LES YEUX BLEUS
[Zadig met k T^preuve les sultanes de Nabussan et ne trouve que la belle Falide qui aime le roi v^ritablement.]
Nabussan lui donna son coeur: elle le meritait bien. Jamais la fleur de la jeunesse ne fut si bril- 5 lante; jamais les charmes de la beaute ne furent si enchanteurs. La verite de Thistoire ne permet pas de taire qu'elle faisait mal la reverence, mais elle dansait comme les fees, chantait comme les sirenes, et parlait comme les Graces: elle etait pleine de ta-
10 lents et de vertus.
Nabussan aime Tadora:^ mais elle avait les yeux bleus, et ce fut la source des plus grands malheurs. II y avait une ancienne loi qui defendait aux rois d'aimer une de ces femmes que les Grecs ont appe-
15 lees depuis jSoomtis.^ Le chef des bonzes avait etabli cette loi il y avait plus de cinq mille ans ; c'etait pour s'approprier la maitresse du premier roi de Tile de Serendib que ce premier bonze avait fait passer Tanatheme des yeux bleus en constitution fondamentale
20 d'fitat. Tous les ordres de Tempire vinrent faire a Nabussan des remontrances. On disait publiquement que les derniers jours du royaume etaient arrives, que Tabomination etait a son comble, que toute la nature etait menacee d'un eVenement sinistre; qu'en
25^ un mot Nabussan, fils de Nussanab, aimait deux grands yeux bleus. Les financiers, les bonzes et les brunes remplirent le royaume de leurs plaintes. Les peuples sauvages qui habitent le nord de Se-