CHAPITRE VI
Mort d'Alix de Keréver.
Premiers rapports avec les religieuses auxiliatrices des âmes du Purgatoire (1867).
Dans une enveloppe sur laquelle on lisait le mot « Reliquise » se trouvait un mémoire, tout maculé de larmes, écrit en entier par la main tremblante de Zénaïde, au lendemain du tragique événement qui devait bouleverser sa vie. « En un jour d'agonie, elle a gravi son calvaire, l'éternité s'est ouverte devant l'objet de ses plus pures, de ses plus profondes affections : la sœur chérie, l'amie bien-aimée est partie pour le ciel. »
Pour raconter la mort de cette Alix tant aimée, il suffira de reproduire les pages où palpite une douleur si intense qu'il fallut appeler un secours divin pour qu'elle pût être supportée.
Ce manuscrit se retrouvera plus tard dans le livre si touchant qui a pour titre Alix^ dont on a dit avec raison « que l'ayant écrit avec son âme, avec son cœur, elle en avait fait un chef-d'œuvre ».
MORT D'ALIX DK KKllEVEIt. 153
.. Sainl-Brieuc, ls07.
« Mon Dieu! Mon Dieu! Il faut que votre nom commence celte page, cette page que jécris, les yeux brûlants, lame troublée. T/était hier; et je ne puis rassembler mes souvenirs à la lois présents et confus. Cependant je veux le faire pour moi et pour ceux qui pleurent avec moi.
<( Le mardi. 12 février, à huit heures du matin, m'a été porté ce coup mortel dont mon pauvre cœur gardera toujours la cicatrice. Jamais le glaive divin ne s'est enfoncé plus vite et plus profondément.
« Je l'avais quittée la veille, pleine de santé. Le mardi, j'allai communier à la chapelle de Montbareil. (Le bon Dieu ma parfois fait sentir presque sensiblement sa présence, lorsqu'une douleur a dû fondre sur moi. Il me fortifiait pour la lutte.
« Je sortais à peine de l'église que j'aperçois ma servante qui me fait un signe: je presse le pas.
(( Mademoiselle, venez vite!
« — Pourquoi? »
« L'idée d'un malheur m'entre instantanément dans 'âme. Je pense machinalement que Francis est :ombé, s'est tué. Mon cœur bat. on dirait que lui ^ait pourquoi.
« Venez vite, venez, reprend-elle.
« — Mais qu'est-il arrivé?
« — Mlle Alix est très mal ; elle vous demande, on
vous cherche de tous côtés. »
« Alix très mal ! quels mots ! Et l'accent avec equel ils sont prononcés les rend tranchants comme a vérité.
i:j4 zenaïde flelriot.
<* Je prends ma course; mes jambes fléchissent ; jt^ les force à marcher.
«J'arrive. Dans Tescalier. je rencontre des visages épouvantés, désolés. Un bruit de sanglots, un mot : « le choléra » frappent mes oreilles, mais sans ajouter à mon affreuse impression. J'entre éperdue dans la chambre d'Alix. Ma chérie est là couchée, les yeux atlreiisement cernés. Mon Dieu! Mon Dieu! Je lembrasse : elle me dit : " Oii étiez-vous donc? »
« Une crise survient.
(' Je vais crier, s*écrie-t-elle. les crampes me saisisce sent. » Un moment, elle se retourne vers le médecin qui est là, debout comme un juge, et avec une figure suppliante, un accent déchirant, elle dit :
(( Docteur, sauvez-moi! »
« Les crises s'apaisent; mais le terrible cerne des yeux ne s'atténue pas.
« Son confesseur arrive. Elle consent tout de suite à se confesser.
« Nous quittons tous la chambre pour un instant.
« Xous sommes rappelés.
« Elle paraît beaucoup plus calme; elle ne demande plus la vie. Sa figure est parfaitement sereine.
« Elle reste ainsi quelque temps; de loin en loin, surviennent de petites crises; mais il y a du mieux. Elle me dit avec son meilleur sourire ;
« Il me semble maintenant être en Paradis. »
« Le médecin nous engage à la faire changer de lit ; elle me dit ; " Je veux marcher. »
" Hélas! elle marche, mais couchée sur mon épaule. Cette faiblesse m'épouvante.
(' Le mieux continue.