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en faire exécuter, au moins immédiatement, les dispositions les plus onéreuses. La paix fut ainsi momentanément rétablie. « Jouissant, dit Le Glay (i), des bienfaits de cette pacification qu'elle avait conquise, au prix de tant de malheurs et de sang, » la Flandre se releva promptement et tout laissait prévoir qu'elle serait bientôt assez puissante pour tenter, comme autrefois, de reconquérir son indépendance, en déchirant sur de nouveaux champs de bataille, les traités désastreux qui lui avaient été imposés.
Philippe le Bel semble avoir compris dès lors qu'il serait impossible de subjuguer définitivement nos communes, aussi longtemps qu'elles resteraient unies à leur seigneur; pendant les dernières années de son règne, il prépara le terrain d'une politique nouvelle qui pourrait permettre un jour à ses successeurs de rompre cette union, en plaçant les comtes de Flandre, par des relations de famille, sous la tutelle des rois de France.
Louis, petit'fils de Robert de Béthune, avait été conduit à Paris dès son enfance, — peut-être à la demande du roi Philippe — mais sous prétexte d'y apprendre la langue française (â). La couronne de Flandre pouvait lui revenir par droit de primogéniture, après la mort de son père, Louis, comte de Nevers et de Réthel (s).
(1) II. 332. ^ Histoire dei comtes de Flandre^ Braxelles. 1843. 2 vol. in-S". Quand nous aurons & citer cet ouvrage, pour abréger, nous nous bornerons à mentionner le nom de son auteur.
(2) Voyez Le Glat, II. 340.
(3) Louis, fils a!né de Robert de Béthune, reçut en dot ces deux comtés lors Je son mariage avec Aiarie, fille de Jacques, comte de Nevers et de Réthel. Nous le désignerons sous le nom de comte de Réthel, afin que nos lecteurs ne le confondent pas avec son fils, comte de Flandre, dont nous nous occupons spécialement ici et qui, héritier de ces deux seigneuries, en porta aussi les noms comme son père.
fils aioé, donc héritier présomptif du comte Robert. Le roi avait accueilli avec empressement cet enfant et le fit élever en quelque sorte sous ses yeux, « à la Française », dit un de nos chroniqueurs, en attendant qu'il pût Tunir, peut-être un jour, à l'une des princesses de sa royale famille. Imprégné dès son enfance, des doctrines qui dominaient la cour deFrance, et sans être initié aux traditions patriotiques de ses ancêtres, le jeune prince flamand fut ainsi, loin de sa patrie, préparé de bonne heure à inaugurer plus tard dans son comté, le régime de la centralisation et de la politique françaises. Aussi fut-il le premier de nos comtes Leliaerts.
Tout en retenant à sa cour l'héritier éventuel du comté de Flandre, Philippe le Bel — comme il l'avait déclaré dans une charte, donnée à Paris le 10 mai 1309 (i) — continua à faire observer toutes les dispositions des anciens traités, dont l'exécution n'avait pas été spécialement ajournée par les lettres données le même jour (2) au comte et aux villes dé Flandre. Toutefois, désirant sans doute se rendre ces villes favorables, afin de pouvoir mieux donner suite plus tard à ses desseins, le roi semble avoir cherché bientôt à ménager nos grandes communes, en ne froissant pas immédiatement leurs intérêts locaux: ainsi il accorde (9 mai 1311) aux échevins d'Ypres un nouveau délai pour démolir les fortifications de leur ville (3) et leur remet (Janvier 1312 n.s.) diverses peines qu'ils avaient encourues pour retards dans l'observation d'autres prescrip-
(1) ArcA. yp. Inv, 266.
(2) Lettres mentionnées plus haut. Arch. Yp. Inv, 2Ô5. (^ Arch. Yp. Inv. 295.
lions du traité d*Athies (i); puis (19 juillet même année), il octroie aux habitants du comté, lin répit pour divers payements qui lui sont encore dus en vertu de ce traité (s).
L^octroi de ces répits avait du reste un autre but encore : Pour garantir l'entier payement des lourdes contributions imposées au comté, Philippe le Bel avait saisi les villes de Lille, de Douai et d'Orchies; il désirait ne pas s'en dessaisir et ces répits lui permettaient d'en prolonger Toccupation. Le roi chercha même — et réussit — à annexer momentanément ces villes à son rovaume.
Enguerrand de Marigny, conseiller intime de Philippe, avait été chargé d'ouvrir des négociations dans ce but, avec le comte Robert; c'était un négociateur habile, même rusé; il fiiscina par de belles paroles et de fallacieuses promesses, le vieux comte, « de son naturel, homme doux, assez simple et facile à être persuadé, » dit d'Oudegherst, et parvint à amener Robert de Béthune à signer un acte de renonciation à la propriété même des trois villes de la Flandre gallicante.
Cette cession, faite sans leur inten^ention, même à leur insu, irrita vivement les communes ; jamais elles n'auraient consenti à laisser morceler le territoire du comté; aussi leurs échevins s'empressèrent-ils d'adresser les reproches les plus durs à leur seigneur. Le vieillard ne tarda pas à reconnaître qu'il était tombé dans un piège et demanda l'annulation de l'acte de renonciation qu'il prétendit être de nulle valeur, pour cause de dol et de fraude. Mais Philippe le Bel, quand il
(1) Arek. rp. Inv. 300.
(2) Arch. Tp, Inv. 301.
tenait une proie, ne la lâchait plus ; les réclamations et les doléances du comte ne furent donc pas écoutées.
Bientôt Robert de Béthune, exaspéré et sans cesse excité par les communes, n'hésita plus à rompre ses relations avec son puissant voisin. Des conférences avaient été ouvertes à Tournai entre les délégués du roi et les procureurs des villes flamandes; le comte s y était aussi rendu, mais, au lieu de chercher à faire la paix, il ne craignit pas, dans sa colère sénile, d'y tenir des propos injurieux contre son suzerain, et de mettre fin à la conférence en quittant brusquement Tournai.
Cette félonie était un casus belli ; mais Philippe le Bel désirait ne pas ouvrir immédiatement les hostilités; il craignait, en se brouillant avec les communes flamandes, de perdre les fruits de la bienveillance qu'il venait de leur témoigner. D'ailleurs, le comte était vieux et maladif; après sa mort, une situation nouvelle semblait devoir se produire. Le suzerain se borna donc à citer son vassal félon devant la cour des pairs. Bien que Robert de Béthune eût refusé d'y comparoir et que cette cour eût prononcé la confiscation de tous les biens du prince contumace, le roi^ toujours désireux de gagner du temps, consentit encore, durant une trêve qui n'était pas expirée, à poursuivre avec son vassal récalcitrant, des négociations de paix qu'il était décidé, bien entendu, à faire traîner en longueur.
Pendant qu'on négociait ainsi lentement, des deux côtés on se préparait à la guerre: en France, le roi convoquait ses chevaliers ; en Flandre, les milices des rommunes, toujours hostiles aux français, s'empressaient de se ranger sous la bannière de leur seigneur; mais, avant l'expiration de l'armistice, Philippe le Bel mourut à Paris (24 Novembre 1314), à l'âge de 46 ans.
La mort de Timplacable et astucieux ennemi de la Flandre ne modifia pas la situation; son fils aine et successeur (1314), Louis X, surnommé le Hutin, plus emporté, comme ce surnom Tindique, donc moins temporisateur que son père, avait résolu d'envahir la Flandre, aussitôt que la trêve serait expirée; mais avant que son armée pût atteindre la frontière, Robert de Béthune et ses flamands avaient pris Toffensive; ils assiégeaient la ville de Lille qu'ils avaient tenté de surprendre quand rapproche d'une nombreuse armée royale les força à se retirer derrière la Lys vers Courtrai.
Le roi les poursuivit; il se préparait à les attaquer, quand des pluies torrentielles inondèrent son camp établi à Bondues {i) et le forcèrent d'ajourner la bataille; son armée, embourbée dans des terrains marécageux pouvait à peine se mouvoir: « G'étoit grand pitié et douleur, dit un chroniqueur, cité par Le Glay (i), car les riches destriers gisoient dans l'eau jusqu'aux arçons et les barons et chevaliers alloient dans la fange jusqu'aux genoux.... ils étoient fort tourmentés, d'autant plus que les flamands, qui se tenoient si près d'eux, connoissant le pays et tous les passages, se boutoient chaque jour dans le camp. » Se rappelant sans doute la sanglante défaite essuyée quelques années auparavant (1302) par les français, non loin de Bondues, dans la plaine, marécageuse aussi, de Groeninghe, le roi donna ordre à ses gens de battre précipitamment en retraite, abandonnant son camp aux milices communales ; celles-ci, dit le chroniqueur déjà cité, « à
(i; A iiii-chemiD de Lille et Courtrai. V' IL 3K).
Taspect de cette retraite, s'y ruèrent et y gagnèrent tentes, pavillons, joyaux d'or et d'argent et tant de bonnes armures que c'est merveille à penser; ensuite elles se retirèrent à bel aise en leur lieu. » Louis le Hutin ne put prendre sa revanche; il mourut (1316), peu de temps après cette expédition désastreuse.
Son frère, Philippe V, dit le Long, lui succéda ; c'est ce monarque qui, moins emporté et plus habile que Louis le Hutin, réussit à réaliser ce que Ton peut appeler la politique matrimoniale préparée par leur père, Philippe le Bel. Diverses combinaisons avaient été déjà tentées, sans succès, pour donner la main d'une princesse française au jeune Louis de Nevers, héritier éventuel du comté de Flandre; mais avant même d'être sacré roi de France, Philippe le Long avait conçu le projet d'unir sa propre fille, Marguerite d'Artois, au jeune prince flamand; les mesures qu'il prit dès lors, pour assurer en tous cas la succession de Robert de Béthune au petit-fils de celui-ci, ne laissent aucun doute sur les vues de Philippe de France ; pour le prouver, il suffit de jeter un rapide coup d'œil sur quelques événements politiques de cette époque (i).
Quand mourut Louis le Hutin, sa seconde, femme, Clémence de Hongrie, était enceinte; il aurait ainsi pu laisser un fils posthume,donc un héritier de sa couronne. En attendant les couches de la reine douairière, Philippe le Long, frère du défunt, avait été chargé de gouverner le royaume, avec le titre de régent; dès qu'il fut en possession du pouvoir, il se hâta de suspendre les hostilités contre la Flandre et d'ouvrir de
(l) Voyes Ls Olay, II. 341.
nouvelles négociations avec les bonnes villes, les cbâtellenies et les bailliages du comté; le régent voulait, disait-il, faire interpréter et adoucir diverses dispositions des anciens traités ; espérait-il amadouer les flamands par ces belles promesses — que, nous le verrons, il ne devait pas tenir — et les déterminer ainsi à consentir bientôt au projet de mariage qu'il caressait déjà en secret dans ses rêves politiques?
Des conférences furent donc ouvertes à Paris, au mois d'Août 1316. Toutes les villes, châtellenies, bailliages de Flandre y avaient envoyé leurs procureurs ; Pierre Anguille (Paelding), Jean Bardonc, Lambert Belle et Chrétien Hanowas représentaient la commune d'Ypres dans cette conférence (i). Le l""' Septembre suivant, les délégués du régent conclurent avec les députés flamands — ou plutôt leur dictèrent — un traité (s), dont une des dispositions révèle, comme il vient d'être dit, les projets d'alliance matrimoniale alors déjà médités par le régent de France.
Robert de Béthune avait fait, en 1315 (s), un testament — et plus tard il y ajouta divers codicilles — pour régler sa succession; il avait assigné le comté de Flandre à son fils aine, Louis de Réthel, mais par une clause de ce testament, écrite peut-être sous la pression des influences françaises, le vieux comte, pour le cas où son fils, et « son droit hoir », décéderait avant lui, avait légué sa couronne à son petit-fils, le jeune Louis de Nevers, fils aine de Louis de Réthel. Le
(1) Voyez pour ces négociations etc., etc. nos Vpriana, IV. 239.
(2) Une copie de ce traité — écriture de l'époque — est consertée aux archiva»» d'Ypres. /iir. 324.
(3) Lk Olay, II. ;)47.
comté de Flandre semblait doac devoir, en tout cas, revenir un jour, — soit par droit de primogéniture, soit par testament-— à Tenfant que Ton continuait à retenir avec une sollicitude intéressée, à la cour de France.
Toutefois ces prévisions auraient encore pu être trompées : le testateur pouvait modifier son testament; la légalité de cet acte aurait aussi pu être contestée.
La clause du testament, qui appelait conditionnellement le jeune prince à succéder à son aïeul, enlevait à Robert de Gassel, second lils de Robert de Béthune, les droits qu'il avait de réclamer la couronne de Flandre, en cas de prédécès de son frère aine. Lie vieux comte avait, à vrai dire, chargé celui-ci de c< fournir, à son frère puiné, mille livrées de terres » et avait assigné à ce dernier en apanage et pour former sa part héréditaire, outre les terres d'Âlost, de Grammont, des quatre métiers et de Waes (i), presque « tous les châteaux, villes, seigneuries, terres et pays » situés dans la contrée qui, occupant le sud-ouest du comté, est désignée dès lors, dans un de nos documents, sous le nom de Westflandre (â). Mais Robert de Gassel était ambitieux et remuant; bien qu*il eût accepté ces apanages comme compensation de ses droits éventuels à la couronne comtale et juré de respecter le testament
(1) Lb Olat, II. 317.
[2} C*eéi (laoR an acte passé au mois d'Août 1333, devant Jacques de Uasselt, bailli d'Ypres, que Ton trouve, à notre connaisssance, pour la première fois ce nom (Arch, Tp. Inv. 369). — a La généralité » nommée la Westflandre ou le Westland, dont Ypres, d'ancienneté, troisième bonne ville de Flandre, fui tautôt en fait, tantôt par des dispositions administratives et politiques, la capitale, puis la chef-ville, cette généralité ne dut-elle pas, sinon son origine, du moins une espèce d'existence corporalive au • partage du comte Robert de Béthune ? »
de son père, on pouvait prévoir que plus tard, trahissant ses serments, il revendiquerait ses droits et réussirait peut-être à les faire prévaloir, soit devant le parlement de Paris, soit par la force, avec le concours des mécontents du comté, dont plus d*une fois il avait été le défenseur? On verra plus loin que ces prévisions se réalisèrent.
D*un autre côté, regrettant de devoir fournir à son frère puiné mille livrées de terres et lui donner en apanage de nombreux (iefs et seigneuries du comté, Louis de Réthel avait refusé d*abord de reconnaître la validité du testament, si favorable cependant à son propre fils ; c^ refus pouvait se prolonger, et plus tard remeHre en question les droits que cet enfant aurait |)u fonder sur le testament de son aïeul.
Louis de Réthel était en effet un prince entêté, fourbe, fantasque, d'un caractère violent et d'une conduite déréglée; il passa de longues années de sa vie en prison, tantôt dans le donjon de Monthléry, tantôt dans une tour du Louvre. Ses instincts étaient si pervers qu*on le crut capable de commettre même un parricide! Soupçonné de chercher à attenter à la vie de son père, il fut arrêté à Bornhem et emprisonné dans un cachot à Rupel monde ; c*est plus tard seulement (en 1321 ou 1322) qu'il envoya des lettres de soumission et de réconciliation à son « très chier seigneur et père », en promettant de sceller le testament paternel, mais(c quand il Tauroit vu etseroit hors de prison »(i).
(1) « Noutf saielleroDS le lestament nostre très chier seigoear et père mais que noas l'aions veu. Mess, de Nevers jurra aussi que de quelle eure qu*il soit hors de prisoD il renouYelera.... les dites promesses et accords et SD donra adont ses lettres de rechief. (Voyes Ârch, Tp» Inv» 352 et 358).
Le refus de sceller ce testament devait donc faire rédouter, en 1316, de sérieuses difficultés pour Tavenir.
Enlin, Robert de Béthune irrité contre son fils, ou pour d'autres motifs, pourrait — on l'a dit — modifier la disposition de son testament si favorable à son petit-fils.
Cette situation inquiétait Philippe le Long; dans sa pensée, le mariage de sa fille avec Louis de Nevers était subordonné à la condition sine quâ non que le jeune prince serait absolument certain d*étre un jour comte de Flandre. La clause testamentaire râlant la succession du comte Robert, pouvait, on Fa vu, être révoquée ou rester inexécutée; mais elle serait irrévocable et son exécution serait assurée, si, reproduite dans un acte synaliagmatique, passé entre le régent de France, les membres de la famille comtale et les bonnes villes de Flandre, elle ne pouvait être mo* difiée que du consentement de tous les contractants.... et Philippe le Long n'aurait jamais donné son consentement. Le régent fit donc insérer cette disposition testamentaire dans le traité que ses députés négociaient, au mois d'Août, à Paris, avec « ceux de Flandre » (i).
D'après des chroniqueurs, cités par des historiens modernes (â), le jeune Louis de Nevcrs aurait été déjà tiancé, en 1316, à la fille du comte d'Ëvreux, puis, Tannée suivante, à l'une des filles du comte de Valois. Le jour de ce dernier mariage aurait même été fixé. Quoi qu'il en soit, ces princesses françaises ne de-
(1) Arch. Yp. Jnv. 324, art. 22.
[i) Voyez Kbrvtn, 111. 96.
vinrent pas comtesse de Flandre. Philippe le Long fit-il rompre ces projets de mariage, parce qu*il était décidé à unir sa propre fille à Tbéritier de la Flandre? il est au moins permis de croire qu*en ordonnant dMnsérer dans le traité de 1316, une disposition assurant la couronne de notre comté à Louis de Nevers, le régent considérait dès lors le jeune prince comme son futur gendre et se laissait guider par des intérêts de famille, en harmonie du reste avec ses préoccupations politiques. Des événements, que nous rappellerons plus loin, semblent ne laisser aucun doute à cet égard. Quoi qu*il en soit, la célébration du mariage, alors déjà décidé par Philippe le Long, dut être momentanément ajournée; Marguerite d'Artois était encore au berceau et Louis, son futur époux, avait à peine atteint sa douzième année !
Divers événements auraient d'un autre côté nécessité cet ajournement. Clémence de Hongrie, reine douairière, était accouchée d*un roi, mais cet héritier direct de Louis le Hutin n'eut d'autre trône que son premier berceau: il ne vécut que cinq jours. Son oncle, jusqu'alors régent, lui succéda comme rai de France; toutefois par suite.de certaines contestations, il ne fut sacré que le 3 Janvier 1317.
Dès le début de son règne, Philippe le Long eut à lutter contre le comte Robert et les flamands. Outre quelques dispositions plus ou moins favorables à la Flandre, le dernier traité en contenait d'autres qui maintenaient et aggravaient même les clauses les plus onéreuses des anciens traités (i) ; les bonnes villes
(1) Yoyes Arch. Yp. Inv. 324 et Ypritna, IV. 240.
n-avaient donc pas consenti à ratifier ce nouveau « pacte d'iniquité », imposé à leurs procureurs et Robert de Béthune avait refusé d'abord de se rendre à Paris, quand il y fut mandé pour jurer cet ce odieux traité ». Une nouvelle guerre était inévitable; bientôt elle est déclarée et se poursuit avec acharnement ; c'est à peine si quelques armistices et des négociations, d'abord sans résultats, laissent parfois un instant de répit aux belligérants {i).
Avant l'expiration de l'une de ces trêves, les hostilités avaient été reprises sur terre et sur mer ; des navires français sont capturés, le comte et ses flamands assiègent les châteaux de Gourtrai et de Gassel; les châtelains de ces forteresses capitulent, et les fortifications de ces châteaux sont démantelées. De son côté, après avoir fait lancer l'interdit sur toute la Flandre, par le cardinal Gosselin, délégué du pape, le roi fait occuper les comtés de Nevers et Réthel ; en même temps il dirige une armée sur Saint-Omer ; ses hommes d^armes, sous le commandement du sire de Maréquigneul (2), envahissent les châtellenies de Gassel et de Bergues; tout y est mis à feu et à sang; du haut des murailles d'Ypres, on voit les sombres lueurs des incendies qui détruisent les bourgs et les villages de ces riches territoires.
Le pape Jean XXIU intervint pour faire cesser ces désordres ; il prêcha la paix au roi, au comte, aux communes ; d'après des historiens (3), le roi d'Ângle-
(1) Il n*e8t pas possible de narrer ici tons les incidents de ces guerres et de ces conférences. (Voir les chroniques et les histoires de la Flandre.) Nous nous bornons à en rappeler ici les épisodes caractéristiques.
(2) Lb Olat, II. 343.
(3) Voyex les historiens etc., cités par Kbrvtn, III. 85,
terre et d^autres souverains chargèrent leurs ambassadeurs de seconder la bienveillante médiation du souverain pontife. Cest peut-être avec l'espoir de déterminer les bourgeois de notre commune, à entrer dans ses vues, que le roi d^Angleterre, Edouard II, — dont le fils exerça bientôt une influence si considérable sur les destinées de la Flandre — renouvela, par ses lettres du 16 Septembre 1317 (i), tous les privilèges accordés aux marchands d'Ypres, par son aîeal Henri, puis confirmés par son père, Edouard I et par lui-même (s).
Malgré la médiation paternelle du souverain pontife et rintervention bienveillante de puissants monarques, la réconciliation de la France et de la Flandre semblait impossible, les bases d*un arrangement faisaient absolument défaut. Le roi exigeait avant tout Tadhésion du comte et des communes aux anciens traités et la cession définitive à la France, des villes de la Flandre gallicante ; de leur côté, Robert de Béthune et les bonnes villes déclaraient qu'ils ne déposeraient pas les armes avant d'avoir obtenu la rétrocession de ces villes et des adoucissements à ces traités. La guerre se serait donc peut-être prolongée longtemps encore, si la Flandre épuisée n'avait été obligée d'accepter enfin la paix.
Sa situation était alors déplorable. Nos villes, il est vrai, s'étaient relevées, on Ta vu, après la pacification de 1309; mais, depuis 1314, leur état s'était promptement modifié; cinq ans plus tard, les guerres, les famines et les pestes avaient ruiné nos communes et
(1) Arch> Tp. Inv. 326.
(2) Ârch. Tp. Inv. 52 (1233) — 102 (1259) - 251 (1307) - 303 (1312) Voyez aussi Arçk. 7p, Inv. 339.
dédmé plusieurs fois leurs populations; leur commerce et leurs industries — notamment la grande draperie d'Ypres — étaient en décadence et Robert de Bélhune lui-même ne parvenait plus à combler les vides de son trésor; malgré les prêts importants que lui faisaient les communes, il fut bientôt insolvable.
Le comte Robert avait emprunté successivement en 1317, 1318 et 1319, aux échevins d'Ypres, des sommes considérables et, pour en garantir le remboursement, donné en gages, d*abord tous les revenus de ses bois et de sa terre de Nieppe (i), puis, à bout de ressources, tout ses joyaux d*or et d*argent, même les ornements de sa chapelle (â). Vers la fin de Tannée 1319, date fixée pour le remboursement de ces prêts, la détresse du prince était telle qu*il ne put faire honneur à ses engagements ! Alors, ce pour le secourir dans ses besoins », nos échevins et leurs bourgeois « mus de pitié », lui donnèrent « en courtoisie » à son instante prière, une somme de 3000 livres parisis, savoir une obligation de 1580 livres qu'il ne pouvait payer et en outre, 1420 livres en argent comptant; ils rendirent alors aussi à leur seigneur, libéré généreusement par eux de toutes ses dettes, les joyaux et les ornements sacrés (3) qu'il avait déposés en gages dans la trésorerie du beffroi dTpres (4). Mais les communes, épuisées elles-mêmes, ne pouvaient continuer à s'imposer de semblables sacrifices ; le nerf de la guerre faisant ainsi défaut, il fut impossible de
(1) Areh. y p. Inv. 325.
(2) Arch, Tp. Inv. 327 «t 332.
(3) AreÂ, Tp. Inv. 338 et I. Dibosrick: Ann. Soc, HisL de la West- Flandre, I. 848.
(4) Comptes de la ville d^Ypres.. Voyez Ypriana^ I. 182.
poursuivre plus longtemps la lutte contre la France. Cestj[alors qu*on fut forcé, comme on Ta dit, de faire la paix.
Philippe le Long profita habilement de cette situation désespérée, pour imposer toutes ses volontés à la Flandre et pour mettre enfin à exécution le projet de mariage auquel il songeait, depuis la naissance de sa fille Marguerite.
Les préparatifs de guerre qui se faisaient alors en France, venaient d^être provisoirement contremandés et de nouvelles négociations avaient été ouvertes à Paris; Robert de Béthune reçut ordre de se rendre en cette ville, pour prendre part à ces conférences ; cédant aux instances des communes — qui voulaient faire la paix — il obéit à cet ordre; des procureurs de nos bonnes villes raccompagnèrent en France.
Avant d'entamer les négociations, Philippe le Long fit notifier de nouveau à son vassal le traité du V septembre, lui enjoignant de rapprouver par serment. Depuis 1316, aucun adoucissement, aucun changement même, n'avait été introduit dans les dispositions de cet acte; il reproduisait donc la clause du testament par laquelle Robert de Béthune avait, dès 1315, appelé son petit-fils à lui succéder éventuellement, comme comte de Flandre, clause à laquelle le roi, résolu à faire conclure et célébrer bientôt le mariage de sa fille, attachait alors une importance plus grande encore que précédemment.
Le vassal s'était résigné à reéevoir cette notification en silence, mais quand lecture lui fut donnée des articles, concernant les écrasantes indemnités de guerre, imposées à sa patrie et la cession définitive des villes de la Flandre gallicante à la couronne de France, le
vieux prince, énergique encore malgré ses quatre-vingts ans, ne put maîtriser son indignation : a Jamais ! non, jamais! s'écria-t-il, je ne scellerai un pacte aussi honteux» et, se levant brusquement, il sortit furieux. Le soir même, le vieillard quitta Paris, à Tinsu de ses gens et seul, pendant la nuit^ il reprit tristement à cheval le chemin de son comté.
Terrible fut la colère de Philippe le Long, quand il apprit ce brusque départ; sa victime lui échappait... mais, dès le lendemain, elle vint elle-même s^offrir en holocauste. Les députés des bonnes villes qui avaient accompagné leur seigneur, pour assister avec lui aux conférences, s'étaient mis à la poursuite du fugitif elTavaient bientôt rejoint; ils lui rappellent alors que leurs communes ruinées ne peuvent plus continuer la goerre, et tracent le sombre tableau des désastres qui seraient pour leur pays, abandonné à lui-même, sans résistance possible, les conséquences d'une nouvelle invasion française ; ils déclarent enfin que, dans cette situation désespérée, ils ont mandat de faire la paix à tout prix, ajoutant, dit un historien (i), que s'ils retournaient sans Tavoir conclue, on en rejetterait la faute sur eux et qu'ils «couroient risque de n'avoir bientôt plhs de testes pour mettre dans leurs chaperons» (s). Le comte se laissa-t-il persuader? En tous cas, soit de gré soit de force, il fut ramené à Paris.
Dès lors s'était évanoui tout espoir de résister plus longtemps aux volontés du roi. Robert de Béthunc,
(1) Le Olat, II. 346.
(2) D'OuoBOBBRST, II. 363, note de Lbsbroussart d'après Villarbt, VIII. 84.