Egger. Mémoires (2e littér. ancienne
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mener à l’idée. » C’était ce que voulait aussi Boileau, écrivant dans l'Art poétique:
Il faut, même en chansons, du bon sens et de l’art.
Toute œuvre d’art, vraiment digne de ce nom, doit satisfaire en même temps l’imagination et la raison. De ce côté-là, assurément, on ne saurait riën reprocher à Aristophane, qui, sous les formes les plus folles, a des idées si arrêtées, si obstinées même.
Ajoutons qu’elles semblent très-désintéressées, puisque souvent elles doivent avoir été contraires à celles du plus grand nombre des spectateurs.
La comédie est une sorte de suffrage universel, appliqué non aux personnes, mais aux idées. Si le poète comique doit être, comme on l’a dit des représentants du peuple, le médecin et non le valet de l’opinion, l’auteur des Chevaliers et des Guêpes, il faut le reconnaître, se conduisit en médecin, non en valet.
Reste à savoir si le médecin fut toujours aussi éclairé que courageux. Michelet, dans la Bible de l’humanité, l’appelle « le grand Aristophane. » Il fut grand, en effet, parle patriotisme, lorsqu’il combattit de toutes ses forces cette funeste guerre du Péloponnèse. Mais, dans les question sociales, il manqua souvent d’élévation, d’étendue et de sens philosophique. Il mit son imagination jeune et charmante au service d’une cause vieillie et arriérée. Dans sa superstition pour le passé, il tourna le dos à l’avenir. Les apôtres et les précurseurs de cet avenir furent poursuivis incessamment de ses injures et de ses calomnies. Si donc Aristophane est grand par son amour de la patrie, s’il est grand aussi par sa poésie et par les merveilles de son style, nous avons été obligés de constater que, philosophiquement et socialement, il est petit. Esprit timoré, il a la vue courte.
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Quand on le compare à Rabelais et à Molière, on trouve que ceux-ci ont marché hardiment dans le sens du progrès futur.: ils ont été vraiment les précurseurs de l’avénement du tiers-état. Molière prend le flambeau des mains de Rabelais et le passe à Voltaire. Aristophane arrache le flambeau des mains de Socrate et d’Euripide, et le met sous ses pieds.
S’il montra du courage en attaquant Cléon, il ne fit voir, en diffamant ces deux grands hommes, représentants de la philosophie de l’avenir, qu’un esprit étroit et pusillanime. Rabelais et Molière, en déclarant la guerre, l’un aux terribles chats- fourrés, et aux nombreux oiseaux de l’Isle Sonnante, l’autre aux Jésuites et aux Tartuffes, font éclater un courage héroïque que n’altère jamais aucune éclipse. Aristophane essaye en vain de défendre et de ranimer des institutions surannées, de relever des traditions qui s’écroulent de toutes parts. Rabelais et Molière ne démolissent que les choses qui doivent tomber, et en édifient beaucoup d’autres. Aristophane n’édifie rien, et attaque ceux qui édifient. Les idées de ce grand poète sont donc aussi faibles, la plupart du temps, qu’obstinées. S’il est hardi, c’est seulement par l’imagination et par la fantaisie. Ce qu’on doit admirer chez lui, c’est l’art d’animer les idées abstraites, de leur donner la vie, le mouvement, la voix, d’en faire des réalités, des personnes, des actions comiques.
Ces actions, sans doute, ne sont pas très-serrées; elles sont un peu hïches et flottantes. L’art dramatique, en ce temps-là, se contentait à peu de frais, et produisait pourtant ainsi des effets qui durent encore. Aujourd’hui, comme on a vingt-deux siècles de plus, on est plus habile à nouer l’intrigue, à charpenter le drame, à ménager ou plutôt à accumuler les péripéties. Et cependant, malgré cet art et cette industrie, nous na faisons souvent rien qui vaille. Cinq ou six auteur
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dramatiques surnagent seuls dans l’océan des platitu-: des. Les peintures simples et naïves produisent encore plus d’effet que les coups de théâtre, les ficelles et les trucs.
Ce qui manque au théâtre de notre temps, ce n’est pas l’habileté, c’est la conviction. La comédie s’adresse aux masses, et elle est le plus communicatif de tous les arts : elle peut donc exercer la plus grande influence. Il faut mettre cette influence au service de la vérité et de l’honneur.
Je sais bien que l’art est une chose et que la morale en est une autre. La présence assidue d’une intention morale, comme le dit fort bien M. Taine dans son Essai sur Thackeray, nuit au roman ainsi qu’au romancier. Mais je ne crois pas qu’il en soit tout-à-fait de même au théâtre. Le théâtre, comme le veut Molière et comme le voulait Aristophane, est et doit être l’école des mœurs, non directement et par des sermons, quoiqu’Aristo- .phaneet Molière et Corneille en aient de fort beaux et soient de merveilleux prédicateurs, mais indirectement, parla peinture vraie des ridicules et des vices. Le théâtre, sans doute, est un art qui, avant tout, a pour objet de divertir, mais ensuite de moraliser en divertissant.
D’un côté il est incontestable que l’art a en lui-même sa raison d'être, et qu’il a pour objet direct la beauté, non l’utilité. C’est, apparemment, ce que voulait dire la célèbre formule de l'art pour l'art, qui a prêté à d’autres interprétations. De l’autre, il est incontestable aussi que les esprits élevés et les nobles cœurs, vraiment amis du peuple, cherchent partout l’occasion de l’instruire, de l’éclairer, de le rendre meilleur. Tout ce qui ne porte point ce caractère d’un généreux enseignement n’est aux yeux de ceux-là que misère et frivolité : ce n’est pas œuvre d’homme. Or l’artiste avant tout eslhomme.il
ne doit ni ne peut rester indifférent aux destinées de son pays, aux vicissitudes sociales, aux progrès de l’humanité; il ne saurait échapper aux idées ni aux passions de son temps. Qu’il le veuille ou non, il reçoit plus ou moins l'influence des unes et des autres; il réagit sur elles à son tour. Si l’artiste est celui qui crée, il ne peut créer qu’avec l’esprit de son cœur, comme dit l’Écriture, mente cordis sui. Il n’y a d’artistes féconds que ceux qui ont en eux un foyer ardent ou une source jaillissante; et ceux-là, croyez-moi, sont citoyens d’abord, artistes après. Il faut donc que l’artiste influe sur son époque, comme elle influe sur lui ; c’est ce qui fait que l’art est toujours, par ressemblance ou par contraste, l’expression de la société. Aux siècles de religion et de foi, les poètes composent des mystères, dans lesquels il développent les légendes sacrées; les architectes élèvent des cathédrales, que les peintres et les sculpteurs remplissent des images des saints. Dans les sièclesde discipline et d’autorité, la poésie et la peinture ont un caractère réglé, noble et élevé : les contemporains de Louis XIV, de Colbert, de Turenne et de Condé, sont Corneille, Racine et Molière, Poussin, Lebrun et Lesueur. Louis XV et madame de Pompadour voient fleurir Marivaux et Boucher; les grands artistes du dix-huitième siècle, ce sont les hommes qui emploient leur plume à attaquer et à renverser l’ancien ordre social et à déblayer le terrain sur lequel nous essayons aujourd’hui d’édifier l’ordre nouveau. A aucune époque, l’artiste ne peut s’empêcher d’être effet ou cause, d’.exercer ou de subir une influence, d’être chef ou soldat. Qu’il le comprenne donc, et, renonçant à des théories ambiguës, qu’il B’associe de tout son cœur à l’œuvre de ses contemporains. Qu’il se serve de son génie ou de son talent pour moraliser et pour apaiser, pour répandre l’idée- du devoir, pour aider les hommes de bonne volonté à préparer
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l’avenir. Pourvu que l’utile n’exclue pas le beau, et s’y subordonne, l’art ne peut-il, sans cesser d’être l’art, devenir un moyen d’action, venir en aide à la morale, voire même à la politique, qui n’est que la morale appliquée aux peuples? Dites alors que les Philippiques de Démosthènes, que les Càtilinaires de Cicéron, que Don Juan et Tartuffe , et le Mariage de Figaro, ne sont pas œuvres d’art : car les Philippiques ont retardé l’asservissement de la Grèce; car les Catilinaires délivrèrent Rome d’un scélérat qui voulait la détruire par le. fer et par le feu; car Don Juan et Tartuffe ont préparé l’émancipation religieuse du dix-huitième siècle; car le Mariage de Figaro a été, comme le remarquait Napoléon dans ses lectures de Sainte-Hélène, le premier coup de canon de la révolution française. Encore une fois, pourvu que l’utilité n’exclue pas la beauté et s’y subordonne, la condition de l’art est remplie; il faut que l’utilité demande à la beauté non-seulement son concours, mais son secours. En un mot, la poésie, nous disons la poésie véritable, ayant nécessairement une influence, et ne pouvant point ne pas l’avoir si elle mérite vraiment de s’appeler poésie, nous voulons que cette influence soit bonne et non mauvaise, utile et non funeste. L’art doit être patriotique en même temps qu’idéal; par là il sera tout ensemble contemporain et éternel. Le poète n’est pas libre, oh l’a dit, de n’ctre qu’un amuseur de la foule. Il doit l’instruire, lui enseigner ses devoirs, et -lui présenter la leçon sous une forme vivante et élevée qui fasse passer dans les âmes, en les récréant, les impressions du vrai et du juste, du bon et du beau. Il faut qu’il soit en même temps homme d’action et poète, homme d’action par sa poésie.
Diderot, qui n’est pas suspect, prétend qu’un tableau même n’est beau que s’il instruit et élève celui qui le regarde. Et cela se rapporte tout-à-faitàcequeLaBruyère
disait d’un livre. Ainsi un tableau même, selon ce paradoxe, devrait être moral d’intention et d’effet. Je pense, toutefois, qu’il est nécessaire d’expliquer cette boutade de Diderot, et je m’imagine que ce philosophe eût souscrit volontiers à la pensée de Goethe qui admirait souvent Byron devant Eckermann, et celui-ci lui ayant dit: « Je m’incline devant le jugement de Votre Excellence ; mais, quelque considérable et grand que soit ce poète, je me permets de douter que l’homme en retire un avantage marqué pour son éducation morale proprement dite ; » Goethe lui répliqua: « Et je m’inscris en faux! La hardiesse, les témérités, le grandiose de Byron, tout cela ne nous élève-t-il point? Il faut nous garder de ne chercher notre culture que dans ce qui est exclusivement pur et moral.... Tout ce qui est grand contribue à notre éducation. »
C’est bien un paradoxe cependant de vouloir qu’un tableau soit une leçon de morale. Mais sera-ce également un paradoxe de prétendre la même chose pour -toute œuvre d’art, quelle qu’elle soit? Et, par exemple, un beau discours ayant nécessairement une influencé sur les personnes qui l’écoutent et le lisent, n’est-il pas naturel de souhaiter que cette influence soit salutaire? Eh bien ! une œuvre dramatique est un discours aussi, un discours indirect, par plusieurs personnages, qui se parlent entre eux pour se faire entendre au public. Donc ce discours a, comme tout autre, une influence et un effet; mais, parce que ce discours est indirect, l’influence salutaire, l’effet utile, enfin le résultat moral, sont également indirects.
Il ne faut pas confondre la morale directe des philosophes et des prédicateurs avec la morale indirecte des poètes comiques. Les législateurs eux-mêmes quelquefois n’ont-ils pas procédé par la voie indirecte, tout comme les poètes comiques? Les ilotes ivres, qu’on
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faisait paraître devant les jeunes Spartiates pour les dégoûter de l’ivresse, leur inspiraient l’amour de la sobriété. Ainsi doit faire la comédie en nous présentant la peinture des vices.
Mais le moyen est périlleux, au dire des moralistes absolus, tels que le sévère Bossuet, dans ses Réflexions et Maximes sur la Comédie : « On aura toujours une peine extrême, dit-il, à séparer le plaisant d’avec l’illicite et le licencieux. Q’est pourquoi on trouve ordinairement dans les Canons ces quatre mots unis ensemble : ludicra, jocularia , turpia, obscena, les discours plaisants, les discours bouffons, les discours malhonnêtes, les discours sales : non que ces choses soient toujours mêlées, mais à cause qu’elles se suivent si naturellement et qu’elles ont tant d’affinité, que c’est une vaine entreprise de les vouloir séparer. »
Loin de vouloir les séparer, Aristophane voulait les réunir. Par ses bouffonneries excessives, il savait se faire pardonner ses hardiesses et ses sévères parabases. L’obscénité était à la surface, la moralité au fond.
Un tel exemple, certes, n’est pas à imiter. Et c’est un singulier éducateur du peuple, que celui qui emploie de pareils moyens. Antoine Arnauld, de Port-Royal, dans la Préface de son livre sur la Fréquente Communion, trouvant les directeurs jésuites trop indulgents et trop accommodants pour la foule mondaine pécheresse, se sert d’une image jolie et juste, qui viendra ici à propos : « Un directeur, dit-il, se doit considérer comme un homme qui est debout à l’égard d’un enfant qui est tombé par terre; qui s’abaisse afin de le relever, mais qui ne s’abaisse pas tellement avec lui qu’il se laisse tomber aussi. » La même recommandation convient, sans doute, au poète comique, et plusieurs, de nosjours, y devraient bien songer. Je ne sais s’ils ont l’intention de relever à la fin le public; provisoirement ils roulent
avec lui dans la fange. Les dionysies et les bacchanales durent à présent toute l’année. Il semble que toute intention morale ait disparu. On rit aux éclats de cette vieille formule : que le théâtre doit corriger les mœurs. On voit bien pourtant qu’il peut les pervertir, et on use de ce pouvoir-lk avec une joie de corruption qui retourne à la barbarie.
Je ne demande pas que la comédie se fasse prêcheuse; mais enfin, quel est le rôle que sa nature lui assigne? Sous prétexte de divertir les hommes, la comédie leur dit gaiement leurs vérités; elle les rend spectateurs de leurs propres sottises, les attache en se moquant d’eux, et les force d’applaudir celui qui les démasque.
Est-ce à dire que la comédie nous corrige? Pas précisément. Le miroir qui montre les taches n’a pas le pouvoir de les effacer; mais du moins il nous les fait voir, et nous donne quelque envie de les ôter.
Rarement on applique à soi-même la leçon de la comédie, mais on l’applique à ses voisins, à ses amis.
La comédie, en combattant les vices dominants et accrédités, leur fait perdre un peu de terrain, sans les faire disparaître complètement, car le fond de la nature humaine est toujours le même ; elle les modifie dans la forme et les atténue quelque peu, de temps à autre. Ce n’est pas beaucoup, mais c’est quelque chose. La vieille devise est donc toujours vraie : Castigat ridendo mores.
Il faut, en un mot, que la comédie soit une partie de l’éducation publique. Il faut qu’elle mêle son grain de bon sens à l’opinion populaire ; il faut qu’elle apporte son caillou au suffrage universel des idées.
Aristophane est convaincu de ces principes, et les applique à sa manière. Il voit l'affaiblissement d’Athènes; il a le pressentiment, un peu vague sans doute, de sa déchéance. Athènes allait subir les Spartiates et
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les Trente, en attendant qu’elle subît les Macédoniens. Ceux qui, à la veille de cet avenir, regrettaient passionnément la grandeur et l’indépendance du temps d’Eschyle n’avaient pas en cela tout-à-fait tort ; et il y avait Jà une légitime inspiration, soit de poésie-, soit de satire. Le tort était de confondre avec les abaissements d’Athènes ce qui était au contraire la consolation et la compensation de ces abaissements; le tort était de ne pas voir que Socrate (et Platon après Socrate) serait précisément la grande gloire qui resterait après que celle de Marathon serait finie; le tort était aussi d’attaquer à tout propos non-seulement la démagogie, mais la démocratie elle-même.
En effet, comme le dit éloquemment M. Havet, « le mépris de la démocratie, c’est au fond le mépris de l’humanité. C’est un juste dédain, je l’avoue, que celui qu’inspirent h une raison droite et à une âme élevée les excès de sottise ou de bassesse dont les hommes peuvent se montrer capables : déplorable suite des misères trop souvent attachées à la condition humaine, et la pire sans doute de ces misères; mais ce sentiment n’est pur qu’ autant qu’il demeure exempt de deux vices : le désespoir et l’orgueil. Il faut conserver le respect des bons instincts de la nature humaine avec le dégoût des mauvais, et ne pas oublier que ce qui s’est fait, après tout, de bien ou de beau dans le monde, s’est fait par les hommes, ainsi que le mal ; que le bien même est, plus que le mal, leur ouvrage, puisqu’ils n’ont pu le faire qu’en s’efforçant et en luttant, tandis que, pour le mal, ils n’ont eu qu’à se laisser aller aux forces de toute espèce qui les entraînent; qu’enfin cette somme du bien, si pitoyablement petite qu’elle soit, s’augmente pourtant avec les siècles, pendant que celle du mal diminue. Mais surtout que le philosophe se garde de prétendre assigner la sagesse aux uns et la déraison aux autres, imputer le mal au grand
nombre, dont il se sépare, et faire honneur du bien h une élite, où il se marque sa place. Qu’il ne dise pas comme les stoïciens : Voilà les fous, et je suis le sage! Qu’il ne compare pas, comme Platon 1 , la multitude qui l'entoure à une troupe de bêtes féroces au milieu desquelles un homme est tombé : comparaison aveugle autant que superbe, puisqu’elle méconnaît tout ensemble et la bête que le plus sage entend gronder au dedans de * lui quand il prête l’oreille, et le cri de l’âme humaine, qui s’élève parfois si noble et si pur du fond de la foule. La science même, la plus légitime des aristocraties, n’emporte pourtant pas avec elle la sagesse, et encore moins la vertu. Le plus grossier peut monter bien haut, le plus raffiné peut tomber bien bas. Cet homme que vous dédaignez, il vous vaut déjà par certains côtés, il vaut mieux peut-être ; et, si par d’autres il vous est inférieur encore aujourd’hui, il doit vous atteindre demain ; car ce doit être précisément le bienfait de votre philosophie,- de l’élever où vous êtes arrivé déjà. Qui méprise la multitude méprise la raison elle-même, puisqu’il la croit impuissante à se communiquer et à se faire entendre ; mais, au contraire, il n’y a de vraie philosophie que celle qui se sait faite pour tous, et qui professe que tous 6ont faits pour la vérité, même la plus haute, et doivent en avoir leur part, comme du soleil i . »
Une distinction, toutefois, me semble nécessaire :
Cette humanité qui, par ses efforts, accroît peu à peu Ja somme du bien et diminue celle du mal, se compose, si l’on y regarde, de minorités successives, entraînées par quelques individus puissants : philosophes, savants, artistes, orateurs, capitalistes, industriels. Et ce sont ces