‹ Yvon et Finette; conte bleu. Edited by E.C. KittsonChapitre 5 sur 9 · Qu'est-ce qu'Yvon lui promit · texte numérisé non relu

Qu'est-ce qu'Yvon lui promit

B. Complétez: Je veux que vous (rester auprès de moi). Elle ne voulait pas qu'il (aller dans le château). Il veut que vous (tenir votre promesse). Le pjrofesseur veut que nous (prononcer bien). Le baron voulait qu'on le (respecter). Elle voulait qu'il (être) fidèle. Elle voulait qu'il (aller tout droit .\ l'écurie).

C. Synonymes de: h, merveille, une anse, le canot, habitué, un instant, une dame de qualité, l'épée à la main, entêté.

11 Quand notre aventurier entra dans le vieux château, il eut quelque peine à en reconnaître les sombres murailles. Au-dedans comme au-deliors, toutes les fenêtres étaient ornées de fleurs ; la cour était ^jonchée 5 d'herbes fraîches : d'un côté elle était garnie de tables largement servies, le cidre coulait à pleins verres; de l'autre les musiciens, montés sur des tonneaux, sonnaient gaiement de leurs instruments. Vassaux et vassales,

1. jonchée: la plage est jonchée de galets, il y en a beaucoup sur la plage.

dans leurs plus beaux ^atours, dansaient en chantant, et (11) chantaient en dansant. C'était grande fête au manoir ; le baron lui-même souriait ; car il mariait sa cinquième fille au chevalier de Kernavalec.

Yvon, reconnu et salué de la foule, fut aussitôt 5 entouré de tous les siens. On l'embrassait, on lui prenait les mains. Où avait-il été 1 D'où venait-il 1 Avait-il conquis un royaume, un duché, une baronnie ? Rapportaii-il à la mariée la parure de quelque reine 1 Les fées l'avaient-elles protégé 1 Combien 10 de rivaux avait-il jeté à terre dans un tournoi? Toutes ces questions se croisaient et se perdaient dans l'air. Yvon baisa respectueusement la main de son père, courut à la chambre de ses sœurs, prit deux des plus belles robes, alla à l'écurie, sella le cheval, monta 15 sur un beau genêt d'Espagne, et allait sortir du château quand il trouva en face de lui ses parents, ses amis, ses écuyers, ses vassaux, ayant tous le verre en main pour trinquer avec leur jeune seigneur, et boire à son heureux retour. 20

Yvon les remercia avec une grâce parfaite ; il salua avec la main toute cette foule amie, et ^s'y frayait peu à peu un passage, quand, à la sortie, auprès du ^pont-levis abattu, une femme qu'il ne connaissait pas, la sœur du marié peut-être, une blonde à l'air hautain et dédaigneux 25 s'approcha de lui, tenant entre deux doigts une pomme.

— Beau chevalier, dit-elle avec un sourire étrange, vous ne refuserez pas la première prière que vous fait une

1. atcnirs: parures, ornements. 2. trinquer: choquer son verre contre celui d'un autre avant de boire. 3. s'y frayait un passage : s'y faisait un passage. 4. le pont-levis : pont jeté s>ir le fossé qui entoure le château. 6. hautain: fier.

(11) dame. Goûtez, je vous prie, à cette pomme. Après un

aussi long voyage, si vous n'avez ni faim^ ni soif, au

moins, je le suppose, n'avez-vous pas oublié les lois de

la galanterie.

5 lA cet appel, Yvon n'osa pas refuser ; il eut grand

tort. A peine eut-il ^mordu à la pomme, qu'il regarda

autour de lui comme un homme qui s'éveille d'un songe.

— Qu'est-ce que je fais sur ce cheval 1 pensa-t-il.

Que signifie ce cheval que j'emmène avec moi 1 Est-ce

10 que ma place n'est pas chez mon père, aux %oces de ma

sœur 1 Pourquoi quitter le château 1

Il jeta la bride de son cheval à l'un des écuyers, sauta légèrement à terre, offrit la main à la dame blonde qui, *sur l'heure, l'accepta pour son chevalier, et, par faveur 15 ^insigne, lui donna son bouquet à garder.

La soirée n'était pas achevée, qu'il y avait deux ^fiancés de plus au château de Kerver. Yvon avait promis sa foi à l'inconnue ; Finette était oubliée.

Exercices.

A. 1. Pourquoi Yvon eut-il de la peine à reconnaître le château ?

2. Pourquoi est-ce que toutes les fenêtres étaient ornées de fleurs ?

3. Que faisait-on dans le château 1 4. Comment Yvon fut-il reçu ? 5. Comment salua-t-il son père ? 6. Est-ce qu'il trinqua avec ses amis ? 7. Qui est-ce qu'il rencontra à la porte du château? 8. Pour qui la prit-il ? 9. Qu'est-ce qu'elle lui offrit? 10. Est-ce qu'il l'accepta? 11. Qu'est-ce qui en résulta? 12. Quelle faveur la dame blonde lui aecorda-t-elle ? 13. Est-ce qu'il oublia Finette ?

B. Synonymes de : protéger, sur l'heure, insigne, la demande,

1. à cet appel : à cette demande. 2. mordu : infinitif, viwrdre.

3. les noces : le mariage et les réjouissances qui l'accompagnent.

4. surFheure: à l'instant. 5. iîisigne: remarquable. Q. fiancés: personnes qui se sont fait promesse de mariage.

finir, hautain, à merveille, obstiné, remarquable, en faco de, (11) défendre, l'appel, achever.

C. Expliquez : le pont-levis, offrir la main à une dame, l'écurie, trinquer, les fiancés, le cidre coulait à pleins verres, la bride, le rival.

D. Conjuguez au parfait : tenir sa promesse ; oublier ses amis (au négatif); aller en France; danser toute la nuit (au négatif ) ; se lever à sept heures.

Assise au bord de la mer, la pauvre Finette attendit 12 Yvon tout le jour; mais Yvon ne vint pas. Le soleil se couchait dans les vagues enflammées, quand Finette se leva en soupirant, et prit à son tour le chemin du château. Il n'y avait pas longtemps qu'elle était entrée 6 dans un chemin creux, bordé d'ajoncs en fleur, quand elle se trouva en face d'une ^chaumière ^délabrée, à la porte de laquelle une vieille ^édentée s'apprêtait à *traire sa vache. Finette s'approcha de la dame, et, après lui avoir fait une belle révérence, elle lui demanda un abri 10 pour la nuit. ■

La vieille regarda l'étrangère de la tête aux pieds, elle fronça le sourcil, et montrant le poing à la pauvre abandonnée :

— Va-t'en, sorcière, lui cria-t-elle ', il n'y a pas de place 15 pour toi dans cet honnête logis.

— Bonne mère, dit Finette, donnez-moi seulement un coin dans l'étable.

— Oui, dit la vieille, en riant de façon à montrer l'unique dent qui sortait de la bouche comme une 20

1. une chaumière: une très petite maison. 2. délabrée: tombée en ruines. 3. édentée: femme qui a perdu ses dents. 4. traire: tirer le lait d'une vache.

io EDOUARD LABOULAYE

(12) ^défense, il te faut un coin dans l'étable 1 Tu l'auras, maudite, quand tu m'auras rempli d'or ce seau à lait.

— Marclié conclu, dit tranquillement Finette. Elle ouvrit une bourse en cuir qu'elle portait à la ceinture, en

5 tira une balle d'or et la jeta dans le vase, en disant :

Balle d'or, balle d'or, •Protège-moi, mon cher trésor !

Et voilà les pièces d'or qui se mettent à danser dans le fond du seau; elles montent, elles montent sautant 10 comme des poissons dans un filet, tandis que la vieille, à deux genoux, regardait tout ^ébahie.

Quand le seau fut rempli, la vieille se leva, passa son bras dans ^l'anse, et saluant Finette :

— Madame, cria-t-elle, tout est à vous, la maison, la 15 vacbe et le reste. Victoire ! je vais me retirer à la ville

où je vivrai comme une dame, sans rien faire ! Ab ! si seulement je n'avais que soixante ans !

Et la voilà qui, sautillant avec sa béquille et sans regarder en arrière, se met à courir vers le château de 20 Kerver.

Exercices.

A. 1. Où Finette attendit-elle Yvon ? 2. Est-ce que le soleil se couche à l'est ou à l'ouest ? 3. Où est-ce qu'il se lève ? 4. Où Finette alla-t-elle après le coucher du soleil ? 5. Qui est-ce qu'elle rencontra en route ? 6. Qu'est-ce qu'elle lui demanda ? 7. Quelle fut la réponse de la vieille ? 8. Que fit Finette, quand la vieille demanda des pièces d'or ? 9. Est-ce que la vieille était contente de son marché ? 10. Où alla-t-elle ?

1 . la défciise : longue dent qui sort de la bouche de certains animaux : éléphant, sanglier, etc. 2. ébahie : étonnée. 3. l'anse : partie d'un seau, etc., par laquelle on le prend. 4. wie béquille: celui qui ii'a qu'une jambe marche à l'aide d'une béquille.

B. Expliquez : la béquille, faire une belle révérence, la (12) chaumière, le logis, le seau, le filet, traire une vache, ébahi.

C. Mettez l'imparfait ou le passé défini : Il y (avoiry\ine fois une vieille femme, qui (demeurer) dans une petite chaumière. Un soir, comme elle (traire) sa vache devant la chaumière, une inconnue (se présenter) devant elle, et lui (demander) un abri pour la nuit. La vieille qui (prendre) la fille pour une sorcière, et qui, d'ailleurs, ne (avoir) pas très bon cœur, lui (dire) de s'en aller. Là-dessus, la fille lui (demander) un coin dans l'étable. La vieille (répondre) qu'elle l'aurait si elle (remplir) de pièces d'or le seau à lait. L'inconnue (jeter) dans le seau une petite balle d'or ; et eu un moment le seau (être) plein de pièces d'or. Ivre de joie, la vieille (prendre) les pièces d'or, et (s'en aller) en laissant à l'inconnue tout ce qu'elle (posséder).

Finette entra dans la chaumière ; c'était un horrible 13 ^réduit, sombre, bas, humide, plein de poussière et de toiles d'araignée. Triste asile pour une femme habituée à vivre dans le grand manoir d'un géant ! Sans s'émouvoir. Finette s'approcha de l'âtre oii fumaient 5 quelques brins d'ajonc à demi secs, elle tira de sa bourse une autre balle d'or, et la jeta dans le feu en disant :

Balle d'or, balle d'or, Protège-moi, mon cher trésor !

Et à l'instant, voici l'or qui fond, qui bout, qui se 10 répand par toute la maison comme une eau ^jaillissante ; et voilà toute la maison, les murs, les toits, le fauteuil de bois, le ^tabouret, le lit, les cornes de la vache, tout, jusqu'aux araignées dans leur toile qui se change en or.

A la clarté de la lune, la maison brillait au milieu des 15 arbres comme une étoile au milieu de la nuit.

1. U7i réduit : un misérable logement. 2. jaillir : sortir impétueusement. 3. le tabouret : petit siège à trois ou quatre pieds qui n'a ni dos ni bras.

(13) Quand Finette eut trait la vache et bu un peu de lait, elle se jeta tout habillée sur le lit, et fatiguée des peines du jour, elle s'endormit en pleurant.

Les vieilles femmes ne savent pas tenir leur langue, 5 au moins en Bretagne. A peine arrivée au ^hameau qu'abritait le château de Kerver, l'hôtesse de Finette courut chez le ^messier. C'était un personnage important, et qui plus d'une fois avait fait trembler la vieille, quand ^par mégarde elle menait sa vache dans le champ

10 du voisin. Le messier reçut les confidences de la vieille, puis, mystérieusement, il alla chercher un *trébuchet, essaya les pièces d'or qu'il trouva bonnes, en garda pour lui le plus qu'il put, et finit en recommandant à sa protégée de ne parler à personne de cette étrange aventure.

15 — Si le ^sénéchal s'en mêle, dit-il, le moins qui puisse vous en arriver, la mère, c'est de ne jamais revoir un seul de ces beaux soleils d'or. La justice est impartiale ; sans faveur, comme sans répugnance, elle prend tout.

20 La vieille remercia le messier de son conseil, et se promit bien de le suivre. Aussi le soir même, n'avaitelle encore conté son histoire qu'à deux voisines, ses amies les plus chères ; et toutes deux lui avaient juré le secret sur la tête de leurs petits enfants. Serment

25 solennel et si bien tenu, que le lendemain à midi il n'y avait pas au hameau un 'gars de six ans qui ne montrât du doigt la vieille.

1. le hameau : très petit village. 2. le messier : sorte de magistrat. 3. par mégarde : par inadvertance. 4. un trébiwhct : petite balance pour peser la monnaie. 5. le sénéchal : autrefois un magistrat qui rendait la justice au nom du roi. 6. «n gars s un garçon.

Exercices. (13)

A. 1. Décrivez la chaumière de la vieille ! 2. Comment Finette l'embellit-elle ? 3. Chez qui la vieille alla-t-elle ? 4. Qu'est-ce qu'elle lui raconta ? 5. Est-ce qu'il trouva les pièces bonnes ? 6. Quel conseil donna-t-il à la vieille ? 7. Est-ce qu'elle suivit ce conseil ? 8. A qui raconta-t-elle encore ce qui lui était arrivé ?

B. Expliques : le hameau, essayer, le tabouret, s'endormir, le fauteuil, le protégé, à merveille.

C. Le contraire de : s'approcher, le moins, montrer, bon, se réveiller, exprès, rire, sec.

D. Mettez au présent: Quand Finette ... en pleurant (page 32, ligne 13).

On ne trouve pas tous les jours une fille qui s'amuse 14 à remplir des seaux avec des pièces d'or. Fût-elle un peu sorcière, une fille pareille n'en serait pas moins un trésor en ménage. Le messier, qui était garçon, fit cette sage réflexion le soir en se couchant ; aussi se 5 leva-t-il ^avant l'aurore pour aller faire sa ronde du côté de l'étrangère. Aux premières lueurs du jour il aperçut de loin comme une clarté dans les bois, et fut fort étonné quand, au lieu de la misérable chaumière, il vit une maison d'or. Mais ce qui le surprit et le charma bien 10 davantage quand il fut entré dans ce palais, ce fut de trouver auprès de la fenêtre une belle fille aux cheveux noirs qui filait sa ^quenouille avec la majesté d'une impératrice.

Comme tous les hommes, le messier se rendait justice, 15 et savait, dans le fond de l'âme, qu'il n'y avait pas de

1. avant V aurore : avant le lever du soleil. 2. laq\œnouille: petit bâton qu'on emploie pour filer, c.à.d., pour faire du fil. La mère coud avec une aiguille et du fil.

(14) femme au monde qui ne fût trop heureuse de lui donner sa main. Aussi, sans hésiter déclara-t-il à Finette qu'il venait pour l'épouser. La jeune fille se mit à rire, le messier ^entra en fureur.

5 — Prenez garde, lui dit-il d'une voix terrible, je suis le maître ici. On ne sait qui vous êtes, on ne sait d'où vous venez. Cet or que vous avez donné à la vieille est suspect ; il y a de la magie dans cette maison. Si, à l'instant même, vous ne m'acceptez pour époux, je vous 10 arrête ; et, avant ce soir peut-être, on brûlera une sorcière devant le château de Kerver.

— Vous êtes aimable, dit Finette en faisant une moue gracieuse ; vouz avez une façon toute particulière de faire la cour aux dames. Même quand elles sont

15 décidées, un chevalier galant ménage leurs scrupules et leur pudeur.

— Nous autres Bretons, dit le messier, nous allons droit au but. Mariage ou prison, choisissez.

— Bon, dit Finette en posant sa quenouille, voilà le 20 feu qui roule dans la chambre.

— Ne vous dérangez pas, dit les messier, je vais remettre les ^tisons dans l'âtre.

— Arrangez bien le feu, dit Finette ; jetez de la cendre au fond ; tenez-vous les pincettes ?

25 — Oui, dit le messier, qui en ce moment ramassait les charbons pétillants.

— Ahracadabra, s'écrie Finette en se levant. Que les pincettes te tiennent, méchant, et que tu tiennes les pincettes jusqu'au soleil couché.

30 Sitôt dit, sitôt fait. Le méchant messier resta l<à

1. entra en fureur : devint très fâché. 2. le tison: morceau de bois qui brûle.

tout le jour, ramassant et lançant avec les pincettes des( 14) charbons enflammés qui lui sautaient au visage, des cendres brûlantes qui lui entraient dans les yeux. Il eut beau crier, prier, pleurer, blasphémer, personne ne l'entendit. Si Finette était restée au logis, sans doute 5 eUe aurait eu pitié de ce misérable ; mais, après l'avoir maudit, elle avait couru à la mer. C'est là qu'oubliant toutes choses, elle attendait Yvon qui ne revenait pas.

Dès que le soleil disparut, les pincettes tombèrent des mains du messier. ^11 ne demanda pas son reste, et se 10 mit à courir comme s'il avait le diable ou la justice ^à ses trousses. Il faisait de tels sauts, il poussait de tels gémissements, il était tellement noirci, roussi, transi, que chacun au village en eut peur comme d'un fou. Les plus hardis essayèrent de lui parler, mais il s'enfuit sans 15 répondre et se cacha dans sa maison, plus honteux qu'un loup qui a la patte dans ^le piège.

Exercices.

A. 1. Où le messier alla-t-il le matin ? 2. Qu'est-ce qu'il voulait faire? 3. Est-ce qu'il trouva Finette belle? 4. Que faisait-elle au moment où il entra dans la maison ? 5. Comment Finette reçut-elle sa déclaration ? 6. Que fit-il quand il vit qu'elle riait de lui ? 7. Qu'est-ce que Finette lui demanda de faire ? 8. Quelle formule magique prononça-t-elle alors ? 9. Qu'est-ce que le messier fit, lorsque les pincettes lui tombèrent des mains ? 10. Comment était-il ? 11. Pourquoi se cacha-t-il ?

B. Mettez au présent : Dès que le soleil disparut . . . dans le piège (page 35, ligne 9).

Page 1