‹ Ystrophie Congénitale multipleChapitre 16 sur 34 · Senizzor. Mémoire sur les luxations du fémar · texte numérisé non relu

Senizzor. Mémoire sur les luxations du fémar

ct Ne font le signe de la croix avec le pied; ils ramènent leurs coudes en arrière jusqu'au contact ; ils produisent à volonté une subluxation du poueé. Peu à peu la répétition d'actes forcés amène des dislocations surprenantes. Aubeau dans sa thèse (Paris 1881, travail très complet auquelnous avons souvent eu recours) cite le cas d’un étudiant en médecine, qui, à la suite d’un long exercice dans l'enfance, était arrivé à se luxer les épaules avec la plus grande facilité. Les capsules scapulo humérales avaient subi une telle élongation, qu'il lui suffisait de relâcher les muscles de l'épaule pour que le membre supérieur s’abaissât sous l'influence de la pesanteur. Dans ce mouvement la tète humérale venait se placer dans le creux axillaire

Tout le monde a remarqué avec quelle surprenante aisance certains acrobates arrivent à se disloquer. Les hommes serpents fléchissent la colonne vertébrale en arrière jusqu’à ce que la tête vienne toucher les talons, se ramassent en boule, font le grand écart sans le moindre effort apparent.

Les pianistes, certains violonistes, acquièrent une merveilleuse laxité des articulations des doigts. Certains individus peuvent renverser leur pied en dehors ou en dedans, de manière à ce qu’il regarde le sol par son bord externe ou par son bord interne.

Beaucoup de personnes, sans présenter de ces dislo-

cations, quisont généralement le résultat d'un « appren-

tissage >», ont des articulations pourtant très mobiles.

Chez le malade de M. Klippel, les apophyses épineuses

des vertèbres cervicales, dorsales et lombaires étaient Buis. 8

Pole

déviées les unes à droite, les autres à gauche de la ligne médiane, de la façon la plus capricieuse. Les deux articulations sterno claviculaires jouissaient d’une telle mobilité que les extrémités internes des deux elavicules pouvaient venir au contact l’une de lautre au devant de la partie supérieure du sternum.

Dans la thèse d’Aubeau, il est question de sujets chez qui, le bassin étant immobilisé et les épines iliaques antéro-supérieures étant. sur la même ligne, il était possible en exerçant des tiractions sur les membres inférieurs, de produire un allongement de plusieurs centimètres.

Quand on tire un peu énergiquement sur les articu-

lations des personnes qui présentent de la laxité, il se produit une sorte de claquement. Ce claquement qu’on peut entendre à distance, différerait totalement des craquements et des frottements. Sensible surtout aux doigts, aux poignets, aux épaules, il n’est nullement douloureux : le malade se rend compte de sa produetion, sans être incommodé. Analogue « au bruit produit par deux lames de verre entre lesquelles on écrase une goutte d'huile », il est produit par le choc des parties molles contre les os (Aubeau).

Certains individus ont une telle laxité qu'ils produisent ce claquement aux articulations des membres supérieurs, chaque fois qu’ils soulèvent de terre un fardeau un peu lourd.

À côté de ces distensions articulaires qui s’obser-

vent chez des sujets ne présentant par ailleurs rien de.

pathologique, pour expliquer leur présence, il en est

duc déne sc Sas itistit ts

d’autres qui paraissent être sous la dépendance d'un état morbide. C'est ainsi que certaines formes de rhumatisme, comme l'hydarthrose ancienne, peuvent s’accompagnèr de dislocations articulaires. Les ligaments baignant continuellement dans le liquide s’infiltrent, se ramollissent, et s’allongent.

Dans le tabès, où des arthropatiess’observent si souvent, ilse fait parfois des dislocations considérables. Il

en est de même dans la paralysie spinale de l’enfance;

Bardeleben cite des cas où les ligaments étaient telle-

ment relâchés qu’on pouvait interposer trois où quatre travers de doigts entreles surfaces articulaires. « Totale, dit Bouvier (1), la paralysie livre les articulations aux impulsions extérieures, relâche les connexions articulaires, ce qui diminue leur solidité et augmente la mobilité des os. »

Une émaciation considérable, consécutive à des maladies cachectiques, peut aboutir au mème résultat.

Ces diverses affections n’ont-elles été la cause de cette laxité que parce que les articulations chez ces malades présentaient un locus minoris resistentliæ, de par une dystrophie congénitale de leurs éléments constitutifs ? Nous ne le pensons pas ; rhumatisme, tabès, paralysie spinale de l'enfance, peuvent de toutes pièces créer de profonds troubles trophiques dans les articulations, mais celles ei pouvaient y être prédisposées. Il

est évident en effet qu’une articulation atteinte de rela-

1. Bouvier. Difformilés des articulations. Dict. encyclop des

sciences médicales.

pat xation est exposée à la plupart des maladies articulaires, ou inflammatoires ou traumatiques, entorses, luxations, arthrites aiguës, tumeurs blanches.

Comme pourles hernies, les varices ou l’emphysème, on a voulu faire de la laxité une dépendance d'une diathèse : elle sérait le propre d’une constitution Iymphatique et scrofuleuse,

On la rencontre fréquemment en effet avec deux autres affections qu’on a voulu aussi rattacher au lymphatisme, la scoliose etle pied plat valgus.

Mais pour expliquer leur coexistence chez les mêmes malades, est-il besoin d’invoquer un état diathésique ?

Cela nous paraît au contraire assez naturel, et pro-

pre à apporter de nouveaux faits à notre travail.

Scoliose et pied plat valgus.

Malgaigne considère le relâchement ligamenteux comme une des causes premières de la scoliose. Pour M. le professeur Tillaux la cause déterminante de cette affection est « une attitude vicieuse prolongée, mais il faut que cette cause agisse chez des sujets prédisposés par une certaine débilité musculaire, une résistance moindre des tissus fibreux, probablement même du tissu osseux ou des disques intervertébraux. »

Le même auteur voit dans le relâchement du ligament plantaire et des tissus fibreux du tarse la cause prineipale du pied plat (Le Fort, Tillaux). Les ligaments, qui doivent maintenir dans leurs rapports les os du tarse,

REY RES venant à se laisser distendre, ces os glissent les uns sur les autres.

La coïncidence de ces deux affections est pour ainsi dire la règle, d’après M. Kirmisson, « non que les jeunes filles atteintes de scoliose présentent tous les symptômes de la tarsalgie, mais il est très fréquent de rencontrer chez elles sur un pied ou sur les deux, la tendance au valgus. »

Heussner (1) dit que sur un millier de cas il a trouvé 59 fois sur 100 de la scoliose chez des malades atteints

de pied plat.

Du relâchement des articulations du bassin au cours de la grossesse.

Maisonabe écrivait dans le Journal des difformutés (1825) à propos de la cyphose et de la lordose que certaines déviations rachidiennes sont purement ligamenteuses. Et il ajoutait : « on suppose que les ligaments intervertébraux ont éprouvé un relâchement analogue à celui des symphyses du bassin. »

Ces curieux phénomènes survenant au cours d’une grossesse ont de touttemps attiré l'attention des accoucheurs (2). On a dit que de toutes les maladies des

fem mes enceintes ou nouvellement accouchées, le relà-

Page 1