‹ Ypriana. Notices, études, notes et documents sur YpresChapitre 19 sur 56 · IÔ · texte numérisé non relu

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villes de Flandre, la sentence solennelle qui annula les lettres de grâce accordées le 16 Décembre précédent, à Courtrai, par Philippe de Thiette, aux meurtriers des échevins et bonnes gens massacrés pendant la nuit du 29 au 30 Novembre 1303. Cette sentence rendue en la vierscaere à Ypres, condamna quarante-trois coupables à la peine de la roue et prononça diverses peines contre d*autres accusés (i).

Ainsi la commune avait sa vierscaere en 1304.

Toutefois on ignore où ce primitif prétoire était établi ; dans une chambre de Tune ou de Tautre halle ? dans un édifice communal ? peut-être même en plein air (subcœlo); mais il parait hors de doute que « la nouvelle chambre à côté du siège scabinal » et dont les fenêtres furent garnies de verre par Michel, en 1331, servit, à dater de cette année, de prétoire criminel ; le nom de la vierscaere est en effet fréquemment cité dans nos comptes dé 1330 à 1372; durant cette période, on y répara souvent les vitraux et Ton y fit plus d'une fois d'autres ouvrages d'entretien. Ces annotations de nos trésoriers ne donnant aucun renseignement précis ni sur le style, ni sur les décorations de cette nouvelle chambre, il est inutile de les analyser ici (s).

A dater de 1372, nos magistrats firent élever plusieurs nouveaux édifices à l'est de leur chambre scabinale, édifices que nos trésoriers désignent dans leur ensemble, sous le nom de « noviel ouvrage vers oost » (3).

Pour se rendre bien compte de la situation de ces bâtiments nouveaux, il faut se rappeler qu'il existait en

(1) Arch. Tp. Inv. N« 239.

(2) V07. les comptes de 1331 à 1372, passim.

(3) Comptes 1372 à 1376, passim.

137â, à Torient de nos Halles, trois constructions, placées en hors d*œuvre : la chapelle primitive (i), la petite halle (â) et la chambre construite vers 1331 ; les deux premières furent conservées, on démolit la troisième vers 1372.

On voit par nos comptes que le « noviel ouvrage vers oost » se composait de deux espèces d*édifices ayant des destinations différentes : d*une nouvelle vierscaere (3) et de chambres servant de bureaux (comptooren) (4).

Le nouveau prétoire criminel fut bâti au nord de ces nouvelles constructions (s), sur le terrain occupé, croyonsnous, depuis 1331 par Tancienne vierscaere, démolie, nous le répétons, vers 1372, et Ton construisit les nouveaux bureaux à Torient du siège scabinal, d'un côté entre la nouvelle vierscaere et la chapelle, de l'autre entre cet oratoire et le gulden halleken (e). Nos trésoriers nomment ces comptooren, « les cambres lies ou den costé le cambre deschevins vers oost ».

C'est dans le compte de 1372 qu'on trouve la première mention des nouveaux édifices élevés à l'est delà chambre des échevins.

Nos trésoriers nous ont laissé peu de détails précis sur ces constructions; les sommes qu'ils payèrent pour matériaux et salaires figurent probablement encore presque toutes sous les rubriques générales, estophes (matériaux), wercken (ouvrages, salaires) ; toutefois les sommes considérables qu'on eut à débourser, de 1373 à 1376, pour

(1) Voy. Gravure Ilbia, N» 12.

(2) Voy. GraYure HWs, No 13.

(d) Comptes 1372 à 1376.

(4) Mêmes comptes.

(5) Voy. gravure Ilbis, N" 15, et plan B, N« 17 (6} Même gravure, N« 14, et plan B, N« 16.

semblables dépenses , et certains articles particuliers de nos comptes prouvent que Ton exécutait alors de grands travaux et que Ton travaillait très activement.

Ainsi le Samedi 27 Janvier (1375), on paie une somme de 745 livres 13 sols pour 137 poutres ou poutrelles appelées uutdragende balken. — Le transport de ces bois coûta 101 S 13 s.

La semaine suivante* on reçoit diverses pièces de il pierre de grez » et entre autres ufie verge de xv pietz de grée et taillée, coûtant le tout, y compris le transport de Warnèton à Ypres, la somme de lâO 9 11 s. Jusqu'au 12 Mai, on achète un grand nombre de briques, de kareelstceiien, des charretées d*ardoises (escailles), etc.

Le 4 Août, on paie encore à divers ; onze socles de grès, cinq « linteuls », sept « corbeus » (i), puis des ce estophes » de toute espèce (s).

Tous ces matériaux devaient-ils servir à construire la nouvelle vierscaere et les nouvelles chambres ? N'étaientils pas destinés en partie à bâtir « le nouvel ouvrage de la Halle », travail important dont nous nous occupons plus loin? quoi qu'il en soit, les travaux avancèrent rapidement : les nouvelles chambres étaient sous toit et même couvertes d*ardoises en 1375 ; elles furent, ainsi que la nouvelle vierscaere, achevées l'année suivante (s).

(1) « I^ samedi quart jour daoust (13751. A Jehan le OriflSer, Jehaa Begoyt, Jake le Vasseur et Bertelmieu de Ferbuus, de vij socles de grés, xij &. Item de iiij id. ix <S. — Item de ▼ lintenlz xxz |&. — Item de vij corbeus xij <2^. xij s m

(Compte de la Toussaint 1374 à la Toussaint 1375.)

(2) Compte delà Toussaint 1374 à la Toussaint 1375. — Tous ces matériaux avaient sans doute été achetés et fournis l'année précédente.

(3J « A Jacques le scailledeckere, douvrage fait en taske sour les cambres délies le cambre deschevins vers oost xilij verghes à xv ft le verghe

lie X ft. • (Compte de la Toussaint 1374 à la Toussaint 1375.

En 4375 et 1376, on y exécuta» à Tintérieur, des ouvrages de peinture et Ton en garnit les fenêtres de verrières. Pierre de le Meersch, peintre yprois, est chargé (1375) des ouvrages de peinture à faire aux dites chambres (i) et Michel le Busschere y pose quatre-vingt-six pieds de verre, à treize sous le pied (3).

L*année suivante, on décore la nouvelle vierscaere : Michel Blomme et Willem de Thieit y font une fenètre(3), sans doute en bois sculpté, car Willem de Thieit était un maître beUdesnydere. Cette fenêtre est peinte aussi par Pierre de le Meersch (4) et c'est encore Michel le Busschere qui garnit foutes les fenêtres du nouveau prétoire, de verrières mesurant cinquante-et-un pieds, magnifiques verrières, car elles furent payées au prix très-élevé de vingt sous le pied (5).

Le nouvel ouvrage vers Test était donc complètement achevé en 1376 ; il n'en est du moins plus fait mention, après cette année, dans les comptes dont nous avons des extraits.

Nous n'avons aucun renseignement ni sur la distribution intérieure de ces bâtiments, ni sur les dispositions

(1) m A Maistre Pierre de le Meersch, peintre, douvrage à le ditz cambres délies le cambre deschevina vers oost zlix ffi. zviij fi. •

(Mêmes comptes.)

(2) « A Michel le Busschere, de faire iiijxx vj pietz de voire en le noviel cambre d'encontre le cambre deschevins à zij s. le pietz. Iv %^ xvij s. »

(Même compte.)

(3) « A Michel Blomme de faire le fenestre de le vierscaere et à Will. de Thieit. xiij ft. zij s. > (Compte 1375-1376.)

(4) « A Pierre de le Meersch, paintre, douvrage fait à le fenestre de le vierscaere, zij ft. a (Même compte.)

(5) A Michel le Busschere, glaswerkere, de Ij pietz de voire as feneaters de le vierscaere à zz s. le piet. ... * \}%* •

[Même compte.)

de leurs diverses chambres, mais on voit par d'anciens plans de la ville, pris à vol d'oiseau (i), que la nouvelle vierscaere était un édifice à part, indépendant de toute autre construction, très élevé et dont un galbe couronnait la façade nord, donnant sur le cimetière de saint Martin.

Les nouvelles chambres, — au niveau du si^e scabinal — reposaient sur des piliers à bases et chapiteaux, (i) ; la vierschaere, la chapelle et la chambre d*éi*hevins étaient, pensons-nous, construites dans les mêmes conditions ; nos comptes de 1618 nous apprennent en effet que ces anciens piliers furent conservés d'abord, quand fut bâti le Nieuwerck (3). 11 existait donc alors, comme aujourd'hui, au nord de la place, un passage vers le cimetière de Saint Martin et, à l'ouest, un accès vers la petite cour orientale de la Halle; mais cette espèce de galerie ne s'étendait pas sur toute la face est de notre monument, car au sud, le gulden Halleken avec son steeghere était un édifice portant de fond.

On ne possède ni dessins ni gravures des bâtiments élevés de 1372 à 1376 à l'est de « la cambre deschevins »; le style de leurs façades et leurs décorations extérieures ne nous sont donc pas connus. 11 parait toutefois que ces façades étaient ornées de sculptures, car, on Ta vu, pour les élever, nos magistrats achetèrent (1374) des « socles de grés, des corbeus » et même « j gargoel »

(1) Le plaa de Thevelia et Destrée fait en 1564 et le plan grayé sur cuivre en 1610 par Qaillaume de Thielt. — Voyes graTure Il^is, N« 14 et 15.

(*2) tt De j pi Hier à tout le base et capiteel deasons de le cambre de Je Halle vers oost ixiij ^, ,

(Compie 1374-1375.)

.1' Voyez plus loin : U yientrerrlf.

qu*on fit chercher à Saint-Omer (i) en 1375, et, la même année, nos trésoriers payèrent trente livres d* « ouvrages as gheviels des cambres, délies le cambre deschevins (s) »; ces derniers ouvrages furent faits par Jehan de Thielt, sans doute un parent de Willem de Thielt, en tout cas un tailleur de pierres et sculpteur, car maître Jehan, d'après nos comptes, fit encore d'autres ouvrages de sculpture pour la ville en 4383 (s).

Les divers édifices bâtis, de 1372 à 1376, à l'orient de notre monument sont nommés par nos trésoriers: « le noviel ouvrage vers oost ». Le vulgaire continua pendant plus de deux siècles et demi à les désigner sous le nom de « nouvel ouvrage ». Ils furent démolis, ainsi que le gulden Halleken et la chapelle, au xv!!*" siècle; sur la place qu'ils occupaient, on construisit un nouvel édifice que le populaire baptisa encore du nom de Nieuwerck et telles sont la force et la persistance des traditions, qu'aujourd'hui, comme de 1375 à 1618, c'est-à-dire depuis cinq siècles, l'ensemble des constructions élevées à l'est des Halles d'Ypres, n'est connu que sous le nom de « le nouvel ouvrage », het Nieuwerck.

{{) ■ De j gargoel a tout le voiturer (de Saint Orner) à Ypre. ix %. xvj s. » (Compte 1315.)

(2) Compte 1374-13:75.

(3) • A Jehan de Tieit de tailler j gheveil au wachthuus de le bueter-porte. n Compte 1383.;

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