DATE DE SA CONSTRUCTION
Si, comme le dit Schayes, la Halle d'Ypres est dans son ensemble « le type le plus parfait du style ogival primaire appliqué aux constructions civiles », le beilroi qui se dresse au centre des ailes méridionales de ce monument, est aussi le type le plus remarquable des beffrois communaux que les échevins des communes flamandes, déjà puissantes alors, flrent construire à rintérieur de leur ville, dès la fin du xii*^ siècle.
Ces beffirois, bien qu*ils ne fussent plus destinés à protéger les communes contre les ennemis du dehors, conservèrent tous les caractères et le style de leurs prédécesseurs, les primitifs « belefrois », établis dans le but exclusif de faciliter la défense des châteaux et des villes {i).
Notre beffroi, flanqué à ses quatre angles de tourelles
'l) Nous nous proposons de donner quelques détails sur l^origine des beffrois, ailleurs... peut-élre dans le tome II de nos Ypriana.
percées de meurtrières, comme les échauguettes (4) des donjons féodaux, avec son comble revêtu d*ardoises et de plomb, sa lanterne (â) pour les gens du guet, sa galerie à merlons (s) et créneaux, sa large baie de porte ogivale, où Ton s'attend à voir tomber la herse et se lever un pont-levis, notre befiroi, malgré son ornementation, rappelle encore les tours défensives des ouvrages militaires du moyen-âge.
Dans son campanile se trouvait (et se trouve encore,) comme dans tous les beffrois communaux, la cloche banale de la commune privilégiée. L'image de la patronne d'Ypres y témoigna toujours des sentiments religieux de nos populations; enfin au haut de cette tour brille encore l'antique dragon, symbole de l'indépendance communale (4).
Aucun document authentique, à notre connaissance, ne permet de constater en quelle année fut construit notre beffroi; nos plus anciens comptes n'en font pas mention. Sanderus qui a fait de l'histoire et des monuments dTpres, sa ville adoptive, l'objet de ses études de prédilection, avoue modestement qu'il n'a pu retrouver cette date ; le savant chanoine de notre cathédrale se borne à constater que cette d tour est plus ancienne que les Halles » (Hallis vetustior) (5), et divers détails de
(1) EcHAUOUBTTBS : guéritM destinées à abriter les sentinelles ou guetteurs et construites en encorbellement aux angles des tours, des murs d'enceinte etc. (Bsrtt et Viollbt-lb^Duo.)
(2) Laictbrnb : espèce de tourelle placée au sommet des tours défensÎTes où veillait le guet. (Bbrtt et Viollbt-lb-Duc.}
(3) MsRLONs: partie de parapet qui se trouve entre deux créneaux et forme un côté de chacun d'eux. (Bbrtt.)
(4) Voyez plus loin les §§ les cloche» — Notre-Dame de la Halle — le dragon dM beffroi,
la construction confirment cette appréciation, considérée du reste comme exacte par les archéologues les plus autorisés.
D*après M. Lambin (4) « ce fut le premier Mars de Tan
1200 que Baudouin de Gonstantinople, comte de
Flandre (â), Marie... son épouse et Eribald ou Herlebalde, grand bailli d*Ypres, posèrent les premières pierres des Halles de cette ville. » On aurait donc entrepris la construction de notre beffroi la dernière année du xii" siècle.
Mais cette date si précise n'est indiquée dans aucun document authentique ; notre ancien archiviste Ta trouvée dans la chronique de Gérard de Feu — qui vivait en i630 — et cet annaliste ne dit pas à quelle source il a puisé ce renseignement.
Des doutes peuvent donc subsister sur la parfaite exactitude de cette date.
Toutefois, il est probable que notre beffroi fut bâti vers cette époque, car on y trouve les caractères du style ogival primaire, alors généralement appliqué aux constructions civiles, et nous verrons plus loin que Taile orientale de la Halle aux draps était achevée plusieurs années avant le milieu du xni" siècle. Gomme la tour est plus ancienne que les Halles, elle doit dater des premières années de ce siècle.
Le plus ancien compte communal d'Ypres est de 1280: ainsi s'explique pourquoi il n'y peut être fait mention de la construction du beffroi achevé alors depuis quelque temps déjà.
(1) Mémoire, p. 6.
(2] « Aa moment de partir pour Jérusalem » le comte Baudouin abolit pour la ville d'Ypres, comme une exaction, le droit qu*il avait d\v prendre, quand il y passait, un lot de vin au prix de trois sous, quel que fût le prix de cette boisson. Arch. Tp. Ino. N" 19.
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