AYANT-PROPOS
Au mois (l*août 1869, presqu'à la veille du jour fixé pour inaugurer « la salle éehevinale d'Ypres », récemment restaurée, des amis nous témoignèrent le désir de voir publier, avant la cérémonie inaugurale, « quelques renseignements sur Tancienne destination de cette salle et sur les œuvres d*art, spécialement sur les peintures murales, qui venaient d*y être exécutées. »
L*idée était excellente ; il pouvait ne pas être facile de saisir, à première vue, la signification historique de ces nombreuses œuvres d*art qui complètent ou plutôt forment la décoration monumentale de cette chambre et Ton ignorait même généralement que cette salle fut, durant des siècles, le siège et le prétoire de nos échevins communaux.
L'utilité et Topportunité d'une notice explicative étaient ainsi incontestables, mais le temps manquait pour écrire et faire imprimer un travail sérieux; il fallut donc se borner à rédiger à la hâte quelques notes historiques, afin de pouvoir les distribuer le 9 août, jour
(le rinauguration; mais, dans la petite brochure (i) qui fut alors distribuée, nous primes rengagement, au moins implicite, de publier un jour des études plus complètes sur notre antique chambre des échevins et sur sa restauration, au XIX"" siècle.
Cette promesse faite, il y a plus de huit ans, nous pouvons seulement la remplir aujourd'hui ; et au lieu d'une simple monographie, nous publierons successivement une série de notices historiques sur notre ville natale.
Diverses circonstances expliquent ce retard et d*autres nous ont déterminé à modifier notre premier projet.
Dès 1870 et jusqu'en 1876, les incessants tracas de la
vie politique ont pris presque tous nos moments et diverses publications ont en partie absorbé nos rares loisirs. A ces premières causes de retard en ont succédé d'autres.
Avant de rédiger notre monographie, il fallait, pour faire œuvre consciencieuse, réunir des notes et des renseignements de toute espèce, consulter de nombreux ouvrages, et surtout fouiller nos riches archives communales. Ces recherches préparatoires ont été longues et laborieuses, mais grâces à l'inépuisable complaisance de notre ami, Monsieur I. Diegerick, le savant archiviste de la ville d'Ypres, leur résultat a dépassé toutes nos espérances.
Peu à peu nous avons donc pu rassembler une quantité de notes et documents considérable... trop considérable
(1) Cette petite brochure, de huit pages, a eu plusieurs éditions, revues et augmentées ; elle est publiée dans les Annales de la Société Hiitorique etc., de la ville cT Ypree et de l'ancienne Weet* Flandre^ t. IV, p. 215.
peut-être, car nous avons pu constater que le proverbe « abondance de biens ne nuit point, » n'est pas toujours une vérité.
L'embarras du choix est grand alors, et souvent même, on n'a ni le courage, ni le bon goût de choisir. Ne désiret-on pas faire connaître tous les faits, tous les documents inédits que Ton est parvenu à découvrir? Ce désir est tel que trop souvent, afin de le satisfaire, l'auteur perdant de vue le sujet principal de son travail, s*en écarte longuement, pour donner des détails, intéressants sans doute, mais qui trouveraient mieux leur place ailleurs.
Nous aussi, confessons-le, nous nous sommes laissé entraîner: en écrivant une première notice sur notre chambre des échevins, nous avons cherché à y utiliser presque tous nos documents inédits, mais après plusieurs années d*un travail assidu, nous avons reconnu que nous avions produit une œuvre difforme, indigeste, manquant d'ensemble et de méthode. Déception pénible! que de temps perdu ! notre manuscrit avait près de cinq cents feuillets ; que faire?
Suivant le précepte de Boileau, nous n'avons pas hésité à remettre sur le métier notre ouvrage, à le remanier complètement, à le fractionner, c'est-à-dire à en élaguer, sauf quelques données historiques, tous les détails qui ne se rattachaient pas directement à notre sujet, puis à faire de ces détails, mentionnés incidemment, l'objet de notices spéciales.
Ce remaniement a exigé un long travail et retardé de plusieurs années encore,Ma réalisation de la promesse
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dite 6D 1869, mais nos études ainsi remaniées seront classées dans un ordre plus méthodique, elles seront plus complètes aussi, car chaque notice, traitant un sujet spécial, pourra recevoir le développement qu'elle comporte.
Ce plan nouveau présente toutefois des inconvénients ; ainsi, pour n'en citer qu'un seul, des redites ou répétitions sont inévitables. Divers sujets traités dans des notices différentes ont en effet une certaine connexité ; l'on ne peut leur donner le développement qu'ils exigent, sans rappeler des faits déjà mentionnés ailleurs. Mais ces répétitions concernent l'histoire de notre ville natale ; nous espérons donc que nos lecteurs Yprois diront, avec nous : repetita placent.
C'est par suite de ces circonstances et pour ces motifs que la monographie promise en 1869 n'a pu paraître jusqu'ici et que nous nous sommes décidé à publier sous le titre de : « Ypriàna » un recueil de notices et de notes sur Ypres.
Le choix de ce titre est-il heureux? la terminaison ana indique souvent, il est vrai, « un recueil de bons mots, de reparties plaisantes », mais elle indique parfois aussi un ensemble de « traits d'Histoire »: pourquoi, malgré des objections faites par des puristes, ne pourrionsnous pas donner le titre général de : Ypriana à notre recueil de notices sur Ypres?
Chacune de ces études forme un petit travail distinct : nous aurions donc pu les publier séparément, dans diverses brochures ou revues et spécialement dans les
Annales de la a Société historique de la ville d*Ypres et de Fancienne West-Flandre. » Mais ne valait-il pas mieux les réunir en un recueil spécial et publier celui-ci à nos frais?
Ainsi réunies, ces notices formeront un ensemble et pourront être facilement consultées par les lecteurs qui s'intéressent plus particulièrement à Thistoire de notre ville.
Nous éviterons aussi Finconvénient grave de monopoliser, à notre profit, les pages de diverses publications savantes, notamment de notre Société Yproise dont les Annales pourront continuer à publier les travaux d'érudits confrères et de jeunes auteurs désireux d*y voir paraître leurs essais historiques.
Nos diverses études formeront plusieurs groupes, composés de notices ayant une certaine connexité; ainsi celles qui concernent notre beffroi, la Halle aux draps et ses annexes, seront publiées dans le tome I de nos Ypriànà, sous la rubrique: les Halles (FYpres. Le tome 11 contiendra la monographie de notre chambre des échevins, ancienne et restaurée; enfin nous réservons pour le tome 111, et peut-être pour un tome IV, d'autres notices sur Ypres,... si nous avons le temps de les achever.
On trouvera dans nos Ypriana, de nombreux détails locaux... trop nombreux... trop secondaires peut-être, sans portée historique proprement dite, mais, qu'on veuille bien le remarquer, notre travail s'adresse avant tout à nos a co-bourgeois », et pour eux comme pour nous, tout ce qui concerne la ville natale, otfre un incontestable intérêt.
Nos recherches el les extraits de comptes mis à notre disposition, nous ont révélé les noms de peintres, tailleurs d'images, et autres maîtres, depuis longtemps oubliés. On nous reprochera sans doute de mentionner CCS noms, pour ainsi dire en passant, sans donner aucun détail biographique sur ces « maîtres » ; mais de telles biographies nous eussent souvent distrait de notre sujet; d ailleurs, nous nous proposons de réunir et de publier, dans un travail spécial, tous les renseignements que nous avons pu rassembler sur nos artistes Yprois des siècles passés.
Enfin on nous demandera peut-être aussi, pourquoi nous avons cité si fréquemment les noms de simples ouvriers qui travaillèrent pour nos échevins. Mais les bourgeois dTpres n*ont-ils pas toujours occupé une place importante, la plus considérable même, dans rhistoire de notre puissante commune? N'est-ce pas à ces travailleurs qu'Ypres doit ces admirables et impérissables monuments? les noms de ces plébéiens intelligents, laborieux, « utiles », ne méritent-ils pas d'être connus et signalés à la reconnaissance de la postérité? Les bourgeois d'Ypres n'ont-ils pas, comme les anciens privilégiés, le droit de conserver le souvenir et d'être fiers de ceux de leurs ancêtres qui ont rendu par leur travail de réels services à leur ville.
De nombreux extraits de nos comptes communaux sont publiés dans notre travail; les sommes payées y sont presque toujours indiquées en livres parisis, ce monnaie de compte » usuelle à Ypres durant des
vu
siècles. Deux livres parisis valaient un florin de Brabant.
Un de nos numismates les plus érudits, M' Ghalon, a publié (i) de savantes « recherches sur la valeur intrinsèque du florin de Brabant comparée à celle de notre franc actuel, depuis le milieu du XV"" siècle jusqu'en 1795. » Cette étude ne permet pas d'apprécier exactement le prix vrai des choses que Ton obtenait en échange de ces monnaies, soit réelles, soit de compte, en d'autres termes leur valeur relative, car celle-ci, par suite de faits économiques trop nombreux et trop divers pour être expliqués ici, a notablement varié depuis le XV"" jusqu'à notre époque.
Toutefois, comme le travail de notre savant numismate facilite l'évaluation au moins approximative de ces valeurs, nous avons cru pouvoir plus d'une fois réduire, d'après ce travail, en francs les sommes indiquées dans les comptes de nos trésoriers. Les « recherches » de M' Ghalon pourront ainsi être utilement consultées par nos lecteurs.
Les faits et détails locaux rappelés dans nos Ypriana, nous ont presque tous été révélés par des documents, souvent inédits, conservés dans nos archives communales; quant aux épisodes de l'histoire d'Ypres qui se rattachent soit à l'histoire de la Flandre, soit à l'histoire du pays, nous avons puisé des renseignements et dans ces archives et dans divers ouvrages d'auteurs estimés.
(1) Voyez Rbnibr Cbalon. Hevue de la numismatique Belge^ 5* série, t. IXh 1871.
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L'engagement que nous avons pris en 1869, — un peu à la légère peut-être, — n'était pas facile à remplir, et le développement que nous avons cru devoir donner à notre projet primitif a rendu notre tâche beaucoup plus ardue et plus lourde encore. Cette tâche n'aurait pu être accomplie si notre ami, M. I. Di^erick, ne nous avait prêté son efficace et dévoué concours.
Nous avons pu puiser d'abord une infinité de renseignements curieux dans les savantes et nombreuses (i) publications de cet auteur; puis, pour nous obliger et nous seconder, après avoir consacré les rares moments que lui laissent ses fonctions, à compulser nos cartulaires et tous nos comptes communaux, des centaines de registres et de fardes ou liasses, Tinfatigable archiviste de la ville d*Ypres, comme nous Tavons dit, a mis à notre disposition une foule d'analyses, d'extraits et copies de documents inédits.
Ce sont ces précieux matériaux réunis, non sans peines et labeurs, que nous avons cherché à mettre en œuvre, le mieux possible...
Grande est donc la dette de reconnaissance que nous avons contractée; elle est si grande même, que nous n'osons espérer de pouvoir l'acquitter ! hâtons-nous toutefois de rappeler ici publiquement à notre excellent ami et savant collaborateur, que notre affectueuse gratitude est à la hauteur des services inappréciables qu'il nous a rendus !
(l) Voy: Ann, Wesi^Fland : t. VIII, p. Sl.Lisie dei ouvrages, mémoires ei notices concernant la ville d' Ypres^ par ÀLpaoïres Diiohuck.
Grâces à la complaisance extrême d'autres amis — dont Tamour de l'art est Tunique et constant mobile — de belles gravures à Teau forte et quelques plans, aussi curieux qu'exacts, illustreront les deux premiers et peutêtre d'autres volumes de nos Ypriana.
Nous devons ces gravures à M. J. Boutry, juge à Arras, auteur de plusieurs ouvrages de droit remarquables (i) et depuis peu d'années aquafortiste» dans ses moments de loisir.
Les eaux-fortes que burine cet amateur distingué ne sont plus» comme il les qualifie trop modestement, des essais, mais, il est facile de le constater» de véritables œuvres d'artiste.
Puisse notre prose sembler digne de ces belles illustrations !
Nous sommes heureux de trouver ici l'occasion d'adresser à l'honorable magistrat-artiste» nos plus cordiales félicitations et nos plus sincères remerciements.
Les plans que nous publions ont été levés» avec le plus grand soin» et dessinés par M' Heyninx» ingénieurarchitecte de la ville d'Ypres; en les consultant nos lecteurs pourront plus facilement se rendre un compté exact de divers détails topographiques» mentionnés dans quelques notices. Nous remercions vivement aussi M' Heyninx de l'intelligent et bienveillant concours qu'il a bien voulu nous prêter.
(1) Jeane encore, cet honorable magistrat a publié une étude sur lee B^ets de Vouverture de la faillite dant V ancienne législation française et *ous PempireduCode de commerce.— Paris, Qnstave Retaux» 1S67, et Les Français et les étrangers devant la loi française en 1S72. — Parie, A. Maresq, 1872.
Enfin Monsieur Alphonse Diegerick, fils, archiviste et bibliothécaire adjoint de la ville d*Ypres Jeune auteur(i) d'avenir et fonctionnaire aussi zélé qu'intelligent, a bien voulu faciliter nos recherches et la publication de notre travail. Ce jeune ami a donc droit aussi à nos plus aflëctueux remerciements.
Depuis longtemps nous avons le vif désir de voir paraître enfin nos Ypriana et cependant au moment i
de les livrer à la presse, nous nous demandons s'il ne serait pas sage et prudent d'en ajourner encore la publication? notre hésitation s'explique.
Les notes et renseignements mis à notre disposition sont nombreux, sans doute, mais sont-ils complets? comme nous venons de le dire, M' I. Diegerick, pour nous seconder, a eu l'extrême bonté de compulser tous nos comptes communaux; toutefois, il a dû nécessairement se borner à en examiner, d'une manière spéciale, les rubriques sous lesquelles semblaient devoir se trouver des renseignements rentrant dans le cadre de nos études; d'autres détails intéressants sont peut-être renseignés encore ailleurs, et nous avons constaté que certains faits de notre histoire locale restaient obscurs, à défaut de données précises et authentiques.
Pour chercher à élucider, le mieux possible, ces points obscurs, nous avons été obligé plus d'une fois d'étayer des conjectures sur une série d'hypothèses,
(1) Auteur de diverses notices et d'un Essai de bibliographie Yproise dont la première partie a déjà paru dans les Annales de la Société historique de la West-Flandre.
tout en regrettant que Tanalyse complète de nos comptes n'ait pu être faite.
Aujourd'hui, au moment même où nous sommes prêts à remettre à l'imprimeur les premiers feuillets de nos Ypriana, nos magistrats, sur la proposition de leur zélé archiviste, viennent de prendre l'heureuse et sage résolution de commencer ce grand travail d'analyse.
Nos comptes donnent des renseignements irrécusables sur presque tous les faits de l'histoire interne d'Ypres et l'on est au contraire exposé à errer fréquemment, quand on en est réduit à se hasarder sur le terrain des hypothèses et des conjectures. 11 est donc probable, pour ne pas dire certain, que de nombreuses erreurs et de r^rettables omissions seront constatées dans notre travail, quand l'analyse complète de ces comptes sera livrée au public, erreurs que nous pourrions rectifier alors, omissions qu'il nous serait facile aussi de réparer !
Ainsi s'expliquent nos hésitations ; notre légitime amour-propre d'auteur nous conseille donc d'ajourner encore notre publication.
Mais le nouveau travail confié à Monsieur Diegerick est une œuvre de longue haleine; quand pourra-t-elle être achevée? à soixante-six ans, pouvons-nous attendre? alors les jours sont comptés: adesse festinatU temporal nos Ypriana nous ont coûté plusieurs années de travail; verraient-ils le jour, de notre vivant, si nous en ajournions la publication? et, nous l'avouons, l'idée d'une « œuvre posthume » ne nous sourit guères, en supposant même que quelqu'ami songerait après nous, à livrer noire ma-
nuscrit à l'impressioa. D'ailleurs les belles gravures de M** BoDtry. les curieux plans de H. Heyainx, peuvent-ils rester ensevelis dans nos cartons?
En tout cas nos Ypruma, tels que nous pouvons les publier aigourd'hui, seront lus, peut-être, avec quelque intérêt, par nos contemporains: ils pourront être complétés et revus, quand nous ne serons plus de ce monde !
Ces considérations et le désir d'être utile, jusqu'à notre dernière heure, à notre chère ville natale, en faisant connaître son passé, après lui avoir consacré dans le présent les meilleures années de notre existence, ont enfin triomphé de nos hésitations et dominé notre amourpropre d'auteur.
Nous publions donc notre travail. Puisse la critique le juger avec indulgence, tenir compte de notre bon vouloir et de notre amour du clocher natal ! comprendre aussi qu'à l'imftossible nul n'est tenu...
Du reste:
Fais cr que dois, advienne que pourra.
LES HALLES DYPRES
LES HALLES D'YPRES
LES HALLES D'YPMS.
c( La Halle d'Ypres, dit le savant Schayes (i), surpasse certainement en importance monumentale, toutes les constructions semblables élevées au moyen-âge, tant en Belgique, que dans toutes les contrées de FEurope.... Cest le type le plus parfait et le plus noble du style ogival primaire appliqué aux constructions civiles »... et cependant « ce monument, incomparable », d'après M. Lambin, attend encore sa monographie.
Nos annalistes yprois, puis divers auteurs ont, il est vrai, consacré quelques lignes de leurs écrits à cette vaste construction, mais les premiers se sont contentés de raconter des traditions locales et les seconds, de reproduire ces racontages; tous se sont copiés les uns les autres, sans critique aucune ; des erreurs ainsi propagées ont été longtemps légendaires et admises comme articles de foi historique.
(1) Histoire de V architecture en Belgique, II. 250.
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Dans son « mémoire sur l'origine de la Halle aux draps à YpreSy et sur les causes qui ont donné lieu à sa construction »9 mémoire couronné en 1833 par la société des antiquaires de la Morinie (i), M' J. J. Lambin a cherché à rectitier ces erreurs traditionnelles; il avait interrogé les archives de sa ville natale, dont il fut le laborieux et zélé conservateur du 17 Décembre 1819 au 17 Janvier 1841 {i); en puisant à ces sources authentiques, il a réussi à résoudre plusieurs questions restées jusqu'alors fort obscures.
Mais notre ancien archiviste a trop souvent encore ajouté foi à nos modernes chroniques locales; il s'est fait ainsi l'écho d'appréciations inexactes.
D'ailleurs, en 1833, un grand nombre de nos documents restaient à classsr et surtout à étudier; le mémoire de M. Lambin est, du reste, un travail utile, une œuvre consciencieuse et méritoire, mais incomplète, et qui n'est pas exempte d'erreurs.
Pour écrire une monographie des Halles d'Ypres, digne de ce monument, il faudrait posséder des connaissances variées et étendues ; nous serions donc incapable de remplir, et nous n'oserions entreprendre, une tâche aussi ardue.
Autant que possible, compléter le mémoire de M. Lambin, prouver l'exactitude de dates et de faits simplement affirmés par cet auteur, en rectifier d'autres; chercher à indiquer, d'après des renseignements puisés à des sources
(1) Mémoires d« cette société, I, 76, et tiré à fMut revu et corrigé. Ypret, 1896, Lambin et fils.
(2) Voyez m biographie et le catalogue de 8e< ouvragée. — Meuager des MCtenees, Oand, 1839, et ÂnnaUs df la sœiété d^Émulation. Bruges, lr« série, III, p. 45.
authentiques, quand et comment furent construits les divers édifices qui réunis forment « les Halles dTpres »; dans ce but, publier de nouveaux extraits inédits de nos comptes communaux (i) et des analyses d'autres documents peu connus de nos archives, en un mot préparer ainsi des matériaux pour les savants archéologues et les historiens érudits qui oseront, espérons-le, se charger un jour d'écrire une monographie complète de notre admirable monument, tel est, dans son ensemble, le but que nous avons le désir d'atteindre, en publiant notre modeste travail.
ce Quelles sont les causes qui ont donné lieu à la construction de la Halle aux draps, à Ypres, dans des pro- [K)rtions si vastes ? » Cette question posée par la société des antiquaires de la Morinie, pour son concours de Tannée 1833, a été résolue par M. Lambin. C'est au prodigieux développement de la grande draperie dTpres — dont l'histoire est esquissée dans un ouvrage posthume de notre regretté parent et ami. Monsieur Ernest Vandenpeereboom (2), — c'est à l'incroyable prospérité de notre commune, — d'après Warnkœnig, l'ancienne métropole industrielle de la Flandre, — c'est à l'opulence de la gilde ou corporation de ses drapiers, qu'est due la construction de notre gigantesque monument; nul ne l'ignore aujourd'hui, il n'est donc plus nécessaire de le démontrer. Constatons toutefois que cette Halle fut construite aux frais exclusifs de la commune secondée par ses drapiers ! même, à défaut de documents écrits, ce monument co-
(l) Nous devons encore ces communication « à i'ohligeance de notre ami
M. I. DlBOERICK.
2 An». West. FI. VII, p. l.
iossal ne lémoigncraît-il pas de la puissance à peine croyable de la commune d*Ypres et de Timmense prospérité de sa draperie aux siècles passés ?
Trois monuments distincts qui, dans leur ensemble, n*en formeAt qu*un seul, la Halle aux draps, le Beffroi et THôtel de ville (Stedehuus) composent la trinité monumentale nommée « les Halles d*Ypres ».
La Halle aux draps fut, durant des siècles, Tentrepôt, le siège, pour ne pas dire Tadmirable palais de la grande industrie — la draperie — d'Ypres; le beffroi était le donjon et le Stedehuus, « la maison de la ville ».
Ce n*est qu*après y avoir travaillé, à diverses périodes, pendant près de deux siècles (1200 à 1380), que la puissante commune parvint à achever ce monument, en complétant le vaste quadrilatère qu'il forme, entre le cimetière de St. Martin, la rue de TAnguille et la Grande Place (i).
Nous croyons pouvoir nous dispenser de décrire ici ces gigantesques constructions ; cette description a été faite plus d'une fois par de savants archéologues ; dos peintres et des graveurs en ont reproduit la masse imposante. Notre immense et majestueux monument est donc connu de tous.
Le beffroi et la halle aux draps ont eu le bonheur d échapper, durant des siècles, au vandalisme des restaurateurs ; sans doute le temps a pu ronger les ornementations de ces édifices et quelques réparations de détail y ont été faites, sans goût à iliverses époques, mais grâces à la solidité de leur appareil en grès et en briques blanches — les seuls matériaux qui bravent
[{) Voyez gravures II et ll^t*.
Fincléroencc du climat dans nos contrées voisines de la mer du Nord, — le vieux beffroi et Tantique Halle aux draps ont conservé leurs grandes lignes et leur style primitifs; leur distribution intérieure même a été constamment maintenue; « les Halles dTpres », surtout depuis la dernière restauration de leurs décorations, à notre époque, sont donc, dans leur ensemble, telles qu'elles étaient au xiv® siècle. Une intéressante vigncUe peinte en 1363, dans un « Iceurbouc », déposé dans nos archives locales, le prouve à toute évidence.
Mais par suite de nécessités administratives, le stedehuus a subi, depuis la fin du xiv\siècle, de nombrcu* ses et d*importantes transformations. Toutefois nos magistrats y ont conservé constamment, leur primitive « cambre deschevins sour ou entre le Halle ». Les dépendances seules de ce siège scabinal ont fréquemment été modifiées.
Nous consacrons une notice spéciale à ce prétoire (\) ; il n*cst donc pas nécessaire de nous en occuper ici. Après avoir cité quelques chiffres, afin de permettre à nos lecteurs d'apprécier les vastes proportions de nos Halles, nous analyserons les documents inédits, ou peu connus, que nous possédons sur l"" le Beffroi, S*" la Halle aux draps, et 3"" le Stedehuus d'Ypres; nous donnerons aussi quelques détails sur des parties accessoires ou dépendances de ces trois édifices.
Les Halles d'Ypres, avec leurs deux petites cours, occupent un terrain mesurant . . 4664 m. carrés. Et y compris le Nieuwerck . . 4872 » »
(1) Voyez notre « Cambre deschevins^ • notice que nous doub propoBona fie publier dan* le tome II He nos Tpriana,
Le développement de leurs façades est de
ilumûfî.-Nîeuwerck . . .
Halle aux draps et Beffroi AFouest: Halle aux draps Au nord: Halle aux draps
Voûte sous le Beffroi
Maison de ville .
Nieuwerck . . .
A Veat : Nieuwerck . . .
Développement des quatre façades . .
Les trois façades de la Halle aux draps mesurent
Les trois façades du Nieuwerck . . .
La hauteur de la Halle aux draps, du sol à la crête du toit, est de ... .
Les fleurons de cette crête (hauteur) ont
Le dragon du Beffroi est placé au-dessus du sol à »
L'étage de la Halle forme une seule salle occupant une superficie de . . . 2472,88 m. carrés.
Savoir : Au midi 1476,44 » »
A l'ouest 389,02 » «
Au nord 607,42 » » (i)
La gravure ir^"" , avec légende, indique la situation de notre monument, ses diverses parties, édifices, détails, etc., dont nous aurons à nous occuper dans ce travail.
(1) Nous devons ces renseignements à Isu complaisance de M. Heyninx, ingénieur-architecte de la ville d'Ypres.