CHAPITRE X
Examen et estai comparatif de l’huile (I).
§ 1 . — Moyen ordinaire d’expérimentation.
Lorsqu’il s’agit d’essayer de l’huile, beaucoup d’horlogers
(1) Ce chapitre devait être le quatrième, mais je l’avais supprimé dans la crainte que ceux qui répéteraient les expériences indiquées les fissent mal U ne dépend pas de moi de donner dans un écrit ce que la pratique et l'intelligence peuvent seules accorder Les conférences que j’ai eues nouvellement avec des horlogers m’ont décidé à l’ajouter ici.
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percent de petits trous dans une plaque de laiton ; ils forment ensuite des réservoirs semblables à ceux qu'on pratique dans les platines des pièces d’horlogerie pour retenir l’huile ; ils mettent dans ces réservoirs des gouttes d’huile et attendent qu’elles verdissent; c’est celle qui verdit le plus promptement qui est réputée la plus mauvaise.
Ce moyen est insuffisant parce qu’il ne montre que la coloration de l’huile par l’oxydation du métal, et l’on verra plus loin que la coloration n’est pas le seul symptôme ni même celui qui indique le plus promptement une huile inférieure.
On verra de plus que si l’on s’en rapportait uniquement à la coloration, une huile qui se verdit légèrement et lentement serait considérée comme inférieure à de certaines huiles ne verdissant pas, et souvent c’est l’inverse.
§2. — Autre moyen plus simple présentant quatre symptômes.
Le moyen suivant nous paraît préférable; il consiste à couper une plaque de laiton carrée ou rectangulaire et à tracer des lignes parallèles aux côtés formant des cases de un centimètre semblables à celles d’un damier ; si l’on marque chacune des lignes de ces cases par une lettre et chaque colonne par un chiffre, il sera très-facile de désigner chaque case en employant seulement une lettre et un chiffre, ainsi B 4 désignera la case qui fait en même temps partie de la ligne B et de la quatrième colonne, ou autrement dit sur la ligne B la case quatrième.
L’emploi de ces plaques sans réservoirs a sur les réservoirs une grande supériorité en ce qu’il permet d’observer, outre la coloration de l’huile, deux faits très-remarquables et qui servent souvent à reconnaître en peu de temps une huile qui doit être rejetée, l'auréole et la coloration du laiton dont il sera parlé plus loin.
préparation du laiton d’épreuve. — Cette plaque étant ainsi distribuée et ayant été préalablement bien adoucie à la pierre à l’eau douce, on l’adoucira soigneusement avec un charbon de bois blanc et de l’eau, de manière à bien enlever tous les traits et cette couleur grise que laisse la pierre à
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l’eau ; on terminera l’adouci en frisant avec le meme charbon et de l’eau, ce qui donne au laiton un aspect moiré.
L’adouci terminé, il faut immédiatement laver la pièce à grande eau, la bien sécher avec un linge, puis avec du blanc de Troyes (1), et la bien frotter avec une brosse propre, sèche et fortement chargée de ce même blanc; puis la laver à l’esprit de vin pour enlever les atomes d’eau et de blanc qui pourraient rester; bien essuyer ensuite.
Le laiton ainsi disposé est prêt à recevoir l’huile.
11 faut prêter une grande attention à ce que les opérations de l’adouci, du lavage et du séchage soient faites immédiatement sans laisser aucun intervalle, car si on laissait l’eau se sécher sur la plaque de laiton, il s’oxyderait très-inégalement et ne serait plus propre à l’expérience par les motifs qui seront expliqués. La condition essentielle est que l’huile à expérimenter soit posée sur un laiton qui n’ait pas la moindre oxydation ni totale ni partielle. Une oxydation de toute la surface rendrait l’expérience fort incertaine ; une oxydation de quelque partie induirait en erreur sur le mérite d’une huile comparée à une autre. Nous reviendrons sur ce point après avoir vu les résultats de plusieurs expériences.
Application de rimile sur la plaque.
Prenez avec précaution une goutte de chacune des huiles que vous voulez expérimenter et déposez-là dans une des cases; notez l’huile mise dans chaque case; ayez la précaution de mettre le plus possible une égale quantité d’huile, car les symptômes que donnent une même huile varient souvent en raison de la quantité d’huile déposée sur la plaque .
Pour se rendre un compte exact des huiles, il faut ne pas s’en tenir à une seule expérience, mais opérer en même temps sur trois plaques semblables au moins et d’un même laiton ;
(1 ) Blanc de Troyes, blanc d’Espagne, de Meudon, etc., ne sont qu’une même chose nommée encore vulgairement craie.
on fera meme bien d’opérer sur six plaques de deux laitons différents, car il arrive quelquefois qu’une même huile sur une même plaque de laiton, expérimentée et en même temps dans des conditions qui paraissent identiques, ne donne pas des résultats semblables sans qu’il soit facile de déterminer la cause de ces différences. Cette différence dans les phénomènes n’est pas toujours très-grande, ni très-fréquente ; j’ai cependant des exemples très-curieux par la différence des résultats sur des plaques différentes; il est donc important d’opérer sur trois plaques au moins d’un même laiton, ou sur une grande plaque sur laquelle on mettrait une même huile dans plusieurs cases, et, si on le peut, sur plusieurs laitons, faisant toujours trois expériences sur un même métal.
C’est ainsi que nous avons procédé dans les expériences que nous avons faites pendant le cours des expositions des produits de l’industrie de 1844 et 1849, dans les salles de l’exposition. Avec nos autres produits, nous avions mis 1° une boîte contenant deux grandes plaques de laiton. Pour expérimenter et comparer entre elles vingtrhuit huiles différentes, chaque plaque portait soixante cases, et sur chacune de ces plaques il y avait dans deux cases une goutte de la même huile ; ce qui faisait en tout quatre gouttes de chaque huile en expérience.
2° Une autre boîte, divisée en quinze compartiments, contenait quinze métaux différents, ou un même métal sous deux états différents ; sur chacune de ces quinze plaques, des cases étaient tracées et portaient seize huiles [en expérience pour déterminer l’influence des différents métaux sur les huiles. Nous en avons rendu compte plus haut.
S 3. — Des principaux phénomènes que présente l'huile ■ pendant l'expérimentation.
Oxydation du laiton. — Si l’on pose sur une plaque de laiton préparée, comme il a été dit, plusieurs gouttes de differentes huiles, et que huit jours après on les enlève com-
SUR L’ilÜtLE" EMPLOYÉE EN HORLOGERIE. lui
plétement, en essuyant avec un linge propre, on remarque aux places où était l’huile inférieure des taches plus ou moins prononcées : on peut considérer comme un mauvais symptôme les taches que laisse l’huile sur le laiton, et au contraire ou comme un très-bon symptôme l’absence, de toute tache. Toutefois, pour que cette expérience soit concluante, il faut qu’elle soit faite avec tous les soins recommandés plus haut pour la préparation du laiton.
Cette expérience n’est qu’iin premier moyen qui indique des huiles qui doivent être répudiées; mais il ne faudrait pas en conclure que toute huile ne tachant pas le laiton est bonne et peut être employée en toute sécurité. Des chimistes m’ont communiqué des huiles très-bien préparées qui ne laissaient aucune trace sur le laiton, mais qui étaient trop siccatives pour être utiles à l’horlogerie; après huit ou dix mois d’expérimentation, elles étaient durcies.
D’autres chimistes m’en ont communiqué qui ne verdissaient point, mais qui noircissaient le laiton d’une manière très-remarquable .
Si l’on opérait sur du laiton adouci depuis un ou plusieurs jours, ou sur du laiton oxydé par l’air depuis longtemps, l’action de l’huile serait plus lente et moins sensible que lorsqu’il est bien préparé , comme je l’ai indiqué.
L’oxydation du laiton faisant l’objet de ce paragraphe, diffère de celle dont nous parlons dans le suivant. La première se manifeste seulement par la couleur d’un brun plus ou moins noir que prend le laiton ; la seconde, par l’oxydation du laiton qui est creusé et la coloration de l’huile en vert de diverses nuances.
§ 4. — Coloration (le limite.
Presque toutes les huiles, lorsqu’elles sont mises en contact avec le laiton, se colorent en un vert dont les nuances varient; tantôt c’est un vert assez clair et d’un beau ton bien prononcé, tantôt il paraît légèrement teinté [de noir, d’autrefois c’est un vert bleufitrc. S’il importait de recon-
naître à quoi est due la variété de ces nuances, on trouverait probablement que c’est aux acides qui peuvent exister dans l’huile, ou à ceux qui se forment, ou peut-être à quelques circonstances dues au métal, car l’analyse chimique du laiton montre qu’il n’est pas exactement le même, ni parfaitement homogène. Cette recherche ne touchant pas immédiatement à la question qui nous occupe, nous ne nous y arrêterons pas. Nous trouvons dans ces modifications de la couleur des symptômes qui nous aident à étudier les huiles; c’est là tout ce qu’il nous faut.
Lorsque la coloration de l’huile arrive lentement, qu’elle est peu prononcée, qu’elle s’arrête à un vert peu foncé, on peut la considérer comme une imperfection tenant à la nature de l’huile, mais non comme un défaut qui s’oppose à son emploi.
Cela est si vrai, que telle huile qui, dans un temps donné, se colore sur un métal, ne se colore pas sur l’autre, et que, sur un même métal, l’huile se colore plus ou moins promptement, selon l’état de la surface de ce métal, la quantité, etc. Si la coloration de l’huile était le symptôme le plus certain de sa mauvaise qualité, on serait donc conduit à réputer alternativement une même huile bonne et mauvaise, ce qui serait absurde.
On voit des huiles auxquelles on est parvenu à donner la propriété de rester longtemps en contact avec le cuivre sans se colorer; ces huiles seraient mal à propos réputées parfaites, car l’expérience nous a montré que des huiles qui ne se coloraient pas ou presque pas, s’épaississaient plus promptement que d’autres qui, après quelques jours d’expérimentation, s’étaient légèrement teintées d’un vert jaunâtre. Ces huiles ne verdissaient pas en raison des préparations auxquelles elles avaient été soumises; mais après sept ou huit mois, elles étaient tellement durcies qu’elles devenaient un obstacle à la marche de la pièce, au lieu de la faciliter.
sut L'HUILE EMPLOYÉE EN UOKLOCËIllË, 183
§ 3. — Auréole autour de la goutte.
Souvent après cinq ou six jours, plus ou moins, il se forme sur le laiton, autour de la goutte, une petite zone presque imperceptible d'abord à l'œil nu. On ne saurait mieux la comparer qu’à cet effet de condensation que tout le monde connaît, et qui est produit par la respiration contre les vitres dans les temps de gelée ou dans les lieux très-froids. Cette zone suit exactement le périmètre de la goutte, sa largeur est d’abord de 2 à 3/10” de millimètre ; vue à l’aide d’un fort microscope, elle parait formée d’une myriade de gouttelettes, puis elle s’étend quelquefois jusqu’à 1 millimètre; alors les gouttelettes grossissent également et quelquefois très-inégalement.
Tantôt cette espèce d’auréole se conserve assez longtemps dans cet état, tantôt l’huile s'étend sur elle et la couvre, puis quelquefois il s’en forme une seconde ; lorsqu'on essuie ensuite l’huile, le laiton porte la marque de la goutte primitive, et celle de l’auréole envahie par l’huile, et de la nouvelle auréole formée.
L’apparition de ce phénomène caractérise bien une huile mauvaise lorsqu’il est très-prononcé et qu’il se développe rapidement, mais comme il se produit d’une manière assez variable avec une même huile, en attendant que l’on ait acquis l’habitude de voir les différentes manières dont il se comporte, on fera bien de l’observer, mais de ne pas trop se presser à en tirer des conséquences, car la rapidité avec laquelle il a lieu et son intensité, sont pour beaucoup dans la valeur qu’on doit lui attribuer. De bonnes huiles m’ont quelquefois donné une très-petite auréole qu’il ne faut pas confondre avec l’auréole forte et très-prononcée d’une mauvaise huile.
Il en est encore de ce cas comme des taches sur le cuivre ; il est des huiles qui ne donnent pas d’auréoles et qui, cependant, sont trop siccatives pour l’horlogerie.
J’ai eu l’occasion de remarquer sur la partie plate de trous de roues en pierre, autour de l’huile qui était restée aux pi
vols, une auréole analogue à celle qui se voit si souvent sur
le cuivre, sur les pierres ; c’est rare.
Il serait bon de déterminer la cause de ce phénomène ; j’avais cru pouvoir l'expliquer par l’état de la surface métallique sur laquelle l’huile était eu expérience ; mais l’observation de ce phénomène sur des pierres me laissant des doutes , je ne crois pas devoir donner cette explication quant à présent.
g 6. — Périmètre de la goutte d'huile.
Lorsqu’on a laissé sur les plaques d’expérience les huiles pendant plusieurs mois, on observe, outre les faits que nous avons signalés, le suivant, qui n'est produit que par de bonnes huiles; il est très-remarquable. L’huile étant enlevée avec le doigt et le laiton bien essuyé, le périmètre de la surface qu’occupait cette goutte est marqué par une ligne semblable à un trait de crayon, taudis que tout l’espace qu’enveloppe ce filet est resté très-net, quoique ayant été couvert d’huile. C’est un très-bon symptOme.
Ce fait résulte do ce que la surface de l’huile se combine avec l’oxygène du l’air et forme une couche ou pellicule extérieure que l’on pourrait peut-être appeler de l’huile oxydée, bien différente de l'huile qu’elle enveloppe; la lisière de cette couche se terminant à la plaque de laiton, là elle est en contact avec lui , l’intérieur de la goutte d’huile reste dans sou état primitif, abrité par la surface ou pellicule extérieure.
Il faut donc remarquer, dans cette goutte d’huile, deux parties distinctes : la surface qui s’est combinée avec l’oxygène de l’air, et l’intérieur qui a été préservé. Ces deux états différents produisent sur le laiton deux effets : la couche extérieure combinée avec l’oxygène de l’air laisse une trace trèsnotable, et l’huile do l’intérieur, abritée de l’oxygène, nes’étant pas combinée avec lui, n’en laisse pas.
C’est encore un cas analogue à la conservation des anciens objets en bronze trouvés dans la terre, et dont l’intérieur a été préservé par la couche d'oxyde.
SL' H L’iItlLE EMPLOYÉE EM IIOllLOCEKIL.
Obmrvmioug sur ces divers symptômes.
Cette première épreuve servira seulement à montrer quelles sont les huiles qui sont à rejeter « priori et celles sur lesquelles l’étude doit être prolongée. Ce sera ensuite en continuant l'examen des faits qui se passent pendant un an au moins, que l’on pourra vraiment se prononcer positivement sur une huile. J’ai vu très-souvent des huiles présenter les meilleurs caractères pendant plusieurs mois et changer ensuite presque subitement ; c’était des huiles qui n’avaient reçu cette apparence de bonne qualité que de l’art, c’était ce que l’on nomme une chose fardée.
Je répéterai encore ici que l’on doit bien se garder de s’en tenir à une seule expérimentation, qu’il faut en faire au moins trois sur un même métal et sur plusieurs laitons en même temps, si on le peut ; mettre les plaques d'expérience dans des conditions identiques autant que possilbe, et tenir compte de tout. Là, ne trouve une difficulté réelle pour celui qui commencera ce genre d’observations.
Exemple : sur une plaque de laiton placée dans une boite de carton même ancienne ou dans des boites de bois, tous les points de la plaque ne sont pas dans des conditions identiques; les bords, plus voisins du carton que le centre delà plaque, en reçoivent des émanations qui agissent sur l’huile; j’en ai vu nombre de cas. Les courants d’air qui ont lieu dans les changements de température (1) sont plus prononcés dans certains points que dans d’autres; il en résulte encore une action différente sur l’huile.
Cet exemple est donné seulement pour ceux qui, n’ayant pas une grande habitude d’observer des faits de ce genre, seraient induits en erreur par des apparences trompeuses. Je dirai plus, j’engage les horlogers qui voudront se livrer à
(I) Lorsque la température s'abaisse, l’air intérieur se condense et l'air extérieur entre dans la boite et réciproquement, par une élévation de température , l'air contenu dans la boite bb dilate et il eu sort une partie. Il y a donc alternativement uu courant d’air entrant et un courant d'air sortant.
cette étude à sc défier des conséquences qu’ils pourront tirer de leurs observations , tant qu’ils n’en auront pas acquis imc très-longue expérience. Depuis plus de trente ans que je m’occupe de l’huile pour l’horlogerie, j’ai dans cette matière des faits si imprévus, que je suis autorisé par là à donner ce conseil aux horlogers. Pour se familiariser à cette étude, on devra prendre des huiles différentes et en grand nombre, les mettre en expérience, les observer souvent et noter chaque fait; et, après une année, rapprocher les faits observés et voir les résultats.
11 est plusieurs horlogers qui ne voudront pas admettre le mode d'expérimentation isolé que nous indiquons et qui prétendent qu’aux montres et aux pendules seules il appartient de juger l’huile; je leur répondrai qu’il est impossible d'admettre cette allégation quand on a la moindre habitude de l’expérimentation ; et, on effet, après avoir reconnu ce que l’on vient do voir et ce qui est démontré plus haut : 1° qu’une huilo no se comporte pas de la mémo manière sur les différents métaux; 2° que la nature de l’air et des émanations auxquelles elle se trouve exposée influent considérablement sur sa conservation ; 3° que le plus ou le moins de perfection de l’exécution des parties frottantes a également une grande influence; i° qu’une môme huile qui a rendu de bons services dans un temps, doit être rejetée plus tard (1).
En présence de tels faits, que devient le raisonnement de ces mômes hommes, qui disent et répètent avec opiniâtreté : l’huile est destinée aux montres et pendules, ce n’est que par l’usage dans ces machines qu’on peut la juger. Ce qu’ils nous démontrent le mieux, par là, c’est qu’ils ne veulent rien voir, rien étudier.
Sans contredit, si on pouvait faire l’expérience dans les conditions suivantes, ce serait très-bien ; il faudrait prendre vingt montres, par exemple, identiques pour le métal et la perfection de l’exécution; mettre une même huile à dix de
(1) Comme toute chose perd do scs qualités avec le temps, et finit, il en est de même de l'huile.
SUR l'huile employée en horlogerie. 157
ces montres, et l’huile qu’il s’agit de comparer à dix autres montres, puis les mettre dans des conditions complètement identiques pendant tout le cours de l’expérimentation. Pour ceux qui ont l'habitude d'expérimenter, c'est ainsi qu’on procède, autrement, aucune expérience ne serait concluante. Mais où trouvera-t-on vingt montres identiques pour expérimenter deux huiles comparativement ?
Pour moi, je ne connais de véritable expérience que celle faite dans des conditions sensiblement identiques, et la marche d’une pièce d’horlogerie présente en elle-même des phénomènes trop variables et trop propres à altérer l’huile pour qu’elle puisse servir à la juger. Ne voit-on pas, en effet, que dans une montre où la même huile a été mise partout, elle est devenue mauvaise à l’un des deux pivots d’un même mobile, qu’elle est bien conservée à l’autre , et qu’elle ne s’est pas comportée de même en tous les points de la machine? Là elle est rouge, ici noire, ailleurs bien conservée, dans un autre point sèche. Le mode d’expérimentation sur des plaques est le seul qui puisse, quant à présent, donner des indications sur les qualités comparatives de deux huiles.
Je n'ai pas cru devoir rappeler ici ces divers procédés qui ne sont basés sur rien, qui ne méritent même pas le nom de procédés, et dans lesquels rien n’est précis ni positif ; ainsi, l’un vous dira que le plus ou le moins d’épaississement de l'huile sur la pierre à l’huile lui indique sa qualité; l’autre, qu’il en étend avec la barbe d’une plume sur une glace, pour voir le temps qu’elle emploie à se dessécher, etc., etc. Ce sont là de véritables babioles.
Coneluaiana.
On ne devra donc pas décider de suite ni qu’une huile est bonne parce qu’elle ne se colore pas, ni qu’elle est mauvaise parce qu’elle se colore un peu et lentement; cependant, on doit considérer comme mauvaise celle qui, en six ou huit jours, sur un laiton bien préparé, sera devenue d’un vert
très-prononcé, surtout s’il se forme autour de la goutte une auréole bien marquée, ou bien lorsqu’elle aura taché le laiton.
Si nous manquons de procédés pour reconnaître en peu de jours une huile qui doit conserver sa fluidité longtemps, c’est tout au moins quelque chose que d’avoir déterminé les moyens de constater celles qui doivent être rejetées sans une longue expérience.
En attendant un mode d’essai aussi certain pour constater en peu de temps la bonne qualité de l’huile (c’est-à-dire la propriété qu’elle doit avoir de rester longtemps fluide), que celui par lequel nous avons déterminé les symptômes qui doivent faire éloigner quelques mauvaises huiles, nous dirons que toutes celles qui nous ont été communiquées, et qu’on était parvenu, par des manipulations chimiques, à mettre dans l’état de ne pas donner les mauvais symptômes signalés, que toutes ces huiles, disons-nous, ne résistaient jamais à une année d’épreuves sans s’épaissir fortement. Toutes les huiles traitées parles procédés chimiques dont nous avons parlé doivent donc être éloignées, jusqu’à ce qu’on se soit assuré, par une très-longue expérience, qu’on peut les employer sans danger.
suit LA LONGUEUR DES LEVIERS
DE