‹ Ypriana. Notices, études, notes et documents sur Ypres (volume 2)Chapitre 4 sur 56 · I) II · texte numérisé non relu

I) II

nouveaux eurent la prétention de prendre part à son administration, les classes dirigeantes refusèrent de laisser amoindrir leurs privilèges administratifs. A cette époque, c'est par des guerres privées que les seigneurs cherchaient à faire prévaloir leurs prétentions ; nos bourgeois suivirent cet exemple et presque toujours ils durent prendre les armes, pour obtenir la réalisation de leurs vœux. Ainsi s'ouvrit à Ypres Tère des agitations et des luttes, véritables guerres privées, entre les possesseurs du pouvoir communal et ceux qui aspiraient à y prendre part.

Comme le rappellent des documents de nos archives, « d'ancienneté la ville d'Ypres avait été fondée sur la draperie » (i) ; cette puissante industrie y facilita promptement le développement de diverses classes sociales.

Dès le commencement du XIII'' siècle, le commerce des draps avait enrichi de nombreux bourgeois ; bientôt leur influence grandit; ils s'associent, forment une gilde dite « des bourgeois notables » et demandent, puis exigent, que leur corporation soit représentée dans le conseil de la commune. Ces «bourgeois notables » obtiennent enfin — non sans peines et efforts — le droit de siéger dans le conseil de la commune, à côté des échevins, des patriciens et des a grands bourgeois >>.

(1) Arch. Yp. Inv. 1162.

Quelques années plus tard, d'autres bourgeois, de conditions moins relevées, revendiquèrent le même droit. Quand mourut Marguerite de Gonstantinople (i379), Ypres était encore « la métropole industrielle de la Flandre ». La draperie, dont la prospérité croissait constamment, y avait fait pénétrer son influence vivifiante jusqu'au niveau des couches inférieures de la communauté. Les maîtres, même les « varlets drapiers », depuis longtemps affranchis aussi de toute servitude personnelle, jouissaient d*un bienêtre que les serfs, leurs ancêtres, n'avaient jamais connu; ils réclament à leur tour, pour leurs gildes, des droits représentatifs. Mais les patriciens, les grands bourgeois et les bourgeois notables, maîtres de la commune, se sont étroitement unis et forment une oligarchie puissante; ils repoussent avec dédain ces réclamations. Alors une lutte violente s'engage entre les grands et les petits. En iâSO, les tisserands, les foulons et autres plébéiens prennent les armes pour conquérir des droits qu'on refuse de leur octroyer. La révolte, connue sous le nom de la Cokerulle cF Ypres, signale cette année, dans nos annales, la première étape, en même temps que la première victoire du « mouvement communal » proprement dit.

Dès lors ce mouvement se poursuit, pendant plus de soixante années (1280*1345), sans relâche et sans défaillances, — nous en avons longuement rappelé {i)

(1] Ypriana, IV. « Du mouvement communal à Ypres. »

les émouvants épisodes. — Enfin, après avoir subi de sanglantes défaites et remporté des victoires non moins sanglantes, nos plébéiens atteignent, au temps de Jacques Van Artevelde, le but de leurs énergiques et de leurs constants efforts {i).

C'est, en effet, sous le gouvernement du « sage homme de Gand» que fut légalement établi le «grand conseil d'Ypres » (2). L'organisation de cette grande assemblée administrative et politique combla les vœux de nos plébéiens ; elle était en harmonie parfaite avec les aspirations des corporations ouvrières: les mandataires de toutes ces fraternités locales, c'est-à-dire des petits, furent admis à siéger dans le groot gemeente, à côté des délégués des classes privilégiées, c'est-à-dire des grands. Ce corps administratif et politique représentait ainsi tous les membres corporatifs, donc la généralité de la communauté urbaine (3).

La commune démocratique d'Ypres se trouva dès lors complètement constituée. Tous les vœux étaient comblés, tous les intérêts représentés, toutes les rivalités et haines oubliées. «La fraternité communale» devait donc entrevoir une longue ère de calme et de prospérité; il n'en fut malheureusement plus ainsi; loin de pouvoir manier désormais, en paix, leurs instruments de travail, nos plébéiens durent bientôt.

(1) Ypriawa. IV. 295.

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