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renonçant à ses illusions patriotiques, comprit qu1l devait céder; le 5 mai 1320, il consentit à ratifier, la mort dans l'âme, le désastreux traité de 1316.
Le sacrifice semblait consommé et tout laissait espérer que la paix serait enfin assurée, quand un nouvel orage faillit détruire cet espoir. Sous prétexte d'assurer la stabilité du nouveau traité, Philippe le Long offrit la main de sa fille, Marguerite d'Artois, au petit-fils du comte Robert. Louis de Nevers avait seize ans et Marguerite atteignait à peine sa huitième année! C^ette union paraissait donc ne pouvoir être ni célébrée ni même conclue immédiatement; ne fallait-il pas pressentir les inclinations de ces enfants et leur laisser le temps sinon de s'aimer, du moins de se connaître? Mais le roi, ne voulant pas laisser échapper l'occasion favorable qui se présentait pour réaliser en même temps que ses désirs paternels, la politique matrimoniale rêvée par Philippe le Bel, déclara que ce mariage enfantin était une condition essentielle, sine quâ non^ de la ratification du traité, et qu'il devait être célébré dans un bret délai. Puis il soumit à la signature de Robert de Béthune un traité additionnel pour en assurer la conclusion définitive.
Le vieux comte, prévoyant les fatales conséquences que cette union pourrait avoir pour les institutions de la Flandre, refusa d'abord, avec indignation et colère, de sceller ce pacte qui froissait non seulement son patriotisme mais en même temps ses sentiments les plus intimes : pouvait-il consentir à unir l'héritier éventuel de sa couronne à la fille d'un roi, qui, comme ses prédécesseurs, avait ruiné le pays de Flandre et cherché à dénaturer toutes ses franchises? D'ailleurs le souvenir de la longue captivité de son père. Gui de Dampierre^ mort
dans les prisons de Philippe le Bel, était encore sans cesse présent à la mémoire du vieillard; lui-même n'avait-il pas été longtemps le prisonnier* du roi de France? L'héritier des victimes pouvait-il épouser Théritiëre des bourreaux de sa famille ?
La résistance du prince octogénaire parut d'abord devoir être invincible, mais les nobles de sa cour, les magistrats des bonnes villes, enfin le cardinal Gosselin lui-même le supplièrent de faire taire ses légitimes répugnances, pour sauver, disaient-ils, le comté d'une ruine certaine. C'est alors seulement, « comme constraint et forché, dit d'Oudegherst (i), pour avoir la paix », que notre dernier comte, flamand de cœur, consentit au fatal mariage qui, en enchaînant son petit-fils au trône de France, devait donner bientôt au pays de Flandre son premier comte Leliaert^ c'est-à-dire un irréconciliable ennemi de ses antiques libertés.
Robert de Gassel adhéra à ce traité, bien que celuici reproduisit la disposition testamentaire par laquelle son père privait son second fils de ses droits éventuels à la couronne comtale.
Philippe le Longtriomphait; rien ne pouvait désormais entraver la réalisation de ses desseins. Le mariage de Louis de Nevers et de Marguerite d'Artois fut célébré avec grande solennité à Paris, vers la fin du mois de Juillet d320.
La jeune u épousée » avait reçu, comme dot, une somme de soixante mille livres parisis; son père s'était montré d'autant plus généreux en cette circonstance, qu'il pouvait se libérer de ses engagements sans bourse délier. A la veille, peut-être le jour même, des fêtes nuptiales, le roi décida, en effet, que cette dot serait
(1) T. II. 364, Edition LmsKoussART.
prélevée sur les sommes que le pays de. Flandre lui devait encore, d*après les traités; il prescrivit par la même charte (i) de convertir quarante mille livres en terres qui resteraient Théritage de sa fille et de payer les vingt mille livres restant au beau-père, ou, en cas de prédécès de celui-ci, au juvénile époux de Marguerite.
Celte affaire avait donné lieu à certaines négociations. Nos communes désireuses de faire la paix et, moins clairvoyantes que Robert de Béthune, sétaient montrées favorables à cette union, dont le comte redoutait avec raison tes conséquences politiques, pour les libres institutions de son pays; elles avaient promis de remplir scrupuleusement toutes les obligations pécuniaires résultant des traités, « aussitôt que serait conclu le mariage projeté entre la fille du roi et le petit-fils de leur seigneur » (s). Nonobstant ces promesses de nos magistrats, Philippe le Long daigna renouveler le 22 Juillet (1320) (s), les lettres de répit qu1l avait accordées le 8 mai précédent, aux habitants de la Flandre, pour les sommes qu*ils devaient lui payer conformément aux dits traités (4). Ces sommes étaient énormes (5), les communes n'auraient pu les solder immédiatement; ea accordant certains répits, le roi espérait assurer au moins le payement de la dot qu'il avait promise à sa fille! Ces lettres étaient donc dictées, non par des sentiments de bienveillance et de générosité, mais dans un but intéressé.
(1) Arch, Tp. Inv. 844.
(2) Arch, Yp. Inv, 343.
(3) Arch. Tp, Ino. 343.
(4) Arch. Tp. Inv. 341.
(5) Arch. Yp. Ino, 324.