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KOTRE-DAME DU BEFFROI

du donjon communal, se trouvait la statue du saint, patron de la cité.

Une a ymaige de la benoite Vierge » avait été posée contre le beffroi d'Ypres, longtemps avant la fin du xiv^ siècle... peut-être quand fut construit ce monument... car, en 1377 déjà, nos échevins furent obligés de faire restaurer cet ancien « tabernacle de Notre Dame de la Halle ».

Ainsi, ce n'est pas seulement après, mais avant le si^e de notre ville, en 1383, que la Vierge Marie y fut vénérée, comme patronne et protectrice de la cité ; la dévotion des bourgeois dYpres à la Sainte Vierge date donc des temps les plus reculés.

Le tabernacle de Notre Dame de la Halle fut d'ancienneté,— comme il l'est encore aujourd'hui, — placé entre deux fenêtres du beffroi vers le sud, au-dessus de la voûte (boven de vauUe)y c'est-à-dire au-dessus de l'arc mouluré qui recouvre le tympan de la baie ogivale de porte, ouverte au niveau de la Grande Place, à la base de notre beffroi.

Ce tabernacle était donc en si mauvais état, vers 1377, qu'on dut le restaurer; nos échevins firent faire cette année « j reprinse (i) el tabernacle (s), entre ij fenestres du belefroy vers suud ».

mltifes armoiries d'Ypres ; de là rexpression binnen ou èuiien cruce, u dans oa hors le territoire de la ville ».

Plnsienrs de ces grandes bornes en grès existaient encore il y a peu d'années....; avaient-elles été posées par Michel de Lembeke et Philippon de le Poule, chevaliers, que Marguerite de Constantinople chargea, le 2 Avril 1270 (N. S.), d'étendre et de marquer par des bornes les limites de Téchevinage d^Tpres 7 [Arch» Tp. Inv> iV*» 117.)

(1) Rbprdisb, de reprim : recoupe, réparation.

(2) TâBBRNACLB, niche à statue. (BaaTT.)

Pour exécuter ce travail, ils achetèrent « v pieres de menieres de la Cambray(i) », au prix de quinze francs(t); le transport de ces matériaux coûta douze francs.

Divers <c tailleurs de pierres et un tailleur de grés ouvrèrent de plusieurs jours d (3) pour restaurer ce tabernacle.

Nos magistrats commandèrent, cette même année, à Andrieu Biaunevue, « une ymagine de notre Dame, laquelle devait être mise dehors le beffroi vers le sud », donc dans le tabernacle restauré. Cette statue, qui remplaça sans doute rimage primitive, coûta cinquante francs (valant quatre-vingt treize livres et sept sous). Maître Andrieu reçut en outre « de carité » et pour frais de séjour à Ypres, sept livres et onze sous (4).

Andrieu Biaunevue — dont le nom est écrit Biaunepveu dans d'autres documents (5) — était un sculpteur-statuaire de Valenciennes, très-renommé; il fit à cette époque d'importants et très-beaux ouvrages.

Ainsi ce maître fut chargé d'exécuter la tombe de Louis de Maie, qui devait être placée dans la chapelle des comtes de Flandre, à Gourtrai, et diverses décorations

(l) Menieres, etc., minières, carrières au delà de Cambrai. [2j Le franc valait alors fr. 7,13 de notre monnaie actuelle. (Micdiels, V Art flamand dans Vest et le midi de la France^ p. 13.)

(3) « De T pieres de menieres de là Cambray achatés pour faire j reprinse el tabernacle entre ij fenestres du belefroy vers zuud, xv fr. — Item de Toiture, xij fr. — Item de petit cous et un vallet de maistre André Biaunevue. xl. s. — A j tailleur au tabernacle de xv jours, j de xiiij jours, j de xij joura et j tailleur de grès de j jour, xxj ^. xij s. » (Compte 1377.)

(4) « A maistre Andrieu Biaunevue de faire j ymagine de notre dame la quelle on mettra de hors le belefroy vers zuud l (50J francs qui valent iiijxs xiij ^. vij s. — Item de carité et pour despens de li vivant à Ypres vij % xj s. somme totale c ft. xviii s. • .

(5) Voyez les ouvrages cités ci-après.

de cette chapelle que ce prince avait fait construire (<).

Cette tombe du comte Louis ne fut jamais achevée, mais les sculptures exécutées par maître Ândrieu dans cette chapelle comtale et surtout la belle statue en marbre de sainte Catherine, attribuée à ce statuaire par M. le chanoine Van de Putte («) — et que l'église de Notre Dame à Courtrai possède encore, — attestent que Biaunevue était un maître habile et permettent de croire que « Tyuiaigine de Notre Dame de la Halle dTpres » était aussi une œuvre remarquable.

Suivant l'usage du temps, on avait couvert cette statue de peintures polychromes; ces premières peintures avaient peut-être été détériorées pendant le siège d'Ypres en 1383, car immédiatement après la délivrance de la ville, nos échevins chargèrent (1384) (3) Jak Labas — peintre yprois — « de repeindre le visage de lymage » ; puis ils firent suspendre une belle lanterne devant le tabernacle de la Vierge (4).

Dès lors la statue de Notre Dame fut toujours réparée, peinte et dorée avec une pieuse sollicitude (5); plus tard, nos magistrats firent aussi décorer de peintures polychromes le tabernacle même de la patronne d'Ypres.

;1] Van db Puttb/ La chapelle des Comtes de Flandre à Courtrai. — Jean Rousseau, La sculpture Jtantande et tvallone du XI" au XIX^ siècle. — {Bulletin des Commissions royales â^Art et éP Archéologie^ seizième année. — 1877, p. 22.)

(2) Mêmes ouvrages.

(3) « Jak Labas de repeindre ]e visage de lymage. » (Compte 1394.)

(4) « Van den lanterne vOor 't beilde van onzer vranwe boven den vauite an t'belefroot te vermaeken, xij s. » (Compte 1409.)

(5) a Van werke ghedaen ende stoffe ghelevert ant t'beilde van nnser rrauwe boven de vauite ant beilfroit. » (Compte 1406.) — De pareilles dépenses se répètent fréquemment. — Voyez les comptes de 1439, 1441 , 1461, 1463, 1464, A.

Ces ouvrages décoratifs, comme ceux exécutés au beffroi, étaient confiés à des peintres habiles.

De 1420 à 1434, c'est France Vander Wichterne, qui fait ces décorations ; en 1420, il peint et vernit ((), en 1427, il « fait biel » et vernit encore (s) la statue de Notre Dame devant la Halle; en 1432, il orne de riches « estoffaiges », d'or fin et d'azur, la statue et son tabernacle (3), puis, en 1434« il décore d*un semis de lys, en double or, le fond de cette niche (4).

Ces peintures étaient probablement ternies cinquante ans plus tard, car vers 1485, on résolut de les refaire. Stassin Yan der Weede {alias van de Weide), autre peintre Yprois, entreprit alors d'estoffier la statue, le tabernacle de Notre Dame et tous ses accessoires ; c'était un grand travail qui ne coûta pas moins de trois cent soixante livres parisis (5).

Avant de payer cette grosse somme, nos trésoriers donnèrent à trois peintres renommés — Joris Uutenhove,

(l) « Franca de Wichtere, omme t'beilde dat voor de vaulte Btaet t'ansichte te verniasen... ende te stofferene. » (Compte 1420.]

(2J « France de Wichtere, van den beilde van onser Vrauwe ecoone te makene ende te vernissene, zzzij s. p. •

(3) « France de Wichtere, paintre, hem tweeder ghevrocht, te vernisaene t^beilde van oneer vrauwe an de Ha] le boven der vaulte, ooc bachten haren rigghe ant belefroot. — France de Wichtere van stoffe ter selven werke ghelevert te wetene iic iiijzz viij bladen fin dobele goudt te v %. iiij s. Thondert, zxj onsen aysure te weetene bachten beilde van onser vrauwe ziij </, onsen van andere diversche colleuren dienende ter telve ». (Compte 1432.)

(4) « France de Wichtere, paintre, van thebbene tveld bachten onser Vrauw besayt met lelij en van dobbeie gonde, vi %. a (Compte 1434).

(5) ■ Stassin Van der Weede (Weide) sciidere van in tasse ghestoffiert t*hebbene tbeilde van onser Vrauwen boven de vaulte metten tabernacle en al datter toedient naer den inhouden van den voorwoorden ende bespreken daer op ghemaect, iij« Iz ft. » (Compte 1485.)

Alexis et Druet — mission de vérifier si le travail était fait conformément à toutes les conditions stipulées dans le contrat (<).

Ces trois commissaires reconnurent et constatèrent sans doute que Stassin Van der Weede avait rempli toutes ses obligations et fait un bon travail, caf la somme convenue lui fut payée; elle figure dans nos comptes de

A la fin du xv* siècle, nos échevins ne se bornaient pas à faire peindre et dorer Timage de Notre Dame; ils offraient encore à cette Vierge des présents, par exemple une couronne ou chapeau. Le mot hoed que nous trouvons dans un compte de 1493, a, en effet, cette double signification (a), mais c*est bien un petit chapeau, ou toque, que nos magistrats présentèrent cette année à Notre Dame de la Halle, car Louis van Daiste qui confectionna ce hoed, était un brodeur iporduerwerkeré) et pour le faire, il employa le restant du velours dont on s'était servi pour garnir les costumes (kerels ende abyten) des magistrats. De semblables présents furent offerts aussi à Notre Dame de Brielen et à Notre Dame de Thuyne (s),

^1) « Joris Uutenhove, Alexis ende Druet, scilders, yan ten versoucke van trésoriers van deser stede ghevisiteert t*bebbeQe t'beilde ende tabernacle van Blarien boven de vaulte, om te weten of dat naer den voorworden ende bespreken daer of ghemaect wel ghestoffeert ende vergoud was. Voor haeren aerbeyt, iii ^. » (Compte 1485.)

(2) HoBD : piletu^ bonnet; —^a^rt», petit chapeau; — mais aussi corona, hram couronne. (Kiuan.)

(3) ■ liodewyc van Daiste, borduerwerkere, omjne ffacboen ende bordueren van drien hoeden, den eenen an t'beilde van onzer Vrauwen ten Brielen, dandere om onser Vrauwen van den Tunne ende de derde om onser Vrauwen van de Halle boven de vaute, ghedaen makene van den fluele dat overscoot van den scroden van den kerels ende abyten van mynen Heeren van der wet, v ft, zij s. • (Compte 1493.)

deux Vierges fort populaires et en grande vénération alors à Ypres («).

Mais c'est aux jours de fête seulement que Ton posait cette toque de velours brodée sur la tête de notre Vierge et Ton ornait alors son image et son tabernacle d'autres décorations encore. Ainsi on y suspendait parfois un beau tapis aux armes d' Ypres.

Melchior de Wichterne, sans doute un fils de maître France, et pourtretuurwerkere comme lui, dessina, en 1457, le carton d'une nouvelle tapisserie destinée à cet usage (i); l'année suivante les trésoriers firent mettre en bon état l'ancien tapis aux armes d'Ypres (3).

Mais les jours se suivent et ne se ressemblent pas ! La belle statue d'Ândrien fiiaunevue — si longtemps vénérée — faillit être brisée, comme tant d'autres chefs d'oeuvre de sculpture, à l'époque des troubles religieux du XVI* siècle.

Le 16 août 1566 — journée tristement célèbre dans les annales d'Ypres, — des iconoclastes avaient, dès le matin, envahi les églises de la ville.

Ils y brisèrent les statues de saints, les vases sacrés, etc., puis ils pénétrèrent dans les couvents et même dans (c la maison de l'évêque » R>thovius qui avait été obligé de se cacher, pour échapper aux sectaires.

(1) Voyez notre Crilde de SC. Hicoias, Nf^tre Dame de Bnelen (Ann. Bruges, 1877), et notre Essai de Numismatique Yj'Toise, p. 232 et suiv: çildes de Notre Dame.

(2) « Melsior de Wichtere, pourtretuurwerkere, van ghemaect te liebbene den patroon van een cleede van tapytserie ende ooc gheleivert t*canevets twelcke de steide heeft besteit te makene omme te banghene voor de vauite van de halle voor onser Vrauwen, xiiij <S>, viij s. » (Compte 1458.)

(3) « Van den cleede verwapent metter stede wapene twelke meo pleicht te hanghene voor onser Vrauwen voor de Halle te lioen vuUene ende schoon maken, xiij %. viij s. • (Compte 145^.)

Nos magistrats impuissants d'abord à empêcher ces dévastations, firent publier bientôt une ordonnance (hallegebod) portant que quiconque envahirait des maisons particulières serait, par jugement sommaire (by summiô" ren berechte)^ condamné à être pendu haut et court. Une potence fut immédiatement dressée sur la place.

Par cette même ordonnance, le magistrat avait prescrit à tous les frères des serments (ghildebroeders) et gens des métiers de se réunir en armes avant midi, devant la Halle, sous les ordres de leurs chefs-hommes et gouverneurs; les autres habitants, autorisés à porter des armes, devaient aussi se rendre à cet appel : tous devaient se tenir à la disposition de la commune.

Bientôt une foule de gens armés composée de c< bonnes gens», mais aussi de ce malveillants »,se trouva réunie à la Halle... En ce moment, un iconoclaste, nommé Hans Tavernier, se précipite vers le beffroi ; il est armé d'un levier en fer et se prépare à briser Timage de Notre Dame; déjà il avait commencé son œuvre de destruction, sans qu'aucun des spectateurs armés osât y mettre obstacle, quand quelques magistrats, assemblés en la chambre des échevins, accourent, arrêtent le briseur d'images, Tentrainent dans le siège scabinal, puis le font jeter en prison.

Mais alors, les iconoclastes et les pillards sont encore maîtres de la ville: ils ont de nombreux complices même parmi les gens des gildes et des métiers réunis en armes devant la Halle.

Bientôt des rassemblements se forment, on murmure, des sectaires armés menacent de briser les portes de la prison et de délivrer le ^prisonnier par la force; craignant de plus grands malheurs et de nouveaux pillages, le magistrat fait ramener Hans Tavernier dans la cham-

bre des écheviiis et le met en liberté, sous caution juratoire (i).

Nous ignorons de quelle peine fut puni ce briseur damages et même s'il fut puni.

La statue de Notre Dame fut donc sauvée, mais elle étaft plus ou moins détériorée. Nos échevins s*empressërent de la faire restaurer, repeindre et dorer, dès quMls parvinrent à rétablir l'ordre dans la ville ; Christiaen Cordier («) — peintre yprois — fut, dès cette année (1666), chargé de faire ce travail.

Au XVI* siècle, on décorait donc encore de peintures les images placées à lextérieur des édifices publics; nous verrons ailleurs (3) qu'alors d'autres statues — celles des comtes et comtesses de Flandi*e posées dans les croisées murées de la Halle — étaient aussi couvertes de peintures polychromes.

L'image de Notre Dame faite en 1377 par Biaunevue se trouvait-elle encore contre le beffroi en 1793? fut-elle brisée, au mois de Décembre de cette année, par les sans-culottes français, en même temps que les statues des seigneurs du pays qui décoraient la façade de la Halle aux draps ? Monsieur Lambin nous a donné quelques détails sur la destruction de ces images par les iconoclastes du xviii* siècle, mais il ne nous apprend pas si la statue de Notre Dame existait encore et fut alors brisée; rien ne le prouve et l'on peut même en douter,

(1) I. L. A. DiBOBaicK, Mémoire justificatif du magi$trat à^Ypres (1566- 1567), 1. 1, p* 61 et annexe X.

(2) • Christiaea Cordier, schildere, van gheschildert emle vergult t'hebbene oDse Vraawe staende an de Halle boven de vaute by couveutie, zlviij %, b (Compte 1566.)

(3) Voyez plus loin : Les Statues des Halles»

car cette statue ne se voit plus sur des vues de notre monument gravées au xviu*' siècle et même vers la fin du siècle précédent. Aurait-elle été brisée en 1678 parles gens de Ryhove qui, cette année, s*emparèrent de la ville et y détruisirent les images échappées aux iconoclastes de 1566 ? ou bien, quand on construisit le nouvel escalier en hors d'œuvre devant le beffroi, enleva-t-on — tout en conservant son dais — la statue de Notre Dame,; très-détériorée sans doute depuis 1377 et qui ne pouvait, en tous cas, pas être convenablement maintenue au niveau du seuil des portes donnant accès à la Halle aux draps ?

Quoi qu'il en*soit, avant 1850, cet escalier avait disparu et la restauration de notre grandiose monument était assez avancée pour qu*il fût possible de songer à lui rendre ses primitives décorations. Le 12 janvier de cette année (1850), le Conseil communal décida de rétablir, contre le beffroi, Timage traditionnelle de la patronne d*Ypres et, dans les fausses croisées de la Halle, quelques statues de seigneurs et dames du pays; mais les négociations entamées avec le gouvernement et Tautorité provinciale pour obtenir leur concours financier, n'aboutirent qu'en 1853.

Une image de Notre Dame, un lion communal et douze statues de ducs et duchesses de Bourgogne furent alors commandées à M. Puvenbroeck, statuaire à Bruxelles. M. Jean Pelgrim, d'Ypres, habile ouvrier menuisier et ornemaniste, se chargea de tailler un nouveau tabernacle exactement semblable à celui qui avait été réparé en 1377 par les ouvriers de maître Biaunevue; de nombreux vestiges de ce tabernacle primitif existaient heureusement encore !

Enfin le 9 août 1854 fut un jour de réhabilitation et

de liesse |M>ur la ville d'Ypres; des fêtes ayant un caractère à la fois civil et religieux, avaient été organisées (i); alors, les habitants réunis sur la place virent tomber les voiles qui recouvraient la nouvelle image de Notre Dame, de la séculaire patronne d*Ypres, posée, sous un dais élégant, sur un socle sculpté et historié.

Nous nous occuperons dans une notice spéciale de ces fêtes, des autres statues qui décoraient jadis et de celles qui ornent aujourd'hui les Halles de notre ville.

(1) Voyex Description des fêtes etc. célébrées h Ypres le 9 août 1S54. Tprts^ Lambines, 1854; et plas loin : Statues des Balles,

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