‹ Ypriana. Notices, études, notes et documents sur Ypres (volume 2)Chapitre 5 sur 56 · IV · texte numérisé non relu

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et souvent encore, reprendre leurs armes; ils n'eurent plus, il est vrai, à combattre contre les castes privilégiées, ni pour conquérir ni pour défendre les libertés de leurs corporations ouvrières; c'est contre les seigneurs du pays, soutenus par les rois de France, qu'ils eurent à lutter pour sauvegarder ces libertés et, fait plus grave, même les institutions de la commune démocratique d'Ypres.

Après la mort de Robert de Béthune, un revirement déplorable se produisit en effet dans la politique intérieure de nos comtes. Jusqu'alors les seigneurs de la Flandre avaient respecté, souvent même ils avaient contribué à développer les franchises de nos bourgs, puis de nos communes et, presque toujours, ils avaient vaillamment défendu les institutions du pays contre les rois de France. Nos deux derniers comtes furent au contraire les complices de ces rois.

Rappelons comment, oubliant leurs serments de joyeuse entrée et les traditions de leurs ancêtres, ces comtes furent amenés à se faire les lieutenants de leurs suzerains, ces constants et plus redoutables ennemis de l'indépendance et des libres institutions de la Flandre.

Dès les temps anciens et surtout depuis le règne de Philippe Auguste (il80-i2â3), c'est par des guerres et des actes de violence que les rois de France avaient cherché constamment à étendre leur autorité suzeraine sur le comté, afin d'y faire prévaloir leur politique centralisatrice; mais les seigneurs de notre petit pays.

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flamands de cœur, et vaillamment soutenus, d*abord par les manants de nos bourgs, puis par les bourgeois de nos communes, légalement constituées, résistèrent presque toujours victorieusement à toutes les forces de leurs puissants suzerains et quand, écrasés sous le nombre de leurs redoutables ennemis, nos comtes avaient parfois été forcés de subir momentanément la loi du vainqueur, la Flandre s'était bientôt relevée de ses désastres, après avoir plus d'une fois pris une glorieuse revanche, sur de nouveaux champs de bataille. C'est ainsi notamment qu'après le désastre de Bouvines (1214) et la captivité de Fernand de Portugal, nos communes, vaillantes et libres, avaient bientôt acquis leur complet développement et c'est même sous les règnes de Jeanne et de Marguerite de Constantinople — notre histoire locale le prouve — que la ville d'Ypres fut à l'apogée de sa prospérité et de sa grandeur.

Après l'avènement de Gui de Dampierre (H septembre 1279) (i), Philippe le Bel qui succéda (en 1285) à son père Philippe le Hardi, roi de France, suivit d'abord les traditions de ses prédécesseurs; mais plus tard, désespérant sans doute de subjuguer définitivement la Flandre par la force de ses armes, il prépara le terrain d'une politique nouvelle, qui permit à ses

(1) Le Olat, Histoire des comtes de Flandre^ II. 145. — Edition de Bruxelletf, A. Vandale, 1843. — Nous aurons à citer plus d'une fois et ouvrage que nous indiquerons, pour abréger, sous le nom de Ls Glat.

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successeurs de rattacher ce comté a la France, par des alliances de famille et d'y faire prévaloir ainsi, mieux que par la violence, leur influence, puis leur domination.

Dès les dernières années du Xlil'' siècle, Philippe le Bel envahit la Flandre, alors déjà soutenue par le roi d'Angleterre; il s'empare de la ville d'Ypres et dicte à la commune une paix désastreuse (1301) (i) ; comme Fernand de Portugal, après la bataille de Bouvines, Gui de Dampierre est jeté en prison; le comté de Gui, « jadis comte de Flandre » (s), est confisqué et annexé à la France. Mais, l'année suivante, la ^victoire des éperons d'or venge le comte détenu, avec ses fils, dans les prisons du roi ; la Flandre est de nouveau libérée de ses oppresseurs et bientôt elle a reconquis toutes ses libertés sous l'administration patriotique des fils du comte captif.

Quand Gui de Dampierre mourut en prison à Paris, Robert de Béthune, fils aine et successeur du prince défunt, était encore prisonnier de Philippe le Bel ; pour obtenir la liberté de leur nouveau seigneur, les communes sont obligées de demander la paix et de se mettre en la volonté du roi; alors celui-ci leur dicte l'odieux traité d'Athies, « pacte d*iniquité », dit Meyer, qui devait ruiner la Flandre, mettre ses libres

[\) Arch. rp. Inr. 201.

(2) Même document.

institutions à néant et Ja placer définitivement sous le joug de la France (i).

Telles étaient du moins les espérances des Léliaerts — cest ainsi que les Flamands nommaient « les partisans du lys » c'est-à-dire de la France — ; mais cet espoir fut encore déçu. Dès son retour dans le comté, Robert de Béthune avait rétabli Tordre dans Tadministration de nos villes et pris diverses mesures pour favoriser le développement de leurs industries et de leurs relations commerciales. Goinme ses aïeux, ce prince respecta .les libres institutions de nos communes et de leurs corporations ouvrières, et, d*accord avec les bonnes villes, il résista à la pression de son redoutable suzerain. Bientôt, malgré les contributions de guerre et autres charges écrasantes, imposées au comté par des traités iniques et malgré le morcellement de son territoire — les villes gallicantes étaient encore au pouvoir du roi, — la Flandre se relevait proroptement; chaque jour sa prospérité matérielle croissait, la situation financière des bonnes viiks s'améliorait et partout Tesprit communal se réveillait avec une énergie nouvelle.

Philippe le Bel semble avoir compris dès lors que la Flandre serait bientôt assez puissante pour déchirer de nouveau les traités qui hii imposaient le joug de la France et que, puisant sans cesse des forces nouvelles

(1) Yoyei YwMAMi, IV. 332.

dans ses libres institutions, elle ne pourrait jamais être définitivement maîtrisée par la force; le roi, modifiant alors la politique traditionnelle de ses ancêtres, conçut le projet de faire prévaloir son autorité dans le comté non plus par la violence, mais par d autres combinaisons. Ses successeurs suivirent cette politique nouvelle.

Depuis Tavènement de la dynastie d'Alsace, Tunion des villes et de leurs comtes avait fait leur force. Philippe le Bel, puis ses successeurs, tentèrent de rompre cette union, en rattachant par des mariages à la famille royale de France, les héritiers présomptifs de notre comté; ils espéraient rallier ainsi à leur cause les seigneurs de la Flandre, les rendre suspects aux communes, puis faire surgir entre ces puissantes bourgeoisies et leurs comtes des dissentiments qui, habilement exploités, permettraient peut-être un jour d'assurer d'une manière durable la prépondérance de l'influence française dans le comté.

Malgré l'opposition des rois d'Angleterre et les ré* sistances de nos bonnes villes, cette politique — qu'un auteur nomme matrimoniale — réussit mieux que la violence, à assurer puis à consolider en Flandre l'autorité des rois de France. Robert de Béthune, flamand de naissance et de cœur, fut, nous l'avons dit, le dernier de nos comtes qui, malgré ses infortunes, resta Adèle à la politique nationale et traditionnelle de ses aieux; son successeur, Louis de Nevers, uni à la fille de Philippe le Long, roi de France, fut le premier de nos comtes Léliaerts et son fils, Louis de Maie, suivit la voie tracée

par son père ; Tun et Tautre oublièrent que leui*s prédécesseurs avaient toujours trouvé dans les puissantes bourgeoisies de la Flandre, leurs défenseurs les plus énergiques et les plus dévoués; élevés en France et subissant trop souvent Finfluence de ses rois, ils se montrèrent hostiles à nos cooioiunes et cherchèrent constamment à dénaturer les institutions qui faisaient la force de ces « vassalités bourgeoises. »

Mais ces institutions nationales eurent encore d*énergiques défenseurs ; pour les sauvegarder, la commune d'Ypres lutta vaillamment pendant près de quarante années ; c'est le tableau de ces dernières luttes défensives, soutenues, parfois avec succès, contre Louis de Haie que nous nous proposons de mettre ici spécialement sous les yeux de nos lecteurs. Nous compléterons ainsi notre étude sur Torganisatiou administrative, judiciaire et politique de la commune d'Ypres, depuis les temps les plus anciens jusqu'à la fin de la période communale de son histoire.

Toutefois, avant de tracer cet émouvant tableau, il peut être utile de jeter encore un coup d'œil sur le règne de Louis de Nevers. Nous avons esquissé déjà quelques épisodes de ce règne, en étudiant l'histoire du mouvement communal à Ypres (i) ; mais, désireux de suivre en quelque sorte pas à pas les évolutions et les progrès de ce mouvement populaire.

(l) Ypriana, IV.

il a fallu, pour ne pas trop nous éloigner de notre sujet, négliger de mentionner même certains fait^ historiques concernant notre histoire locale et de faire connaître les luttes diplomatiques et autres, entre les rois de France et d'Angleterre, qui précédèrent le mariage de Louis de.Neverset de Marguerite d'Artois; d'un autre côté, nous n'avions pas poursuivi nos recherches au delà du jour où mourut Jacques Van Artevelde (1325). U est nécessaire de combler ces lacunes, avant de rappeler avec quelle énergie nos pères défendirent contre Louis de Maie leurs privilèges et leurs droits, si péniblement conquis à la suite de longues guerres offensives.

Cette dernière partie de notre étude exigera un cadre assez étendu. Jusqu'ici nous avons trouvé à peu près tous les éléments de notre travail dans les archives et dans les annales de notre ville natale; désormais nous aurons à puiser plus d'une fois à d'autres sources encore, car, depuis la mort de Robert de Béthune jusqu'à l'avènement des ducs de Bourgogne, l'histoire d'Ypres se rattache plus étroitement qu'auparavant à l'histoire des autres communes flamandes et souvent même à l'histoire politique de la France et de l'Angleterre.

Avant le XIV siècle, il existait sans doute certaines relations entre les bonnes villes du comté; « rassemblée des échevins de Flandre », dont l'origine est fort ancienne, était déjà née de ces relations ; mais les attributions de cette « assemblée » furent d^abord d^une nature presqu'exclusivement judiciaire; c'est Jacques

Van Artevelde qui en étendant le cercle die ces attributions, fit naître de l'assemblée des échevius, « les états de Flandre ». Ce nouveau corps politique et surtout administratif, dont les délégués des bonnes villes étaient les membres, unit nos communes par des liens réderatifs plus étroits et représenta bientôt légalement la puissante communauté juridique nommée « le pays de Flandre » ; dès lors nos bonnes villes unies eurent des relations administratives et politiques constantes et régulières : Thistoire d'Ypres se lie ainsi étroitement, dès le IIV"" siècle, à celle des autres grandes communes du comté.

D'un autre côté, de 1322 à 1384, les rois d'Angleterre et de France intervinrent plus activement qu'auparavant dans les affaires de la Flandre. Les premiers — dont les sujets, en partie d'origine saxonne, étaient ainsi rattachés aux populations du Westland, par des liens d*affinité de race et par de séculaires traditions — se montrèrent les constants défenseurs de l'indépendance de notre comté et des libres institutions de ses bourgeoisies ; les rois de France, partisans de la politique autoritaire et centralisatrice pratiquée par les races latines, furent au contraire, constamment hostiles aux libertés de la Flandre et de ses communes; mais les uns et les autres, durant leurs longues guerres, recherchèrent toujours l'alliance et l'appui de nos bonnes villes ; des relations et des rapports fréquents existèrent ainsi entre ces villes et les chefs de ces deux grands royaumes voisins.

Nous ne pourrons donc plus nous borner désormais à consulter les annales et les archives de la ville dTpres; en rappelant les principaux épisodes de son histoire à cette époque et spécialement la part active qu*elle prit aux guerres défensives, soutenues alors pour sauvegarder nos institutions nationales, il sera nécessaire de puiser plus d*une fois des renseignements dans les archives des autres villes, dans les chroniques de Flandre et même dans Thistoire des deux grands pays, dont les guerres, les rivalités politiques et les tendances diamétralement hostiles, exercèrent alors une influence souvent dominante sur les destinées du « pays de Flandre » et de ses antiques communes.

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