Idem
5. La mère d’Euripide avait, dit-on, vendu des herbes et des légumes sur le marché. — Ceci est, du reste, une parodie des vers de tragédie où l’on disait souvent, par un tour semblable, la pensée contraire : « Puissent les dieux t'accorder un plus heureux destin qu’à ta mère!» C’était devenu une formule, comme dans nos mélodrames : la croix de ma mère! ou : sauvé! sauvé, mon Dieu !...
[ÉTUDES
• EURIPIDE
Hors d’ici, je te prie !
DICÉOPOLIS
Oh! seulement une petite écuelle ébréchée!
EURIPIDE
Allons, prends, et va te faire pendre. Tu es assommant, sais-tu ?
DICÉOPOLIS
« Ah ! tu ignores le mal que tu me fais ! a Mon bon Euripide chéri, plus rien qu’une petite cruche bouchée avec une éponge.
EURIPIDE
Malheureux! tu m’enlèves ma tragédie. Allons , tiens et va-t’en.
DICÉOPOLIS
Je m’en vais ; mais , grands dieux ! il me faut encore une chose : si je ne l’ai pas, je suis lin homme mort. Écoutemoi, mon petit Euripide, donne-moi encore cela, et je m’en vais, je ne reviens plus : quelques petites herbes dans mon panier 1 !
EURIPIDE
Tu veux donc ma ruine! Tiens, mais c’en est fait de mes drames.
DICÉOPOLIS
Je ne demande plus rien, je m’en vais. « Importun, je ne songe pas que j’excite la haine des rois!. . . » -Ah ! malheureux! je suis perdu! j’ai encore oublié une chose sans laquelle tout le reste n’est rien. Euripide, mon excellent, mon cher Euripide, que je meure misérablement, si je te demande encore une seule chose après celle-ci, la dernière de toutes, la vraie dernière : donne-moi de ce cerfeuil que ta mère t’a laissé en héritage.
EURIPIDE
L’insolent! {àCéphisophon:) Garçon, ferme la porte à clef.
Voilà cette scène curieuse, étrange. Retranchons-en par la pensée ce qui n’eût pas dû s’y trouver : les allusions à la profession de la mère d’Euripide; il faut avoner
t. Encore la même allusion à la mère d’Euripide.
qu’elles sont misérables : comme il arrive d’ordinaire, c’est une faute d’esprit en même temps que de cœur. Qu’y a-t-il en effet de piquant à rappeler qu’Euripide est fils d’une verdurière? qu’est-ce que cela peut enlever au mérite du grand poète? Gela ne pourrait qu’y ajouter : car, supposé que la première éducation eût fait défaut à cet esprit, il aurait donc développé tout seul et par sa propre force ses germes naturels; il se serait donc fait lui-même : on ne voit pas en quoi sa gloire en serait amoindrie ou obscurcie. Entre deux hommes ou deux arbres dont les têtes sont au même niveau, est-ce que celui qui part de plus bas n’est pas réeliement le plus grand des deux? Ainsi l’on doit reconnaître qu’ici la pensée d’Aristophane ne vaut pas mieux que ses sentiments.
Mais , en laissant de côté ces sottes allusions, les critiques littéraires du poète comique ne manquent ni d’agrément ni de justesse. Les subtilités où se complaisait le génie déjà très-moderne d’Euripide , et l’excès de son réalisme, comme l’on dirait aujourd’hui, prêtaient matière à raillerie, et l’esprit satirique d’Aristophane en a su tirer bon parti. Il y a là un grand nombre de plaisanteries de bon aloi, et un trait qui était devenu proverbe: «Malheureux! tu m’enlèves ma tragédie! »
Pour qui étudie l’art de présenter la critique littéraire sous une forme vive et dramatique , cette scène des Acharnéens est un modèle.
Or elle est comme le prélude des Femmes aux fêtes de Cèrès et des Grenouilles.
Notons d’autre part , qu’il y a trois comédies d'Aristophane où les femmes, — les femmes grecques, — figurent comme personnages principaux ; ce sont : Lysistrata,
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— les Femmes à l'Assemblée , — et celle-ci : les Femmes aux fêtes de Cèr'es.