‹ Ypriana. Notices, études, notes et documents sur Ypres (volume 2)Chapitre 21 sur 56 · acte du 6 avril · texte numérisé non relu

acte du 6 avril

• 2, 3, 4» 5, 6, 7, 8, 9 et 10. Car t. de la ctlande ou gilde de

Notre Dame de Brielen à Ypres (Mss. de la Bibliothèque royale à Bruxelles], trois actes du 10 avril 1960. » 2, 5, 6, 7, IL Cart. de Si Martin, N* 547, acte du 7 Juio 1360. ;i) Acte du 14 avril 1361. Cart.de la gilde de Notre Dame de Brielen.

qii*il prit pour remplir sa mission ne sont pas in* diquées dans nos documents, mais ceux-ci nous font connaître que cet officier, bientôt détesté, fut massacré, en même temps que d'autres victimes, par la populace avec une cruauté à peine croyable et une oaise en scène des plus dramatiques et des plus émouvantes.

Le jour de la Pentecôte, les tisserands, foulons et d'autres malveillants, instigués encore par Claeys de Ketelaere, Alars Lodebuc et Jean Pinck, se réunissent de nouveau en armes et envahissent la Halle. Dès qu'il avait entendu gronder la tempête, le bailli s*était hâté d^accourir à « la cambre des échevins, )> afin d*y prendre, de concert avec nos magistrats, les mesures propres à réprimer Fémeute; il tenta d^abord dapaiser Forage. Le flot populaire montait bruyamment; Jean le Prisenare, quittant le siège scabinal, marche bravement à la rencontre des émeutiers et les arrête un instant; il veut les haranguer et les ramener par de douces paroles; mais à peine a-t-il prononcé quelques mots, que des malfaiteurs Fempoignent brutalement, aux acclamations de la populace (i); plusieurs parents et amis du bailli sont arrêtés en même temps.

Le représentant du comte et les autres prisonniers, entraînés par la foule, avaient été enfermés dans le beffroi ; c'est sans doute v à ciaus qui wardirent (s) (ces) gentz prins et mis au bellefroy, » que fut payée la somme de onze livres mentionnée dans le compte communal de 1361 (s). Cruels et barbares, « les mau-

(1} Chrooiquee locales.

t2] Wardirent, gardèrent.

(3) Arcfaivet de la Yille«

vais conspireurs » résolurent de torturer leurs victimes, avaut de leur ôter leur vie; sous prétexte de procéder à une instruction criminelle, « de leur mauvaise volonté, ils questionnent (i) » le bailli et « le mettent à gehtoe » (i), puis, après lui avoir fait subir les plus afl'reuses tortures, ils le jettent de nouveau dans son étroit cachot; là, les membres brisés, le corps meurtri, et tout couvert de sang, le malheureux c( questionné » endure encore, durant plusieurs jours, les plus cruelles souffrances !

Louis de Maie chercha à sauver son bailli, et de leur côté, les a bonnes villes » intervinrent en sa faveur; vains efforts ! « les mauvais meurdriers » d'Ypres ne tinrent aucun compte de ces « mandements ». Le dimanche après la fête du saint Sacrement, la populace est de nouveau, en armes et drapeaux déployés, massée devant la Halle; elle réclame à grands cris sos victimes. Des bourreaux volontaires montent au beffroi, arrachent Jean le Prisenare de son cachot et le jettent sur la place, par une fenêtre de la tour; là, les gens des métiers, toujours « extans en armes, à bannières desployées, et à son de clokes, » se précipitèrent sur le cadavre du bailli et le <c depechirent par pioches»! Ce n'est pas tout; le « commun » a soif encore de sang; Pierre le Jouvene (le Jeune?) est aussi massacré et coupé en morceaux; enfin peu après, pendant la nuit, on arrache de la prison Pote, frère du bailli et sans forme de procès — « sans loy et sans jugement — la populace lui fait trancher la tète (« coper le kef »).

(1) QuestioHnert mettre à la question,

(2) ^ehinCf torture, toarment.

Ce fut la dernière scène de ce long et horrible drame; toutefois lors de son dénouement, d'autres crimes sont encore perpétrés.

Le massacre de Jean le Prisenare avait exaspéré Louis de Maie; il résolut d'en tirer vengeance. Les circonstances étaient telles d'ailleurs, que la répression de la révolte des Yprois s'imposait, sous peine de voir s'a^raver dans tout le comté une situation déjà menaçante; les incessantes tentatives du prince pour altérer les antiques privilèges des communes avaient irrité partout les populations et partout l'agitation croissait; une conflagration générale était à prévoir et déjà les manants de Bruges semblaient prêts à se révolter, comme ceux d'Ypres.

Louis de Maie convoqua ses hommes d'armes et « ses bienvoellens » (ses partisans) les plus dévoués ; il les plaça sous le commandement du seigneur de Dixmude et leur donna ordre de marcher sur la ville d'Ypres ; il voulait ainsi attaquer te foyer même de l'incendie qui menaçait d'embraser tout le pays de Flandre.

Si l'on pouvait ajouter foi au réquisitoire que nous analysons ici. Monseigneur de Dixmude aurait eu mission de c< recevoir et prendre la ville d'Ypres en grâce »; mais ce dire de Martin Hoedins est-il bien digne de créance? ce serviteur, toujours prêt à prôner son maître et dans Fintérèt même de l'accusation que, comme « procureur », il était chargé de soutenir, n'a-t-il pas prêté à son seigneur des sentiments de clémence que celui-ci n'éprouva jamais? Les nombreux supplices que Louis de Maie ordonna, en maintes occasions et dans toutes les localités de son comté, prouvent que le fils de Louis de Nevers ne céda jamais

à de pareils sentiments. D'ailleurs les crimes commis par (c les malfaiteurs et mauvais meurdriers i> dTpres ne criaient-ils pas vengeance ? Quoi qu'il en soit, le sire de Dixmude n'eut pas l'occasion de « recevoir et de prendre icelle ville en pardon. »

Les hommes d'armes du comte, sous le commaudement de ce capitaine, s'étaient mis en marche vers Ypres. Dès que cette nouvelle y fut apportée par des espions, loin de songer à capituler, avec l'espoir d'être reçus en grâce, les chefs des révoltés, qui continuaient à dominer la commune, se préparèrent à opposer une résistance énergique aux gens de Monseigneur. La grosse cloche du beffroi appelle tous les bourgeois et manants aux armes; il ne s'agit plus d'assister à des exécutions barbares, mais de sauver la tète de leurs auteurs; ces grands criminels ne pouvaient espérer ni miséricorde, ni merci; la crainte de supplices mérités leur donne le coufage du désespoir, ils organisent une défense à outrance; les remparts de la ville sont couverts de défenseurs.

Vers la fête de S' Barthélémi, le 24 août (1361), dès que l'approche de l'armée comtale est signalée par les guetteurs du beffroi et que les échos ont répété leur cri d'alarme: Yyand! Vyand! on marche c< à rencontre de la bannière de Monseigneur de Flandre et de Monseigneur de Dicquemue. » A la tète des manants désignés pour faire cette sortie, se placent Clais de Ketelacre, Alars Lodebuc et Jehans Pinck avec plusieurs de leurs complices ; avant de combattre l'armée comtale, ils commettent in extremis de nouveaux crimes; plusieurs partisans de Louis de Maie se trouvaient encore eu ville... probablement dans la prison du beffroi; on les traîne dans les faubourgs et de

« mauvais meurdriers » les supplicient devant les remparts de la place, à la vue des gens du prince qui accourent — mais trop tard — pour les sauver; déjà, quand le combat s'engage, Jean van den Hiekoute, Jean van Vous, Jean Besan, Pierre le Pelseboutere sont massacrés, d*autres partisans du comte sont cruellement mutilés; alors la lutte est acharnée, les rebelles résistent et défendent Feutrée de la ville « à forche d'armes»; ils sont enfin vaincus et refoulés; les gens de Monseigneur de Flandres pénètrent dans la place « par forche ».

La bannière du comte est aussitôt arborée sur les remparts et sur le beffroi de la ville conquise. La révolution est vaincue; alors — vœ vktis — sonne rheure des représailles et des châtiments !

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