SEAU AMIRAL. — OFFENSE AU GÉNÉRAL. — PROVOCATION
ARRANGEMENT. — FIN DE L*INCIDENT. — RENCONTRE DE «j
MADAME MORRIS. — LETTRE DU GÉNÉRAL MORRIS. — PROJET DE DUEL. — RÉCONCILIATION. — RAPPORTS AVEC LE GOU- "
VERNEUR GÉNÉRAL.
L'hiver de iSSg-iSôo qui m'initia aux détails intimes de la famille du général, se termina par un incident d'un nouveau genre qui devait resserrer encore les liens d'amitié que la campagne du Maroc avait créés entre nous.
. Peu de temps après notre retour à Alger, nous vîmes éclater entre les autorités civiles et militaires une lutte dont les symptômes s'étaient manifestés depuis longtemps. Le prince Jérôme-Napoléon, qui avait été récem-
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ment nommé ministre de l'Algérie et des colonies, en était le premier instigateur.
Ce prince, doué d'une intelligence vive, n'avait pas toujours l'esprit juste. Les actes de son administi^tion en donnèrent la preuve et troublèrent, dès le début, les dépositaires du commandement, qui étaient ses collaborateurs les plus sûrs. Elle commença, en eflet, à battre en brèche, en Algérie, le pouvoir militaire, qui était alors le garant de sa soumission. Ce qu'il y eut de plus fâcheux, c'est que le Prince procéda par des moyens inavoués, mais publiquement connus; d'abord, par une guerre de plume entreprise par ses agents, ensuite par des faveurs accordées à tous les partisans du régime civil. L'autorité supérieure détruisait ainsi, sans s'en douter, les moyens de gouvernement dont elle disposait. L'hiver de 1869-1860 se passa au milieu de ces tiraillements. L'un des journaux fpndés par le nouveau ministre , VEnlr'acte , avait pour rédacteur en chef M. Clément Duvernois, qui devait, sous la troisième République, devenir ministre et finir par une condamnation en police correctionnelle, à deux ans de prison.
Cette feuille, d'ailleurs sans influence, ne réussissait pas. Dès la fin de janvier, se trouvant à bout de ressources, elle imagina de s'attaquer aux personnalités militaires les plus en vue et de leur consacrer des appréciations satiriques de nature à lui attirer des lecteurs. Elle commença par un article sur le commandant supérieur des forces de terre et de mer, qu'elle appela : le grand cheval de bataille. C'était un portrait malveillant du général de Martimprey. Il fut remarqué; mais il passa.
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Au commencement de février parut un second article intitulé: a M. Zouzou ». Cette fois, l'attaque dirigée contre le général Yusuf, dont le nom se prononçait : Yoazouf, avait un caractère blessant. Il y était question de Mme Yusuf dans des termes peu convenables et des officiers du général « qui n'avaient rien à lui refuser ». Je crus devoir prendre la défense de mon général et j'envoyai deux témoins au bureau du journal, pour demander le nom de Fauteur et une réparation par les armes. Le rédacteur en chef leur désigna M. Arthur de Fonvielle, qui habitait Alger avec ses deux frères. Ulrich et Wilfrid ; tous trois collaboraient au journal. Mes témoins provoquèrent l'auleur en duel de ma part. Mais les siens refusèrent la proposition, sous prétexte ••
que je n'étais pas insulté et ils consentirent à déclarer n
par écrit que s'il y avait dans l'article quelque exprès- t
sion blessante pour moi, c'était sans intention et qu'ils ^
la retiraient. Je leur fis connaître que leur réponse était inacceptable, que les expressions blessantes n'en existaient pas moins et qu'ils me mettaient dans la nécessité de forcer l'auteur de l'article à se battre, par les moyens dont je pourrais disposer. Le lendemain, il y avait au théâtre une représentation qui attirait du monde. J'avais pour ordonnance, un ancien chasseur d'Afrique, Bônin, qui avait un culte pour le général. Je lui dis qu'un journaliste avait insulté ce dernier et refusé de se battre avec moi. Il n'y avait plus qu'à lui administrer une leçon, mais il fallait que ce fût de ma part. Bonin aimait assez à cogner. Il me déclara tout de suite que ça ne se passerait pas ainsi, et qu'il se chargeait de venger son général. Il n'y avait plus qu'à lui faire connaître
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Tauteur de Tarticle. Je lui donnai rendez-vous au théâtre et, dans un entr'acte, ayant vu MM. de Fonvielle entrer dans un bureau de tabac, je lui désignai celui qui avait provoqué toute cette affaire.
Ce procédé était assurément aussi blâmable qu'incorrect. Mais à cette époque nous étions très surexcités par les attaques du pouvoir civil. Les articles dirigés contre des chefs de l'armée que Téclat de leurs services aurait dû préserver de pareilles atteintes, avaient indigné les officiers. Enfin, le refus d'un duel, succédant à ces ofTenges, montrait un parti pris qui ne nous laissait plus d'autre initiative que les moyens violents.
Mon ordonnance était très animé. Il aborda celui des frères Fonvielle qu'il croyait être l'auteur responsable, l'apostropha et entama une scène de pugilat, à la suite de laquelle il fut conduit au poste.
Le lendemain, au petit jour, je fus réveillé, à la Division, par le général lui-même qui avait sous le bras une paire d'épées de combat enveloppée dans un burnous. 11 avait appris, la veille au soir, ce que j'avais fait pour le défendre ; il venait me remercier et ajouta : « Maintenant, c'est mon aflaire. »
Pendant que je m'habillai, il rédigea pour M. M. A. de Fonvielle, la lettre suivante :
YUSUF Alger, le 8 février 1860.