‹ ÿtudes sur diverses questions d'horlogerieChapitre 18 sur 58 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Influence «les métaux sur les huiles*

§ 1 . — Du laiton nouvellement adouci.

Tous les horlogers ont eu, nombre de fois, l’occasion de remarquer que lorsqu’une pièce en laiton vient d'être adoucie ou polie, et qu’elle est abandonnée à l’action de l’air sans être immédiatement couverte d’un vernis, sa couleur, d’un jaune très-pâle d’abord, prend en peu d'heures un ton plus foncé, et qu’avec le temps ce ton se fonce toujours de plus en plus.

Ce changement de couleur n’est qu’une oxydation de la surface de ce métal qui a une très-grande affinité pour l’oxygène de l’air.

Qu’on prenne une plaque de laiton polie, comme on le fait pour les mouvements de pendules, qu’on y étende de l’huile qu’on aura reconnue de qualité inférieure, une de ces huiles qui attaquent fortement le laiton, et qu’on abandonne cette plaque à l’action de l’air, en l’abritant de la poussière; après un mois ou six semaines essuyez parfaitement cette huile, savonnez la plaque et passez là à l’esprit devin, sans frotter avec un corps dur quelconque tel que le blanc de Troyes (la craie), le rouge, etc. ; blanchissez ensuite une partie de cette même plaque, en la frisant au charbon, déposez plusieurs gouttes d’huile sur la partie qui a été oxydée par l’huile, et d’autres sur la partie que vous aurez blanchie. Ce sera

SLR L llli LE EMPLOYÉE EN HORLOGERIE. 115

bien le même laiton et la même huile que vous aurez employés, et cependant l’huile s’altérera plutôt sur la partie blanchie que sur la partie qui a été oxydée parle séjour de la mauvaise huile.

Cette expérience montre quelle est l’erreur de ceux qui, lorsqu’ils nettoyent une pièce d’horlogerie, cherchent à blanchir soit l’intérieur des trous, soit les réservoirs.

§. 2. — Laiton doré.

L’huile se conserve parfaitement sur le laiton doré; elle n’y change pas de couleur. Non-seulement le métal, dans cet état, n’éprouve aucune oxydation apparente, mais il a un autre avantage très-précieux, c’est que l’huile reste parfaitement à la place où on l’a mise. Cela tient à ce que la surface du laiton, lorsqu'il est doré comme on le pratique dans les montres, à l’ancienne manière, par un amalgame d’or et de mercure (1), n’est plus lisse comme un métal poli ou même seulement adouci; elle est toute rugueuse et formée d’une multitude de petites aspérités et de petites concavités; vue à l’aide d’un fort microscope, elle a l’aspect que présente une écorce d'orange.

C’est un avantage précieux de la dorure que d’avoir le double effet de préserver le métal de l’oxydation et de fixer l’huile au point où elle doit rester. Dans les pendules, dont les mouvements sont polis, on voit, plus souvent que dans les montres, l’huile s’extravaser et couler le long des platines.

Cet inconvénient tient encore à ce que souvent on met aux pendules plus d’huile qu’il ne faut; elle s’extravase, coule, et il en reste moins que si l’on n’en eût mis que la quantité convenable et propre à se maintenir au réservoir.

(1) Au contraire, pour la dorure par la voie humide, on déroche le laiton dans des acides, on forme à sa surface une multitude de petites concavités plus ou moins profondes qui facilitent l’écoulement de l’huile hors du point où on l’avait mise. Ces deux manières de dorer produisent des résultats différents, quanta la conservation de l’huile en sa place. Nous constatons seulement le fait sans insister sur la cause qui le produit, car il y a en apparence une similitude, et la distinction h faire conduirait peut-être un peu trop loin.

Ainsi, c’est une fautesous ce rapport, de reboucher les trous dans des ponts ou des platines dorés, quand il n’y a pas nécessité. Lorsqu’on a employé des métaux polis ou adoucis, et non dorés, pour la construction des montres, on s’est privé d’un avantage dont on ne connaissait pas tout le prix. Les divers alliages imitant l’argent qu’on a employés dans ces dernières années, sont mauvais sous ee rapport et sous d’autres expliqués dans le paragraphe suivant .

Beaucoup d’horlogers pèchent par la trop grande quantité d’huile qu’ils mettent, soit aux montres, soit aux pendules.

§ 3. — Action de divers métaux.

A l’exposition des produits de l’industrie de 1844, il y avait parmi mes objets une boîte contenant quinze compartiments dans lesquels étaient des plaques de métaux divers, et des plaques d’un même métal dans des états différents, c’està-dire d’un métal dont la composition chimique n’avait pas changé, et qui, cependant, donnait des résultats bien différents sous le rapport de son action sur l’huile. Comme il ne s’agit ici que de faire comprendre ce fait démontré par mes expériences jusqu’à la dernière évidence, que la nature du métal et son état physique contribuent à l’altération ou à la conservation de l’huile, je ne ferai qu’énoncer les faits, laissaut de côté la recherche des causes dont quelques-unes seraient peut-être bien difficiles à trouver.

Le cuivre rouge (1) est le plus mauvais de tous; j'ai connu des horlogers très-distingués qui, cependant, l’ont recommandé pour reboucher les trous, prétendant qu’étant plus pur que le laiton il était meilleur pour les frottements. S’ils eussentfait des expériences comparatives, il sauraient vu que, sous le rapport des frottements, il était inférieur au laiton, parce que, se travaillant moins bien, l’exécution était moins

(1) Dans beaucoup d'ateliers on donne le nom de cuivre au laiton, c’est pour éviter toute méprise résultant d'habitudes locales que j'ajoute le mot rouge. Le cuivre est un métal, tandis que le laiton est un alliage de trois parties environ de cuivre et une de zinc, plus quelques centièmes d'autres métaux.

SUR L’nuiLE EMPLOYÉE EN HORLOGERIE. \\1

correcte, et que, au point de vue de la conservation de l’huile, il avait une grande infériorité.

Le laiton fondu altère l’huile promptement; plus il est travaillé à froid, c’est-à-dire au marteau, au laminoir ou à la filière, plus il devient propre à la conservation de l’huile.

Dans la pratique, si l’on emploie du laiton fondu, on doit reboucher les trous en laiton tiré à la filière (1), ou laminé, puis coupé en barres à la scie et forgé.

Le laiton doré conserve parfaitement bien l’huile; après l’or c’est le meilleur métal.

L’argent fin conserve assez bien l’huile, mais il ne peut être employé en horlogerie à cause de sa mollesse. Il pourrait entrer dans un alliage binaire ou ternaire, et donnerait peutêtre un bon métal; toutefois il est probable que le laiton restera encore longtemps employé.

Le zinc conserve bien mieux l’huile que le cuivre rouge, et cependant on entend tous les jours des horlogersse plaindre du laiton actuel, dire qu’il ne vaut rien parce qu’il est presque tout zinc, qu’autrefois le cuivre de chaudière était bien meilleur parce qu’on n’y mettait pas de zinc (2). Le laiton ancien, comme celui d’auj oui d’hui, est un alliage de cuivre et de zinc dans des proportions qui varient très-peu ; on y trouve, en petite quantité, d’autres métaux qui n’y sont pas introduits exprès, mais qui se rencontrent dans le çuivreetle zinc.

Je me suis assuré, par des expériences positives, que c’est une grande erreur d’attribuer au zinc la mauvaise qualité du laiton, sous le rapport de la conservation de l’huile.

Le maillechor, ou pacfonte, alliage composé de nickel et de cuivre, est un des métaux les plus impropres à la conservation de l’huile.

Il y a une dizaine d’années, on construisit beaucoup de montres avec ce métal. Avant d’employer cette nouveauté en hor-

(1) Il y a contre le laiton tiré à la filière un préjugé qui n’est pas fondé; du laiton peut être tiré à la filière et être excellent comme il peut être matfvais, sa mauvaise qualité n’est pas le fait de la filière, mais celui de la composition de l'alliage ou du vice de la fabrication.

(2) Le mode de la fabrication ancienne pouvait différer, mais la composition du métal était la même, sauf peut-être une légère nuance dans les proportions.

logerie, il aurait fallu se demander comment elle s’y comporterait sous le double rapport des frottements et de la conservation de l'huile; une expérience de trois mois l’eût fait proscrire; àmoins qu'on ne veuille dorer le métal; maisalors quel avantage aurait-il sur le laiton (i)?

Le platine pur est difficile à travailler, il est trop mou; allié il pourrait probablement donner de bons résultats, cependant nous ne pouvons lui accorder aucune supériorité sur le laiton doré (2).

De toutes ces expériences, et d’un nombre considérable d’observations que j'ai faites, il résulte que l’or et le laiton sont, jusqu’à ce jour, les deux métaux ou alliages les plus convenables pour la conservation des huiles en horlogerie (3).

11 y a une quinzaine d’années, je m’étais occupé de la recherche d’un alliage moins cher que l’or et moins oxydable que le laiton, c’est-à-dire d’un moyen terme entre l’or et le laiton , pour l’employer au rebouchage des trous qui ne peuvent pas être dorés dans l’intérieur (4). D’autres travaux m’ayant empêché de donner suite à celui-là, je le repren-

(1) Un des fabricants les pins distingués de Suisse me montrait, il y a quelque temps, des pièces avec des échappements duplex , dont la roue était en nickel (c’était un alliage de nickel et de cuivre), et présentait cela comme une nouveauté heureuse. Sur l’observation que Je lui ils de l’action que le nickel a sur l'huile, il convint qu’il ne s’en était pas occupé. On peut être sûr qu’un tel échappement ne conservera pas ses huiles bonnes longtemps; on en imputera encore la faute & l’huile.

(2) Vers l'année 1835, on essaya d’établir A Versailles une fabrique d'horlogerie. Pour faire quelque chose de nouveau on employa un alliage de 23 de platine et 73 pour cent d'argent et on l’appela du platine et non de l'argent selon l'usage; mais il fallait éblouir par les noms, par les apparences, etc. Ce métal, qui n’acquérait sous le marteau ni la dureté ni l'élasticité du laiton, est tombé aussi vite qu’il s'était élevé dans l’opinion de quelques personnes par engoument et non par expérience. Aussitôt des spéculateurs ont fait établir des montres en métal blanc dont la base était le nickel; alliages très-impropres à la conservation de l'huile, comme on vient de le dire.

(3) Voir les moyens que j’ai indiqués pour la conservation des huiles à la machine.

(4) On peut dorer les trous intérieurement et les réservoirs par le procédé que j’ai indiqué (Art de connaître et de régler les Pendules et les Montras. 2’ édition, pag. 283 et suiv.) en se servant d'un bois tendre pour faire pénétrer l'or dans les trous, néanmoins je ne verrais pas une utilité bien marquée à le pratiquer.

SUR l’huile employée en horlogerie. 119

(Irai peut-être un jour, ayant conservé note de ce que j’ai fait.

Page 1