‹ ÿtudes sur Aristophane par ÿmile DeschanelChapitre 65 sur 119 · Comme dans cette belle chanson russe, d’uue si poignante · texte numérisé non relu

Comme dans cette belle chanson russe, d’uue si poignante

N’admirez-vous pas comme, dès le début, la question se pose d’une manière à la fois piquante et grave? En même temps, ne croit-on pas déjà sentir un souffle de moralité ésopique ou socratique, je ne sais quel parfum ■noble et pur, comme une exhalaison prochaine des jardins d’Acadèmos.

Apollon ordonne à Chrémyle de suivre la première personne qu’il rencontrera au sortir du temple, de l’aborder et de l’emmener dans sa maison.

Cette première personne se trouve être Plutus. Il est aveugle. Chrémyle lui demande qui il est. Plutus refuse

ironie, où la femme d’un fonctionnaire berce son enfant en disant :

• Dors, vaurien, pendant que tu es inoflensif. — Do, do, l'enfant do.

>■ La lune couleur de cuivre répànd mystérieusement sa lumière sur ton berceau. — Ce n’est pas une histoire en l’air que je veux te dire, je vais chanter la vérité. Toi, ferme les yeux. — Do, do, l’enfant do.

*> Toute la province est dans la joie à la nouvelle qui vient de se répandre : Ton père, coupable de tant de méfaits, vient enfin d’être cité en justice. Mais ton père, gredin consommé, saura se tirer d’alTaire. — Dors, vaurien, tandis que tu es honnête. — Do, do, l'enfant do.

» En grandissant tu apprendras à apprécier le nom de chrétien.

— tu achèteras un habit de scribe et tu prendras la plume. — Tu diras avec hypocrisie : a Je suis honnête, je suis pour la justice! »

— Dors, ton avenir est assuré. — Do, do, l’enfant do.

» Tu auras l’apparence d’un grave fonctionnaiie, et tu seras coquindans l’àme. — On te reconduira jusqu’à la porte, puis on fera derrière ton dos un geste de mépris. — Tu apprendras à courber l’échine avec grâce.... — Dors, vaurien, tandis que tu es innocent.

— Do, do, l’enfant do.

» Quoique doux et peureux comme un mouton, et peut-être bête comme lui, tu sauras arriver en rampant à une excellente place, sans te laisser prendre en faute. — Dors, tandis que tu ne sais pas voler. — Do, do, l’enfant do.

» Tu achèteras une maison à plusieurs étages; — tu atteindras un haut grade, et deviendras un grand seigneur, un noble! — Tu vivras longtemps, entouré d'honneurs, et finiras ton existence en paix. — Dors, mon beau fonctionnaire! — Do, do, l’enfanL do. »

ÉTUDES

d’abord de répondre; enfin les menaces de Ghrémyle et de son esclave Garion le contraignent à se faire connaître.

PLUTDS.

Je suis Plutus.

CARION

Toi, Plutus? en cet état misérable I

PLUTUS

Oui.

CHRÉMYLE

Quoi! lui-même?

PLUTUS

Tout ce qu’il y a de plus lui-même!

CHRÉMYLE

D’où viens-tu donc, en si pileux équipage?

PLUTUS

De chez Patrocle ' , qui ne s’est pas baigné depuis sa naissance.

CHRÉMYLE

Et qui est-ce qui t’a rendu aveugle, dis-moi?

PLUTUS

C’est Jupiter, jaloux des hommes. Quand j’étais jeune, je ‘ le menaçai de ne visiter que les gens honnêtes, justes et vertueux; alors il me rendit aveugle, pour m’empêcher de les reconnaître, tant il est jaloux des gens de bien*!

CHRÉMYLE

Cependant les gens de bien et les justes sont les seuls qui l’honorent!

PLUTUS

C’est vrai.

CHRÉMYLE

Eh bien donc, si tu recouvrais la vue, tu fuirais les méchants ?

PLUTUS

Sans doute.

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