‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 119 sur 264 · FINALE · texte numérisé non relu

FINALE

En appuyant ma coupe sur mes lèvres, j'ai examiné avec soin les branches fleuries.

Puis, en qualité de poëte, j’ai composé une pièce de huit couplets.

En vérité, je suis un ami du poirier à fleurs rouges, et je ne me suis pas montré ingrat envers lui.

Dès que Tchang-koueï-jou eut fini de lire ces vers, il fut ravi jusqu’au fond du cœur et ne put se lasser d'en faire l’éloge. « Monsieur, dit-il vous avez vraiment un talent divin; je reconnais avec respect votre supériorité.

— Monsieur, dit Sou-yeou-pé, une chanson, composée subitement dans un moment de verve, ne mérite pas tant de louanges. »

Tchang-koueï-jou, tenant en mn la pièce de vers, ne cessait de la regarder et de la lire.

Sou-yeou-pé pensa en lui-même qu'il l'examinait avec attention pour en goûter la beauté ; il ne savait pas qu’il la lisait pour l’apprendre par cœur. « Cette pièce, dit-il, a é‘é composée en jouant; pourquoi la regardez-vous avec tant d'attention? Vous m'’aviez promis, monsieur, de composer des vers sur mes rimes; Pourquoi ne pas me donner des leçons?

— Toutes les fois que je compose en vers ou en prose élégante, dit Tchang-koueiï-jou, je n’y puis réussir

1. Littéralement : En quoi mérite-t-elle d'être suspendue aux dents

qu’à force de travail et de réflexion. Je n’ai pas votre rare facilité. Si vous me le permettez, cette nuit, quand je ne dormirai pas, je composerai une pièce sur vos rimes et je viendrai la soumettre à votre jugement PE À ces mots, il lut encore une fois la chanson, plia la feuille en deax et la serra dans la manche; puis il se mit à causer d'affaires et d’autres avec Sou-yeou-pé. Peu de temps après, arriva un domestique de Pé-kong. « Messieurs, dit-il, mon maître prie M. Tchang de venir causer avec lui dans son cabinet d'étude appelé Mongthsao-hien.

— J'ai dans ce moment une visite, répondit Tchangkoueï-jou; comment pourrai-je y aller ?

— Comme c’est le seigneur Pé? qui vous invite, dit Sou-yeou-pé, je vais me retirer.» A tes mots, il voulut prendre congé et sortir. Tchang-koueï-jou aurait voulu laisser aller Sou-yeou-pé; mais il craignait de se voir proposer, au premiét instant, un sujet difficile et de ne pas avoir de troupes auxiliaires. Il se vit donc obligé de le retenir. « Monsieur, lui dit-il, quand vous partiriez, cela ne servirait de rien. Pourquoi ne pas rester ici tout à votre aise? Je vais voir un moment mon hôte; je viendrai tout de suite vous tenir compagnie. D’ail-

1. Littéralement : Après l'avoir fait accorder, je vous prierai de m'instruire, c'est-à-dire de m'en dire votre avis, qui me servira de leçon.

2. En chinois: tong-ong, le vieillard de l’orient, c’est-à-dire le maitre de la maison.

3. C'est-à-dire : Et de ne pas avoir sous la main Sou-yeou-pé dont le talent pourrait le tirer d’embarras.

| leurs, ce lieu est fort tranquille, et aucun étranger n'y met les pieds. Vous pouvez, monsieur, vous y promener et l’examiner à loisir. »

Au fond, Sou-yeou-pé voulait aller demander des nouvelles(de ses vers), mais, se voyant retenu par Tchangkouei-jou, il prit le parti de rester : « D'après ce que vous venez de dire, reprit Sou-yeou-pé, je vous prie, monsieur, de faire comme bon vous semble ; pour moi, je m'amuserai ici en vous attendant. »

Tchang-koueï-jou lui dit quelques mots d’excuse,

puis il se rendit avec le domestique dans le cabinet d’étade appelé Mong-thsao-hien. Quand il y fut arrivé, Pé-kong alla le recevoir : « Savant maire, lui dit-il, il y a déjà quelques jours que je ne vous ai vu; j'ai senti tout à coup renaltre mes défauts !. Ayant vu aujourd'hui que le poirier à fleurs rouges était épanoui dans toute sa beauté, j'ai osé vous prier de venir l’admirer un moment.

1. Comme s’il disait : Je regrette d’avoir été longtemps privé de vos conseils; mes défauts (littéralement : ma basse avarice, fousikhôn khatchouka, suivant le dictionn. Thsing-han-wen-haï, que vous auriez corrigée) on t tout à coup reparu.

Les quatre mots: Pi-lin-feou-‘eng se disent par excès de courtoisie et d’huinilité, à un homme dont on a été longtemps éloigné, et que l’on considère comme un maître qui, s’il eût été près de nous, aarait pa nous donner des leçons de morale.

Il y a ici une allusion historique à Tch'in-fou et à Tcheou-kin parlant de Hoang-cho-1ou dont ils admiraient la vertu et Je noble caracère. Ce dernier vivait sous le règne de l’empereur Tchang:ti, de la dynastie des Han orientaux, entre Îcs années 73 et 83 de notre ère.

Rémusat traduit : Je suis charmé de me trouver avec vous.

— Chaque jour, dit Tchang-koueï-jou, je suis occupé à lire avec votre noble fils ; j'ignorais que les beautés du printemps fussent si éclatantes Grâce à l'amitié que daigne me montrer Votre Seigneurie, j’ai obtenu l'avantage de contempler ce charmant spectacle ; c'est pour moi un bonheur infini.

— Les hommes d'étude, dit Tchang-koueï-jou, ne doivent pas s'appliquer avec trop d’ardeur de peur d’user leurs esprits. Lorsque le matin on rencontre des fleurs, ou le soir une belle lune, c’est une chose délicieuse que de se promener tranquillement. » Sur-lechamp, il ordonna aux domestiques de placer et d’ouyrir, au-dessous du poirier à fleurs rouges, une boîte à compartiments! pour boire avec Tchang-kouei-jou en regardant les fleurs.

Après qu'ils eurent bu quelques tasses de vin : « Savant maître, dit Pé-kong, dans la elasse, lorsque l’étude vous laissait du loisir, vous devez avoir fait beaucoup de pièces élégantes. Je serais heureux d’en obtenir une ou deüx pour mon instruction.

— Depuis que je suis arrivé dans votre hôtel, lui dit Tchang-koueï-jou, comme j'étais charmé de la fraicheur et du calme de votre jardin fleuriste, j'aimais à lire quelques morceaux des écrivains des siècles passés?; mais, en général je n'ai composé, jusqu’à présent ni vers ni chansons.

4. Boîte renfermant, dans des casses distinctes, tuus les objets né-

cessaires pour faire une collation.

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