CHAPITRE V
SA NOMINATION. — MISSION AU CAMP DE DREAN. — LE CHEIKH YACOUB. — TRAHISON DE SÏDI-KHELIL. — SON EXÉCUTION. — RETAADS APPORTÉS A l'eXPÉDITION DE CONSTANTINE. — PRÉPA- RATION HATIVE. — PÉRIODE DE MAUVAIS TEMPS. — CONSÉ- QUENCES MALHEUREUSES. — DÉCOURAGEMENT. — LA RETRAITE
SUR CET ÉVÉNEMENT. — VOYAGE EN FRANCE. — YUSUF, LIEUTE- NANT-COLONEL. — SON ENVOI A ORAN. — BUGEAUD, GOUVERNEUR GÉNÉRAL. — SA PREMIÈRE APPRÉCIATION SUR YUSUF.
La nouvelle dignité dont Yusuf était revêtu devait lui causer plus d'ennuis que de profit. D'ailleurs, on aurait bien pu, avant de désigner le nouveau bey de Constantine, attendre que la fonction fut devenue vacante. Mais, le maréchal Clauzel avait depuis longtemps Tarrière pensée de faire une expédition contre le potentat qui régnait dans cette ville. Désormais tranquille du côté de l'ouest, il voulut faire préparer le terrain dans l'est et nul ne lui parut mieux désigné que Yusuf pour cette mission. Les
ennemis du jeune commandant n'y virent qu'un effet de ses intrigues ; et plus tard, après l'expédition, quand les récriminations commencèrent, ce fut à lui qu'ils s'en prirent. On lui prêta alors un rôle qui ne répondait ni à son caractère, ni à ses sentiments. Cette contradiction m'avait souvent frappé ; mais, comme le général ne parlait guère de cette partie de sa carrière, je n'avais jamais abordé ce sujet.
Un jour, en Kabylie, à la suite d'une inspection, il en vint naturellement à causer des combats de 1857; puis, de son camarade, le général Renaud, qui commandait alors la 3* division du corps expéditionnaire. Se souvenant de son surnom populaire de Renaud de V arrière-garde, il fut entraîné à nous dire comment ce surnom avait été gagné à la première expédition de Constantine qui fut si malheureuse.
Le général connaissait les accusations dont il avait été l'objet. Il les réfuta en nous faisant le récit des événements et en nous expliquant les motifs qui l'avaient porté à garderie silence.
Nous apprîmes ainsi que les causes de l'échec de cette expédition ne sont pas telles qu'on les a racontées et admises.
En nommant Yusuf, bey de Constantine, le maréchal Clauzel lui avait recommandé d'y faire « reconnaître son autorité le plus promptement possible ». Dans ce but, il l'autorisait à « agir pour son propre compta, toutes les fois qu'il le trouverait avantageux aux intérêts de la France et à l'influence qu'il devait s'efforcer d'acquérir dans le pays ». Le commandant supérieur de Bône avait ordre de l'aider « de tous les moyens qui
étaient à sa disposition ». Les spahis réguliers et auxiliaires étaient placés sous les ordres de Yusuf, ainsi que deux pièces d'artillerie. Il était autorisé,' en outre, à lever un corps de i.ooo Turcs ou Arabes. Il devait former des établissements successifs entre Bône et Constantine, se rapprocher de cette dernière ville jusqu'à dix-huit lieues et a s'occuper sans relâche des moyens de n'avoir derrière soi et sur ses côtés que des tribus amies » .
Cette mission, à la fois politique et militaire n'avait qu'un but : préparer l'occupation de Constantine. Yusuf partit de suite et arriva à Bône le 20 mars i836. Un niois après, il avait établi ses troupes dans un camp permanent, à Dréan, appelé camp Clauzel. Elles comprenaient : 3oo spahis, 3oo fantassins indigènes, un bataillon d'infanterie et une section d'artillerie. Il s'occupa d'abord de la soumission des tribus et l'obtint sans trop de diflBcultés. Les indigènes des environs, jusqu'à vingt lieues de Bône, vinrent, en effet, lui rendre hommage dès son installation. Quant à ceux qui refusèrent de reconnaître son autorité, il commença contre eux une campagne de razzias qui produisit d'excellents résultats.
Pendant ce temps, le maréchal Clauzel s'était rendu en France pour obtenir l'autorisation de marcher sur Constantine. Il s'y était heurté aux haines des partis et avait trouvé déjà répandue contre Yusuf une calomnie qui a suivi le général pendant toute sa carrière. On l'accusait de pressurer et de piller les Arabes. Le maréchal lui écrivait à ce sujet, le 6 juin :
(( Mon cher Yusuf, je suis ici à vous défendre, vous,
pauvre généreux, qui n'avez jamais un misérable écu en poche. »
Cette lettre reproduisait l'exacte vérité ; car, on n'aurait pu trouver un homme plus indifférent que Yusuf, à l'argent et aux richesses, ni plus généreux. Malheureusement, ces calomnies, d'une nature si grave, étaient propagées par des hommes sérieux ou par des chefs militaires d'un rang élevé. Elles devaient poursuivre le général, même au delà du tombeau .1
Yusuf, du reste, avait le cœur trop haut placé pour se préoccuper de ces bavardages, qu'il appelait en arabe « des aboiements de chiens ». Il dirigea, en juin, une expédition contre un chef influent, le cheikh Yacoub, qui avait pris l'initiative des hostilités ; il châtia ses contingents et obtint sa sixième citation. Le mois suivant, sur l'autorisation que lui envoya le maréchal Clauzel, il fit occuper le poste important de La Galle.
A partir de ce moment, il crut pouvoir insister auprès du maréchal pour la prise de possession de Constantine. De nombreuses tribus lui avaient envoyé des émissaires pour lui dire qu'elles se déclareraient en sa faveur, dès que le gouvernement français serait décidé à entrer en campagne contre El Hadj Ahmed. Il transmit ces promesses au maréchal, qui recevait de divers côtés des afiBrmations semblables. Mais, à Paris, on ne se pressait guère, et, sans y prendre garde, on laissait passer l'époque favorable pour une expédition.
Ahmed-Bey, de son côté, employait tous les moyens, même la trahison et la perfidie, pour parer aux dangers qui le menaçaient. Ses agissements obligèrent Yusuf à un châtiment exemplaire qui lui a été longtemps
yUSUF, BEY DE CONSTANTINE 55
reproché et qui ne fut, en réalité, qu'un acte de justice.
Il avait pour khodja (secrétaire) un ancien cadi de Bône, nommé Sidi Khelil. Cet homme, après avoir longtemps habité Tunis, avait été emprisonné à Alger comme suspect d'espionnage au profit d'Ahmed-Bey, puis, laissé libre de revenir à Bône, où il était en surveillance. C'était un savant jurisconsulte musulman. Yusuf, sollicité de lui venir en aide, finit par se laisser persuader, l'appela au camp de Dréan et en fit à la fois son secrétaire et son cadi.
« Tout alla bien pendant quelque temps ; Yusuf, qui l'avait pris en affection, l'admettait à sa table et le retenait tous les soirs dans sa tente pour faire sa partie d'échecs. Par ses fonctions, Sidi Khelil était au courant de tout ce que méditait son chef, puisque lui seul était chargé de la correspondance politique avec les indigènes.
« Or, à plusieurs reprises, Yusuf-Bey avait eu l'occasion de s'apercevoir que les plans qu'il combinait avec le plus de soin et dans le secret le plus absolu , échouaient avec une persistance inexplicable (i). »
Rendu plus méfiant à la suite de ces incidents, il fit surveiller son khodja et ne tarda pas à se convaincre qu'il entretenait une correspondance secrète avec Ahmed-Bey. Au mois d'août, il put intercepter une lettre de ce dernier , apportée par un indigène de Constantine. Elle contenait de vifs reproches sur a la lenteur de Sidi Khelil à remplir sa promesse de faire disparaître de la surface de la terre de l'Islam, le renégat,
(i) Colonel Trumelet.
le faax musulman, qui était devenu, en se faisant rhomme des chrétiens, (e plus dangereux ennemi des croyants. »
Après ravoir lue, Yusuf la fit déposer sans rien dire, dans la tente de son secrétaire, qui fîit surveiUé par un chaouch de confiance. Ce dernier, couché au pied de la tente de Sidi Khelil, dont il avait enlevé un piquet, le vit écrire sa réponse, réussit à s'en emparer pendant la nuit et la remit à Yusuf, qui convoqua aussitôt six officiers de ses spahis réguliers. Il leur lut cette lettre avec une indignation à peine contenue et leur demanda leur avis. Tous déclarèrent que Khelil avait mérité la mort. Yusuf le fit alors venir et convaincre de trahison.
« Le condamné fut aussitôt remis entre les mains des chaouchs et traîné à quelques pçis de la tente du Conseil. Il fut agenouillé sur la sofra (nappe) de c^eld el Jilali (peau de maroquin), où il récita la chehada (profession de foi); puis, il fut livré au chaouch- exécuteur qui, après lui avoir glissé dans l'oreille quelques paroles de consolation, passa derrière lui, le piqua à la nuque de la pointe de son sabre pour lui faire tendre le cou et, d'un coup de revers, fit voler sa tête à dix pas (i). »
On trouva dans la tente de Khelil un breuvage empoisonné qui était destiné à son chef.
Cette exécution fit du bruit et fut reprochée à Yusuf comme un crime. A partir de cette époque, on le représenta comme un arabe cruel, sanguinaire, ignorant nos lois et disposé à supprimer toute existence susceptible de faire obstacle à son ambition. Le bruit de cette
(0 Colonel Trumelet.
aflFaire parvint même à Paris et amena le Ministre de la Guerre à lui adresser des reproches, en lui recommandant (i de se conduire comme se conduit la France, sans faire justice autrement que selon ses lois. »
On oubliait que Yusuf venait d'être transformé en chef indigène, qu'il était en état de guerre, au milieu de tribus ennemies et qu'en tous pays, un espion pris en flagrant délit, est immédiatement jugé et fusillé ; enfin que les Arabes ne comprennent le pouvoir qu'accompagné d'une justice sommaire et sans pitié. En réalité, Yusuf avait raison et avait mis, dans ce châtiment, toutes les formes que comportait la situation. Mais l'absence du maréchal Glauzel, que les circonstances prolongeaient, offrit aux ennemis du jeune Bey une occasion excellente de lancer contre lui des calomnies dont quelques-unes devaient créer à ses dépens une légende très exagérée.
Le maréchal ne réussissait pas à obtenir l'appui du Gouvernement. On approuvait son expédition en principe, mais à condition qu'elle ne créerait aucunedépense nouvelle. C'était l'éternelle histoire des pouvoirs affaiblis par les influences parlementaires et des ministres qui veulent bien obtenir des succès, pourvu qu'il ne leur en coûte rien.
Enfin, dans les derniers jours de septembre i836, le maréchal eut l'autorisation d'agir, mais seulement avec les moyens dont il disposait.
Pendant ce temps, Yusuf avait gagné à notre cause les tribus qui l'environnaient et quelques-unes même au sud de Constantine. De divers côtés, on nous pressait de marcher sur cette ville dont les habitants manifes-
taient le désir d'être soustraits à la tyrannie d* Ahmed.
Les préparatifs de Texpédition se firent hâtivement pendant le mois d'octobre ; et au moment où ils s'achevaient, on annonça que le duc de Nemours en ferait partie.
Le 3i octobre, il arriva en effet à Bône, avec le maréchal Clauzel.
Le 2 novembre, on fit connaître la composition du corps expéditionnaire qui ne comprenait quey.iiohommes et i.356 Turcs ou indigènes, sous les ordres de Yusuf, formant une extrême avant-garde. Le i3, on se mit en marche et le jour même éclata, avec une violence extraordinaire, la période des mauvais temps qui ne commencent d'habitude, dans cette région, qu'aux approches de l'hiver. Elle débuta par un orage épouvantable qui dura toute la nuit, éteignit les feux, enleva les tentes et laissa les troupes exposées, sans abris, aux rigueurs d'une température glacée, sous des pluies torrentielles. La marche continua cependant, au milieu d'alternatives de mauvais temps et de journées supportables, jusqu'au 20 novembre, où l'on fut assailli par une tempête de neige. Ces intempéries avaient fait naître des maladies et diminué les effectifs. Le courage de la troupe était mis à une rude épreuve.
Néanmoins, grâce aux négociations de Yusuf, on put arriver jusqu'à Constantine sans combat. Le 21, au milieu d'un ouragan ^e neige, on aperçut cette ville et la colonne s'établit sur ses abords. Elle fut reçue à coups de canon et assaillie par une sortie furieuse qui fut repoussée, il est vrai, mais qui laissa une impression fâcheuse dans l'esprit des hommes. Pendant ce temps.
la pluie, la neige et un vent glacial ne cessaient d'épuiser nos troupes. Pour comble de malheur, le convoi, enlisé dans les boues, se trouva dans Timpossibilité de rejoindre. Il fallut abandonner les voitures. D'un autre côté, une partie seulement de rartillerie de campagne fut en état de prendre part à l'attaque. Le reste, enlisé comme le convoi, ne put arriver. Le 21 et le 22, nos efiforts restèrent impuissants et il n'y eut bientôt plus comme approvisionnement de munitions que le nombre de coups nécessaires pour protéger le retour sur Bône.
De nombreux malades, des blessés, les eflTectifs réduits, le convoi perdu, les munitions épuisées, un temps épouvantable, telle était la situation. Le maréchal, impressionné, se décida à rétrograder.
Au même moment, les défenseurs de la ville, effrayés de leur tâche et sentant leur faiblesse en face de nos attaques, se disposaient à nous ouvrir leurs portes !
Le 24 novembre, au point du jour, on entreprit cette retraite qui devait rester légendaire et dont les détails sont connus.
La poursuite des Arabes commença aussitôt, ardente, acharnée, impitoyable. Le commandant Changarnier, chargé de les contenir, s'y couvrit de gloire, ainsi que le commandant Renaud. Yusuf, de son côté, resté plein d'énergie et de dévouement, réussit à dégager maintes fois la route et ses abords, et eut plusieurs engagements qui lui permirent de suppléer aux vivres qui manquaient. Huit jours après, la colonne était en sûreté, à Guelma. Elle comptait 3o4 blessés et avait perdu 553 hommes.
C'était un échec, mais non un désastre, comme on
6o YUSUF, BEY DE CONSTANTINE
s'est plu à le dire. Et si les esprits en France, avaient été plus calmes, ils auraient vu que cet événement était uniquement dû aux intempéries. Le commandement n'avait pas tenu compte du danger d'entreprendre une expédition dans cette région à cette époque de l'année ; et malheureusement toutes les circonstances avaient été contre elle.
Quant à Yusuf, il avait habilement rempli la mission dont on l'avait chargé et n'était pour rien dans l'échec subi. Néanmoins, suivant l'habitude, il fallait s'en prendre à quelqu'un. On raconta partout qu'il était le seul coupable et, que l'expédition n'avait été faite que pour satisfaire son ambition. On le crut, comme on croit souvent les médisances. Yusuf resta, pour bien des gens, l'auteur responsable, d'un événement de guerre qu'il n'avait pas décidé, qui n'était en réalité qu'un incident facile à réparer et qui le fut en effet Tannée suivante.
Le silence de Yusuf facilita la propagation de ces médisances. On voulut y voir la preuve de sa culpabilité. La vraie raison de sa réserve était que le maréchal Clauzel était son bienfaiteur ; en se défendant, il aurait rejeté sur son chef toute la responsabilité de l'échec subi. A aucun prix, il n'aurait voulu commettre une action semblable. Il préféra se taire et dédaigner les attaques dont il était l'objet. Or, pour lui, le résultat le plus clair de l'expédition, était l'effondrement de son beylick et chose plus grave encore, la disgrâce probable de l'illustre maréchal qui le protégeait. Le commandant Y'^usuf n'en fut pas moins maintenu au camp de Dréan, pour « continuer à préparer les tribus à notre domination, les gagner à notre cause et reconstituer notre influence
YUSUF, BEY DE CGNSTANTINE 6l
sur les esprits » en vue d'une nouvelle expédition. Le maréchal lui écrivait d'Alger à la fin de décembre :
. Mon cher Yusuf,
Il faut employer tout ce que vous trouverez de ressources dans votre esprit, pour inspirer de nouveau la confiance dans les tribus, pour les bien persuader que nous voulons, que nous aurons Constantine et que c'est pour cela que vous êtes à Guelma Du courage, soyez le Yusuf d*avant et de pendant l'expédition de Constantine.
Maréchal Clauzel.
La faveur soutenue du Gouverneur général ne pouvait qu'irriter les ennemis de Yusuf. Voyant qu'il serait difificile de faire peser longtemps sur lui, la responsabilité de la retraite de Constantine, ils finirent par s'en prendre à sa personne et à l'accuser d'infamie. L'excapitaine d'Etat-major Pellissier de Reynaud publia alors dans des journaux de Lyon et de Marseille, des accusations odieuses qui atteignaient son caractère et son honorabilité. Cette fois, Yusuf dut se défendre. Il prévint le rédacteur en chef du Garde National, de Marseille, qu'il comptait avoir un duel à mort avec M. Pellissier, mais qu'auparavant, il voulait un jugement qui lavât son honneur.
« Aussitôt ce jugement obtenu, lui écrivit-il, j'en prends l'engagement devant mes amis, comme devant mes ennemis, je réhabiliterai un instant M. P..., flétri par la justice, pour lui faire l'honneur d'un duel à mort, parce qu'après lui avoir prouvé que je ne suis pas un exacteur, il faudra que je lui donne la preuve qu'il n'a point affaire à un lâche.
Le chef d'escadrons, Bey de Constantine, Yusuf. »
Il rendit compte de ses intentions au ministre de la Guerre ; et ce dernier, approuvant sa conduite, « exigea une rétractation publique, dans les deux journaux précités, de la part de Tauteur de l'article diffamatoire » ( i).
Il y mit une condition, c'est que le duel n'aurait pas lieu. M. Pellissier se soumit à tout et rétracta ses calomnies.
Peu de temps après, un nouveau Gouverneur, le général Damrémont, était envoyé en Algérie ; et Yusuf quittait son titre de Bey de Constantine pour redevenir simplement , le chef d'escadrons , commandant les spahis réguliers de Bône.
A cette époque, fatigué par ses campagnes et écœuré par d'injustes inimitiés, il se rendit en France, y fut accueilli comme un héros et reçu à la cour avec la plus grande faveur.
Il rentra en Algérie, en février i838, quelques jours après avoir été. nommé lieutenant-colonel, commandant les spahis réguliers d'Oran.
Il se trouva dès lors, dans un milieu diflRérent, et entraîné, comme les troupes de cette province, dans la lutte acharnée qu'elles soutenaient contre l'Emir. Il acquit la qualité de Français, en iSSg, mais sans entrer encore dans le cadre des officiers de l'armée. Deux ans après, le chef militaire qui devait l'apprécier plus que tout autre, le général Bugeaud, était nommé Gouverneur général. Sous ses ordres, Yusuf se distingua dans plusieurs combats et fut plusieurs fois cité à l'ordre de
(i) ïrumelet, i" vol.
rarmée. 11 y avait à peine un an que le Gouverneur avait vu Yusuf à l'œuvre qu'il s'était pris pour lui d'une amitié particulière et qu'il demandait au ministre de la Guerre, de le nommer colonel. Pour justifier sa proposition il lui écrivait :
(( L'éloge du lieutenant-colonel Yusuf est dans toutes les bouches. Il n'est pas un officier, pas un soldat de la province d'Oran, qui ne l'admire. Jamais on n'a montré plus d'élan, plus d'activité dans l'esprit et dans le corps.
(( ... Yusuf est un officier de cavalerie légère comme on en trouve bien peu. Aussi désiré-je vivement qu'il soit fait colonel, commandant tous les spahis d'Algérie. Il saura donner à tous, les habitudes, l'esprit et l'élan guerriers qui ont si fort distingué les escadrons de Mascara, auxquels on doit une grande partie des succès obtenus.