Hachette, éLiileur
138 ZENAIDE FLELRIOT.
à la suite de Papillonne, le dernier ouvrage écrit par Zénaïde Fleuriot, qui ne fut publié qu'après sa mort. En 1865-66 parut La clef d'oi\ ouvrage intéressant entre tous, puis successivement Sans nom et Loncle Trésor suivi de Nos ennemis intimes.
Reprenons ici la correspondance de Zénaïde Fleuriot, qui, au milieu de son incessant travail, ne saurait oublier la famille, objet de son inaltérable dévouement.
A SA SŒUR
« Saint-Brieuc, 15 juillet 1865.
u Ma- chère Marie,
(le e
(( Je ne pourrai pas aller à Plouaret avant la fin ce mois, comme j'en avais l'intention. Je dois écrir pour La semaine des familles le récit de la cérémonie du couronnement de Notre-Dame d'Espérance, et comme elle n'a lieu que le 30 juillet, il me faut rester à Saint-Brieuc jusqu'à cette époque. Mais parlons de maman, car c'est surtout à cause d'elle que je t'écris; tu me dis que son indisposition est tout à fait passée, mais je suis encore inquiète. Si elle a besoin de quelque chose, vins, liqueurs, fortifiants, écris-lemoi, je te l'enverrai aussitôt. Pour elle, ne ménage rien, je payerai tout ce qui peut lui faire du bien et accélérer sa convalescence. Si l'ordre et l'économie sont mes lois, je m'en départirai pour procurer à maman tout ce qu'elle peut désirer, ou qui peut lui être salutaire. Et Francis, que devient-il? Il est à l'âge où tout se développe; l'enfant devient plus
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mouvant, il a presque envie tressaycr ses ailes. A ce moment, la l'ermelé et la douceur doivent marcher de compagnie; et c'est difficile, très difficile. J'ai Ifrémi comme toi, en apprenant les malheurs de Mme X. Voilà une pauvre femme qui s'est laissé ruiner par son propre fils; non seulement il a mangé la fortune de sa mère, mais aussi celle de ses frères et jsœurs; j'ai voulu remonter à la cause de tout ce désastre. La malheureuse mère a très mal élevé ses [enfants, elle ne leur a inculqué aucun principe, elle n'a pas éveillé leur conscience : leurs caprices étaient la loi de leur volonté. Certains ont bien tourné; mais celui-là était plus mauvais que les autres, et il cause leur irréparable malheur à tous.
« C'est épouvantable; et on supplie la Providence de vous épargner de pareilles calamités.
M Devant les enfants, comme tu dis, il faut se mettre un bâillon et cacher soigneusement les sentiments qui peuvent développer en eux les mauvais penchants. Il faut veiller sur soi pour donner constamment le bon exemple. Qu'on le veuille ou qu'on ne le veuille pas, l'enfant fait l'homme, et élever des enfants quand la raison se forme, est une science difficile, toute faite de fermeté et de douceur.
Adieu, chère Marie, n'oublie pas ce que je t'ai recommandé pour maman: j'ai pour cela ma bourse grande ouverte. »
Le 15 janvier 1866, mourait M. Jacques Lecoffre, l'intègre et puissant éditeur catholique. Zénaïde en éprouva un profond chagrin, ainsi qu'en témoigne la lettre suivante :
A SA SOEUR
« Saint-Brieuc, 19 janvier 1866.
(' Je suis navrée, ma chère Marie, je viens df recevoir une bien triste nouvelle : M. LecotTre est mort 1
« C'est une grande et ferme intelligence, un beau caractère de moins. Il m'a témoigné une affection vraiment paternelle: et il y avait entre nous cette sympathie de goûts et d'idées, qui forme les amitiés réelles. C'était pour moi un appui, un conseil. Tout ce qu'il disait était marqué au coin de la plus haute sagesse et de la plus profonde expérience.
(' Je comptais sur lui. Il allait prendre en mains mes affaires littéraires, et comme il était très religieux et très consciencieux, je n'avais qu'à le laisser faire. Dieu la rappelé à lui; c'est pour moi un réel malheur à tous les points de vue. Mais c'est surtout l'ami et sa bienveillante affection que je pleure: il était si bon! Les étrangers le trouvaient froid, car il avait une grande dignité de manières qui avait été aussi un élément de succès; ceux qui le connaissaient comme moi, savaient combien il était conciliant, délicat et généreux.
0 II laisse une magnifique fortune à ses enfants; ils la lui doivent tout entière, car elle était le résultat dune activité prodigieuse, d'un remarquable sens pratique des affaires, de l'emploi intelligent de son autorité qu'il ne compromettait jamais.
c Son fils, qu'il a élevé sévèrement, mais avec modération et justice, a une conduite irréprochable et por-
lera dignement la réputation paternelle. M. Nettement est désolé de cette mort, qui lui enlève un de ses meilleurs amis.
(( Par ce triste événement, je n'ai plus de chambre à Paris, et je nen suis que plus satisfaite de savoir que j'aurai Frantz pour mon voyage obligatoire du carême. Je lui écrirai bientôt, car il lui faudra peutêtre un certain temps avant d'obtenir un congé, o
Zénaïde Fleuriot était liée à M. Lecotïre et à sa famille par une sympathie moins banale que celle qui existe généralement entre auteur et éditeur. Comme son ami, M. Nettement, Jacques Lecoffre avait deviné la valeur littéraire d'Anna Edianez, lui épargnant les difficultés et les découragements d'un début obscur. Depuis sept ans qu'il imprimait ses ouvrages dans la Semaine des familles , sa bienveillance ne s'était jamais démentie. Elle lui en garda, jusqu'à la mort, une véritable reconnaissance.
Mais ce' n'était pas seulement de M. Lecoiïre. c'était encore de tous les siens qu'elle avait conquis le cœur. Elle allait généralement à Paris chaque année, vers le carême, pour traiter de ses affaires littéraires, et telles avaient été les instances de la famille Lecoffre, qu'elle ne pouvait descendre ailleurs que chez eux, où elle était traitée comme la meilleure des amies.
La mort du chef de la maison ne changea rien aux procédés de sa femme et de son fils; Zénaïde continua à trouver rue Bonaparte la plus aimable hospitalité, ainsi que le confirmeront les lignes qui suivent, adressées aux habitants de Chûteau-Billv.
ZKXAIDE FLELRIÔT.
A MADEMOISELLE CLAIRE DE KERÉVER « Paris, Carême 1866.
i^ Votre grosse lettre m'a fait le plus grand plaisir, ma chère Glaire, et je domine un peu la fatigue qui m'accable pour vous répondre. .J'étais tellement exténuée hier soir que je me suis enfoncée bien vite dans mon lit en rentrant. Quelle aimable hôtesse que Mme Lecoffre ! Elle ne sait que faire pour me combler de soins et d'attentions. Chaque matin, je dois absorber une véritable jatte de café; l'autre soir, elle a paru avec un lait de poule, et elle me fait servir de petits vins fins pour me soutenir; je suis confuse de me voir ainsi choyée et gâtée, mais le moyen de refuser à cette bonne et charmante femme!
« Je sors beaucoup avec mon frère: nous allons très souvent chez nos bons amis Nettement, où nous avons dîné hier; mon frère et Guy sont venus me reconduire et ont fini la soirée avec Victor Lecoffre et André Servant.
« J'ai vu aussi la famille Raynaud et Marie de Guérin, celle que sa sœur Eugénie nommait Mimin dans ses lettres. Elle me plaît infiniment, Mimin ; c'est une petite femme maigre qui est beaucoup mieux que sa photographie, avec une figure très bonne et très spirituelle, éclairéepar des yeux brillants. Figuretoi une de nos aimables dévotes, mais avec un accent méridional très prononcé. Elle doit venir me voir aujourd'hui, qui est mon jour de réception, et nous reparlerons du Cayla, de ce frère et de cette sœur quelle a tant aimés et qu'elle a perdus sitôt.
u J'ai reçu de la Bonté même une lettre à faire bien lire par le français qui y règne; non, c'est le latin (juil faut (lire. Pour vice-versa elle écrit comme le v.'rbe visser. Je serai obligée de lui répondre, car sa lettre, chargée de commissions impossibles, était fort amicale.
■ Je vais enrayer ces jours-ci pour aller à confesse, t'I consacrer le matin à mes affaires spirituelles.
M Cela me prendra du temps, mais ce temps sera i)icn employé.
Vendredi, j'irai vénérer les reliques qu'on expose i \otre-Dame ce jour-là. Je nose espérer les voir, tant la foule est immense, mais je ferai tout mon possible ; et décidément, je me tire comme une vraie Parisienne de tous ces atTreux embarras de Paris.
Au revoir, ma Claire: si tu n'es pas en train de manger une bonne miche de pain quand ma lettre t arrivera, embrasse tout le monde à la ronde pour :iioi. Je t'embrasse en particulier, comme je t'aime, le tout mon cœur.
« ZÉXAÏDE. n
Pendant ce séjour à Paris. Zénaïde Fleuriot fit paraître deux volumes, La Glorieuse et Histoire pour '"US. En même temps la Semaine des familles comnençait la publication d'Histoire intime, ouvrage inelle signa, dans cette revue, du pseudonyme de alixte Valanguy.
■ La Glorieuse, dit M. Jouin. est une étude d'une •éalité saisissante; c'est l'histoire d'une femme de petit narchand de province, élevant sa fille dans un milieu pii n'est pas le sien, et lui ménageant pour l'avenir
le dégoût du travail, les rêves insensés et une mort précoce après de violents chagrins. Voilà un livre d'actualité; et je le voudrais dans toutes les mains d'ouvriers parvenus à une aisance relative. Le moraliste égale le romancier dans ce très intéressant ouvrage. »
A SA SOELR
<• Chàteau-Billy, o juin 1866.
u Ma chère Marie,
« Je te remercie de tes souhaits de fête. Ce sont les seuls que je reçoive par lettre. Sainte Zénaïde est enfoncée dans de tels brouillards que mes amis les plus intimes l'ignorent parfaitement. Tu me l'as rappelée à moi-même, et je vais réparer un oubli que je me fusse reproché : je vais écrire à ma marraine dont la santé n'est pas bonne en ce moment. Elle, que j'ai vue si active et si bien conservée, lors de mon der nier séjour à Angers, trottant sans cesse du haut en bas de sa jolie maison, est maintenant terrassée par le mal ; ils sont vraiment dans une période de tristesse.
« Que dis-tu des folies du fils ***? Pauvre mère!' comme je la plains; et cependant combien elle a été coupable dans l'éducation de son enfant I Elle me disait là-dessus des choses incroyables. Elle m'a avoué un jour, naïvement, que la compagnie de Louis ennuyait son père, qui préférait son cercle; quellemème détestait qu'il s'attachât à son cotillon I Faut-il être surpris alors qu'il soit devenu paresseux, flâ-i neur, égoïste, et qu'il n'ait aucune expérience des hommes et des choses? N'est-ce pas aux parents i
apprendre la vie sérieuse à leurs enl'ants? certes, on ne fait jamais les bêtises que ce garçon a faites, tant qu'on reste attaché au cotillon de sa mère. En vérité, ce serait presque un acte de sage égoïsme que de se gêner pour bien élever ses enfants, tant on a de soucis, de craintes et de chagrins quand ils vont de travers. »
La lettre suivante, écrite à sa sœur, fera connaître par quel nouvel acte de dévouement. Zénaïde se décida à quitter la famille de Keréver, qu'elle aimait ^nt et si tendrement, pour venir s'installer à Saint- Brieuc.
A LA MEME
« Saint-Brieuc, 20 juillet 18(56.
« Ma chère Marie,
« Je partage complètement ta manière de voir sur a nécessité de soumettre de bonne heure notre petit iFrancis à un autre régime que celui de Técole de X. C'est un grand souci, car il faut saisir lenfant avant les habitudes ; après, il est presque révolté. Pour son bonheur, il faut qu'il fasse bien naturellement, et voilà où est le danger des défauts qu'on a laissés se développer dans l'enfance ; mais la raison doit s'entourer de délicatesse, on peut être ferme sans froisser ces jeunes âmes. .Jai Ijien réfléchi à tout cela, et pour Voir ce cher enfant bien commencer sa vie de collège, je suis prête à tous les sacrifices. Le bonheur à venir et la dignité de sa vie en dépendent.
ji'iji «< Je n'hésite pas: et quoiqu'il m'en coûte de quitter
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146 ZÉNAÏDE FLELRIOT. .wÀ\
cette famille que jaime comme la mienne, si Frantz veut me confier son fils, je m'installerai pour l'automne à Saint-Brieuc, et je le garderai chez moi en lui faisant suivre comme externe les cours de Saint- Charles. Que mon frère réfléchisse et qu'il me rende bientôt réponse. »
A LA MEME
« Saint-Brieuc, 6 septembre 1866.
<c Ma chère Marie,
« Puisque tout est décidé maintenant pour Francis je commence à chercher un pied-à-terre à Saint- Brieuc; mais, comme je te le faisais pressentir, il m'a été impossible de continuer à refuser d'assister au mariage de Fernand. La famille de sa femme y voyait une impolitesse, et M. et Mme de Keréver eux-mêmes se seraient froissés, bien qu'ils sachent que ce refus m'était dicté par une raison d'économie.
« Je paraîtrai donc à cette noce avec une robe de 9 francs; puisse ma bonne mine sauver cette toi-n lettel Enfin, on aime mieux m'avoir comme cela que pas du tout, et j'avais donné à choisir.
c( Fernand m'offre une glace de 80 francs, je lui envoie ma photographie; c'est un cadeau de senti' ment qu'il accepte au milieu des choses splendides qu'il reçoit de sa famille; mais, je te l'ai déjà dit c'est le caractère le plus charmant, le cœur le pku élevé et le plus loyal qu'on puisse rencontrer. Li jeune femme, bonne, aimable et très capable, m'f envoyé des cristaux pour mettre des fleurs, un gra
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I cieux ornement de cheminée : je lui offre un de mes i ouvrages, encore un cadeau de sentiment; ici du ? reste, c'est apprécié, et c'est une délicatesse bien mal • entendue que de s'endetter pour faire, par amour- ^ [)ropre, des présents au-dessus de ses moyens.
u Je travaille terriblement, car ce surcroît de t dépense pour le voyage, joint aux frais de mon instal- : lation à Saint-Brieuc, jette le désarroi dans mon petit i budget. Et puis, j'ai promis d'acquitter le peu qui i l'esté des dettes de notre père, et cela avant la fm de ! l'année : coûte que coûte, je veux tenir mes engage- I inents.
(( Si le hasard te mettait en relation avec une vieille
servante de presbytère qui voulût une place douce, •mais très réglée, et doû sera banni tout bavardage,
pense à moi. Vie frugale : l'enfant seul, sous prétexte
lie santé, vivra délicatement.
j P.-S. — u II m'arrive de fort mauvaises nouvelle? d'Angers; ma pauvre marraine est bien malade; on braint une alTection de la moelle épinière, ce serait affreux. »
Mais voici que se fait entendre la première annonce, le premier glas de cette épouvantable épidémie de choléra qui ravagea la Bretagne à la fin de 1866 et au pommencement de 1867. Zénaïde ne s'inquiète pas et |ie croit pas à sa diu'ée. comme le prouve la lettre qui fsuit.
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A LA MÊME
« Saint-Brieuc. 2 octoljre 1866.
« Ma chère Marie,
u Je te réponds un peu à la hâte pour vous rassurer tous. Le choléra ne nous approche pas et décroît. Dieu merci! Il n"y a guère de frappés que les ivrognes e1 les trop misérables: je crains beaucoup qu'il ne fasse le tour du département. Je suis à moitié emménagée mais, trouvant prudent daltendre pour Francis, j'a laissé ma servante chez les religieuses de Tréguier ses maîtresses veulent bien la garder jusqu'au momen où j'en aurai besoin. Tu verras, quand tu viendras que je ne suis pas trop mal installée. Ma couchette vient de Paris; mais pour Francis, j'ai fait faire ui excellent matelas neuf qui me coûte autant que moi ht tout entier : je tiens à ce qu'il soit très bien.
c< Si la supérieure du couvent où est ma servante con sent à la garder quelques jours de plus, j'irai vous voir ce sera une semaine de gagnée sur l'entrée en ménage. Mais je voudrais que le médecin me dît qu'il n'y plus de danger et que je pourrai ramener Francis, afin que mon voyage ne fût pas seulement un plaisir mais qu'il eût encore son utilité.
<( J'ai l'intention d'accepter l'invitation de Mme d Kérigant et de passer quelques jours à Chàtel-Audren C'est une si sincère amie ! >
XOLVKLLES l'IHLlCATlONS 149
« Saint-Brieuc, 4 novembre ISHtj.
« Nous sommes à Saint-Brieuc depuis lundi, ma ?hère Marie. Figure-toi qu'en arrivant à Chàtel- À-udren, j'aperçois l'équipage Kérigant. et dedans, le propriétaire avec une figure toute mélancolique. Sa femme s'était cassé la jambe le mercredi; mais elle ivait défendu de me prévenir, craignant que j'eusse reculé mon voyage. Nous avons trouvé la pauvre femme sur son lit de douleur: malgré cela, elle a voulu que nous restions jusqu'au lundi. Francis s'est imusé comme un bienheureux: il veut raconter à son )ère comment, en revenant de Ouintin. nous avons ^té accrochés par une charrette de foin, ce qui. Dieu baerci, ne nous a causé aucun mal et nous a bien ait rire après.
« Je n'étais pas fâchée d'arriver de bonne heure ')Our débrouiller toutes mes affaires à l'institution Saint-Charles. J.'ai vu le P. Villeandré qui m'a parlé les changements apportés cette année dans les ■'tudes, et ma paru très difficile sur le choix des pro- 'esseurs : le bon M. Dutemple s'occupera de Francis, "orabien je m'applaudis d'avoir pu conquérir par lion travail, sinon la fortune, au moins lindépenlance pécuniaire qui m'a permis d'accomplir ce sacrii"e, dont il résultera pour l'enfant un bien immense, ni. je l'espère, retentira dans sa vie d'homme, si Dieu ' laisse vivre.
On a bien raison de dire qu'avec un peu de iiliencc. on voit tout s'arranger en ce monde. Après
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deux servantes qui ne me convenaient pas du tout, je suis tombée sur une fdie pieuse, naturellement douce et bien élevée, qui me va comme un gant. Elle a ses petites imperfections, mais je n'en suis pas moins dans le paradis, après ces deux ennuyeuses et ennuyées. Il aurait fallu des distractions à ces dames, de bons dîners et le reste. Celle-ci s'amuse à son travail et s'accommode de tout. Je te le répète, à cause de Francis surtout, je suis ravie d'avoir eu cette bonne chance; et je bénis mes deux épreuves puisquelles m'ont fait arriver à une personne aussi convenable.
« Envoie-moi la recette « choucroute •> et toutes celles qui sont simples et utiles. Je butine, à droite et à gauche, des conseils et des recettes, quitte à en faire ce que je voudrai. Ma Jeanne-Marie a besoin de s'exercer et je suis moi-même si novice 1 l'économie présidant à tout, je ne veux point de cuisine chère, mais je voudrais que tout fût fait à temps et aussi bon que possible.
« Je publierai deux nouveaux ouvrages dans les premiers jours de l'année qui va commencer; je vous les enverrai aussitôt que je les aurai reçus. Je ne m'ennuie pas; je travaille beaucoup, je m'occupe de notre petit bonhomme, et me retrouve avec la famille de Keréver à chaque instant; elle a pris comme d'hatude ses quartiers d'hiver à Saint-Brieuc.
« La transition est moins dure pour elle et pour moi, puisque je puis voir tous les jours ces excellents amis, ma chère Alix et ses sœurs.
i< C'est un grand plaisir pour ces demoiselles de; venir souvent me surprendre. »
NOUVELLES PIRLICATIONS. 151
A LA MÊME
« Saint-Brieuc. 10 janvier 1SG7.
u Ma pauvre marraine est morte, ma chère Marie, Dieu la rappelée à lui, jeune encore, puisqu'elle était dans sa cinquante-huitième année. Cette nouvelle était attendue, mais ne m'en a pas moins serré tristement le cœur.
u J'ai envoyé Francis dîner seul chez les Keréver ce soir. ■>