‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 38 sur 264 · Cette constellation préside à la littérature · texte numérisé non relu

Cette constellation préside à la littérature

enveloppé celle du Boisseau (la grande Ourse). C’est signe qu’il doit avoir le beau talent de Sou-chi!, et qu'un jour ce sera un lettré du premier ordre. Nonseulement les étoiles qui président à sa destinée me font présager pour lui la salle? de jade et le cheval de bronze; mais il a déjà obtenu le grade de licencié. Maintenant qu'il a vingt ansaccomplis, tout'le long du jour, il étudie en secret, et ne veut pas encore qu'on s'occupe de le marier; sous ce rapport, il n’a pas son pareil ?. Prenez garde, monsieur, d’en faire trop peu de cas et de le manquer.

1. Poëte célèbre qui florissait sous le règne de Ing-tsong de la dynastie des Song, lequel monta sur le trône J’an 1064. Son nom honorifique était Tseu-tchen, et son surnom T'’ong-p'o. On l'appelle plus souvent Sou-t'ong-p'o ou simplement T'ong-p’o. Son talent poétique l’avait mis en grande faveur à la cour. Comme il était couché dans le palais, l’impératrice Siouen-jin le fit inviter à venir prendre le thé près d'elle; puis elle le fit reconduire dans sa maison à la lueur de deux flambeaux ornés de nénuphars d’or, qu'elle avait fait détacher de devant son trône.

2. C'est-à-dire : Me font voir en lui un futur académicien. Salle de jade et cheval de bronze sont des expressions qui rappellent l'académie ou le titre d'académicien. En voici l’origine : L'empereur Wen-ti, de la dynastie des Han (140-133 ans avant Jésus-Christ), ayant obtenu des chevaax renommés de Ta-wan (Fergana), fit fondre leur image en bronze et la fit placer daos le palais de Weï-yang.

Sous le règne de Thaïi-tsong, de la dynastie des Song (627-849 de Jésus-Christ), Soui-kien ayant continué l’histoire des Hän-lin (académiciens), la rrésenta à l’empereur qui, pour lui témoigner sa satisfaction, lui donna deux pièces de vers qu’il avait composées luimème et où se trouvaient les mots Yu-thang, salle de jade, et lui ordonna de les plicur sur une tablette daos la salle de l’Académie.

3. C'est-à-dire : Personne ne montre autant d'ardeur que lui pour l'étude,

— S'il en est ainsi, dit Pé-kong, je vous avoue que je n’en savais rien. » |

Ils continuèrent à causer tous deux de choses et d'autres!, puis Liao-te-ming se leva pour prendre congé.

« Je devrais, lui dit Pé-kong. vous retenir ici pour boire encore quelques tasses, mais un de mes amis m'a donné rendez-vous à la maison de campagne de Li, qui est de la famille impériale, et il me presse de partir de bonne heure. C'est, monsieur, vous manquer d’égards; je suis bien coupable. »

En disant ces mots, il ordonna à un domestique d'envelopper de papier une once d'argent ?, et l’offrit à Liaote-ming en guise de cadeau. Celui-là la reçut avec un profond salut, et se retira après J’avoir remercié à plusieurs reprises. Il n'eut rien de plus pressé que d'aller rendre compte de cette conversation à Yang, le moniteur impérial.

Nous le laisserons pour revenir à Pé-kong, qui, après avoir écouté à table les propos de Liao-te-ming, éprouvait intérieurement une certaine émotion. Fil voulat alors prendre des informations sur le fils de Yang; mais, d’un autre côté, il ne se souciait pas de s’expliquer devant des étrangers. Justement, Ou, l’académicien, vint lui rendre visite. Pé-kong le conduisit dans sa bibliothèque et l’invita à boire avec lui. Quand ils furent tous deux échauffés par le vinë, Pé-kong se mit

1. Littéralement : Ils tinrent encore quelques propos oiseux. 2. Eoviron 7 fr. 80 c.

3. Littéralement : Quand ils furent arrivés à une demi-ivresse.

CHERCHE A MARIER SON FILS. 69 à l’interroger. « Connaissez-vous, lui dit-il, le fils de Yeng-tseu-hien ?

— Pourquoi m'interrogez-vous à son sujet? demanda Ou, l’académicien.

— Avant-hier, répondit Pé-kong, un de mes anciens : compagnons d’études m'avait recommandé un certain physionomiste. Par hasard, je voulus savoir de lui quels étaient les jeunes gens de la capitale qui avaient le. plus de talent et de mérite. Il me cita sur-le-champ, avec les plas grands éloges, le fils de Yang-tseu-hien, qui, suivant son opinion, deviendrait par la suite un talent du premier ordre; il me prédit même qu'il serait un jour ua des plus illustres membres de l’Académie !. Comme je songe à marier Hong-yu, je crains de manquer un gendre que j'ai sous la main. Voilà pourquoi je vous ai interrogé sur son compte ; mais j'ignore s’il a quelque talent littéraire ?. »

Au concours de poésie, dit Ou, l’académicien, ce jeune homme avait été admis dans la deuxième section par Lou-wen-ming, sous-préfet du district de Kin- Chi 5, Quoique je n’aie point lu de ses compositions, je

4. Il yaen chinois fhing-kia, expression qui désigne celui qui a obtenu le premier rang au concours pour le doctorat. Ce succès le {ait arriver d'emblée à l’Académie des Hän-lîn. De 1à vient que les trois membres les plus haut placés dans l’Académie s'appellent les trois Thing-kia (San-thing-kia).

2, Mot à mot : Je ne sais comment sont les caractères de son écriture, c’est-à-dire : Comment il écrit, compose.

3. Littéralement : Il est, dns la deuxième chambre de poéfie, le disciple de Lou, préfet du district.

J'ai vu lui-même, mais je ne l’ai pas beaucoup remarqué. Après mûre réflexion, je trouve qu'il n’a pas l’air d’un homme de talent. Le vieux Yang même n'ose pas faire son éloge. Si son fils avait vraiment du mérite, voudrait-il l’enterrer dans sa propre maison {?

— Moi aussi, lui dit Pé-kong. j'avais les mêmes doutes que vous. Le devin m'a appris que ce jeune homme, qui a aujourd'hui vingt ans, n’a pas encore fait de démarches pour se marier, et qu'il veut absolument se voir inscrit sur la liste des docteurs, avant de songer aux bougies parfumées de la chambre nuptiale. S'il a en effet de si grands desseins, il sera bien redoutable? à ses jeunes concurrents; on ne saurait dire d'avance jusqu'où il ira ÿ. |

— Cela n'est pas difficile, dit Ou, l’académicien. Demain, je ferai préparer une collation, et j'inviterai le père et le fils à venir causer avec nous. Après avoir vu de prés sa manière d'agir, vous reconnaîtrez sur-lechamp s’il a du talent ou s’il n’en a pas.

— Cette idée est Excellente, » lui dit Pé-kong.

Leur projet étant arrêté, ils burent encore long-

En cet endroit, le texte était trop abrégé pour être intelligible. J'ai cru devoir prendre la même idée dans le chap. 1, fol. 3, recto, où l’auteur a complété le nom du sous-préfet, et a ajouté le nom du district qu'il administrait.

1. C'est-à-dire : Il ne mauquerait pas de le produire en tous Houx.

2. C'est-à-dire : Ses condiciples doivent craindre de ne pouvoir lutter avec lui. | |

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