LE BUCHER
5 Setoc enchante fit de son esclave son ami intime. II ne pouvait pas plus se passer de lui qu'avait fait le roi de Babylone; et Zadig fut heureux que Setoc n'eut point de femme. II decouvrait dans son maitre un naturel porte au bien, beaucoup de droiture et de
10 bon sens. II fut fache de voir qu'il adorait Tarmee celeste, c'est-a-dire le soleil, la lune et les etoiles, selon Tancien usage d'Arabie. II lui en parlait quelquefois avec beaucoup de discretion. Enfin il lui dit que c'etaient des corps comme les autres, qui ne
IS meritaient pas plus son hommage qu'un arbre ou un rocher. — Mais, disait Setoc, ce sont des etres eternels dont nous tirons tous nos avantages ; ils animent la nature, ils reglent les saisons; ils sont d'ailleurs si loin de nous qu'on ne pent pas s'empecher de les
30 reverer. — Vous recevez plus d'avantages, repondit Zadig, des eaux de la mer Rouge, qui porte vos marchandises aux Indes. Pourquoi ne serait-elle pas aussi ancienne que les etoiles? Et si vous adorez ce qui est eloigne de vous, vous devez adorer la terre
as des Gangarides,^ qui est aux extremites du monde. — Non, disait Setoc, les etoiles sont trop brillantes pour que je ne les adore pas. Le soir venu, Zadig alluma