MON ENFANCE
« Paris. 8 décembre 1890.
« Je n'ai pas échappé à la loi générale ; à mesure que je vieillis, mes souvenirs d'enfance me reviennent si nets et si précis à la mémoire, que je prends le plaisir de me les raconter à moimême.
« C'est la maison paternelle, la rue où elle s'élevait, qui m'ont tout d'abord intéressée comme objets extérieurs. Je les vois : la maison très large de façade, un étage surplombant et se terminant par un pignon très aigu. >■>
Elle n'alla pas plus loin: mais, en lisant ces lignes, et en réfléchissant qu'une telle publication pourrait avoir de l'intérêt et de l'utilité, j'ai essayé de reprendre le récit interrompu.
Ne sera-ce pas encore jeter cette semence « qui fait germer de bonnes pensées et de bons senti-
INTRODICTION. VU
monts », entrer dans les vues et continuer l'œuvre lie celle qui s'était donné une si belle mission?
Réunissant les documents que lui avait légués sa sœur et qu'elle m'avait fait promettre de recueillir pieusement, j'ai pu y ajouter une partie de sa volumineuse correspondance, grâce à la parfaite obligeance de ses intimes, avec lesquels ses rapports épistolaires étaient très suivis : ses bons amis de Keréver, sa famille, la princesse de Sayn-Wittgenstein et la religieuse que la Providence avait placée sur son chemin dans une heure douloureuse et décisive.
Ces lettres, si diverses, révéleront dans Zénaïde Fleuriot un talent épistolaire qui ne le cède en rien à son talent de conteuse. Sa plume y court avec une spontanéité pleine de charme, dévoilant, à propos des sujets les plus variés, toute la beauté de son àme.
En tournant les pages <le ce livre, on pourra suivre sa vie écrite par elle-même d'une façon plus animée et plus fidèle que dans les souvenirs quelle eût évoqués de longue date.
Nous avons donc lieu de croire que cet ouvrage sera bien accueilli, non seulement du nombreux et sympathique public qu'elle a charmé durant tant d'années , mais encore par tout lecteur