‹ ÿtudes sur Aristophane par ÿmile DeschanelChapitre 26 sur 119 · LES NUÉES · texte numérisé non relu

LES NUÉES

Voici une des œuvres les plus fantastiques dans la forme, mais les plus sérieuses au fond, et aussi, disonsle tout d’abord , la plus injuste et la plus odieuse parmi toutes celles d’Aristophane.

Ce sont, comme le titre l’indique, des Nuées, person-

nages parlants et chantants , qui forment le chœur de la pièce. En réalité, il s’agit de l’éducatioa publique, c’est la querelle du passé et de l’avenir, des idées anciennes et des idées nouvelles, de la religion et de la philosophie. « Ici s’agitent, dit le chœur des Nuées, ici s’agitent les destinées de la philosophie *. »

Cette comédie est donc en effet la plus grave de toutes les discussions sociales ; mais , au premier coup d’œil, c’est une bouffonnerie encore plus fantastique, s’il est possible, que celh qu’on vient de parcourir.

Dans cette pièce, Aristophane, emporté par la peur des nouvelles idées, calomnie leur représentant le plus illustre et le plus pur, l’un des hommes les plus divins qni aient jamais existé sur la terre. On voit là un esprit affolé par la crainte, comme certaines gens qu’épouvante aujourd’hui le nom seul de socialisme , et qui , le plus naturellement du monde , calomnient et frappent leurs adversaires sans les comprendre, sans leur permettre même de définir ce nom.

Singulier moment dans l’histoire d’une civilisation que celui où le régime ancien ayant fait son temps, le régime futur se cherche encore; où traditions, mœurs, religion, tout s’écroule ; où la société se décompose et semble ne contenir que des forces désorganisées; où l’esprit nouveau, esprit destructeur, curieux, téméraire, envahit tout; où l’on se sent glisser sur une pente sans savoir où l’on va ; où le flot des idées révolutionnaires grossit, se précipite, entraîne tout. Alors, comme les caractères des hommes sont différents, et que, dans toutes les sociétés humaines, sous les formes quelconques de gouvernement, l’éternel problème à résoudre est celui de la conciliation de l’ordre et de la liberté, mais que, s’il faut faire pencher la balance dans un sens ou dans un autre, les uns pré-

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