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CONSTRUCTION DE LA HALLE

Les historiens et les archéologues ne sont, pas plus que nos annalistes yprois» d*accord sur la date de la construction de notre Halle aux draps (i). Les fondations de ce vaste édifice auraient été posées en 1310, par Robert de Béthune, d'après un de nos chroniqueurs, en 1336, d'après le chanoine Le Couvreur, et seulement en 1342, si Ton pouvait considérer comme exacte Topinion émise par Gramaye, puis reproduite par Sanderus, dans la Flandria illustrata^ par les auteurs des Délices des Pays-Bas et de beaucoup d'autres publications plus récentes; mais tous ces chroniqueurs et historiens semblent croire que les fondations de ce vaste édifice furent posées simultanément, en un mot, que les diverses ailes de notre monument furent construites à la même époque.

(1) Yoyei gravures I, II et IlUa N<» 8 et 9.

M. Lambin Ta déjà constaté dans son Mémoire : « tout ce que ces auteurs avancent sur Tobjet qui nous occupe n*a pas la moindre apparence de vérité d) ». La Halle aux draps était achevée avant 1343, avant 1336, même avant 4310, et ce n*est pas à la même époque, mais à deux époques différentes que furent bâties les ailes à Test et à l'ouest du beflroi. Quant aux autres édifices qui complètent notre grandiose monument, ils furent élevés beaucoup plus tard (a).

Notre ancien archiviste a cherché à rectifier les erreurs de ses devanciers ; les dates qu'il fixe et les faits qu'il rappelle sont en général assez exacts, mais, presque toujours, il se borne à citer à l'appui de ses affirmations les écrits de nos chroniqueurs yprois et non des documents authentiques. Nous chercherons à donner des bases plus solides à ces assertions et à rectifier quelques inexactitudes.

L'analyse de plusieurs documents dont M. Lambina négligé de tenir compte, nous permettra de faire connaître aussi divers détails inédits et intéressants.

Pour démontrer d'abord que notre Halle aux draps fut édifiée à deux époques différentes, il suffit de constater, avec notre ancien archiviste, que nos trésoriers de 1304 renseignent, dans leur compte, une recette de deux cent trente livres quatorze sous parisis, montant du loyer çc de toutes les cambres délie viese Halle et délie novelle Haie » (3). L'entrepôt de la draperie yproise se composait donc alors de bâtiments construits depuis longtemps, puisqu'en 1304 on les nommait déjà « viese Haie », et

(1) Lambin, Mémoire, p. 5 à 8.

(2) Voyez les chap. soiTanto.

(3) Compte 1904, cité par M. Lambin, Mémoire, p. 11.

d'autres édifices achevés plus récemment et désignés sous le nom de « no vêle Haie ».

Nous verrons plus loin que ces derniers édifices furent élevés à Touestdu beffroi, vers la fin du xni- siècle; on peut constater ainsi que l'on nommait « viese Haie » les bâtiments placés à Test de cette tour.

L'aile orientale du monument — la vieille Halle — fut donc bâtie d'abord, puis — mais plusieurs années plus tard — on construisit l'aile occidentale ou nouvelle Halle.

Ainsi, les diverses parties de notre Halle aux draf)s ne datent {tas d'une même époque, comme le disent nos annalistes et même des historiens respectables.

L'extrait de compte cité prouve aussi que cette Halle ne fut bâtie ni en d242, ni en 1336, ni même en 1310, mais qu'elle était complètement achevée en 1304. Aurait-on pu louer cette année, « toutes les chambres et échoppes de l'ancienne et de la nouvelle Halle », c'est-à-dire de toute la Halle aux draps, si celle-ci n'avait été entièrement construite alors ?

Mais, s'il est aisé de signaler les erreurs de nos annalistes, il est moins facile de les rectifier et de préciser, quand fut commencée, puis achevée, à l'est du beffroi, la construction de la vieille Halle. Les documents des xn* et xni« siècles — analysés cependant avec tant de soin parM.I. L. A. Diegerick dans ses inventaires, — ne donnent à cet ^ard aucun renseignement et l'on n'en peut trouver dans nos comptes, dont les plus anciens, indiquant les dépenses faites pour bâtir « la nouvelle Halle », ne datent que de 1 285 ; comme nous l'avons dit, la vieille Halle existait alors depuis longtemps déjà.

A défaut d'indications données par des documents authentiques — et de tels documents à cette époque reculée sont rares et peu détaillés — pour retrouver, au

moins approximativement, la date de ces constructions primitives, on est obligé de poser des hypothèses et de tirer des inductions vraisemblables de faits historiques incontestés ou de documents étrangers, il est vrai, à la question spéciale que nous cherchons à résoudre, mais d'une authenticité à Tabri de toute suspicion légitime.

D*après M. Lambin, « quand le bctfroi fut construit, on jeta les fondements de la vieille Halle. » Mais quand ce beffi*oi — dont la première pierre aurait été posée en Tan 4200 — fut-il achevé ? Notre ancien archiviste ne précise pas cette date ; il ne nous apprend donc pas quand on posa les fondements de « la vieille Halle ». Son opinion, quant à Tépoque du commencement éventuel de ces travaux, peut,du reste, soulever des doutes fondés, si, comme nous le croyons et tâcherons de le démontrer, cette aile orientale de la Halle était entièrement construite en 1230.

Est-il probable que la commune ait d*abord fait bâtir seulement son nouveau beffroi ? aurait-on eu, de 1200 à 1230, le temps nécessaire pour éleveret « achever d'abord » cette construction isolée, puis pour « entreprendre et terminer » l'aile orientale de la Halle ? n'est-il pas plus vraisemblable que Ton posa en même temps, simultanément, les fondations des deux monuments ? et que, si le donjon de la commune fut achevé d'abord, comme le dit Sanderus, c'est parce qu'on travailla très-activement à la construction de ce beffroi, tout en poursuivant, mais plus lentement, les travaux à faire aux édifices qui devaient se trouver à l'est de cette tour ?

Quoi qu'il en soit, la question de savoir en quelle année on commença à construire « la vieille Halle », ne peut être résolue d'une manière précise, mais il est certain que cette construction date de la première moitié du xui« siècle.

oc S11 exista déjà des Halles, dit Schayes (i), dans quelques-unes de nos villes, au xii* siècle, ce ne pouvaient être que des constructions peu importantes et généralement en bois. Ce n'est qu'au xn"* siècle que nous trouvons en Belgique la première trace d'édifices de cette catégorie, construits d'une manière solide, mais les seuls remarquables sous le rapport de l'architecture, que l'on puisse assigner avec certitude à ce siècle, sont la Halle de Bruges et celle d'Ypres, qui surpasse certainement en importance monumentale toutes les constructions semblables élevées au moyen-âge, tant en Belgique que dans toutes les autres contrées de l'Europe. »

D'anciens documents de nos archives confirment ces conjectures et permettent d'afiSrmer d'abord que la commune d'Ypres avait une Halle avant le xiu® siècle, ensuite que la Halle aux draps, qui fait l'objet de notre étude, fut construite en partie au commencement, puis achevée vers la fin de ce siècle.

A la suite d'un accord fait entre Olivier de la Roche, commandeur fprœceptor) des maisons du temple, en France, etles échevins d'Ypres, les Templiers, en reconnaissance des privilèges, qui leur étaient assurés par cet accord, exemptèrent, en 12S5, nos échevins et leur ville de certaines redevances que ceux-ci leur payaient « sur leur Halle » (s).

Cet acte de renonciation ou d'exemption porte que les irères du temple avaient alors coutume de recevoir ces redevances (3). Cette mention indique que la dette con-

(1} Histoire de Varehiteciure en Belgique. — Bruxelles^ Jamar, t. II, p. 250. P^ Ardi, Tp, Inv. N^SS.

(3) Fraireê templi scaàinos et villam Ipremem quiUos et libéras claniaverunt de redditibut quos accipere solbbant ad Hallah Yprensbm.

tractée par nos magistrats était déjà ancieoHe, en 4225 ; elle avait été constituée sans doute au siècle précédent, car une maison du temple était établie, depuis 4127, sur le territoire de l'échevinage dTpres («).

Ces anciennes redevances que nos écbevins « avaient coutume de payer » depuis longtemps, ne pouvaient être prélevées, au xn* siècle, sur les revenus de notre Halle actuelle, car ce monument n'existait pas encore à cette époque; c'est donc sur une Halle plus ancienne, que nos magistrats avaient, avant 1225, coutume de payer les sommes dues aux frères du temple.

Ainsi, la commune d'Ypres avait une Halle avant le XIII* siècle; ce fait mérite d'être noté, il avait été jusqu'ici révoqué en doute, malgré les assertions, assez vagues du reste, de nos annalistes yprois ; ces doutes ne peuvent plus exister aujourd'hui, car les inductions que l'on peut tirer de l'accord fait en 1225, confirment à cet égard les conjectures de M. Scbayes et les affirmations de nos annalistes.

D'après ces chroniqueurs, la primitive Halle d'Ypres était une construction en bois, comme le présume encore M. Scbayes, et fut, au xiii'' siècle, démolie, puis remplacée par l'immense édifice dont cet auteur a constaté « Tim. portance monumentale. »

Nous avons dit que nos plus anciens documents ne nous donnentaucun renseignement sur la construction de l'aile orientale de ce splendide monument et nous avons fait connaître pourquoi l'on ne peut retrouver, dans nos comptes, la date de cette construction. Toutefois plusieurs de nos chartes permettent de croire que M. Lambin a

(1) Warnkœnio, t. V, p. 90.

signalé une date exacte, en écrivant dans son Mémoire couronné: « Taile gauche de la Halle tirant vers Torient* jadis connue sous la dénomination de vieille Halle, a été achevée vers 1230. »

C'est encore exclusivement dans les écrits de nos annalistes, et non dans des chartes, que notre ancien archiviste a puisé ce renseignement ; pour en démontrer l'exactitude, il peut donc être utile de citer ici quelques documents authentiques, inédits, croyons-nous.

Une transaction faite, en 1231, entre le prévôt de S. Martin et les échevins dTpresO), nous apprend que nos magistrats rendaient alors déjà la justice « en leur Halle (s) ».

Ces mots « en leur Halle » désignent évidemment la chambre des échevins « sour le Halle » dont le nom, cité tous les ans dans nos comptes, à dater de 1306, est déjà mentionné parfois dans divers documents du xin"" siècle.

Ce prétoire scabinal existait donc en 1231, et, comme il avait été bâti en même temps que Taile orientale de la Halle aux draps, dont il n'est séparé, au sud, que par un mur de refend, on peut affirmer, sans crainte de se tromper, que l'aile de notre Halle, à l'est du beffroi, était aussi construite en 1231.

Cette partie de notre monument était alors achevée; ce qui le prouve, c'est qu'à dater de cette année, nos échevins hypothéquèrent diverses créances sur celte HaUe.

Ainsi, les arbitres nommés en exécution de l'acte

(1) Nous analyserons cet intéressant document dans notre étude sur ia ekamère des échevins ePYpres.

(2) ilrcA. rp. /«r. N«51.

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dont il vient d'être parlé, décidèrent (i231) que la ville aurait à payer désormais, au chapitre de S^ Martin» une renie annuelle de douze livres (i); cette rente fut assignée « sur les revenus de la Halle », dit Warnkœnig(9).

Quatre ans plus tard, en 1235 (1236 n. s.)» Agnès, abbesse de Messines, remit à la ville d'Ypres plusieurs |)etites rentes que les bourgeois de cette ville devaient à Fabbaye. Cette remise fut consentie en échange d'une autre rente de treize livres et six sols, constituée au profit de la même abbaye et, d'après notre document (3), la nouvelle rente fut encore « hypothéquée sur la Halle d'Ypres. »

Il serait facile de rappeler ici d'autres engagements pris, vers cette époque, dans des conditions identiques, mais les doux actes que nous venons d'annalyser, suflisent, pour démontrer qu'une partie notable de notre monument était alors achevée.

C'est en effet sur les nouveaux bâtiments que ces hypothèques furent prises en 1231 et 1235; les rentes nouvelles étaient ainsi mieux garanties, car les facilités

(1) Arch. Yp. Inv. N« 51 (cité).

(2J T. V, p. 84. — Voyez aussi Reg. Rub. S^iMariinij fol. 93.

(3) Arch, Yp. Inv. N» 59. D'après cet acte, les chanoines de Messines s'engagèrent à dire tous les ans. pendant l'octave de S' André, une mesae pour la prospérité et la conservation de la ville et, pendant Toctave des Ames, une autre messe, pour les Âmes des bourgeois trépassés. Tous les ans, Je jour de la fête de S^ André, l'abbesse envoyait à Ypres un messager pour toucher sa rente et, d'après l'acte de 1235, si les échevins n*étaient pas en mesure de la payer audit jour, ils étaient obligés de nourrir et d'entretenir le messager jusqu'à payement complet de la dite rente.

Cette stipulation laisse croire que nos magistrats ne payaient pas toujours régulièrement leurs dettes ou que, malgré l'opulence de la ville, la caisse communale était parfois vide.

et les avantages assurés à Tindustrie yproise par la construction d*un nouvel et vaste entrepôt, d'ateliers, etc., mis à la disposition des drapiers, devaient nécessairement favoriser le développement du commerce des draps et avoir pour conséquence l'augmentation des « revenus de la Halle ». N'est-ce pas pour ce motif que ces nouvelles hypothèques furent ainsi données ? et que l'abbesse de Messines notamment, consentit en 1235, à substituer à d'anciennes créances, une créance nouvelle, moins importante peut-ètr^, mais plus solidement garantie ?

C'est, on n'en peut douter, l'aile orientale de notre Halle aux draps («) qui était achevée avant 1231, car, nous le répétons, cette aile est déjà nommée « la vieille Halle » par nos trésoriers de 1304, et ce nom était donné à ces premières constructions, pour les distinguer d'autres parties du monument achevées aussi, il est vrai, mais depuis peu de temps, en 1304, et que pour ce motif, on désignait alors sous la dénomination de « les nouvelles Halles. »

Pour faire connaître à nos lecteurs, quand furent exécutés et achevés les nouveaux et vastes bâtiments de cette nouvelle Halle, il n'est plus nécessaire ni de hasarder des hypothèses et des conjectures, ni de recourir à des inductions; divers comptes particuliers indiquent positivement cette date; ils permettent aussi de constater — et nous le prouverons d'abord — que les édifices auxquels on donnait le nom de « nouvelles Halles » étaient élevés à l'occident du beffroi.

Les titres de plusieurs de ces comptes en rouleaux

(1) Voyei gravare Ilbis, Itfog.

font connaître qu*en 1285 (0 et 1386 (s), on acheta des quantités considérables de matériaux (estophes) a pour faire les noveies haies » et Ton y voit qu'en 1286, Jacquemart de Bray fournit, outre « dix formes, et des listes... trente pies de chambrande de le grand porte (3) vers

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