RECHERCHES SCR L’ÉCHAPPEMENT
Les chiffres que nous venons de poser ne sont qu’approximatifs, c’est-à-dire suffisants. Des chiffres rigoureux seraient inutiles et sans application dans l’échappement qui nous occupe.
Ce que nous venons de dire de la pénétration peut s’appliquer, en renversant le rapport, à la largeur des palettes. Cette largeur varie en sens inverse de l’ouverture. ( Voir les fig. 7,. 8, 9, 11, tracées sur une distance égale des dents des roues.) Plus l’angle en est ouvert, et plus la largeur des palettes diminue; par suite, la roue agit sur un levier de plus en plus court, et l’impulsion donnée au balancier est de moins en moins énergique.
On voit qu’il doit exister un rapport entre la force motrice et la longueur du levier; mais la solution de ce problème échappe au calcul et ne peut être donnée que par l’expérience. De savants praticiens fixent pour l’extrême limite de la pénétration, dans la montre ordinaire, les 2/3 environ de la largeur de la palette.
de l’arc supplémentaire. — Aucun horloger n’ignore qu’avec les échappements actuels la marche d’une montre est d’autant mieux soutenue que les arcs supplémentaires ont plus d’étendue, relativement à l’arc de levée.
Avec une levée de 40°, et dans les conditions ordinaires, on obtient d’un échappement à palette près de 180° de vibration totale. Si l’on augmente la levée beaucoup au delà de 40°, soit, par exemple, 50”, l’oscillation totale ne progressera pas dans la proportion de 40 à 50, et l’on n’obtiendra pas des vibrations de 225° (près de 3/4 de tour), qui sont celles indiquées par la proportion ; seulement les vibrations s’accompliront alors d’un mouvement rapide et saccadé. Cette décroissance relative des arcs supplémentaires, quand on dépasse 180° pour l’arc total, s’explique par les causes sun vantes : 1° la résistance du recul considérablement augmentée; 2° le raccourcissement du levier, qui est cause que le balancier est mu avec moins de force par la roue ; 3° le rebattement du bord de la palette contre la face des dents, qui paralyse l’arc supplémentaire. Ce rebattement se produit
près des limites d’une oscillation totale de 170°, et il acquiert d’autant plus d’énergie qu’on s’éloigne en plus de ce nombre. La puissance de ce rebattement est telle, que dans une montre soumise à des secousses, elle rend les grandes vibrations plus rapides que les petites. Ce fait est bien connu de tous les praticiens.
Le résumé de cet article, est que toute levée excédant celle absolument nécessaire pour procurer au balancier une vibration d’une amplitude suffisante ne peut qu’introduire dans le mécanisme des causes de destruction prompte et de perturbation. La longue expérience des artistes leur ayant prouvé que 40° de levée suffisaient amplement dans les montres, il convient de se borner à ce chiffre, puisqu’il offre, en outre, l’avantage de procurer le plus grand arc additionnel relatif; mais comme on sait que la levée et l’ouverture sont dépendantes l’une de l’autre, il s’ensuit que l’ouverture convenable sera celle qui procurera précisément cette levée de 40°, c’est-à-dire une ouverture de 100°.
du recul. — Le recul est égal à la moitié de la totalité de l’arc additionnel. Pour un échappement ordinaire d’horloge, ayant environ 20° d’oscillation totale, le recul se représentera par 6 ; tandis que dans une montre, ayant 480° de vibration totale, le recul sera représenté par 70. Mais ces deux nombres n’indiquent que le rapport d’étendue des deux reculs et non leur intensité relative; car, dans ce dernier cas, la disproportion deviendrait encore beaucoup plus considérable. On se l’expliquera facilement si l’on se souvient de ce fait, signalé plus haut, que la poussée du balancier produisant le recul prend de plus en plus une direction se rapprochant de la parallèle à l’axe de la roue à mesure que l’on ouvre davantage les palettes. 11 résulte évidemment de cela, que les règles qui régissent l’échappement à pendule doivent être beaucoup modifiées dans leur application à la montre.
Le recul est le plus grand défaut de l’échappement à roue de rencontre appliqué aux montres, ainsi que font remarqué presque tous les artistes, et que M. Duchemin lui-même a fini
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par s’en apercevoir. (Voir Y Art de conduire les pendules, etc., de M. Robert, page 248.)
En outre de la gène qu’il apporte à l'accomplissement de l’arc supplémentaire, la difficulté de son double frottement parvient toujours, à de très-rares exceptions près, à creuser les palettes, et réussit même quelquefois à les trouer, si la montre soutient une marche assez longue pour cela. C’est toujours au point où commence l’action du recul qu’une palette se pique tout d’abord. Ce point est très-visible à la loupe et meme à l’œil nu. Aussitôt qu’une palette est marquée, l’extrémité des dents se déforme, la destruction de l’acier s’opère avec rapidité sur toute la surface frottante, et les variations du réglage deviennent de plus en plus sensibles. La puissance de ce recul se manifeste encore par le prompt agrandissement des trous des pivots, et fréquemment par l’usure de ces memes pivots.
Tous les essais d’amélioration qui ont été tentés, tels que : roue en or, roue en acier trempée fonctionnant avec un peu d’huile aux pointes, trous en rubis, etc., ont échoué complètement, par la raison toute simple qu’aucun d’eux ne supprimait les inconvénients du recul, c’est-à-dire du défaut capital de l’échappement.
II résulte de ce qui précède que l’agrandissement de l’angle d’ouverture favorisant l’étendue et la dureté du recul, il convient de s’arrêter à la limite la plus restreinte fixée par la nécessité, si l’on veut éviter d’augmenter les causes de destruction et par suite l’irrégularité de la marche, qui se produit dans un avenir assez prochain.