‹ ÿtudes sur Aristophane par ÿmile DeschanelChapitre 2 sur 119 · VUE GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

VUE GÉNÉRALE

Chez les Athéniens , comme le dit Fénelon avec une brièveté élégante, «tout dépendait du peuple et le peuple dépendait de la parole. »

Or, les deux principales formes de la parole publique à Athènes, étaient la tribune et le, théâtre.

Le théâtre était une institution nationale et religieuse. La comédie, en effet, et le drame de Satyres, et la tragédie elle-même , étaient nées des fêtes de Dionysos , autrement dit Bacchus. Dans ces fêtes, le peuple tout entier assistait aux représentations. L’entrée en fut d’abord gratuite; et, même après qu’elle eut cessé de l’être, l’État remettait aux citoyens pauvres l’argent nécessaire pour payer leur place, de peur que la nécessité de travailler pour vivre ne les empêchât de venir au

ÉTUDES

théâtre. G était quelque* chose d’analogue à ce que nous appelons aujourd’hui l’éducation gratuite. Il y avait des fonds spécialement destinés h ce grand service public : on nommait cela le théoricon, c’est-à-dire, l’argent destiné -au théâtre et aux fêtes *.

Il faut noue figurer que cet argent faisait partie, comme nous dirions à présent, du budget des cultes et de l’instruction publique : nous devons mêler tout cela ensemble dans l’idée du théâtre grec.

Il n’était permis, sous aucun prétexte , de changer la destination de ces fonds. Même dans les plus grands besoins de l’État, par exemple s’il s’agissait de quelque guerre à soutenir, on ne pouvait point y toucher : une loi prononçait la peine de mort contre l’orateur qui eût osé faire une proposition si hardie. Loi excessive efi apparence, mais d’une grande profondeur morale si l’on y songe, puisqu’elle interdisait, sous peine de la vie, de sacrifier quelque chose du budget des arts, qui est celui de la civilisation , au budget des armes, qui est souvent celui de la force brutale et de la barbarie.

Le théâtre était donc une des institutions organiques de la démocratie athénienne. C’était une sorte d'éducation populaire , d’autant plus pénétrante qu’elle ne s’annonçait pas et qu’elle s’insinuait par le plaisir.

A la vérité, les représentations n’avaient pas lieu tous les jours comme chez nous, mais seulement deux ou trois fois par an, aux’diverses Dionysies, et pour cela l’on pourrait croire que cette influence était moindre. Elle était pour le moins égale , parce qu’elle s’exerçait dans un monde plus étroit.

Songez que la surface de l’Attique tout entière n’était pas la moitié de celle de nos plus petits départements français; que la population d’Athènes, vers l’époque

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