‹ Ypriana. Notices, études, notes et documents sur YpresChapitre 17 sur 56 · LA PETITE HALLE · texte numérisé non relu

LA PETITE HALLE

GULDEN OU GROENEN HALLEKEN.

La petite Halle (Halleken) s'élevait à Torient de « la vieille halle aux draps ». Sa façade principale, au nord de la grande place, s'étendait vers Test, sur Falignement de Taile orientale de cette grande halle. Ce petit édifice se trouvait donc sur le terrain occupé par la partie sud de notre Nieuwerck actuel (i).

Les sommes payées par la ville pour la construction (c de la petite Halle » ne sont pas spécialement renseignées par nos trésoriers ; elles figurent sans doute dans leurs registres, sous les rubriques générales : estophes (matériaux), wercken (travaux et salaires d'ouvriers) ; mais un libellé de ces comptes donne quelques renseignements sur les ornements de cet édifice, d'anciens plans permettent de l'apprécier dans son ensemble et nous en trouvons, dans un registre de nos archives, un dessin colorié (3), d'autant plus précieux qu'il paraît

(1) Voy. grav. Ilbis, N» 13. — Plan A, N» 11 et B, N» 22.

(2) Ce (lessiD est reproduit sur le diplôme que la société historique etc. de la ville d'Ypres et de l'ancienne West-Plandre remet à ses membres. Voy. grav. X.

LES HALLES DYPRES

"phTITt HALLE DORKI-: AVEC SA BRÉTEOUE

AVé

:\îv :

avoir été peint peu de temps après ia construction de notre Halhken.

Ce dessin est une des vignettes qui forment les curieuses illustrations d'un « livre des keuren de la draperie d'Ypres ».

Ce keurbouCy d'après M' Gheldolf, fut compilé postérieurement à Tannée i381 (i) ; d'après M' le Chanoine Vande Putte, il fut écrit en 1361 (s). On verra plus loin que cette dernière appréciation est la plus vraisemblable.

Ces indications et ce dessin permettent donc de décrire ce petit bâtiment et de retrouver la date très approximative de sa construction.

La |ietite halle était un élégant et léger édiiice en bois; sa façade vers le midi, au nord de la place, fut à certaines époques dorée, à d'autres peinte en vert ; de là les noms de gulden et de groenen Halleken que le vulgaire donna à cet éditiee.

Un galbe, percé d'un oculm et terminé par un fleuron, couronnait cette façade, très-élevée, puisqu'elle dépassait en hauteur la galerie crénelée de la balle aux draps. Sur ce pignon, orné de sculptures, décoré de peintures et dont les rampants étaient garnis de pittoresques dentelures (3), miroitaient au soleil quatre girouettes de plomb dorées ou peintes par Maistre Jakeme le Vroedc et représentant, entr'aulres, deux « punceels » (pennons?) et deux « ganes » (grues?) (4).

A la base de cette pittoresque façade, s'ouvrait, prèsqu'au niveau du sol de la place, une large baie de porte.

(1) Histoire de la Flandre par Warnkcrniq, V. p. 18.

(2) An. West-Fl. II. p. 179.

(3) Voy. gravure X.

(4J Compte 1965, [voir texte plus \q\^).

garnie de lourds ventaux à peintures historiées. Cette porte donnait accès au vestibule (atrium) qui occupait le rez de chaussée du gulden Halleken et dans ce vestibule était placé le grand escalier de la halle {steeghere van der halle).

Ce grand escalier conduisait à la Halle aux draps et de là à la chambre des échevins. La porte qui mettait en communication la Halle et la Chambre, était percée à l'extrémité est du mur de refend qui sépare ces deux bâtiments.

A rétage» au dessus de la vaste porte d'entrée, vers la place, s'ouvrait sur toute la largeur de l'édifice, une baie de fenêtre divisée en trois parties, par deux trumeaux ornés de sculptures; elle était complètement à claire voie et formait ainsi une tribune.

C'était la « Bretesche » (i) de la commune, d'où l'on publiait les keures, les ordonnances scabinales et « les commands fais par eschevins ».

La vignette de notre keurbouc représente une de ces publications. Entouré du bailli, d'un échevin et d'un écoutète muni de la longue verge, insigne de sa dignité, le publicateur en titre de la ville donne, du haut de la bretèque, aux manants groupés devant la Halle, lecture de nouveaux « estavlissements et bans » que viennent de faire les échevins; afm de laisser constater par tous l'authenticité du document publié, le sceau qui y a été appendu, est montré au public réuni sur la place (2}.

C'est aussi du haut de cette bretèque que le jour de leur joyeuse entrée à Ypres, les comtes de Flandre prè-

(1) Breksche pr'imïtîyement tour, puis balcon, tribune, bretèque.

(2) Voyez gravure X.

taient aux bourgeois assemblés sur cette même place, le serment solennel « d'estre bon et loial seigneur », avant de i*ecevolr de ces bourgeois» le serment de foi et hommage (i).

Gomme nous l'avons dit, on ignore en quelle année Tut construite notre petite halle. Toutefois cette construction était de date récente en 1365 ; les trésoriers de cette année la nomment encore « le noviel maison là on fait les commands » ; et c'est alors seulement (1365) qu'on en acheva les décorations extérieures : un pondelmakere place, sur le galbe, deux « punceels de plomb », Jackeme le Vroede les dore et peint les « ganes » (s) posés sans doute récemment aussi.

Ces girouettes, dorures et peintures ne figurent pas sur la vignette de notre keurbouc. « Le noviel maison là on fait les commands » et dont la construction avait peut-être été entreprise après la répression de l'émeute, en 1361, n'aurait-elle pas été achevée vers 1363? si les « punceels » et « ganes » ne figurent pas sur le dessin du livre des keures qui représente notre gulden haUeken^ n'est-ce pas, parce que le keurbouc fut écrit, au moins en partie, cette année (1363), comme le dit M. Van dePutte, alors qu'on n'avait pu compléter encore les décorations extérieures de cette « noviel maison », décorations achevées seulement, on l'a vu, vers 1365.

Nos échevins firent orner plus tard de riches « estofaiges », d'or et azur, l'intérieur de leur petite halle ;

(1) Arch. dTp.^ passim.

(2) « As pondelmakere de faire ij punceels de plomb mis sur le novubl MAISON la on fait les commands Ix ^. »

• A maistre Jackeme le Vroede de les dorer et de paindre i j ganes. xij ft. xvj s. • (Compte 1365.)

Jacob Cavael, un des peintres les plus habiles d*Ypres, exécuta ces travaux, vers la fin du XIV^ siècle; on trouvera des détails sur ces ouvrages dans notre étude « la Chambre des échevins dTpres » (i).

Avec sa légère façade, couverte de peintures et de dorures, avec son galbe aigu, orné de girouettes et dont la svelte silhouette se dessinait sur Tazur du ciel, notre gulden halleken faisait un pittoresque contraste avec la masse imposante, les grandes lignes et le style sévère du beffroi et de la grande Halle aux draps !

La petite halle resta debout jusque vers 4618; elle fut alors démolie, en même temps que le grand escalier de la halle, et sur le terrain qu'elle avait occupé durant près de deux siècles et demi, on construisit la partie méridionale de rédifice encore nommé le Nieuwerck (â).

(1) Tpriana. T. H.

(2) Voyez pln^ loin le Nieuwetck.

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