ACTE I, SCENE III
LA FÉE URGANDE
Je vins à son départ résider dans cette île.
Voilà deuxans, deux ans ! ah ! c'est bien long, Zirphile î
ZIRPHILE.
Oui , je le sais , c'est un tort d'être absent ; Mais c'en est un aussi d'être trop innocent.
LA FÉE URGANDE
C'est qu'il est ingénu, timide
ZIRPHILE.
Ingénu ? Le terme est poli !
Allons, c'est un prince accompli :
Ainsi votre amour le décide.
AIR
Qu'il est charmant ! Dans tout le jour Il ne dit pas une parole ; Et, quand vos yeux sont pleins d'amour, Les siens sont occupés d'un papillon qui vole.
Vraiment, vraiment,
Il est charmant.
Encore , s'il étoit sensible !
Mais vous n'avez pu le charmer : Il est incapable d'aimer; Moi-même j'ai fait l'impossible !
A lui parler de vos attraits,
En vain je m'évertue :
Je crois qu'avec plus de succès J'animcrois une statue.
Vraiment , vraiment ,
Il est charmant.
6 ZÉLOÏDE ,
LA FÉE URGANDE
Je vais donc bien te surprendre ?
Oui, ce marbre doit s'animer :
Par mon art je viens de l'apprendre.
Le jour qu'il sera libre , Almédor doit aimer.
ZIRPHILE.
Mais , Madame , s'il part , croyez-vous qu'il revienne ?
LA FÉE URGANDE
D'Urgande , pour toujours , je veux qu'il se souvienne. Connois-tu de ces fleurs le pouvoir souverain ? A le fixer ici je les ai destinées.
On voudroit s'éloigner en vain
De celle qui les a données :
Nuit et jour il faut y penser,
Et l'oublier est impossible.
Tel est leur charme irrésistible , Que rien du souvenir ne sauroit l'effacer.
Avant que de ces lieux il sorte , Le timide Almédor les recevra de moi.
ZIRrHILE.
Voulez-vous que je les lui porte ?
LA FÉE URGANDE
Alors il penseroit à toi :
Leur charme n'agit pas pour ma seule personne. Ces fleurs font souvenir De la dernière qui les donne.
( On aperçoit Almédor courant dans les bosquets. )
ZïRPHILE.
A travers les bosquets le voyez vous courir? Le voilà qui s'approche ; allons , il faut ouvrir