Voir, à la fin du volume, VAppendice, numéro
d’Aristophane, ne se composait que de quinze à vingt mille citoyens libres, et d’environ dis mille étrangers domiciliés 1 . Les revenus de l’Attique, dans le même temps, s’élevaient, selon quelques historiens, à cent mille talents; selon quelques autres, à deux cent mille : prenons une recette moyenne de quinze cent mille talents, et, comme l’argent valait alors six ou huit fois plus qu’ aujourd’hui, cela fait un revenu annuel de quarante cinq à soixante millions de notre monnaie, soit à peu près le revenu de la ville de Paris en 1851.
Vous voyez combien cela était petit. Mais, précisément, une force concentrée dans une sphère plus étroite a plus de puissance que si elle s’épand dans une pins vaste étendue. C’est pourquoi les représentations du théâtre athénien, quoique intermittentes , avaient sans doute plus d’influence que celles de nos théâtres quotidiens.
Le théâtre d’Athènes , au témoignage de Platon , pouvait contenir trente mille. spectateurs, qui ne manquaient pas de s’y rendre ; tandis que l’Assemblée ordinaire du peuple * qui à la vérité avait lieu deux ou trois fois par mois , s’élevait rarement , selon Thucydide , à cinq mille citoyens présents. Il y avait cependant aussi une indemnité allouée aux citoyens qui prenaient la peine d’y assister : usage essentiellement démocratique : toute fonction publique doit être rétribuée , afin que la pauvreté n’en écarte pas les gens de mérite, et que la richesse n’y implante pas Jes gens médiocres , à l’exclusion des autres; mais, si le principe est bon et louable, J’usage offrait bien des inconvénients.
Quoi qu’il en soit, Athènes par son théâtre, autant que par sa tribune, était l’institutrice de l’Hellade , comme par ses marchés et ses ports, elle en était la cité
1. Les femmes et les enfants ne sont pas compris dans ce chiffre. Les esclaves non plus. Voir, sur la population totale, Wallon, Histoire de l’Esclavage dans l'antiquité.
ÉTUDES
nourricière. Il n’existait pas dans le monde un plus grand marché de céréales que le Pirée , ni une lumière intellectuelle plus éclatante que celle de la tribune et du théâtre Attiques * .
Pour ne parler que de la comédie, celle qu’on appelle la comédie ancienne jouissait d’un privilège singulier : au milieu de la pièce, à travers l’actioo, le poète prenait la parole , par la bouche du coryphée ou du principal personnage, et discourait des affaires du moment avec une liberté complète , comme il eût fait à la tribune de Ajl’ Agora, et même avec cette différence que lui, sur le théâtre, avait seul la parole et qu’on ne pouvait lui répliquer. C’était comme nos prédicateurs 2 .
Aussi ne pouvait-on avant un certain âge se déclarer poète comique et jouir de ce privilège. Chose singulière et digne de remarque : à trente ans, le citoyen pouvait entrer au Sénat ; à vingt ans, il pouvait faire partie dp l’Assemblée du peuple, non-seulement pour y voter, mais même pour y prendre la parole; et avec cela, s’il en faut croire un des scholiastes d’Aristophane, on ne pouvait avant trente ans , et peut-être même avant quarante (il est incertain sur le chiffre), se déclarer poète comique. Ainsi la fonction de poète comique était considérée comme plus délicate que celle même de membre de l’Assemblée.