SECTION II
Après qu’il y eut ciel et terre, les êtres particuliers existèrent. Tous les êtres existant, il y eut homme et femme. Homme et femme existant, il y eut, après cela, mari et femme. Après mari et femme, il y eut père et fils. Après père et fils, il y eut prince et sujet. Après prince et sujet, il y eut grands et petits. Lorsqu’il y eut grands et petits, il y eut des rites et un droit; il y eut ce qui forma les distinctions.
Les relations entre mari et femme sont d’une nature essentiellement durable ; c’est pourquoi ce qui suivit dans l’ordre des koua fut tan , constance, durée perpétuelle (32); tan est durée.
Les êtres ne peuvent rester très longtemps en leurs places propres, c’est pourquoi ce qui suit est t’un (33) « se retirer », car l’un (cl. 162) = l’sin, se retirer, vivre retiré.
Les êtres ne peuvent pas toujours se retirer, décroître; c'est pourquoi ta tchwang, « grande force » (34), suit. Un même état de force ne pouvant subsister toujours, elle est suivie de tsin, « avancement, croissance » (3o). Tsin est identique à tsin (163) « avancer ».
En avançant, on rencontre des causes de nuisance; de là vient à la suite ming-i (lumière), attaquée (36). / est identique à shâng, « blesser, endommager, détruire » . Blessé à l’extérieur (le guerrier) doit rentrer à la maison, d’où suit kia, « famille, maison » (37).
Quand la sagesse d’une famille s’épuise, il naît des actes méchants (kvai); c’est pourquoi kia est suivi de kvei, opposition, dissension (38), car kvei = kvai; kvai est ce qui a des difficultés; c’est pourquoi il est suivi de bien, « difficulté, danger » (39). Ces difficultés ne peuvent durer toujours, d’où vient que bien est suivi de kieh, « délivrer, faire échapper » (40). Kieh = hvau, relâche, aise. En cet état d’aise et repos, il y a nécessaire-
ment des pertes; d’où vient que sun, « perdre, diminuer » (41) le suit. Quand les pertes finissent l 2, alors il y a augmentation; c’est pourquoi^', « augmenter, grand » (42), suit sun. Quand la croissance, l’augmentation, ne finit point, alors il arrive certainement une dispersion, c’est pourquoi yi est suivi de kvai, « séparer, distinguer, décider, disperser » (43). Dans la dispersion, la séparation, on rencontre certainement quelque chose; c’est pourquoi kcai est suivi de heou, réunir, unir sexuellement, etc. (44). Heou = yu (162) -, rencontrer, s’unir, etc.
Lorsque les êtres se rencontrent, il en résulte une agrégation; c’est pourquoi heou est suivi de ts’ui, « réunion, agrégation » (43). Lorsque réuni, on monte, on appelle cela shang , s’élever, avancer; c’est pourquoi shang (46) vient après. Monter sans s’arrêter produit la peine; c’est pourquoi shang est suivi de k’van (47), être en peine, en détresse, k’van. Celui qui s’élève dans cette détresse redescend certainement; aussi k’van est-il suivi de tsing, « puits, serrement » (48) 3. La manière d’être désignée par tsing doit nécessairement être changée, c’est pourquoi suit ko, « changement » (49).
Parmi les choses qui changent la nature des êtres, il n’y a rien de tel que le chaudron 4; c’est pourquoi ko, chaudron (30), vient après. Pour présider aux divers ustensiles (du sacrifice), nul ne convient mieux que le fils aîné; c’est pourquoi ko est suivi de tchan, tonnerre (31). Tchan est ce qui met en mouvement. Ce mouvement ne pouvant toujours durer, on doit l’arrêter; c’est pour cela que suit kan, « ferme » équivalent de Ichi, arrêter. L’arrêt ne pouvant toujours durer est suivi de kien, « aller, se marier, etc. » (53). Kien = tsin, aller en avant; quand on avance, on doit bien à la fin retourner; c’est pourquoi kvai, retourner, retourner chez soi, etc. (54), suit kien (et kvai mei, marier une jeune sœur), arriver à ce vers quoi on retourne, procure la grandeur; c’est pourquoi suit fang, prospérité, abondance. L’abondance, fang est ta, grandeur. Celui qui perd sa grandeur perd sa position, sa demeure; c’est pourquoi fang est suivi par lii, passager, voyageur (56), le voyageur qui n’a point de demeure fixe ; c’est pourquoi
1 Texte : « ne finissent pas », ce qui ne peut être.
2 L’auteur a sans doute lu heou (162) au lieu de heou (38).
3 Tsing, puits, est pris ici comme « lieu étroit, où Ton étouffe ».
4 Qui change ce qu’on y cuit.
lü est suivi de sun, entrer dans, pénétrer (57) (proprt. : douceur insinuante, s’insinuer). Sun = zhu, pénétrer, s’insinuer; entré (le voyageur) est satisfait, en repos; c’est pourquoi lui (58), satisfaire, réjouir, suit sun. Lajoie s’étend, se répand; de là lui est suivi de hvan, s’étendre, se séparer, se répandre, divisé (59). Celte division ne peut aller à l’extrême; c’est pourquoi hvan est suivi de tsieh, « règle » (60). Quand les règles sont observées fidèlement, on garde le juste milieu; c’est pourquoi fc/iong fu suit (61). Quand on les respecte, on les observe en pratique, c’est pourquoi siao kuoh, petit manquement, suit (62). Ce qui a un défaut, qui est incomplet, doit être corrigé (complété); c’est pourquoi siao kouoh est suivi de ic/n-lzi, ce qui est corrigé (traversée achevée), ce qui est achevé (63).
Mais les êtres ne peuvent être parfaits (ou complètement épuisés); suit donc ivei tsi, achèvement incomplet, traversée incomplète (64), et c’est tout.
COMMENTAIRE Vil.
Sens des kouas mêlés.
L’auteur de ce commentaire a eu pour but de donner une liste des notions figurées par les bexagrammes, en les groupant par catégories d’idées. Ce ne sont point tant les significations des mots représentant les hexagrammes ou représentés par eux, tels que k’ién 1, kv’ën 2, etc., que certaines qualités ou vertus des objets désignés par ces mots.
Tout n’est pas d’égale valeur dans cet appendice; quelques explications sont justes et bien trouvées, d’autres sont cherchées fort loin et très peu probables, pour ne pas dire davantage. Nous les donnerons toutefois, parce qu’elles prouvent une fois de plus que les recherches de pronostics étaient très éloignées de l’esprit du premier rédacteur du Yih.
Ce catalogue est dressé sous forme poétique et le mètre oblige souvent l’auteur d’ajouter des mots superflus; nous les laisserons de côté.
Cette énumération procède par adjonction ou opposi lion de groupes de deux kouas dont les chiffres se suivent en ordre direct ou inverse : 1, 2; 8, 7, etc. Les huit derniers seulement sont ajoutés pêle-mêle, bien qu’il fut
très facile de les distribuer par paires comme les autres et que leur signification semblât môme le demander. Voyez, par exemple, Tchi tsi et Wei (si, 63, 64. Kien et Kvei mei, 53, 54.
Un commentaire énonce l’opinion que ce désordre n’est pas le résultat d’une erreur, d’une altération du texte, mais que l’auteur l’a fait ainsi pour les facilités de la rime. (Voir Kien peu wu king, dernier feuillet, fin.)
Quelques mots sont interprétés ici autrement que dans le texte. Ce sont spécialement yu (16), qui est pris dans une acception dont le texte ne tient pas compte, kien, dont l’explication la plus naturelle serait ici « traite légèrement », et shih-ho qui, comme au Com. VI, a une explication toute particulière, bien que les deux commentateurs ne s’accordent point en ce qui concerne ces deux expressions. Ici shih-ho est mis en relation avec les aliments ou la manducation, au lieu de conserver sa signification de « discours, pourparlers » .
L’auteur n’a pas toujours tenu compte du sens que ces mots avaient dans le texte et s’est arrêté à celle de leurs significations qui lui était le mieux connue.