CHAPITRE XV
rendib profiterent de ce mecontcntemcnt general. lis firent una irruption dans les fitats du bon Nabussan. II demanda des subsides a ses sujets; les bonzes, qui possedaient la moitie des revenus de Tfitat, se contenterent de lever les mains au ciel, et refuserent de les s mettre dans leurs coffres pour aider le roi. lis firent de belles prieres en musique, et laisserent TEtat en proie aux barbares.
— O mon cher Zadig, me tireras-tu encore de cet horrible embarras? s'ecria douloureusement Nabus- lo san. — Tres volontiers, repondit Zadig; vous aurez de Targent des bonzes tant que vous en voudrez. Laissez a Tabandon les terres ou sont situes leurs chateaux, et defendez seulement les votres. Nabussan n'y manqua pas: les bonzes vinrent se jeter aux 15 pieds du roi, et implorer son assistance. Le roi leur repondit par une belle musique dont les paroles etaient des prieres au ciel pour la conservation de leurs terres. Les bonzes enfin donnerent de Targent^' et le roi f init heureusement la guerre. Ainsi Zadig, 20 par ses conseils sages et heureux, et par les plus grands services, s'etait attire Tirreconciliable inimitie des hommes les plus puissants de TEtat: les bonzes et les brunes jurerent sa perte; les financiers ne Tepargnerent pas ; on le rendit suspect au bon Na- 25 bussan. Les services rendus restent souvent dans Tantichambre, et les soupgons entrent dans le cabinet, selon la sentence de Zoroastre: c'etait tous les jours de nouvelles accusations ; la premiere est repoussee, la seconde effleure, la troisieme blesse, la quatrieme tue. 30
Zadig, intimide, qui avait bien fait les affaires de son ami Setoc, et qui lui avait fait tenir son argent.
ne songea plus qu'a partir de Tile, et resolut d'aller lui-meme chercher des nouvelles d'Astarte; car, disait-il, si je reste dans Serendib, les bonzes me feront empaler; mais ou aller? je serai esclave en figypte, 5 brule selon toutes les apparences en Arabie, etrangle a Babylone. Ccpendant il faut savoir ce qu'Astarte est devenue: partons, et voyons a quoi me reserve ma triste destinee.