‹ ÿtudes sur Aristophane par ÿmile DeschanelChapitre 18 sur 119 · L'OFFICIER DE POLICE · texte numérisé non relu

L'OFFICIER DE POLICE

Hélas ! mes archers en déroute !

LYSISTRATA

Ah! ah ! tu croyais donc n’avoir affaire qu’à des servantes? Ou bien tu pensais que les femmes libres n’avaient pas de sang dans les veines?

Bref, la police est vaincue et battue.

Ainsi, dès ce temps-là, dans la coihédie grecque ancienne, comme aujourd’hui encore au théâtre de Guignol et de Polichinelle, il ‘est nécessaire à la joie du peuple, soit athénien, soit parisien, que les commissaires de police et les gendarmes aient toujours le dessous. Le succès de l'Auberge des Adrets et de Roberl-Macaire, il y a quelque trente ans, vint en grande partie de ce que, d’un Bout à l’autre de ces deux pièces, les gendarmes étaient bernés : on finissait même par

1 . A Athènes la plupart des archers étaient Scythes. Dans la première scène, où Lysistrata Convoque les femmes à prêter serment, elle dit : « Où est la scythe? » comme on dirait chez nous : « Où est la gendarme! » ou comme on eût dit, sous la Restauration : « Où est la cent-suisse ? »

ÉTUDES

en lancer un à travers les airs, aux grands éclats de rire du public, ennemi de l’autorité et ami des révolutions.

L’officier de police, abandonné par ses hommes, essaye de parlementer avec Lysistrata, qui n’a pas, comme on dit, sa langue dans sa poche. (Amis du style noble, voilez-vous la face, ce mot m’est échappé!)

l’officier df. police, à Lysistrata.

Que prétends-tu faire?

LYSISTRATA

Tu me le demandes? Nous voulons administrer le trésor.

l’officier, de police.

Administrer le trésor? ■

LYSISTRATA

Oui. Qu’y a-t-il là d’étonnant? N’estce pas nous qui administrons la dépense de nos ménages?

l’officier de pouce.

Mais ce n’est pas la même chose.

LYSISTRATA

Pourquoi, pas la môme chose?

l'officier de police.

Cet argent est pour faire la^uerre.

lysistrata.

Mais d’abord il n'y a pas besoin de faire la guerre..

l’officier de police.

Et le salut de la cité?

LYSISTRATA

Nous nous en chargeons.

l’officier de police.

Vous?

LYSISTRATA

Nous-mêmes!

l’officier de folice.

Cela fait pitié !

LYSISTRATA

Nous te sauverons, de gré ou de force !

by fcoo gle

l’officier de police.

Ah! c’est un peu fort!

LYSISTRATA

Tu te fâches? il te faudra bien pourtant en passer par là. l’officier de police.

Par Cérès ! voilà qui est violent !

LYSISTRATA

On te sauvera, mon ami.

l’officier de Police.

Et, si je ne veux pas?

LYSISTRATA

Raison de plus !...

Quelle franchise de dialogue! et quelle vérité! quelle force comique ! Et cela continue ainsi pendant plus de cent vers encore. Et les traits tombent dru comme grêle. — Nous avons connu, nous aussi, de ces sauveurs bon

gré mal gré. Mais nous sommes de l’avis d’Horace :

Invitum qui servat, idem facit occidenti.

LYSISTRATA

Durant la dernière guerre nous avons supporté en silence tout ce qu’il vous plaisait de fa re : vous ne nous permettiez pas de souffler mot. Nous n’étions guère contentes, car nous savions bien ce qu’il en était; souvent, dans nos maisons, nous vous entendions discuter à tort et à travers sur quelque affaire importante. Alors , le cœur bien triste , mais le sourire aux lèvres, nous vous demandions : * Eh bien! dans l’assemblée d’aujourd’hui, a-t-on voté la paix? — Occupetoi de tes affaires, disait le mari, tais-toi. a — Et je me taisais.

une femme.

Ce n’est pas moi qui me serais tue !

l’officier de police.

Il t’en aurait cuit, de ne pas te taire !

LYSISTRATA

Moi, je me taisais. Mais bientôt, apprenant que vous aviez pris quelque autre résolution déplorable : « Ah! mon ami, disais-je, comment pouvez-vous agir si follement? » Il

ÉTUDES

me regardait de travers: * Tisse ta toile, répondait-il, sinon gare à tes- joues ! La guerre est l'affaire des hommes 1 ! » l’officier de police.

Bien dit, par Jupiter !

LYSISTRATA

Comment, bien dit, imbécile ! Ainsi, quapd vous ne faites que des bêtises, il ne nous sera pas permis de vous les remontrer? — Lorsqu’enfin nous vous avons entendu dire k haute voix dans les rues : « N’y a-t-il plus un homme dans le pays? — Non, en vérité, il n’y a plus d’hommes ! » — alors les femmes ont résolu de se réunir pour travailler toutes au salut de la Grèce. Car pourquoi aurions-nous attendu plus longtemps? Prêtez donc l’oreille à nos sages conseils, gardez le silence à votre tour, et nous pourrons rétablir vos affaires.

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