‹ Ypriana. Notices, études, notes et documents sur YpresChapitre 20 sur 56 · LE STEDEHUUS OU L'HOTEL DE VILLE · texte numérisé non relu

LE STEDEHUUS OU L'HOTEL DE VILLE

La commune dTpres avait autrefois, outre sa Halle aux draps, diverses Halles, entr'autres une Halle aux pelleteries.

D'après M. Lambin, cette Halle aux pelleteries était très ancienne, et faisait face au chœur de Féglise de S^ Martin; « en Tan 1342, dit notre ancien archiviste, elle fut démolie et incorporée dans la conciergerie » (4).

On ne trouve, ni dans les comptes de cette année (1342), ni dans ceux des années précédentes ou suivantes, ni dans d'autres documents à notre connaissance, aucune trace de ces démolition et reconstruction. En tous cas, c'est vers 1375, que Ton commença à bâtir parallèlement au chœur de l'église de S^ Martin (s), un vaste édifice que nos trésoriers désignent sous le nom de « le noviel ouvraige de la Halle. »

(1) Lambin, Mémoire^ p. 23.

(2) Voyez gravure Ilbit, No 16.

Ce nouvel ouvrage est en effet nommé par divers auteurs « la quatrième aile de la Halle », bien que sa destination fût constamment tout autre que celle du vaste entrepôt de la grande draperie dTpres.

Ce nouvel édifice fut bâti en face du chœur de Téglise, an nord de la vielle Halle dont une cour le séparait; il s'étendait « du Bellefroy dusques à le noviel ouvraige de la vierscaere » (i) alors achevée. U occupait donc tout le terrain compris entre la voûte sous le beffroi et la partie nord du a noviel ouvraige vers oost », aujourd'hui le Nieuwerck (2).

Ce grand bâtiment — faut-il le dire? — n'est autre que l'antique stedehuuBy si souvent mentionné dans nos documents dès le xv"" siècle.., que l'hôtel de ville actuel d'Ypres.

Avant même d'avoir fait achever les divers édifices en construction, depuis i37S, à l'est de la Halle (3), nos échevins achetèrent et firent voiturer à pied d'œuvre, (par karrées), de Warnéton, où ils avaient été transportés par la Lys, des matériaux de toute espèce destinés aux grandes constructions en voie d'exécution ou que l'on projetait d'entreprendre sans plus de retard. Comme nous lavons dit ailleurs (4), il fut payé de 1374 à 1375, pour une partie de ces fournitures, commandées en 1373, une somme de sept cent quarante-cinq livres parisis, puis beaucoup d'autres grosses sommes encore.

Le nouveau bâtiment devait être relié à la vieille Halle, c'est-à-dire au siège scabinal; il n'est en effet

(1) Compte 1375-1376.

(2) Voyez grayure Il^is, N« 16.

(^ Voyez : la nouvelle vierseare et les chambres vers oost. (4) IcU page 140. — Bfatériaui payés pendant rezercice 1374-1875.

séparé de cette chambre, que par un mur de refend. Peut-être cette ancienne muraille était-elle en mauvais état et exigeait-elle de grosses réparations ?

On s*occupa d'abord de ces travaux de raccordement et de restauration. « Nicole Belle, ad voué de le ville, mist la première pierre de le novielle machonnerie à le viese Halle ».

Cette première pierre fut posée vers le mois de Juin 1375, probablement le 2 de ce mois; c'est du moins, à la date de ce jour, que figure dans nos comptes la somme de six livres payée, à cette occasion, « as mâchons et vallets (i) en courtoisie » (i).

Dès ce jour, on se met activement à l'œuvre. Restaurer de vieux murs, raccorder le nouveau bâtiment à la chambre des échevins, déjà vieille aussi, sont des ouvrages difficiles et exigeant des soins particuliers ; aussi sont-ils faits, non « en taske », mais à la journée; on en confie Texécution à deux ouvriers expérimentés : à Willem de Witte et Ghristien de Witte. Le salaire journalier de ces maçons est augmenté de deux sous, pendant les cent et un jours qu'ils travaillent « al noviel ouvraige de le Halle (3) ».

En même temps, d'autres maçons, en grand nombre, sont employés par la ville; ils jettent les fondations du

(1) « Le samedi second jour de juin [1375J. »

<c As mâchons et les vallets en courtoisie quand Nicole Belle advoé de le

ville mist la première pierre de le novielle machonnerie à le viese Halle.

(Compte 1375.) vj %. •

(2) En courtoisie : gratification..., un pour>boire.

(3) « A Willem le Witte et Ghristien le Witte, maçons ouvrans al noviel ouvraige de le Halle, cj jours cascun à ij s. le jour deseure leur journée.

(Compte de la Toussaint 1374 à la Toussaint 1375.) xx ft. iiij s. »

bâtiment ; ce travail exige aussi des soins, il est encore fait à la journée (i).

Pendant qu'on achève ces premières maçonneries, on prépare des matériaux pour faire les autres ouvrages.

En ce temps là, on taillait les pierres, on polissait (tafelen) les briques, on sculptait même les unes et les autres, avant de les mettre en œuvre. C'est à ces travaux préparatoires — faits d'ordinaire par les maçons, durant l'hiver, — que l'on doit l'appareil si régulier de nos monuments et ces belles maçonneries en briques blanches tant admirées, mais qu'on n'imite plus, de nos jours.

Voici quelques détails sur ces travaux préparatoires :

Maître Jehan Gortais tailla les grès du a nouvel ouvrage de le Halle »; il lui fut payé, en 4375, pour ce travail vingt-cinq livres de gros, soit trois cents livres parisis (3).

On avait acheté quarante-sept blankes pieres^ — des trappen de Brabant (marches d'escalier) mesurant deux cent onze pieds, — vingt-deux corbelen (3), — quatre formes, — plusieurs grandes pierres et autres matériaux, notamment des ardoises, des briques, etc. en grande quantité. Maître Willem Melcwiet (4) entreprit de préparer et de tailler toutes ces pierres.

(1} Même compte, rubrique: salaires, [rcercken],

(2) « A Maistre Jehan Cortais de taillier tout le grés du nouviel ouvrage de le Halle, XXV 1. de gros qui valent iijc^. >

(Compte 1374-1375.)

(3] CoRBBLB, korùeel, mutulus (Kilian), pièce qui s'avance hors d'une muraille et sert à soutenir quelque chose. — « En encorbellement ».

(4) «A Maistre \V. Melcwiet et de xlvij blankes pieres de vj >/s pietz à xij ^ le perche., xxviij %. iiii s. — Id. ijc xj pietz trappen de Brabant à ij s. par piet... xxij %. ij s. — De xxij corbele.... Ix s. — iiij formes — de autres pîeres — de i karree[4arrf, charrette) descai lies {schalten, ardoises)., xxiiijs. — Deijra cl brikes, vj %. . (Compte 1374-1375.)

Les tt trappen de Brabant » servirent à construire un grand escalier à Tintérieur du bâtiment et les « blankes pierres » furent employées, avec des grès (i), à faire la c< voie » ou galerie qui devait couronner le mur de face, au nord de Tédifice (s).

Le même maître Willem (a) fut encore chargé de préparer les pierres et autres matériaux nécessaires pour bâtir c< le tourele » que Ton plaça, en encorbellement, à Test du nouvel ouvrage (4).

Melcwiet fit tous ces travaux à la satisfaction de nos échevins ; il lui fut accordé « en courtoysie de son travailge », vingt-quatre livres (5), outre des sommes considérables qu*il reçut, en exécution de diverses conventions et pour salaires de ses ouvriers employés à d'autres travaux (e).

 la fin de Tannée 1375, ou dès le commencement de Tannée suivante, une grande quantité de pierres taillées et d*autres matériaux, préparés, étaient réunis à pied d*œuvre ; on avait aussi terminé les maçonneries en quelque sorte préparatoires. Ces divers ouvrages, on Ta

(1) a A tailleur de grés onvrant à la maison Maistre Melcwiet as pieres de le voie de le Halle.... xliiij <ft. iiij s. • [Ck>inpte 1374-1375.)

(2) Voie, voffe : frise. Voye van de kercke : ambitus^ eircuitui superior ; murun sohrium ambiens (liea exposé au soleil au haut d'un édifice). A<pagala, (barrière), lorica^ (garde-fou, appui). (Fojr. Kilian ▼<> 90|ff ). — En un mot, galerie ouverte, au sommet d*un édifice.

(3) « A Maistre Willem Melcwiet de tailler le voie en taske. » (Compte 1374-1375.)

(4) « A Maistre Melcwiet de tailler le voie en taske, aucuns des stanfikesf?} item tous les stanfikes de le tourele vers l'oost et ce quil a de pieres dusqne as premiers arckes et le taulement (?) et toute machonnerie pour x I. de gros valant cxx livres partsis. • — (Compte 1374-1375.)

(5) « A Maistre W. Melcwiet en courtoysie de son tr&vailge, xxîijj ft. • 'Compte 1374-1375.)

0 Comptes p/ij«fi»i.

dit, avaient été faits à la journée ; mais nos échevins résolurent alors de mettre en adjudication la construction des façades et des autres murs en élévation du nouvel édifice.

Cette adjudication, dont on n*a pu trouver la date précise, eut lieu, croyons-nous, vers la fin de i375 ou l*année suivante.

Maître Willem Melcwiet — sans doute le plus bas soumissionnaire — fut admis comme adjudicataire, « et prit en taske le nouvel ouvraige de le Halle du bellefroy dusque à le noviel ouvraige de le vierscaere » (i).

D'après le contrat, passé par écrit (s), entre nos échevins et maître Wiïlem, cette entreprise était faite à forfait (en taske), moyennant la somme de huit cents livres de gros, payable savoir : cinquante livres avant la Toussaint de Tannée courante (en ceste trésorie) 1376, puis cent livres de gros, (fannée en année, pendant huit ans ; toutefois le travail devait être complètement achevé en quatre années (s).

Huit cents livres de gros — neuf mille six cents livres parisis — était une somme immense, eu égard aux taux des salaires (4), à la valeur de Targent, et des

(1) Comptes 1375-1376.

(2) « Dont il (Willem) a lettres. • (Compte 1377-1378.)

(3) « A Bfaistre Willem Melcwiet qui a prins en taske le nouvel ouvraige de le Haie du Bellefroy dusque à le noviel ouvrage de le vierscaere dont il ara viijc liv. de gros à savoir est en ceste trésorie 1 liv. de gros et en viij ans après à cascuu an c liv. de gros, mais il doit le ouvrage parfaire dedans iiij ans... vjc %. »

Les comptes des années suivantes renseignent les sommes de cent livres de gros payées tous les ans.

(4) Pendant le siège d'Ypres en 1383, bien que le taux des salaires fût alors augmenlé, la journée de travail était de quatre à six sous, moyenne cint} BOUS. (Comptes.)

denrées à celle époque; cependant l'entreprise ne comprenait que le prix de la main d*œuvre pour ouvrages de maçonnerie, car maître Willem reçut encore des sommes considérables pour fournitures et autres travaux, non prévus au devis (i).

Nos comptes de 1375-1376 sont incomplets, et les fragments, en mauvais état, qui ont été conservés, donnent peu de détails sur les ouvrages faits pendant cette période. On ne doit du reste pas s'en étonner, car l'entrepreneur étant, par son contrat, tenu de payer les salaires de tous les maçons, nos trésoriers n'eurent à enregistrer que la somme globale due, d'après cette convention, à maître Willem, sans avoir à signaler ni l'emploi que celui-ci en fit, ni les travaux que l'on exécuta de 1375 à

Ces fragments de comptes permettent toutefois de constater que l'on réunit encore de grands a|>provisionnements de matériaux de toute espèce. Ainsi on acheta de grandes quantités de briques, de « cauchics » (pierres à paver) et de grès de trois pieds de long sur deux de large ; on paya aussi des salaires considérables à des ouvriers de divers états, notamment à des charpentiers (2).

Les travaux furent donc très-activement poursuivis de 1375 à 1376, puis de 1376 à 1377 ; ils étaient si avancés, avant la fin de cette dernière année, que déjà vers le mois de Mars 1378, on put s'occuper des « fcneslres du nouviel ouvraigc de le Halle (3) » et prendre livraison de nouveaux bois destinés à la charpente de cet édifice; le 22 de

(1) Comptes /)a^^}V;i.

(2J Compte 1375-1376.

(3) « AMaistre Blomme d'ouvraige fait as fenestres du nouviel ouvraigede le Halle. » — (Compte 1377-1378.:

ce mois, Chrétien Pille de Nieuport reçut une somme de deux cent soixante-dix-huit livres, pour fournitures de poutres, poutrelles et autres bois(i); puis, du 17 Avril au 4 Septembre suivant, nos trésoriers payèrent onze cent cinquante et une livres parisis, pour fourniture, frais de transport, chargement et déchargement de cinquante et une nouvelles poutres (uutdraghende balken)^ de dix-neuf cents planches {ays) et de cinquante-neuf sapins du nord [deil^n); ces bois transportés par eau « de Duertrecht à Niefport », là transbordés sur des « neifs » et menés, par TYser et TYperlée canalisés, à Ypres, avaient été déposés « entre les Halles » avec deux mille neuf cents autres « ays achetés à Escluze », moyennant la somme de trois cent vingt livres dix sous, compris le transport, encore « par neif » à Ypres (2).

On travaillait vite en notre ville.... il y a cinq siècles ;

;1} « Chrétien Pille de Nieuport pour diverses poutres, poutrelles et autres bois, 278^. 2 s. 8 d. » (Compte 1377-1378.}

(2) « A Willem Claisone de Duertrecht de Ij uutdraghende balken à vj %. xvj s. le bants dont avons rabatu i bantz pour le carité, reste ilj^^ zl %, — De kerkier ledi t bos à Noefport, de le mener par neif à Ypre, de deskerkier à Ypre et mettre entre les Halles, xzzi â. t. s . . . iijc Izxj %. ▼. s. »

« De zixo de ays kx%. iiij s. le chent, ciiij xx ziij |&. zvj s. — It. de Hz deilen, xxziij ^, vij s. — De Iz knorhouten, zij %. vi s. — De mener ledit bos par neif à Ypres, xliij %. zvi s, de deskerkier ledit bos, iij %, viij s. iiij d., de les metter en le halle et autre coûts, Ivj s.... ijc iiijxz xziij %. iz s. iij d. »

« De xl bancs achatés à Duertrecht, vj %, iij s. le bancs, ijc zlij %. dont rabatu pour le carité vj %, zvj s. reste paiet ... ijc zzziz %, iiij s. »

• Item de c drachouten 1 ^. viij s. »

« De le vrecht dudit bos de Duertrecht à Niefport et de Niefport à Ypres, de kerkier et deskerkier et tonlier et carité et autres plusieurs cous et mettre enire les Halles Izzv %. iij s. »

■ De ijm izc ays achatez al Escluze par W. Coolman ijc Izz %. zij s. — Item de les mener par neif à Ypres zliz %. zviij s. , . iijc xz ft. z s. •

'Compte 1^78.)

aussi ces bois commandés pour faire la charpente du êtedehuus^ ne restèrent-ils que quelques mois entre les Halles; ils furent si promptement « ouvrés » et mis en œuvre» que vers la fin de l'année (1378), le nouveau bâtiment était sous toit : avant rhiver, maître Helcwiet y plaça a cent pietz de gotieres (i) », puis il en couvrit le faite de tuiles faitières (vuersten)^ sur une longueur de cent pieds aussi, après que « la vesture » (toiture) eut été ce couvrée descalles» (ardoises) (s).

Ce genre de couverture était peu en usage à Ypres, au XIV* siècle; à cette époque, comme aujourd'hui beaucoup de nos anciennes maisons, le beffroi et la Halle aux draps étaient couverts de tuiles plates rongeât res (tegeh) (3).

C'est probablement quand on plaça le bouquet, — déjà en usage, parait-il, au XIV siècle, — sur la toiture achevée, que nos échevins donnèrent « à boire aux ouvriers des ouvrages susditz » les cincj livres mentionnées dans nos comptes de fin d'année (i378) (4).

Ainsi les grosses constructions du stedehuus, que Melcwiet avait entreprises vers 1376, étaient terminées en moins de trois années ! et la commune, pour paver les abords du bâtiment, acheta trente-cinq mille cinq cents nouvelles « piercs de cauchies, à huit livres le mille » (5).

(1) « lUm Melcwiet dec pietx de gotieres mis desseure ses conv^^nanche» xl s. le piet» ij %. — De mettre ]e dite gotiere, xiiii <%. Coût sour \t dit oavraige de Toitare, vj %, en tout, ijc xxx %. » (Compte 1377 à 1378.)

(2) « A li (Melcwiet) de c pietz pour le vuersten sour la Halle couvrée descalles à xvj s. le piet, iiij^^ %. » (Compte 1378, en Octobre.)

(3) Voyez la vignette de notre Kuefbouc, nos comptes de 1378, etc., et plus haut : la Balle aux draps.

(4) «As ouvriers des ouvrages susditz donné à boire, v ^.» (Compte 1377- 1378).

(5) « De xxxvin vc pieres de cauchie à vii >/| %, le millier, ijc Ixvj %, vij s. » (Compte 1377-1378.)

loo

Mais rien rflètait encore fait à Tintérieur du « noviel ouvraige de le Halle ». Nous ignorons quels travaux on y exécuta en 1379 (i); il est probable toutefois qu*on dut bientôt ajourner ces ouvrages, à cause des troubles et des guerres qui, à dater de 1380, précédèrent la bataille de Roozebeke (1382) et le mémorable siège d*Ypres (1383).

Ces ouvrages intérieurs ne furent faits que vers la fin du XIV^ siècle et terminés au commencement du siècle suivant ; on appropria alors dans le stedehuus diverses chambres et entr'autres, la chambre des xxvij (s) et la nouvelle trésorerie (a).

La façade actuelle de notre hôtel de ville date non du X1V% mais des premières années du XVI'' siècle; car elle a été rebâtie après Tincendie de la trésorerie en 1498 (4).

Nous ne possédons ni plans, ni gravures, ni documents qui permettent de décrire la façade primitive de ce bâtiment; il est probable toutefois que son style était en harmonie avec celui de la Halle aux draps. Comme ce monument, le stedehuus avait, on l'a vu, ses tourelles dont les hases existent encore; un faitage en couronnait aussi la toiture, une galerie (voie) était établie à la naissance de celte toiture, enfin sa (açade était construite en grès (5), comme c^lle de « la grande Halle. »

Tout semble donc démontrer que primitivement les faces des quatre ailes de notre grand monument étaient de même appareil et de même style; divers vestiges de la

(1) Les comptas des travaus de Novembre 1378à Avril 1381 ne se retrouvent plus dans nos archives.

(2) Voyez plus loin : la Ckam'ire des xxcij, (Uaedecamere ou chambre du conseil ]

(3) Voyex plus loin : les Trésoreries d'Ypres.

(4) Voyez notre Incendie de la Halle d'Y près, A ntu WesL-Fl. , t. Vil, p. 157. •5' On en trouve les preuves dans les comptes (1373 à 1378) déjà cités.

construction |)reiiHère, conservés dans la Nouvelle façade du XVP siècle, confirment cette conjecture.

Les noms des architectes qui firent les plans du beffroi, de « la viese et de la novele Halle aux draps », ne sont pas connus; mais maître Willem Melciviet qui construisit notre stedehuus, probablement les bureaux à Test du siège scabinal, la vierscaere et peut-être même la gulden Halkken — qui, durant la seconde moitié du XIV* siècle, fit tant de travaux importants pour la ville — maître Willem était-il un simple maitre-maçon ou entrepreneur? Aurait-on chargé un modeste maître-maçon, quelqu'habile qu'il fût, d'exécuter de tels ouvrages?

Maître Melcwiet ne lut-il pas le maistre cTœuvre^ l'architecte de ces édifices, pour ne pas dire de ces monuments? S'il n'en dressa point les plans, à lui du moins revient Thonneur de les avoir exécutés.

Gomme on vient de le rappeler, un violent incendie éclata en 1498 (le 5 Avril), dans la trésorerie, alors établie au premier étage, dans une grande chambre, éclairée au nord, du bâtiment (\) construit de 1376 à 1378 par maître Willem ; le feu occasionna des dégâts immenses à cet édifice.

Après ce sinistre, on fut obligé de faire de grands travaux, tant à fintérieur qu'à l'extérieur du stedehuus, (( au côté de la Halle là où fut la trésorerie, » (aen de noordzijde van der Halle daer de tresoiie stond) (â).

Nos trésoriers ont enregistré sous la rubrique: stoffe ende wercken^ les sommes considérables qu'ils payèrent, de 1498 à 1503, pour salaires d'ouvriers et pour achat de matériaux (3).

(1) Voye» planB, N» 12.

(2) Compte 1498.

(3) Compte 1499-1502.

Ainsi que nous l*avons démontré ailleurs (i), on reconstruisit alors la façade du stedehuus; mais la commune en décadence était trop pauvre à la fin du XV' siècle, pour rétablir ce monument dans son état primitif, avec des matériaux neufs !

Depuis 4502, la nouvelle façade a subi de si nombreuses réparations et tant de restaurations, faites sans goût par d'ignorants maçons, qu'il est difficile de reconnaître aujourd'hui dans quel style fut faite alors cette reconstruction. Toutefois, quelques parties de l'édifice ont échappé au mauvaisgénie de ces restaurateurs fantaisistes. Des fenêtres à meneaux et traverses en pierre, leurs cintres très-surbaissés, quelques petits volets à Fintérieur des salies de nos archives et de leurs délicates ferrures rappellent des détails que l'on retrouve dans les édifices civils bâtis vers la fin du XV* siècle. C'est donc, croyonsnous, dans le style de cette époque que fut reconstruite la façade du stedehuus après 1498.

Il est facile en tous cas de constater que Ton employa alors de vieux matériaux. L'appareil de la façade actuelle est en effet composé de briques de diverses grandeurs, de grès et de pierres de différentes espèces provenant sans nul doute des démolitions de l'ancien bâtiment; des maçonneries en grès, taillés par Jehan de Cortais et Willem Melcwiet, ont pu être conservées aux extrémités est et ouest de la nouvelle façade et l'on y voit encore les bases des tourelles que fit maître Willem (2).

Tels sont aujourd'hui à l'extérieur les seuls et derniers vestiges « du nouviel ouvraige de le Halle » bâti de 1375 à 1379et de sa nouvelle façade reconstruite de 1498 à 1502.

(l) Voyez notre notice Incendie de la Halle, plusieurs fois citée. 2} Voyes notre /tf^endiede la ffallefdéjkcïiée.

Depuis celle époque, la dîstribuUon înlérieure de noire hôtel de ville a été maintes fois et notablement modiliée. On y retrouve toutefois encore les poutres massives venues de Dordrecht, les gros murs, la lourde charpente et d autres vestiges de la construction du XV1« siècle.

Aujourd'hui, que notre beffroi, notre Halle aux draps et notre Nieuwerck sont splendidement restaurés dans leur style primitif, la façade en mauvais état de notre hôtel de ville fait tâche au nord-est de notre splendide monument.... 11 reste là un important travail à entreprendre; puisse-t-il ne plus être longtemps ajourné!

Les renseignements que nous venons de donner, faciliteraient peut-être la tache des architectes qui seraient chargés de dresser les plans de cette reconstruction — reconstruction qui compléterait si heureusement la restauration des (( Halles d*Ypres. »

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