‹ YusufChapitre 6 sur 18 · PREMIER COMBAT CONTRE ABD-EL-KADER · texte numérisé non relu

PREMIER COMBAT CONTRE ABD-EL-KADER

Un jour, j'apportai au général, au moment du rapport, une lettre dans laquelle on l'appelait : mon cher frère et qui lui exprimait des sentiments d'une affection inaltérable. A cette appellation, le général s'écria: « Il n'y a qu'un homme qui m'appelle son frère et que j'appelle moi-même ainsi, c'est d'Armandy, mon camarade de la prise de Bônc ». Et il m'invita à lire cette lettre devant ses chefs de service, « certain, disait-il, qu'elle nous intéresserait » . Elle était en effet très touchante ; et quand ceux-ci furent partis, le général tint à me mettre au courant de la confraternité d'armes qui existait entre

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le général de division d'Armandy et lui. 11 revint alors sur les incidents qui les avaient conduits tous deux à Bône, en 1882, et sur la prise de cette ville. Son récit fut des plus attachants et j'eus maintes fois roccasion depuis, d'en entendre parler jusqu'au jour où un de leurs compagnons de combat, le capitaine de vaisseau, de Cornulier-Lucinière, devenu depuis contre-amiral, adressa à Mme Yusuf, Tannée même de la mort de son mari, un récit complet de cet événement. La place qu'y prit Yusuf y fut prépondérante et devait suffire à elle seule, à le rendre célèbre.

La ville et la casbah de Bône étaient entre les mains d'un ancien bey de Constantine, Turc d'origine, nommé Ibrahim. Ce dernier, assiégé par les troupes de son successeur, El Hadj Hamed, et réduit à la dernière extrémité, offrit sa soumission au. duc de Rovigo, et sollicita son appui. Le duc, voulant d'abord se renseigner sur la situation, confia cette mission au capitaine Yusuf, qui partit le 2 février 1882, sur la goélette de guerre, la Béarnaise. Elle eut à subir, en route, une tempête terrible, et fut forcée de relâcher dans la petite île de Galita.

L'amiral Cornulier-Lucinière, qui était aspirant de première classe sur la goélette, a écrit à ce sujet: a J'eus alors l'occasion de voir de près ce mystérieux et sympathique jeune homme que le hasard nous donnait comme compagnon. Yusuf était alors dans tout l'éclat de sa beauté martiale. Cette figure à la fois si douce et respirant la plus mâle énergie, cette attitude élégante et fière, ce maintien plein de dignité, la distinction de ses manières, le faisaient ressembler à un de ces princes orien-

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taux que les « Mille et une nuits » nous montrent si merveilleusement séduisants ».

« Le mystère qui planait sur son origine était encore un sujet d'attraction. Son esprit fin et gracieux, l'élévation de ses sentiments, la poésie de ses projets d'avenir nous faisaient jouir extrêmement de sa conversation qui était cependant plus italienne que française. »

Combien ce portrait et cette description ressemblaient peu aux assertions de M. Pellissier de Reynaud, reproduites par M. Camille Rousset et celles des officiers au milieu desquels j'avais vécu à Alger !

Yusuf arriva à Bône, le 9 février, et résolut d'aller trouver seul, à la casbah, le farouche Ibrahim, malgré sa réputation de cruauté et de perfidie. Le commandant de la goélette crut devoir, par précaution, prendre en ville quelques otages. Un groupe de Turcs, aux mines de bandits, vint chercher Yusuf et le conduisit devant leur chef, qui chercha à l'intimider et lui fit signe de s'asseoir sur une malle. Yusuf prit la parole en turc et lui dit : « Si tu veux que je m'asseye, fais-moi donner une peau de lion, à moins que tu ne sois trop pauvre pour cela ^). Puis, restant debout, il rappela aux hommes qui l'écoutaient, leur état de détresse; bloqués du côté de la terre, ils allaient voir aussi la mer fermée par la goélette. Ils n'avaient plus de vivres; ils étaient aux abois et n'avaient qu'une chance de salut, c'était de livrer la casbah à la France. A ce prix seulement, il pouvait leur promettre le pardon pour avoir combattu récemment les troupes que le Gouverneur d'Alger avait envoyées une première fois pour occuper la ville.

Aucun de ces hommes de sac et de corde n'osa s'in-

digner contre Taudace du jeune capitaine. Ibrahim luimême, indécis, ne prit aucune résolution, se montra plutôt bien disposé et laissa repartir Yusuf, qui regagna la Béarnaise et revint avec elle à \lger, rendre compte de sa mission. Il reçut à cette occasion, une lettre des plus flatteuses du Gouverneur, qui demanda pour lui la croix de la Légion d'honneur et le chargea de retourner à Bône, avec le capitaine d'artillerie d'Armandy. Ce dernier devait « mettre la place en état de défense et s'entendre avec lui, pour suivre les mêmes affaires». Le duc de Rovigo n'étant pas encore autorisé à faire une expédition sur Bône, n'osait pas être plus explicite et désirait simplement maintenir la situation, jusqu'à ce qu'il ait reçu une réponse de Paris. D'Armandy et Yusuf avaient ordre a de prolonger l'état des choses pendant quelques semaines ».

Tous deux partirent sur la Béarnaise, le îxS février et arrivèrent à Bône, le 28. Ils débarquèrent le matin et montèrent à la casbah, accompagnés par l'état-major de la goélette, qui avait à sa tête son chef, le commandant Fréart.

On lut à Ibrahim, la lettre du Gouverneur; puis on revint à Bône, où on laissa d'Armandy, avec ses artilleurs. Yusuf continua son voyage sur la Béarnaise, jusqu'à Tunis, où il avait aussi une mission. Il y revit les de Lesseps et quelques mamelouks du Bey, puis repartit. En route, on apprit que la situation du capitaine d'Armandy était devenue critique et on se hâta de revenir à Bône ; mais on ne put y arriver que le 26 mars.

On sut alors que les habitants, à bout de ressources, avaient livré la ville à Ben Aïssa, le chef indigène qui

rassiégeaît pour le bey de Conslantîne. D'Armandy s'était réfugié sur une felouque qu'on lui avait laissée ; et depuis lors, il passait son temps à négocier le jour avec Ben Aïssa, qui voulait prendre la casbah, et la nuit avec Ibrahim, qui avait perdu la tête et dont les soldats poussés àla révolteétaientprêtsàlemettreàmort.

La situation était grave. Il n'y avait qu'un moyen de s'en tirer: c'était de s'emparer de la casbah et de la défendre contre les Arabes de Ben Aïssa. Le commandant Fréart, entraîné par d'Armandy et Yusuf, se décida à leur confier presque tout son personnel, 26 hommes plus ou moins bien armés, sous les ordres du lieutenant de frégate Du Couëdic et de l'aspirant de Cornulier- Lucinière.

Le soir du 26 mars, d'Armandy et Yusuf montèrent seuls près d'Ibrahim, pour le préparer à recevoir la petite garnison française. Celui-ci, surexcité, voulait faire sauter la citadelle. Ses hommes redoutant cette extrémité, se mutinèrent et voulurent le massacrer. D'Armandy et Yusuf réussirent à le sauver, mais sans pouvoir calmer l'agitation. Et, voyant qu'une partie des Turcs était favorable à leur proposition, ils revinrent à bord dans la nuit du 26 au 27, pour chercher leurs marins.

Pendant ce temps, les Turcs de la casbah, divisés en deux camps, s'étaient disputés de nouveau. Le parti turc avait arrêté Ibrahim et allait le tuer, quand le parti français réussit à prendre le dessus et obtint qu'on le laissât partir. Aussitôt après, on envoya deux émissaires à Yusuf, pour le prévenir de ce qui s'était passé et lui dire qu'il était urgent d'amener les secours promis.

Aussi, dès qu'il fil jour, Yusuf monta seul à la casbah pour tâcher d'en imposer aux Turcs et de les soumettre à ses ordres.

Les vivres manquaient; les esprits étaient échauffés, les armes chargées et la surexcitation était extrême. Yusuf essaya vainement de les calmer; il réussit à peine à empêcher une lutte entre les deux partis et à les contenir. Heureusement que d'Armandy parut bientôt aux pieds des murailles avec les marins de la Béarnaise, Yusuf leur fit jeter des cordes pour escalader les murs. A leur arrivée, les soldats turcs furent mis en rang; les marins se placèrent en face. Yusuf s'adressa alors aux premiers et leur dit : « Musulmans, vous étiez perdus; vous avez appelé les Français ; ils sont venus et vous ont sauvés. Vous mourriez de faim, ils vous ont nourris. Maintenant la forteresse est française et si, parmi vous, quelqu'un y trouve à redire, je lui fais couper la tête ».

Malgré la haine des Turcs pour les chrétiens, ce discours fit son effet et tous se turent. On amena leur drapeau et on le remplaça par celui de la France. Puis, on organisa la défense. La vue de nos trois couleurs flottant sur les remparts de la citadelle, troubla Ben Aïssa, qui était à Bône. Il envoya un parlementaire demander des explications. On lui répondit, que la place était à nous, et que nous étions prêts à la défendre. En même temps, on expédia un détachement chercher des vivres à bord. Ben Aïssa le fit attaquer. Mais quelques coups de canon dirigés contre ses arabes, les mirent en fuite et Ton put introduire à la casbah, des vivres pour quinze jours.

La nuit suivante, le 27, chacun prit son poste de com-

bat. Une agitation de mauvaise augure régnait parmi les Turcs, qui ne songeaient qu'à trahir. Le petit groupe de français se trouvait ainsi menacé par les Turcs, qui pouvaient les assaillir en force et par Ben Aïssa qui, disait on, préparait un assaut. Les armes étaient chargées et l'on s'attendait aux pires événements ; chacun était prêt à défendre chèrement sa vie. Yusuf, plein d'énergie, avait gardé près de lui quatre Turcs des plus influents et les avait prévenus qu'au premier signe de rébellion, ils seraient fusillés sur le champ. La nuit se passa ainsi dans les transes les plus vives. Mais l'énergie de nos officiers en avait imposé aux Turcs etaux Arabes. Personne ne bougea et à la première lueur du jour, on s'occupa de compléter les moyens de défense. Tous les Turcs furent employés aux travaux les plus urgents. Puis on fit partir la felouque pour Alger. Elle portait au duc de Rovigo, un billet du capitaine d'Armandy, ainsi conçu :

Mon Général,

Nous sommes entrés, le capitaine Yusuf et moi, dans la citadelle de Bône, à la tête de 3o marins de la Béarnaise. Nous avons pour auxiliaires, i3o turcs, dont un grand nombre nous exècrent, e( pour ennemis, les 5.ooo hommes de Ben Aïssa; mais nous n'en saurons pas moins conserver la citadelle h la France, ou y mourir.

Cet héroïque billet, qui résumait la prise de Bône et de sa citadelle, montrait à quel point d'Armandy et Yusuf étaient faits pour se comprendre.

Les défenseurs de la casbah se préparaient à soutenir un assaut. Quelle ne fut pas leur surprise, lorsqu'ils virent les Arabes de Ben Aïssa incendier la ville de Bône,

la piller et partir chargée de butin. Désormais la casbah était dégagée; mais un autre danger allait surgir. Les Turcs n'ayant plus besoin des chrétiens et les voyant en si petit nombre, songèrent à s'en débarrasser, en les massacrant. Yusuf qui devinait leui*s projets, les surveillait avec une attention extrême. 11 sut que le 3i, Tun d'eux, parlant à des cavaliers des tribus voisines, venus aux informations, leur avait dit que des juifs avaient livré la casbah aux infidèles, mais que les bons musulmans étaient encore assez nombreux pour les jeter par dessus les murs.

Il le fit arrêter et amener devant ses camarades qu'il avait rassemblés ; il fit confirmer le récit par deux témoins; puis, s'élançant sur lui, il lui fendilla tête d'un coup de sabre en lui criant: « Voilà ce que le juif t'envoie ». Quelques-uns de nos partisans déchargèrent alors leurs fusils sur son corps. Le bruit attira le reste de la garnison, qui étaiten armes, prêteà tuer les .sept ouhuit français qui se trouvaient là. Il fallait dominer ces hommes, ou l'on était perdu. Deux Turcs étaient signalés pour leurs mauvaises dispositions. Yusuf les aper— .çoit dans un groupe ; il fond sur eux, les entraîne, les livre à un nommé Hussein, dont il avait fait son chaouch et les fait décapiter aux yeux de tous. Un instant après un troisième turc est amené et reconnu coupable de trahison, Yusuf ordonne de lui brûler la cervelle. Ces trois exécutions terrifient ces hommes. L'ordre est alors donné à chacun, de se rendre à son poste. Tous obéissent et la discipline est rétablie. La révolte était domptée.

Mais deux jours après l'eflervescence reprit. Yusuf,

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prévenu, proposa à d'Armandy d'emmener les Turcs en ville et de la leur faire occuper, en se mettant à leur tête et en ne laissant, dans la citadelle que les marins, avec un petit nombre de partisans sûrs et fidèles. D*Armandy refusa pour ne pas laisser Yuaiif seul aux prises avec ces bandits. Mais ce dernier insista ; c'était, à ses yeux, le seul moyen de conserver la casbah ; d'Armandy admirant son courage, céda, \usuf descendit en ville avec ses turcs méfiants et menaçants. Il fit d'abord planter le drapeau tricolore sur le rempart et le fit saluer par une salve. Un des Turcs n'obéit pas. Yusuf prit son fusil et lui fit sauter la tête. Il distribua ensuite sa troupe sur les murailles et exigea d'elle un service <le nuit et de jour. A partir de ce moment, il fit des rondes continuelles et exerça une surveillance de tous les instants. Pour être obéi, il dut joindre à son activité une discipline de fer. Ayant trouvé un homme qui avait quitté son poste, il l'y fit ramener et pendre devant ses camarades, « afin, disait-il, qu'il ne puisse plus l'aban- •donner ». Une autre fois, un homme pilla une maison. Il l'y fit reconduire et exécuter sans pitié. Son attitude et sa vigueur lui assurèrent bientôt la soumission aveugle de ces hommes et firent naître chez quelques-uns, un dévouement sans bornes. L'un d'eux s'offrit pour veiller sur lui pendant son sommeil et pour le défendre en toute occasion.

Pendant ce temps, à Alger, on s'empressait d'envoyer des secours à nos officiers. Le 8 avril, le brick de guerre, ia Surprise, parut devant Bône et débarqua une compagnie de grenadiers, qui allait désormais assurer notre conquête. Le lendemain, elle prit possession de la cita-

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délie et fut renforcée, dès le lo, par de nombreuses troupes transportées sur divers bâtiments. Les marins et les Turcs remirent alors entre les mains du chef de la nouvelle garnison, la ville, îa citadelle et loo bouches à feu.

Yusuf resta chargé du service extérieur, dans lequel ses turcs, après quelques razzias, le secondèrent avec un entrain qui ne connut plus de bornes. Ils n'éprouvaient plus pour leur jeune chef qu'un fanatisme sans limites.

Au mois de mai, le général Munck-d'Uzer vint prendre le commandement du territoire. Il fit en arrivant, une proclamation, dans laquelle il citait avec Yusuf et d'Armandy les officiers qui les avaient secondés. Elle se terminait ainsi: « Que le drapeau s'incline devant ces braves, par reconnaissance pour le fleuron de gloire qu'ils viennent d'y ajouter. »

Le duc de Rovîgo s'empressa de son côté de porter à la connaissance de l'armée le brillant exploit des capitaines d'Armandy et Yusuf. A Paris même, le maréchal Soult, le qualifia dans un discours « du plus beau fait d'armes du siècle. »

Yusuf fut fait chevalier de la Légion d'honneur et reçut sa première citation , qui était ainsi conçue : (( S'est emparé, avec M. le capitaine d'artillerie d'Armandy, de la Casbah et de la ville de Bône. »

Cet événement devait avoir une influence considérable sur sa carrière. Tout d'abord, à la suite de son exploit et, en raison de l'ascendant qu'il avait pris sur sa troupe turque, il fut maintenu à Bône et chargé d'assurer la sécurité à l'extérieur de la ville, les tribus voisines n'étant rien moins que soumises.

Il y resta jusqu'en i835, prenant part aux luîtes que nos troupes ne cessaient de souteiiir contre les Arabes et contre les contingents indigènes que le bey de Constantine dirigeait sur Bône. Il y reçut sa deuxième blessure à la joue droite, en i833 ; il obtint ensuite quatre citations à Tordre de l'armée, son grade de chef d'escadron au 3* régiment de chasseurs d'Afrique et sa rosette d'ofiBcier de la Légion d'honneur. Il rendit les plus grands services au général Munck-d'Uzer, qui commandait le territoire et acquit une réputation extraordinaire parmi les tribus établies entre Bône et Constantîne. Ce fut pendant cette période que le général d'Uzer, désireux d'en finir avec les attaques du bey de Constantîne, adressa au Gouverneur général, une demande tendant à l'autoriser à s'emparer de cette ville. Mais l'heure de cette occupation n'avait pas encore sonné- Son projet fut étudié et ne devait pas être oublié: toutefois pour l'instant, on n'y donna aucune suite- L'autorité supérieure se réservait d'y revenir, quand les circonstances lui paraîtraient propices.

Dans l'intervalle, le commandant Yusuf fut appelé à prendre part à divers combats dans l'Ouest de nos possessions. Au commencement du mois de juillet i835, le maréchal Clauzel, qui devait devenir son protec teur le plus ardent, fut nommé Gouverneur général. Son premier acte fut de venger l'échec de la Macta par une expédition sur Mascara, qui était alors le centre de la puissance de l'émir Abd-el-Kader. 11 appela Yusuf près de lui au mois de novembre et l'attacha à son étatmajor, comptant l'utiliser au moment favorable . 11 l'employa surtout à l'avant-garde pour entraîner ses

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goums, et à sa rentrée à Oran, il le signala au ministre, dans les termes suivants :

« Yusuf est un homme des plus intrépides et des plus intelligents que je connaisse. Il est venu me joindre près de Mascara, après avoir traversé trente-cinq lieues de pays au milieu des Arabes qui nous suivaient pour nous combattre. »

Quelques jours après son retour à Oran, Yusuf repartait avec le maréchal, pour faire une nouvelle expédition sur Tlemcen. Cette fois, nos troupes eurent à combattre rémir en personne. Le i5 janvier, Yusuf, à la tête des Douairs et des Smélas, enleva le camp d'Abdel-Kader et lui fit une poursuite acharnée. Plusieurs fois, il le coupa de ses cavaliers et faillit l'atteindre. Il arriva un moment à quarante pas de lui ; mais son cheval épuisé n'en pouvait plus ; il dut laisser échapper son adversaire.

Revenu à Tlemcen, Yusuf se trouva bientôt en face d'une situation nouvelle qui allait exiger de sa part autant de prudence que de diplomatie et d'adresse. Depuis longtemps, le maréchal avait formé le projet d'étendre notre domination sur Constantine.

Après avoir assuré la tranquillité dans l'ouest, il songea à agir de même du côté de l'est et à en finir avec les soulèvementfi de tribus que le bey de Constantine ne cessait d'exciter contre nous. Déjà, il avait déclaré sa déchéance. Par suite, il désigna son successeur et choisit pour le remplacer, le commandant Yusuf dont la réputation était déjà si bien établie dans la province. Un décret du 21 janvier i836 consacra cette nomination.

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