‹ Yu kiao li = Les deux cousines (volume 2)Chapitre 60 sur 264 · Littéralement : La fleur · texte numérisé non relu

Littéralement : La fleur

(abattu) des prisonniers de Thsou!, et que ce coquin de Yang vint à l’apprendre, il ne manquerait pas de se moquer de vous. Puisque vous me confiez ma nièce, elle sera comme ma fille. Pour répondre à vos ordres ?, je me ferai un devoir de lui choisir un époux distingué. »

Après avoir entendu ce discours, Pé-kong essuya aussitôt ses larmes, et reprenant son visage ordinaire: « Par ces paroles, dit-il, vous avez dissipé les tènèbres qui offusquaient ÿ mon esprit. Si vous choisissez pour

4. I y a ici une allusion historique. On lit dans les Mémoires historiques de Tso-khieou-ming : Le prince de Tsin, visitant un jour le quariier général de l’armée, demanda à Tchong-i : Quels sont ces hommes chargés de chaînes qui portent le bonnet des gens du Midi? Un magistrat répondit : Ce sont des prisonniers de Thsou, que le prince de Tching a offerts à Votre Majesté. Le prince les fit mettre en liberté.

La mème mention des prisonniers de Thsou se trouve dans les annales des Tsin, biographie de Wang-tao. Les soldats qui avaient passé le fleuve Kiang, chaque fois qu’ils avaient un jour de congé, s’amusaient ensemble. Ils quittaient leurs nouveaux postes et ne songeaient qu'à boire et à manger. Un jour, Tcheou-kai, qui était au milieu d'eux, dit en soupirant : Le climat est le même que celui de notre pays, mais quand nous levons les yeux, combien le fleuve et les montagnes nous paraissent différents! Îls se regardèrent tous et verstrent des larmes. Wang-tao, changeant de visage, s’écria : Nous devons unir nos efforts pour relever la famille impériale, et la ramener dans la capitale. Pourquoi imiter la pusillanimité des prisonniers de Thsou, et vous regarder les uns les autres en pleurant?

2. Ily a en chinoîs pao-ming, expression qui, d’après deux passages de Sse-ki et des Annales des Han, signifie « venir rendre compte d’une commission, ou de la manière dont on a exécuté les ordres. » (Pei-wen-yun-fou, liv. 83, fol. 12.)

3. En chinois : khaï-mao-se. Vous avez écarté les roseaux qui m'obstruaient. Wells Williams : « You have my mind enlightened. »

ma fille un époux distingué, je mourrai content, quand mème ce serait sur une terre étrangère. » Puis, se tournant vers Hong-yu : « Ma fille, dit-il, quand tu seras demain chez mon beau-frère, n’emploie plus les noms d'oncle et de nièce, mais seulement ceux de père et de fille. Il se fera un plaisir de te chercher un époux. »

Hong-yu aurait voulu parler encore, mais elle cratgnait de réveiller la douleur de son père. Alors, raffermissant son courage, elle se contenta de dire : « J'obéirai avec respect aux ordres de mon père. »

Ïis burent encore quelque temps ensemble, puis, quand le soir fut venu, les domestiques apportèrent les lampes. Après qu’on eut bu encore une fois, Ou, l’académicien, prit congé d'eux et partit. On peut dire à cette occasion :

Ses babits, mouillés par les fleuves et les torrents, resteront humides pendant mille automnes.

Un magistrat qui quitte son pays, excite la pitié de dix mille générations.

Ne dites point qu’un héros ne pleure pas;

Un héros peut verser des larmes, mais elles coulent en secret.

Le second jour, comme Pé-kong venait de se lever, un de ses domestiques lui annonça la visite du seigneur Tchang, membre du ministère du personnel. En jelant les yeux sur sa carte, Pé-kong y lut : Tchanglchi-jin, membre du ministère du personnel, président du bureau qui est chargé d’élire les fonclionnaires divils, Après un moment de réflexion : « Cet homme,

dit-il, est compatriote de Yang, le moniteur impérial Je pense qu’il est sans doute venu dans son intérêt. » L sortit aussitôt pour le recevoir. Les salutations achevées, il le fit asseoir en lui cédant la place d’honneur. Quand les domestiques eurent servi le thé, Tchang prit le premier la parole : « Si Votre Seigneurie, dit-il, a ebtenu un avancement magnifique et part pour une mission lointaine ; tout cela est venu de deux bureaux! qui vous ont présenté, notre ministère y est étranger.

— Je suis un vieillard débile, lui dit Pé-kong; je n'ai ni talent ni instruction, et il y a longtemps que j'aurais dû demander ma retraite pour cause de santé. Hier, j'ai reçu tout à coup le décret qui me nomme; je ne sais qui m'a recommandé ?, et a compromis par là les intérêts du gouvernement. |

— Devinez un peu qui c’est, demanda Tchang.

— Je l’ignore, répondit Pé-kong.

— Eh bien! repartit Tchang, celui qui vous a prtsenté n’est pas autre que Yang-iseu-hien, votre honorable compagnon d'études. |

— Quoi! s'écria Pé-kong, c’est M. Yang? Il savait pourtant que je suis dépourvu de talent. Comment a-t-il eu celte généreuse idée ? C’est une grande marque d'amitié que m'a donnée mon compagnon d'études”;

1. Ces deux bureaux ont déjà été désignés dans plusieurs autres endroits sous le nom de Kho et de Tao. {Voyez chap. 1, p. 7, n.1.)

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