‹ ÿtudes sur diverses questions d'horlogerieChapitre 19 sur 58 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De l'action de quelques agent* sur l'huile.

Les trois agents qui ont l’action la plus propre à détériorer l’huile en peu de temps sont : l’air, la lumière et la chaleur. Pour qu’on puisse facilement s’en convaincre, nous indiquerons ici quelques expériences à faire, ceux qui voudront bien les répéter acquerront par eux -mêmes la preuve des faits qui leur seront bientôt signalés. Quant aux questions de physique et de chimie qui s’y rapportent , il ne nous appartient pas de les aborder. Nous ne nous occuperons que des faits et des considérations pratiques qui sont du domaine de l’art.

§ I. — Action de l’air sur l’huile.

L’horloger n’a pas besoin de connaître le fond des causes de l’épaississement de l’huile par l’action de l’air, mais seulement d’être bien averti du fait afin de l’éviter autant que possible.

L’action de l’air sur l’huile est la moins appréciable de toutes , parce qu’elle exige , pour être reconnue, une observation soutenue, et qu’elle échappe à l’œil inexpérimenté. Laissons aux chimistes le soin de nous donner une théorie du fait suivant. Bornons-nous à le présenter simplement aux yeux de l’horloger, ce qui sera suffisant pour lui.

Il se forme, à la surface de l’huile, une pellicule plus dense que les couches inférieures qui ont été moins longtemps en contact avec l’air. Lorsque cette couche est brisée et mélangée avec les couches inférieures et que d’autres parties d’huile viennent former une nouvelle surface en contact avec l’air, il se forme alors une nouvelle couche viciée par l’air comme la précédente, il en résulte que si de temps à autre on agite

une huile et que l’on donne ainsi naissance à la formation de nouvelles couches à la surface, on hâte l’altération de l’huile.

Mettez de l’huile dans des carafes de verre blanc, bouchez, exposez ces carafes dans un lieu où la température peu variable s’abaisse successivement à l’entrée de l’hiver et se soutienne à quelques degrés au-dessus de zéro pour que l’huile se tige légèrement; on voit quelquefois d’une manière trèsdistincte cette pellicule formée dans le goulot, se marquer en se figeant dans des conditions qui en font un véritable llotteur. Si l'on agite l’huile et que l’on rompe l’adhérence légère qui retient cette couche contre les parois du verre, on la voit descendre au fond du vase avec une vitesse bien plus grande qu’on ne pourrait le supposer; cela accuse une différence notable dans la pesanteur spécifique de cette partie comparée aux autres portions d’huile figée. Nous attribuons cette différence à l’oxygène de l’air absorbé par l’huile et combiné avec elle.

Craignant d’effrayer le lecteur par des détails un peu scientifiques, nons nous arrêterons à l’énoncé de ce seul fait, car chacun peut comprendre qu’il faut forcément que l’état de cette couche ait changé pour qu’elle soit devenue d’une pesanteur spécifique plus grande que le tout dont elle faisait partie. Comme on sait que l'huile va toujours en se détériorant, nous admettons que l’action de l’air en soit la principale cause dans nombre de cas.

Si l’on étend une couche d’huile sur une plaque de laiton préparée comme ppur être polie et que sur une partie de la couche d’huile on pose légèrement un morceau de verre qui, en s’appliquant sur elle, n’aura d’autre effet que d’éviter le contact de l’air sur cette couche qui se trouve alors entre le laiton et le verre, on remarquera que l’altération de l’huile et celle du laiton par l’action de l’huile est plus prompte sur la partie qui n’a pas été couverte de verre que sur celle qui l’a été.

Une autre preuve bien remarquable de l’action de l’air sur l’huile et de la détérioration que celle-ci éprouve par celte

SUR l'huile employée en horlogerie. 121

action se trouve dans l’expérience suivante. Déposez quelques gouttes d’huile sur du laiton bien adouci au charbon et très-propre, conservez ces plaques dix-huit mois ou plus. Essuyez. Une ligne noire est gravée en creux par une forte oxydation du métal dessine le contour de la goutte d’huile, tandis que l’intérieur de la figure n'est point marqué, ou du moins le laiton n’est oxydé que très-légèrement.

Ce fait résulte de ce que toute la partie extérieure de cette goutte d’huile se combine avec l’air dont l’action ne pénètre pas dans l’intérieur de la goutte. C’est le point où cette couche extérieure viciée touche le laiton qui produit la destruction que nous venons d’indiquer.

Une mauvaise huile ne produirait pas cet effet, tout l’espace couvert par elle serait également oxydée. Tandis qu’une bonne huile produit une ligne bien arrêtée.

D’après la connaissance de ces faits, il sera impossible de partager l’opinion d’une de nos célébrités en horlogerie, qui prétend qu’il convient qu’une pièce d’horlogerie soit disposée de manière à ce que l'huile soit tournée et retournée chaque jour, et par conséquent, que la surface en contact avec l’air se renouvelle. Notre avis, diamétralement opposé au sien, est fondé sur les faits qui précèdent et plusieurs autres que nous n'avons pas cru devoir énumérer.

De l’ohservation de ces faits et do plusieurs autres inutiles de rappeler ici, il résulte que l’huile étant en contact avec l'air s’épaissit, a plus d’action destructive sur le métal, et par conséquent, devient impropre aux usages de l’horlogerie. 11 est à propos que le vase qui contient la provision d’huile soit de forme telle, que la surface du liquide en contact avec l’air soit restreinte. C'est par cesmotifs que nous avons faitfaire des flacons cylindriques, présentant une surface très-petite, les dernières parties d’huile d’un flacon ne valent rien lorsqu’elles sont restées longtemps en contact avec un volume d'air assez considérable par rapport à la petite quantité d'huile. Lorsqu'il reste peu d'huile dans un flacon, cette petite quantité d’huile se conservera mieux en laissant le flacon débouché et

lü CONSIÜÊH AVIONS l'UAI K) LIS

seulement à l’abri de la poussière qu’en le houehan) hermétiquement.

Beaucoup d'horlogers sont dans l’usage de verser, avec le flacon, des gouttes d’huile dans un godet, pour prendre dans ce godet quelques atomes d’huile avec une petite broche semblable à un foret et la porter aux trous dans lesquels roulent les pivots. Cette manière de verser l’huile avec le flacon est trèsvicieuse , parce qu’on promène le long des parois intérieures du flacon, une couche d’huile qui s’v attache en partie, s'altère facilement en raison de son peu d’épaisseur, puis se mélo à l’huile que l’on verse une autre fois. Il en est de même de celle qui adhère au bouchon; la meilleure manière de faire est de plonger dans le flacon une petite tige d’acier, comme les horlogers en ont constamment sous la main ; en la retirant plus ou moins vivement, elle emportera avec elle plus ou moins d’huile que l’on déposera dans un godet. La propreté parfaite do la tige d’acier que l’on plonge dans le flacon est de rigueur.

§ II. — De l’action de la lumière sur l'huile.

La lumière qui a une action très-prononcée sur certaines couleurs et sur quelques produits chimiques dans divers cas, a la propriété de faire perdre à l’huile cette couleur légèrement jaune ou verdâtre quelle a à des degrés différents. L’action prolongée de la lumière la rend incolore.

Cependant, on voit beaucoup d’horlogers qui, sans avoir examiné attentivement les faits , pensent que l’huile décolorée par l’action de la lumière est purifiée ; que puisqu’elle est moins colorée, c’est parce qu’elle a été purgée d’une matière colorante qu’elle tenait en suspension ; ils croient que l’action de la lumière a produit l’effet d’un filtrage, tandis que c’est un commencement d’altération.

Les horlogers ont tort lorsqu’ils laissent leur flacon d’huile au jour sur leur établi , souvent même au soleil , ainsi que ceux qui, pourvoirsi de l’huile est plus ou moins figeable, la aissnnt au dehors, sur la fenêtre d’un appartement et dans la

suit L - III ILE EMPLOYÉE EM HOHLOGERIE. 133

plus grande somme de lumière possible et exposée à des températures variables.

Dans les nombreuses expériences que j’ai faites sur cette question, j’ai vu des huiles qui n'avaient pas sensiblement perdu de leur qualité, quoique décolorées par la lumière, mais cela a été en très-petit nombre ; l’explication de cette altération plus ou moins grande de l’huile par l’action de la lumière, au point de vue de l’emploi en horlogerie, serait trèsintéressante. Bn attendant que la science l’ait étudiée, l’horloger doit soigneusement éviter l’action de cet agent.

Certain de ce mauvais effet de la lumière sur l’huile, nous avons donné aux tubes que nous employons pour mettre nos huiles supérieures une forme telle qu’ils ne peuvent se tenir que quand ils sont enfermés dans une boîte de bois disposée à cet effet. Alors, forcément, il faut mettre le tube dans la boîte conservatrice ; un oubli même n’est pas possible.

Les huiles placées aux devantures des magasins de fournitures d’horlogerie sont souvent détériorées par cette cause, et l’horloger qui les emploie ne prend pas la peine de distinguer si l’huile est mauvaise par sa nature ou si elle a été détériorée par défaut de soins. Il condamne l'huile , c’est plutôt fait.

§ 111. — üe l’action de la chaleur.

De même que nous avons constaté comme fait, sans en chercher les causes, que l’action de la lumière et celle de l’air viciaient l’huile et la rendaient moins propre à l’horlogerie, de même nous sommes obligé de reconnaître et d’avertir simplement que toute huile traitée à chaud perd de ses qualités ot d’autant plus que l’opération est plus prolongée.

De toutes les huiles traitées par la chaleur que nous avons essayées, pas une n’a réussi, sinon complètement, du moins de manière à nous laisser quelque espoir que la chaleur puisse être employée sans inconvénient. C’est pourquoi nous n'hésitons pas à proscrire cet agent dans la préparation de l’huile. Toutefois, nous ne considérerions pas comme mauvais un procédé qui élèverait momentanément la température d’une

huile à 40 ou 50°. Ce n’est pas là ce qu’on peut appeler une huile traitée à chaud. Ce que nous considérons comme mauvais, c’est une opération portant l’huile à plus de 50° et prolongée. Notre opinion à cet égard n’est fondée que sur l’expérience.

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