final. — Quand on garde le milieu. Com. IL (Encore une expression purement augurale à supprimer.)
3. L'homme vulgaire emploie la force, le sage ne le fait pas. Le développement, l’emploi de la force est dangereux: il arrive à qui en use comme au bélier qui hutte contre une clôture et y fait prendre ses cornes enfoncées.
4. Force employée avec succès comme au cas d'une clôture percée pâlies cornes d’un bélier sans que celles-ci y restent prises. C’est la force, par exemple, des essieux d’un grand char. — il avance malgré tout. Com. IL Le texte est altéré comme le prouve le commentaire. Yong a été répété par erreur.
5. La perte d’un bélier qui a perdu toute force i 2 n’est pas regrettable. (A pp . ).
6. Le bélier butteur qui, voulant frapper une clôture, ne sait plus ni avancer ni reculer, sans moyen de s'en tirer, trouvera dans cette difficulté même un moyen de salut. .Ne pouvant plus frapper, il ne prendra plus ses cornes dans un obstacle; il a péché par manque de précaution, cela lui servira de leçon. — Le bon côté de l’accident est qu'il ue prolongera pas sa faute. Com. IL (I. e. l’expérience rend prudent.) (App.)
Symbolisme. — Le tonnerre au-dessus du ciel représente la plus grande force. Ainsi le sage ne fait pas un pas, un acte contrairement aux règles.
Note. — L’objet de cette section est le danger de l’emploi de la force brutale et aveugle et le moyen de profiler de ses fautes.
i Autre expression proverbiale expliquée dans le commentaire.
- Litt. dans l’inutilité, devenu inutile.
Koua XXXV.
EE EE a Ts'iii : avancer, croilre, grandir.
Texte I. — T’sin, croissance de la nature, joie et vigueur comme celle d’un prince se servant de chevaux donnés, maître d’une population toujours croissante et recevant chaque jour de nombreux dons L (Prospérité croissante.)
Com. I. — T s in est avancer, progresser. C’est la lumière s’élevant audessus de la terre'1 2; la soumission à la grandeur éclatante; le faible, bon, avançant, s’élevant. C’est ainsi que le prince prospérant reçoit des dons de chevaux, etc.
Symbolisme. — C’est le soleil s’élevant au-dessus de la terre (le matin). Ainsi le sage fait briller ses vertus d’un grand éclat.
Texte II. — 1. Que l’on avance, grandisse ou diminue, si l’on est droit on sera heureux. Si l’on n’a pas encore mérité une confiance absolue, que l’on soit ferme et juste, et il n’arrivera rien de fâcheux. — Que l’homme reste seul, ferme et juste, même sans obtenir de fonction. Com. II. (App.)
2. Ou’on ail succès ou chagrin, la droiture ferme donnera le bonheur; on recevra une large prospérité de ses aïeux. (Les ancêtres veillent sur leurs descendants et les protègent.) (App.)
3. Quand tout le monde vous applaudira, se fiera à vous, vous serez à l’abri de tout reproche (suite au § 2). — Si l’on suit la voie générale (Com.), l’avantage en sera une conduite noble. Com. IL (App.)
k. Avancer comme un rat (plein de cupidité et de crainte) est chose dont on doit se garder. — C’est quand on cherche une position qui ne convient pas. Com. IL
1 Trois fois par jour donnant audience et recevant des dons.
2 Figurée par l’hexagramme.
LC YIH-KING.
5. Quand on est à l’abri de tout reproche (par sa bonne conduite), on ne doit point se préoccuper de perle ou de profit. On avancera heureusement, on ne sera point sans avantage. — On sera loué de lous. Com. II.
6. On ne doit avancer ses cornes 1 que pour châtier une ville coupable. Il est bien alors de s’exposer au danger. Mais le succès lui-même n’est pas sans regret. (On doit être triste d’être obligé de sévir.) — Com. II. Ces actes ne sont pas éclatants. (On ne doit pas en tirer gloire, mais le faire avec peine).
Symbolisme. — Soleil sortant de la terre. Ainsi le sage fait briller ses vertus d’un grand éclat. (C’est celte image du « soleil levant » qui donne l’idée fondamentale du koua , l’avancement , le progrès, etc.)
Koua XXXVI.
. — - ~ Pi Mïng î : \. Lumière blessée, faiblissante, entrant sous la terre; 2. Lumière
sortant de l’orient, bourgeonner, i.
Texte I. — Mlng-i indique un progrès dont 1’affermissement est difficile. (Termes divinatoires interpolés.) Profiter des difficultés pour se parfaire, être droit et juste. (App.)
Com. I. — Ming-ï est la lumière entrant sous la terre 2, brillante et docile. Cruellement traité (i)3 et dans de grandes difficultés, c’est ce que fut Wen- Wang 4. — Dans de grandes difficultés et restant droit et ferme en son cœur, c’est ce que fut Khi-tze 5.
1 Expression consacrée signifiant « employer la force. » Ici nous voyons un emploi du mot avancer au sens propre et une maxime relative à l’avancement, au succès obtenu par la force. Tout le reste a rapport à la prospérité ou à la vertu.
2 L’hexagramme représente la lumière sous la terre; il est mis en rapport avec le mythe ou la figure de Ming-ï, lumière faiblissante, attaquée. C’est le prince des ténèbres occupant la position supérieure et la lumière paraissant comme abattue. (App.)
3 t signifie aussi maltraiter.
* Prince de Tcheou, maltraité et emprisonné par le tyran Sheou. Son tils Wuh-Wang abattit le tyran et régna à sa place, 1122 A. C.
3 Khi-tze; voir plus loin, note.
Symbolisme. Le soleil entré sous la terre (la nuit). Le sage, gouvernant les hommes, de l’obscurité même sait encore briller.
Note. — Ce texte semble dépeindre la lutte de la lumière contre l’obscurité (comme une sorte de mythe), du principe lumineux, actif, contre le principe réceptif et obscur. Il se réfère, semble-t-il, à la figure du koua qui représente la lumière sous la terre. C’est surtout le § 6 qui indique ce sens. Mais ce n’est peut-être aussi qu’un chant de louange en l’honneur de Khi-tze. Tout le commencement serait allégorique; ce qui serait plus conforme au genre du Shih-king.
Texte IL — I. La lumière faiblissante (le jour finissant) dans son vol abaisse ses ailes (descend sous terre). Le sage dans sa route sait jeûner plusieurs jours (plutôt que d’abandonner la voie droite '); où qu’il aille, les grands parlent de lui (App.)
2. La lumière (dans sa route) est attaquée du côté gauche 2 et repousse l’assaut avec la force et la rapidité du cheval. (Ou bien : elle se répand à gauche avec la force et la rapidité d’un cheval qui sauve son cavalier.) (App.)
3. Elle va dans le sud et y fait prisonnier le grand chef (des ténèbres 3). Elle ne peut souffrir aucun mal. (App.)
h. En allant du côté gauche (voir 2), on s’associe à la pensée du principe lumineux 3, lorsqu’il sort de son palais (pour se répandre sur le monde). (App.)
5. Khi-tze s’avance, la lumière l’emporte et triomphe définitivement. Ou bien : l’éclat répandu par Khi-tze est bienfaisant et assuré. (App.)
6. Lorsque la lumière ne brille pas encore et que les ténèbres régnent, la lumière s’élève d’abord dans le ciel, se répand, puis s’incline vers la terre. (Com. IL — Elle éclaire les quatre plages et entre en terre perdant sa mesure. Marche du soleil et du jour. (App.)
1 C’est ce qui arriva à Kong-fu-tze; peut-être aussi à Khi-tze. Le sage rejeté par les insensés est comparé ici à la lumière qui s’abaisse vers la terre; de même celui dont la sagesse diminue, s’obscurcit. Il y a ici allégorie comme au Shih-king.
2 La gauche représente les ténèbres d'après le commentaire Tcheou-Yh, etc. ; l’occident.
3 C’est un principe chinois que l’homme doit se conformer, s’associer non seulement aux pensées, mais aux mouvements physiques du ciel.
Note. — Cette section peint l’idée opposée à celle de la section précédente, la lumière faiblissante opposée à la lumière croissante. Tout y correspond à la figure. .Mythe ou allégorie, ce chant a vraisemblablement pour objet principal, Khi-tze, le prince illustre à qui Wuh-Wang avait donné les provinces de l’est vers la Corée, après la chute du tyran Sheou. Oncle de celui-ci, il avait en vain cherché à l’arrêter dans ses déportements ; Sheou l’avait mis en prison et il y resta jusqu’à ce que Wuh-Wang, triomphant, parvint à l’en délivrer. Ne croyant pas pouvoir se soumettre au vainqueur, il se retira à l’est, dans des régions que Wuh-Wang lui abandonna. Notre chant fait allusion aux événements de sa vie. C’est lui qui, dans le Shuh- Eing (p. V, I. IV), donne à Wuh-Wang le grand enseignement que Dieu avait révélé à Yu.
Koua XXXVII.
& Kia : famille, maison.
Texte 1. — L'homme lui donne la prospérité, la femme la complète et la consolide.
Com. 1. — La femme remplit les fonctions à l’intérieur; l’homme à l’extérieur. L’observance des règles dans leurs actes et leurs rapports, c’est le suprême droit du ciel et de la terre. Le chef de maison a la dignité, l’autorité suprême; il est appelé père-mère. Quand le père et le fils, les frères aînés et cadets, les époux, sont ce qu’ils doivent être, la maison est bien réglée et le monde est en ordre parfait.
Symbolisme. — Vent sortant du feu. Le sage parle selon la réalité et tient une conduite toujours bien réglée.
Texte 11. — 1. Celui dont la maison est bien protégée n’aura rien à craindre. — C’est celui dont la volonté ne varie point. Com. II.
2. Si l’on n’a pas besoin d’aller au dehors, mais que les provisions soient accumulées dans l’intérieur de la maison, elle sera prospère. — Il faut douceur dans la prospérité. Com. II.
3. Si les gens de la maison sont graves et attentifs, craintifs et sachant regretter une erreur, tout ira bien. Si l’épouse et les enfants sont légers et bavards, la fin ne sera pas heureuse. — Si les uns ne faillissent pas, les autres manqueront aux lois de la famille. Com. II.
4. Pourvoir abondamment sa maison est une assurance de grands succès. — Ce sera quand la complaisance (des chefs) et la docilité (des subordonnés) seront en leur lieu. Com. II.
5. Avoir une maison puissante est pour le roi une source de sécurité (il ne devra pas craindre, etc...). — C’est quand il y a mutuelle affection entre ses membres. Com. II.
6. Droit, juste et plein de majesté, le roi aura une fin heureuse. — La vraie dignité restaure la nature en son état d’intégrité primitive. Com. IL
Koua XXXVIII.
m Kwèi : 1. Différent, opposé, éloigné ', étrange; 2. Regarder fixement.
Texte I. — Kwèi, temps mauvais où les petites affaires seules réussissent et les grandes point. (App.)
Symbolisme. — Feu au-dessus, eau en-dessous; désunion 2. Ainsi le sage cherche l’union et la distinction (juste et convenable de ce qui doit être distingué).
Texte IL — 1. Quand (il n’y a pas d’opposition, mais concorde que), toute cause funeste disparaît, (on revient à l’union comme) un cheval perdu qui revient de lui-même sans qu’on le cherche 3 (Com.). Si l’on rencontre
1 Cp. Kwâi-ï, kwei II, k’wei kü (out cast).
2 Le feu et l’eau juxtaposés forment le symbole de la désunion, de l’opposition.
3 Ou : Regarder au loin comme un cheval perdu qui revient de lui-même.
un méchant même, il n’en surviendra rien de fâcheux (on saura se préserver de ses coups ou éviter son contact corrupteur).
2. Si l’on s’accorde en route avec son chef, tout réussira. Com. II. On ne se trompe pas de chemin. — Ou : Si l’on rencontre son chef c’est qu’on ne s’est pas trompé de chemin. Com. Si l’on a un différent et qu’on se cherche et s’accorde, on se rencontrera sans effet funeste. (App.)
3. (Effets de la discorde, des luttes). On voit un char enlraîné par la force, son bœuf saisi et arraché, son conducteur maltraité 1 et le nez coupé. Mais un commencement fâcheux peut avoir une bonne fin, si l’union se rétablit. (App.)
4. Seul au milieu de la désunion, si le banni rencontre ensuite un honnête homme, il pourra avoir des rapports pleins de droiture et les difficultés antérieures n’engendreront plus d’inconvénient (pour ces deux hommes).
3. Par l’union toute cause de souci disparait, les parents sont unis. (Lit. se mordent la peau. Ce qui indique pénétration, union de sentiments. Com.) Où qu’on aille, plus de cause de regret. — On est approuvé de tous. Com. II. Le grand est sincère envers le petit. Tcheou-Yih, etc. Sens : Quand la désunion a disparu, les familles sont dans la joie, mangent abondamment. (App.)
6. Seul dans la désunion, le banni est comme quelqu’un qui voit un porc immonde ou un char plein de mauvais esprits. Il tend d’abord son arc pour tirer, puis le lâche. Si ce n’est point un méchant, un brigand ravisseur et que le sort lui soit favorable2, le bonheur reviendra 3.
Com. I. — Le feu, se mouvant au-dessus et l’eau en dessous, forment l’opposition; de même deux sœurs vivant ensemble, mais ne s’entendant pas. L’attachement joyeux et intelligent fait que le faible et bon avance, s’élève et atteint le milieu, s’accordant ainsi avec le fort. Ainsi les petites affaires réussissent. Le ciel et la terre, bien que séparés, sont unis dans leur action. L’époux et l’épouse le sont également et doivent n’avoir qu’une seule volonté.
1 Lire yào, disgracié, ou plutôt t’ièn, accablé de maux : ^
2 Litt. la pluie tombe, il la rencontre en chemin. Au premier moment l’honnête homme surpris veut user de violence; puis il se ravise et va travailler à rétablir l'union.
3 Ou : l’aversion fuit. Phrase interpolée.
Tout ces êlres sont distincts et leurs opérations identiques. Le principe, l’opportunité de la distinction sont choses bien graves.
Koua XXXIX.
Kién : difficulté, danger, noble hardiesse.
Texte I. — Énergie dans les difficultés; peut réussir d’un côté et pas de l’autre. Par son succès se montre le grand homme. Sa perfection est heureuse et peut sauver des périls.
Symbolisme. — L’eau sur une montagne. Par la vertu de l’énergie, l’homme sage se corrige et perfectionne sa vertu.
Com. I. — Kién est difficulté, danger se présentant en face; si, voyant le danger, on sait rester ferme, quelle grande sagesse! Le succès ou l’insuccès vient de ce qu’on garde la voie droite ou que la sagesse est à bout. On reconnaît à cela l’homme vraiment grand et plein de mérites. Il faut rester ferme dans la justice et la bonté pour établir fermement un état. Oh! que le moment des difficultés a d’importance!
Texte IL — 1. Si l’on va (courageusement) aux choses difficiles, on reviendra comblé de louanges. — Com. IL II convient d’ètre ferme.
2. Si le prince et ses ministres ont difficultés sur difficultés, ce n’est point (nécessairement) parce qu’ils recherchent leur propre avantage (ou : cela ne dépend pas nécessairement d’eux-mèmes). (App.)
3. L’un va aux difficultés et revient après au repos. Ou : qui va aux difficultés (courageusement) revient aux profits (en obtient). Dicton.
i. Un autre y va et revient uni à ceux qui les ont partagées. — Il faut être fidèle dans ses fonctions. Com. II. — C’est dans les difficultés que les amis se montrent. (App.)
5. Un autre y va également et revient plus éclairé et intelligent. — II a la juste mesure. Com. II.
LE YIH-KIING.
6. Un dernier y va de même et revient plein de mérite et de succès. 11 atteint les qualités du grand homme.
Tout ceci peut s’expliquer d’une manière un peu différente. Par exemple : § 1. Si une entreprise est difficile, en revenir mérite les louanges. § 2. Si l’on va aux difficultés (sans crainte), on reviendra après au repos, etc.
Le tout illustre la première phrase du texte I : Les difficultés ont des issues variées selon la conduite.
Koua XL.
- $$ Kieh: L Délivrer, faire échapper, échapper au danger; 2. Disperser; 3. Ouvrir,
séparer, s’ouvrir. Se dit du mouvement de la germination. (Cp. Aprilis.) 4. Résoudre
une difficulté, une complication.
Texte et Com. I. — Si l’on réussit à faire échapper aux dangers, on gagnera les gens à soi et l’on aura des relations heureuses; on gardera le milieu. En tout ce qu’on fait, l’activité est chose utile et fait acquérir des mérites. Kieh est : se trouvant en danger, savoir agir et échapper. Quand le ciel et la terre ouvrent les pores (3e sens) des êtres, le tonnerre et la pluie se produisent. Alors les plantes et les arbres à fruit bourgeonnent. Bien important est le temps où tout s’ouvre.
Symbolisme. — Le tonnerre et la pluie forment le koua Kieh. Le sage est indulgent pour l’erreur, et traite les coupables avec douceur.
Texte II. — 1. Délivrer quelqu’un est chose excellente. — Quand le fort et le faible s’entendent selon la justice, il n’y a pas de faute à craindre. Com. IL (App.)
2. Délivrer est aussi heureux que, pour le chasseur, prendre trois renards et obtenir le prix, la flèche d’or. — Celui qui résout une difficulté, fait sortir d’une position difficile, est comme le chasseur qui prend, etc. (App.)
3. Si un porteur se met dans un char et qu’il survienne des voleurs, il sera attaqué et échappera difficilement; s’il abandonne sa charge, il pourra se sauver. (Com.) Pour un porteur aller en char c’est honteux; c’est attirer
sur soi les voleurs. Com. II. (App.) Il n’appartient pas à des gens du commun d’aller en char.
h. Echappez d’abord *, et après cela les amis viendront témoigner leur fidélité (sinon ils vous abandonnent).
5. C’est au sage d’écarter (les maux) et de résoudre (les difficultés); s’il y réussit, il gagnera la confiance du vulgaire.
6. Si le prince est assez habile pour atteindre d’une flèche un faucon posé sur le haut d’un mur élevé, il aura le succès et saura disperser (Jdch) les rebelles. (3e sens, Com. II.) (App.)
Koua XLI.
7T~-~ JM Sun : diminuer, abaisser, réprimer.
Texte I. — Si l’on s’abaisse, se réprime sincèrement, on obtiendra la félicité, on réussira en tout. On réprimera l’orgueil et l’amour du luxe, par l’exemple, en présentant des offrandes simples (deux corbeilles de grain); ce sera avantageux.
Com. I. — Pour cette offrande simple il y a un temps convenable; il y a un temps pour agrandir le faible et diminuer le fort. Diminuer le plein et remplir le vide doivent se faire conformément aux circonstances.
Texte II. — 1. Laisser ses propres affaires et aller promptement (au devoir) est une conduite qui sera sans regret; mais on doit bien considérer comment on doit ainsi s’abaisser, se réprimer (sim). — On doit estimer surtout l’union des volontés. (Com. II.)
2. L’utilité générale, la prospérité requiert que l’on châtie le mal sans le diminuer ou l’augmenter (en appréciation) et en observant la stricte vérité et la justice. Com. II. (App.)
1 Le mot qui signifie ordinairement gros orteil est expliqué par les commentateurs comme ayant ici le sens de tchû commencement, d’abord.
3. Si trois hommes marchent ensemble, qu’un d’eux quitte 1 (ses compagnons) et l'homme qui vient seul après eux en trouvera un. (Ainsi il y aura deux couples d’amis.) — Quand trois hommes sont ensemble, il y a des différends, des soupçons. Com. II.
4. Diminuer le mal chez quelqu’un c’est précipiter le moment où il sera joyeux et content.
5. Augmenter les biens de quelqu’un par de riches présents 2 qu’il ne peut refuser5, ce sera un avantage capital, une bénédiction d’en haut. Com. II. (App.)
6. Agrandir ainsi sans diminuer est chose excellente en toute manière. Le roi (en ce faisant) gagnera ainsi des sujets (qui seront comme sans famille) entièrement dévoués au souverain. (App.) Ainsi il arrivera au comble de ses désirs. Com. II.
Symbolisme. — Montagne sur eau stagnante. Le sage réprime ainsi sa colère et arrête ses désirs (comme la montagne presse l’eau).
Note. — Ce chapitre a pour objet les devoirs de l’inférieur et du supérieur; il est formé d’une suite de sentences contenant comme idée principale celle de diminuer, réprimer, et le contraire, augmenter, faire prospérer.
Koua XLII.
— - Æfc Yï : augmenter, agrandir, enrichir, s’élever, grandir.
Texte I. — Yï est succès en ce qu’on fait, triomphe sur les difficultés.
Com. I. — Diminuer le grand, augmenter le petit, c’est la joie du peuple. Faire descendre les biens sur les petits, c’est une conduite brillante. Tout prospérera si les principes essentiels sont observés. Par l’impulsion d’en haut
\ Litt. diminuer d’un homme, sim yih zhïn; pour éviter les querelles.
2 Litt. de tortues à vingt écailles, très rares et précieuses. Il s’agit de dons du roi.
3 Par convenance.
LE YIH-KIING.
et la docilité en bas, il y a progrès constant, sans limite. Le ciel donne, la terre produit; leur production augmente sans cesse. Tout accroissement s’opère en son temps.
Texte IL — 1. Il est avantageux (pour soi-même) de faire de grandes et utiles choses. C’est une assurance de prospérité sans regret.
2. Augmenter ses biens par des dons précieux que l’on ne doit pas refuser ', c’est assurer une prospérité constante. Si le roi fait des offrandes àJShang-ti (Dieu) ce sera une cause de bonheur. (App.)
3. Si l’on augmente ses biens par ses efforts, en se donnant de la peine, on les gardera fermement. Si l’on est droit, juste, gardant le juste milieu, on obtiendra une haute fonction (App.)
4. Si le ministre agit avec droiture, les avis qu’il donnera au roi seront suivis avantageusement, même dans les cas les plus graves tels que celui du transfert de la capitale 5. — Ses avis ont pour but l’accroissement de la prospérité. Com. IL
5. Celui qui a le cœur droit, cherchant le bien des autres, aura sûrement un grand succès; on sera affectionné à sa bonté. — Il arrivera à ses fins. Com. IL (App.)
6. S’il en est que personne ne favorise (yï), mais qu’on contrarie, qu’on attaque et blâme constamment, c’est que leur cœur n’est pas droit et fidèle. C’est un grand mal. (App.)
Symbolisme. — Vent et tonnerre figurent l’accroissement. Ainsi le sage, s’il voit du bien, le fait grandir; s’il voit du mal, il le corrige.
Noie. — Celte section développe l’idée de la prospérité croissante, de ses moyens, §§ 4, 2, 3, 4, 5, et de ses obstacles, § 6. Ces deux sections s’entrecroisent.
1 Même chose qu’à XLI. Le Com. II ajoute : dons venant de l’extérieur, de ceux qui n’ont pas un prince juste !
2 Litt. en se présentant au roi il aura un insigne de fonction à montrer. On devait le porter avec soi, en ce cas.
3 Allusion à un passage important du Shuh-king, IV, 7. Pan-keng la transporte à Y’in.
Koua XLin.
-- ■ ■ & Kwài : 1. Rivière divisée en branches; diviser, couper, disperser; 2. Décider, régler définitivement, résolu, tranchant; 5. Habileté, art, prudence.
Texte 1. — Allant à la cour du prince on doit y faire appel avec sincérité. En cas de différend, on doit avertir ses concitoyens qu’il n’y a pas avantage à recourir aux moyens violents, aux armes, mais qu’il faut faire décider par le pouvoir judiciaire.
Com. I. — Kwài est « décider, régler ». Le fort le fait pour le faible. Il faut, en cela, fermeté et douceur, résolution et concorde. « Appel sincère » dans une difficulté grave. Le recours aux armes fait périr ce qu’on tient le plus à avoir. Le fort emporte le bon et c’est tout.
Texte II. — 1. Celui qui marche en faisant parade de sa force 1 échouera dans ses entreprises. Il aura à s’en repentir. — Vaincu, il s’en ira plein de regret. Com. H. (App.)
2. Celui qui est prudent et appelle à temps à son aide, dans une attaque, n’aura rien à en craindre (opposé du paragraphe précédent). — Il a pris le bon moyen. Com. IL
3. Celui qui met sa force dans ses mâchoires 2 3 aura malheur. Le sage est résolu, réglé; partout il va seul. S’il lui survient des désagréments qui lui attirent la malveillance 5, il n’en subira aucun résultat fâcheux. — Le sage est résolu, bien réglé, partant il ne se crée pas de regret. Com. II
4. Si l’on va comme manquant de point d’appui 4, avançant pas à pas et comme conduisant un troupeau de moutons, par le fait même de cette
1 Litt. qui marche en portant ses doigts de pied en avant, avec force. Peut-être « celui qui met sa force à marcher fièrement. » L’homme vulgaire qui veut l’emporter par la violence.
2 Ses vanteries. — La force, la violence se montre sur son visage. Com. II.
3 Litt. s’il rencontre la pluie et que, mouillé, il soit l’objet de la malveillance, des méchants dires.
4 Litt. « cul sans peau, » expression proverbiale. Cp. notre expression : « aller comme
une manne sans fond, » pour dire : aller étourdiment.
lenteur prudente on n’aura point de cause de regret. On ne se fiera pas à tout ce qu’on entend dire. (App.) 3e sens.
5. Ferme et résolu, comme un mont couvert d’artemisias, suivant le chemin du milieu, on n’aura point de regret. (App.)
6. Si l’on n’a personne que l’on puisse appeler à son secours ( bien que ferme et habile), on aura à la fin des revers. (App.)
(Ceci devrait suivre § 2 et peut avoir été inspiré par la forme de l'hexagramme, où la ligne 1 est seule de son espèce).
Symbolisme. — La ligne faible (coupée) au haut de cinq fortes représente l’appel (du petit) à la cour du prince. — Le ciel sur l’eau stagnante représente la décision ferme. Si le sage, en donnant des émoluments à ses inférieurs, veut rester fidèle à la vertu, il devra être très prudent.
Note. — Ce passage a rapport à la décision prompte et ferme, directement et indirectement par le contraire; la circonspection qui calcule et avance prudemment. Le § 6 pourrait avoir été ajouté par Wen-Wang.
Koua XLIV.
— Keü : épouser, accoupler; unir, attacher; rencontrer inopinément.
Texte I. — Si une femme est forte et hardie, il n’est pas bon de l’épouser.
Com. I. — On ne pourra rester longtemps avec elle. Le ciel et la terre s’unissent et toutes choses en reçoivent leurs formes. Quand le fort atteint le milieu et la justice, le monde prospère grandement. Grande est l’importance de l’union sexuelle et des êtres ainsi que ses principes.
Texte II. — 1. Être attachée (2e sens) à une quenouille d’or peut être avantageux, mais dès qu’on fait un mouvement on voit le mal (de l’attache). Ainsi un animal pris dans des liens sera bien embarrassé dans sa marche. (Image de la condition de la femme; un lien d’or est toujours un lien.) (App.)
2. Une besace contenant du poisson est chose bonne, mais ne nourrit pas les hôtes (si Ton ne prépare pas ce poisson pour eux). Com. II. Elle ne va pas aux hôtes. (Ceci se rapporte au rôle de la femme mariée, maîtresse de maison.)
3. Si l’on va pas à pas comme sans peau à l’anus (avec prudence et calme), les difficultés que l'on rencontrera ne causeront pas grand dommage. (Explication de la signification : rencontrer. Ceci est d’ailleurs une interpolation.) (App.)
4. Une besace sans poisson est chose funeste. — Elle éloigne les gens. Com. II. Même idée qu’à § 2; reproduite pour faire nombre.
o. Si l’on tient ses bonnes qualités protégées et maintenues comme des courges sous un néflier *, elles recevront les bénédictions du ciel. — Si l’on garde le milieu et ne néglige pas les lois du ciel. Com. II.
6. Avoir la tresse liée, est chose fâcheuse. (Il s’agit de la jeune fille; tant qu’elle a la tresse liée c’est qu’elle n’est pas mariée et en est peu satisfaite), Com. II. Avoir une grandeur qui se perd, se détruit.
Note. Les §§ 2, 4, o semblent expliquer le mot pao, envelopper, couvrir, protéger, ballot, besace. Mais leur place ici ne s’explique bien que comme nous l’avons fait.
La tournure donnée au § o a pour but de rendre les termes plus compréhensibles. Les Chinois s’expriment autrement, en disjoignant les idées: « Le néflier recouvre, enveloppe la courge; si l’on développe les bonnes qualités, il y aura des bénédictions venant du ciel. » C’est le style du Shih- King. — Il s’agit principalement de la femme, mariée ou non.
Symbolisme. — Keu est rencontrer, s’unir; le faible s’unissant au fort. — Le ciel au-dessus du vent forme le koua keu. Le prince ( K'eu ), en promulguant ses ordonnances, instruit et dirige le monde entier.
i Litt. le néflier couvre la courge; protéger les vertus, les talents, c’est un acte qui reçoit les bénédictions du ciel.
Koua XLV.
~ ~ ^ Ts’ui : réunion, agrégation; agrégation de peuple prospérant; état florissant;
touffe de plantes, de tiges entremêlées.
Texte I. — Le roi qui sert fidèlement le temple des ancêtres, prospérera et se montrera grand; il consolidera sa puissance. S’il présente des victimes de premier ordre, il sera heureux et réussira en tout.
Com. 1. — Ts’ui est « agrégation en harmonie » ; docilité joyeuse et force juste correspondant l’une à l’autre. De là, agrégation vivant en concorde. Le roi, servant le temple des ancêtres, y faisant des offrandes avec une piété filiale parfaite, fait voir sa grandeur. L’union ainsi formée sera bonne et juste. En présentant les grandes victimes, il se conforme aux ordres du ciel. En cette union, on peut voir les sentiments du ciel, de la terre et de tous les êtres L
Symbolisme. — Eau stagnante au-dessus de la terre. Ainsi le sage prince tient ses armes en ordre pour se garder contre les attaques imprévues.
Texte II. — 1. Si la sincérité ne dure pas jusqu’à la fin, il y aura tantôt union, tantôt désordre, discorde. Si alors on en appelle à l’union, il y en aura qui riront de ces appels. Mais qu’on ne s’en effraie pas; si l’on continue on aura lieu de s’en applaudir. - On doit agir ainsi quand les esprits sont en discorde. Com. IL (App.)
2. Avoir un guide que l’on suit est chose excellente. Si l’on y est fidèle on recueillera de grands avantages de sa conduite. — On ne perdra pas le milieu atteint. Com. IL (App.)
3. Celui qui soupire après l’union qui ne règne pas, s’il n’y gagne rien, n’en retirera pas de désavantage.
1 Les hommes vivant en harmonie font voir les sentiments d’harmonie et de concorde qui meuvent le ciel et la terre et doivent mouvoir tous les êtres. Les Chinois attribuent un certain degré d’affection à toute la nature.
iOO
4. L’union est un grand bien, sans suite fâcheuse. (Simple horoscope interpolé.)
5. L’esprit d’union chez les gens en dignité est chose heureuse. Si quelqu’un ne sait pas gagner toute la confiance, qu’il élève sa vertu, la rende ferme et constante et il y parviendra sans manquer.
6. (Si la concorde manque) que l’on supplie, fasse des présents, prie et pleure, et l’on ne regrettera pas ses efforts, on réussira. — C’est quand la paix ne règne pas. Com. II. (App.)
Koua XL VI.
■ ; Shâng : monter, s’élever, prospérer, grandir.
Texte I. — Quand les commencements heureux grandissent, apparaît l’homme vraiment grand. S’il avance en restant juste, il sera heureux.
Com. I. — Le petit en son temps peut s’élever. Le fort condescendant et doux garde le milieu et agit convenablement (envers le petit). De là naît grande prospérité. Ainsi l’homme vraiment grand se manifeste. Il est loué de tous, ses desseins réussissent. (App.)
Symbolisme. — Un arbre croissant au milieu de la terre figure sliang « monter ». Ainsi l’homme supérieur, s’attachant à la vertu, accumule les petits mérites, pour la rendre grande et élevée.
Texte II. — 1. S’élever honnêtement est bien. — L’homme devenant grand est applaudi. Com. II.
2. Quand on est droit et juste on peut (s’élever jusqu’à) faire le sacrifice du printemps ’. — On sera heureux. Com. II.
3. Shang « monter ». Ex. : Monter en un lieu, dans une ville.
4. Que le roi porte ses offrandes au mont Khi-, c’est un gage de bonheur (un moyen de grandir et de prospérer). (App.)
1 Pour cela il fallait être prince.
2 Mont situé au pied de la capitale des souverains de Tcheou.
o. « Monter un escalier heureusement», c’est réussir en un grand projet. Dicton.
6. S’élever de l’obscurité ne se peut faire que si l’on est constamment droit et juste. — Quand on est au sommet, souvent on diminue et perd ses biens. Com. II. (Comparez Com. I.) (App.)
Koua XL VH.
— 0 K’uân : détresse, abattement, dureté, sévérité, mauvais traitements.
Texte I. — Droit et ferme, le grand homme sera heureux. Qu’il ne se fie pas à tout ce qu’on lui dit. — K’uân est le fort saisi, emprisonné, en détresse.
Com. I. — K’uân est celui qui est dans la détresse, le danger. Si alors même il ne perd pas sa grandeur d’àme, c’est vraiment un grand homme. L'homme grand prospère s’il reste fermement vertueux. Mais qu’il ne se fie pas aux dires; les estimer hautement c’est s’exposer à sa perte.
Symbolisme. — Marais sans eau, cela figure la détresse. — Le sage expose même sa vie pour atteindre son but.
Texte II. — Exemples de détresse : 4. Un homme pressé contre le pied d’un arbre, poussé dans une caverne obscure, ne pouvant pendant très longtemps 1 voir personne à qui recourir. (App.)
2. Cet homme est dans la détresse quant au boire et au manger. Mais tout à coup apparaît la couverture rouge (du char du roi 2 3 *) (ou le secours), il est délivré, il pourra offrir des dons et sacrifices 5, il châtiera les méchants sans éprouver de dommage. — La ferme droiture est digne d’éloges. Com. II. L’arrivée du roi ou des gens le sauvent. (App.)
1 Litt. 3 ans.
2 Ou bien : les habits rouges, les gens du peuple.
3 En reconnaissance ; il aura retrouvé la fortune. Les gens du roi qui accompagnent le
monarque l’ont délivré.
3. Serré contre un rocher, poignant (pour se soutenir) dans des buissons pleins de grosses épines, ou rentrant dans sa maison et n’y trouvant pas sa femme (enlevée par des brigands). — Cas douloureux, mauvaise fortune. COM. 11.
k. (Autre cas.) Homme avançant avec précaution, en détresse et quant à l’argent et quant à son char (qu’il a perdu) ; il est en grand danger d’être pris.
5. (ld.) Homme auquel on a entaillé le nez et les pieds, maltraité par les gens du peuple ’. — S’il sait encore rester ferme et digne, il pourra utilement offrir le sacrifice.
L’homme au nez entaillé 2 figure celui qui échoue dans ses entreprises. S’il reste ferme dans la justice, il retrouvera le bonheur. Com. IL
6. Un homme en détresse, pris dans des buissons épais, sur une hauteur exposée aux dangers et qui se dit : si je bouge, je le payerai cher. — Quand on éprouve le repentir, on peut corriger le mal et alors on sera heureux. Com. 11. (App.)
Noie. — Nous avons ici tous exemples de cas de détresse. La seconde phrase du § 6 n’est qu’un à-propos sans rapport direct avec le commencement. Elle y fait un singulier effet, mais on y voit encore le joint.
Le § 5 paraît plus dilïîcile à expliquer. D’après le commentaire, cela signifie : celui qui, tout en échouant dans une entreprise louable, n’en conserve pas moins son calme et sa dignité, pourra retrouver les faveurs de la fortune. Il est vraisemblable que c’est là l’idée générale de la section, la morale à en tirer, et le langage chinois a des choses bien plus extraordinaires encore.
Que dire de l’explication des commentateurs anciens et modernes : « La 5e ligne, non coupée, nous représente un homme qui a le nez et les pieds coupés; il est serré par les blouses rouges, mais il est à l’aise dans ses mouvements et content! »
1 Les chemises rouges. Tout cela est expression consacrée et veut uniquement dire : maltraité. Cp. notre expression : « casser bras et jambe » pour dire « rouer de coups » ou même simplement « faire perdre courage. »
2 C’est là une expression consacrée qu’on ne doit pas prendre à la lettre. Le Chinois est habitué à cette disproportion entre les termes et le sens.
LE YIII-KING.
Nous croyons donc que le premier commentaire a trouvé le vrai sens du morceau : « celui qui, en danger même, est encore calme et content, qui dans la plus grande détresse ne perd pas sa rectitude, source de bonheur, est vraiment le sage . S’il s’affermit ainsi il sera grand et heureux. »
Koua XL VIII.
Tslng : puits.
Texte I. — On peut changer de place une ville, mais pas un puits. On ne le perd pas, on ne l’acquiert pas (il est ou n’est pas). On y va, on en vient. Il est d’une grande utilité. Si l’eau se dessèche, si la corde casse ou manque, que le seau soit brisé, ce sont de fâcheux accidents.
Com. I. — Le bois dans l’eau et au-dessus de l’eau figure le puits. Un puits bien ménagé ne s’épuise pas. Quand un de ces accidents arrive, c’est qu’on n’a pas fait ce qu’il fallait.
Symbolisme. — Eau par-dessus des arbres figure le puits. Ainsi le sage * anime le peuple et l’excite à l’affection mutuelle.
Texte II. — 4. Un puits boueux ne peut servir à l’alimentation; un vieux puits (desséché) n’attire pas même les oiseaux; ils ne s’v rassemblent plus, n’v séjournent plus. Com. II.
2. Un puits, un vivier, qui par un trou laisse échapper les poissons, ou dont le seau est percé, brisé, laisse couler l’eau, ne peut plus servir. (Com. II.)
3. « Le puits est plein de boue et ne peut plus donner d’eau à boire. Nous en sommes affligés, car auparavant on pouvait en tirer l’eau et s’en servir. Si le prince (qui souffre cela) était intelligent, nous pourrions en retirer de grands avantages 1 » Prière adressée au prince. (Com. II.)
* Il s’agit d’un puits public et d’une époque où il n’y en avait pas beaucoup, où, par conséquent, le puits public était de la plus haute importance pour une cité.
4. Un puits bien construit, citerné, est une chose de haute utilité.
5. Quand le puits est bien clair, on boit à sa source fraîche et pure.
6. Un puits bien rempli d’eau et non recouvert est l’emblème de la sincérité, de la droiture et un symbole de bonheur.
Note. — Tout ceci a le double but de faire comprendre l’utilité du puits public dans une cité et d’engager son chef à veiller à son parfait entretien; en outre de donner une instruction morale que la dernière phrase nous révèle, et qui est contenue sous ces symboles. C’est un vrai chant du Shih-King.
Un commentaire (Tcheou-Yih pi-tchi, etc.) porte ceci : L’eau montant, le puits plein d’eau, c’est le sage qui exhorte et aide le peuple travailleur et besogneux.
Koua XLIX.
— — ^ Koh : t. Peau, cuir, (anner, écorcher; 2. Changer, différer.
Texte I. — Quand (on change) et qu’on devient sincèrement droit, on sera après cela constamment sans regret.
Com. I. — L’eau et le feu, arrêtant mutuellement leur action, figurent koh. Il en est de même de deux sœurs habitant ensemble et de volontés différentes, opposées.
Après un certain temps, se montrer sincère, c’est changer, se corriger; on inspire alors la confiance. Par le talent et l’intelligence, on acquiert la satisfaction; par de grands progrès en vertu, on acquiert la rectitude. Quand on change de cette manière, tous les sujets de regret disparaissent.
Le ciel et la terre changeant, les quatre saisons s’accomplissent.
Tang et Wuh-Wang changèrent le décret céleste 1. Ainsi ils obéirent au
1 Tang est le chef de la dynastie Shang, qui enleva le trône au dernier des Hia (lre dynastie), devenu tyran. Wuh-Wang renversa de même le dernier des Shang et lui enleva le décret céleste qui l’avait fait roi.
ciel el répondirent au désir des hommes. Grand, en effet, et bien important est le moment des changements.
Symbolisme. — L’eau sous le feu figure le changement. L’homme supérieur règle ses calculs 1 d’après les changements du ciel et annonce les temps et les saisons. — Dans les marais même il y a du feu.
Tex TE II. — 1. ( 1er sens.) Pour lier on emploie une lanière de cuir jaune. — Ainsi lié, on ne peut se mouvoir. Com. II.
2. Si l’on sait, après quelque temps (le jour fini), changer et se corriger, tout ira bien; on s’épargnera tout regret. — On aura du succès dans ses actions. Com. IL (App.)
3. Si l’on corrige le mal, qu’on soit ferme dans les difficultés, et qu’on change de conduite avec mûre délibération, on deviendra juste et ferme.
4. Quand on s’est corrigé, que toute faute a disparu, que la droiture ferme est rétablie (dans le cœur), on change son destin 2; c’est la voie du bonheur.
5. Le grand homme change à propos comme le tigre change les lignes de sa peau. Sans consulter le sort, on a confiance en lui (dans ses changements d’ordre). — La beauté de la peau du tigre, comme la sagesse de l’homme supérieur, devient de plus en plus brillante. Com. IL Cp. XIV, § o.
6. Le sage change ses voies (quand il faut) comme le léopard. L’homme vulgaire change son visage — pour plaire aux grands; Com. II, au prince. — Corriger le mal , se tenir ferme dans la droiture, sont choses éminemment utiles. (App.)
Note. — Le § 1 prend le mot ko/i dans le sens de cuir; les autres dans l’acception de changement, changement de conduite, correction; changement d’ordres, de dispositions chez le sage et le grand; changement des saisons, le plus important de tous, dit un commentaire.
1 Le calendrier.
2 On arrête les maux que le ciel envoie au coupable.
LE Y1H-KIJNG.
Koua L.
T'ing : chaudron à trois pieds, vase du sacrifice, sacrifice.
Texte I. — Le chaudron est un symbole de principe heureux; de développement prospère.
Com. I. — Les saints cuisaient leurs offrandes pour honorer Shang-ti et faisaient de grands festins pour entretenir les hommes saints et sages.
La docilité et la finesse d’ouïe, la clarté de la vue chez le faible qui progresse et s’élève, qui garde le milieu, obéit au puissant et s’accorde avec lui, tout cela donne la prospérité et le succès.
Texte 11. — 1. Quand le chaudron est retourné, on peut aisément en faire tomber ce qui est mauvais, — et s’attacher au bien. Com. IL — Une concubine qui a un fils n’aura point de regret d’avoir été prise comme telle.
Note. — Nous avons ici deux proverbes signifiant que « le bien peut venir du mal. » Le fils de la concubine peut devenir héritier, et en tout cas assure une position honorable à sa mère. (App.)
Tout le reste du commentaire est du même genre, qui n’est pas étranger au Shih-King.
2. Chaudron plein de fruits. — Mon chaudron est plein, mais mon commensal ne peut venir à moi. — Symboles des peines perdues ou d’un cœur vertueux. (App.)
3. Si les oreilles du chaudron sont enlevées, son usage est empêché. (On ne peut ni le lever, ni l’emporter. Com.) — La chair grasse du faisan (qui y cuisait) ne pourra être mangée. Mais une heureuse circonstance survenant dissipera les soucis. (Symbole de malheurs réparés. (Cp. App.)
k. Si le chaudron a le pied brisé, les aliments préparés pour le prince sont renversés; tout l’extérieur en est souillé. (Symbole du manque de fidélité.)
LE YLH-K1NG.
o. Un chaudron aux oreilles, aux anneaux d’or, représente la prospérité venant de la fidélité. (App.)
6. lTn chaudron aux anneaux de jade représente une grande prospérité, pour qui tout est avantage. Elle arrive quand le fort et le faible observent la mesure.
Note. — Ce genre de symbolisme est assez bizarre, mais il est assuré par les explications des plus anciens commentaires qui reconnaissent ce sens aux expressions chinoises. Ce n’est, du reste, pas plus singulier que nos termes familiers : panier percé, faire danser l’anse du panier, panier sans fond, panier (boîte) à surprise; ni qu’un passage d’un dictionnaire qui contiendrait ces expressions. Comparez encore : main-chaude, mainlevée, main-forte, avoir la main, sous-main, etc.
Symbolisme. — Le feu entrant dans le bois figure « cuire. » Le sage garde sa dignité et maintient son destin céleste.
Koua LI.
= = M Kàn : tonnerre, effroi répandu, crainte.
Texte I. — Le tonnerre approchant répand l’effroi ; les rires, les causeries s’arrêtent subitement. Le tonnerre terrifie cent lis, mais ne doit pas arrêter la cuiller du sacrifice aux esprits '.
Com. I. — Cet effroi a d’heureux résultats. Les rires et les causeries gardent ainsi la mesure. Le tonnerre terrifie ce qui est loin comme ce qui est près. Mais on doit, quand même, garder le temple des ancêtres, les autels des génies du sol et présider aux sacrifices (malgré l’effroi, on ne peut les interrompre).
Texte IL — 1. Le tonnerre approchant, on est plein d’effroi; puis quand il est passé, on sourit et on parle tous ensemble (on passe de la crainte à la joie).
1 Le tonnerre peut arrêter tout, mais pas le sacrifice.
2. Quand le tonnerre gronde, le danger arrive, on croit devoir tout abandonner et se retirer en un lieu sur et élevé. Qu’on ne s’obstine pas à rechercher alors ce qu’on a abandonné; on le retrouvera quelque temps après. (Quand le danger sera passé.)