‹ Zénaide FleuriotChapitre 34 sur 79 · A M-"' LA PRINCESSE ^V1 T T C. E NST EIN · texte numérisé non relu

A M-"' LA PRINCESSE ^V1 T T C. E NST EIN

.. Rome, le 23 juillet 18b7.

« Madame,

u Une très vive contrariété vient stupidemen empoisonner ce que Mme de Blocqueville appelle les saintes joies romaines. Ce matin, j'ai été introduit* chez le savant de l'autre monde, dont vous avez ei l'amabilité de me faire faire connaissance.

- On m'accueille avec un plaisir évident à cause d< vous: je me sens très intéressée, je tire bien vite moi portefeuille pour faire apprécier la médaille que vou m'avez confiée. La pièce a disparu; la chaleur i dégommé sans doute la toile de mon portefeuille, étTî

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laissée «jfli^ser! J'ai couru à Saint-Pierre, me rappelant que j'avais entendu tomber quelque chose dans la tribune. On n'a rien trouvé. Je vais chercher partout, et je retournerai chez Mgr Ferraris, où j'ai tiré aussi ce malheureux portefeuille que je croyais sur. J'ai encore une espèce d'espoir: et dans tous les cas, ne pourrai-je vous envoyer de Paris quelque curiosité numismatique que vous otTririez en compensation?

« Vos paroles dhier me rendent cette aventure d'autant plus pénible. Voilà comment a fini, dans le trouble et le désagrément, une journée commencée par une visite à la marquise douairière de **' que j'ai trouvée au lit, souffrant dune bronchite qui m'a tout l'air d'un asthme. Le désir de vous être agréable, en essayant de vous remplacer aujirès d'elle, m'avait fait prolonger ma visite et assister à l'exhibition d'un grand tiroir plein de manuscrits. J'ai écouté, en luttant vaillamment contre le sommeil, des scènes d'amour très passionnées, écrites en si vieux style qu'elles étaient presque bien placées sur les lèvres qui les lisaient. J'étais donc fort contente de moi, quand j'ai découvert la perte de cette malheureuse pièce.

« Si je connaissais la personne de qui vous la teniez, (j'irais de suite maccuser. Enfin, madame, je cherche un moyen de réparation, et- ne trouve que celui-ci : vous envoyer de Paris ou de Bretagne une j^ièce quelconque d'une valeur certaine.

« Je ne puis vous exprimer assez la vivacité de mes regrets. >

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A LA MEME

' « Paris, 30 juillet 18G7.

« Chère madame,

(( Si mon esprit, et surtout mon cœur, avaient pu seuls vous écrire, vous auriez déjà reçu de mes nou velles; mais il fallait que ma main s'y prêtât, et nu main n'en a pas eu la liberté.

« Vincent, m'ayant quittée avant le départ, ni pas pu voir arriver Mmes de Cathelineau. Elles m'on rejointe à temps, et nous avons supporté ensemblt les fatigues et les ennuis du voyage. Leur sociét( m'a été extraordinairement précieuse; j'avais le cœu si noir, si serré. Seule, j'aurais fait un bien pénibl Voyage, je Vous assure. Nous nous sommes séparée à la frontière de France.

« A mon arrivée à Paris, j'ai craint pour ma malle qui ne m'avait pas suivie, et contenait des valeurs or, jugez de mon anxiété. Conime j'avais perdu 1j clef, j'avais eU l'imprudence de ne l'assujettir qu'ai moyen de simples cordes; mais, heureusement, j l'ai retrouvée avec son contenu intact.

u J'ai remis, hier au soir, vos lettres à Mme d Blocqueville, toujours aussi gracieuse, aussi sym palhique que possible; mais comme je vous regrette Vous ne m'oublierez pas, chère madame, vous n' serez point perfide pour moi, comme on l'est tro] souvent dans le grand monde?

« Quant à moi, je n'oublierai jamais votre bienveil lante amitié, ni le soir où vous m'avez coilïée e parée de vos propres mains, pour que je pusse assiste

RETOUR A PARIS. iy i

lune (le vos réceptions, ni les bouquets de violettes que vous aviez si délicatement choisis pour me les poser dans les cheveux, car vous saviez bien (jue je Qe consentirais pas à porter des fleurs éclatantes, avec le deuil que j'avais dans le cœur. Tout cela me demeure présent. .J'admirais votre esprit: mais mainenant jaime votre personne: et, quand lafTection le joint à l'admiration, cela constitue un sentiment pii n'est point éphémère.

( Je n'ai pas manqué de dire à Mme de Blocquenlle combien vous étiez reconnaissante de ce qu'elle ût fait connaître votre Sixtine à ses amis. Elle idmire sincèrement votre talent et nous nous entenlons parfaitement là-dessus. Sitôt que je pourrai, je n'occuperai delà médaille: et j'espère être assez heu- 'euse dans mes recherches pour vous faire oublier non étourderie.

< Je suis de toute manière enchantée d'avoir fait in voyage à Rome. Il me semble avoir bien attaché sur mes épaules la croix que je traînais si péniblenent: et, puisqu'il a plu au bon Dieu de m'en accabler, j'espère la porter courageusement désormais, vlais je me sens toujours bien faible, et je vais aller :)uiser la force à sa divine source. Pour cela, je ferai an séjour dans mon couvent du Purgatoire, dont je rous ai tant parlé. Je demanderai à Mère Marie de *'* ^'obtenir pour moi une retraite préparatoire à mon admission dans le tiers ordre, où, tout en démenant dans le monde, je mènerai une vie plus rapproîhée de Dieu, consacrée à prier et à mériter pour ma wen-aimée Alix.

« Je ne sais si vous aurez reçu les livres que j'avais

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recommandé de vous envoyer; mais je vais m'en informer. J'aurai ainsi, de loin, le plaisir de penser que parfois vos yeux et votre cœur s'occupent de moi .

« Adieu, etc. '^

Le 8 août 1867, Zénaïde Feuriot commençait une retraite dans son cher couvent.

Xous retrouvons les échos de ces heures de solitudiet de prière dans un cahier de pensées intimes, dont quelques-unes nous paraissent de nature à pouvoir être communiquées aux lecteurs de sa vie, sans trahir les secrets de sa conscience.

« La fin de V homme. »

« Ma fin, c'est de louer, d'honorer, de servir Dieu; et par ce moyen, sauver mon âme.

« Servir! mot profond, même humainement parlant. Qu'est-ce que servir? C'est appartenir à quelqu'un, aller où il veut, faire ce qu'il dit de faire, se dépouiller de sa volonté propre, pour agir en tout d'après la volonté d'un autre. Cet autre, pour nous, ce Maître, c'est Dieu.

« Je l'ai mal servi, je ne l'ai pas servi, je veux le servir, je veux sauver mon ame.

« Mon Dieu, faites que ma volonté, ivre d'orgueil et de folle indépendance, ploie sous votre joug. Vous êtes mon maître, je me mets directement à votre service. Parlez,... j'obéirai! Je me pénétrerai de cette vérité que vous êtes toujours à portée de me voir penser, de me voir agir, de m'entendre parler.

« Mais, s'il est beau et indispensable de servir Dieu, je ne dois pas oublier que le servir, c'est entrer

PUK.MiKHiù IIKIHAITI:. l'J'J

• lans la voie des sacrifices : je veux Jes retcartler rn face, les palper pour ainsi dire, afin dembrasser ( <)urag:eusement cette pratique de la vertu, à laipielle je n'ai accordé jusqu'ici ({u'une admiration -lérile.

V Juserai de mon propre »Mre en vue de Dieu; je me priverai.

'( La privation, que j'ai abhorrée, est dune néces- -iié que je reconnais pleinement. Résister aux con- \nitises de l'àme, du cœur et des sens, c'est servir !)ieu. User, pour Dieu seul, des créatures, de tout ce qui est hors de Dieu, c'est servir Dieu.

• Que Dieu me donne le courage de ne plus regarder comme un élément de bonheur l'amour du créé.

u Je recommence ma vie et je la veux plus pure encore, plus étroitement unie à Dieu.

u J'ai connu la mort, je l'ai embrassée dans ce que j'avais de plus cher, je ne veux plus désirer qu'une chose : bien mourir.

« Il n'entrera rien d'imparl'ait dans le ciel: de là, nécessité d'un Purgatoire.

(« Mon Dieu, vous m'avez fait y descendre vivante en appelant l'âme d'Alix. Un des buts de ma vie sera de mériter, de prier, de soulïrir ■ pour elle! »

<« Je viens de méditer l'appel d'un roi temporel pour aider à contempler l'appel dun roi éternel. <v Mon cœur bal. ma foi tressaille, une ombre

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divine et aimée apparaît enfin : voici Xotre-Seigneur Jésus-Christ.

« Qu'il soit le bienvenu, ce Désiré de mon âmel

<■ Je vous ai bien mal aimé, mais je vous ai aimé, ô Jésus!

(« Que de fois je me suis tournée vers vous dans mes angoisses 1

« Que de larmes ont jailli de mes yeux d'enfant ingrate, en regardant votre corps sacré cloué sur la croix, en contemplant votre tête divine couronnée d'épines.

« Je vous ai bien mal aimé, ô Jésus, mais je aous ai aimé.

« Que de fois, en lisant les actes de votre vie mortelle, n"ai-je pas abandonné le monde présent pour me plonger dans ce passé sublime!

(« Je vous voyais et je vous suivais de loin. Je vous regardais marcher sur le bord des lacs , bénir les petits enfant<. guérir les infirmes, ressusciter les morts.

« J'entrais avec vous chez Marthe, et je me cachais dans les plis de la robe de Marie pour être à vos pieds et vous écouter.

(' Je montais avec vous sur la montagne, et j entendais, avec une émotion mystérieuse et inexpliquée, tomber de vos lèvres cette parole profonde que je devais bientôt comprendre :

« Bienheureux ceux qui pleurent! •>

'^ Je vous ai bien mal aimé, ô Jésus, mais je vous, ai aimé.

« Que de fois, avec les yeux de l'esprit, je vous ai contemplé dans votre chair mortelle! Jadmirais votre

niEMlKRF. RETRAITE. 201

boautô surhumaine, j'adorais votre boulé divine, je vous suivais pas à pas, dans votre passion, les larmes aux yeux, l'angoisse au cœur.

u Je vous ai bien mal aimé, o Jésus, mais je vous ai aimé.

K Que de fois, en sentant se creuser dans mon être un vide affreux que les choses créées ne pouvaient remplir, ne vous ai-je pas crié dans ma détresse : prenez-moi. Seigneur! Prenez ces facultés et dirigezles, prenez ce cœur avec ses tendresses débordantes, ses soifs inextinguibles, ses aspirations sans cesse renaissantes.

« Je vous lai dit. ô mon Sauveur, et je vous le redis non point à l'heure passionnée ou désolée des découragements, mais à Iheure calme de la réflexion sérieuse :

(i Je vous ai bien mal aimé, ô Jésus, mais jai la volonté de vous beaucoup aimer. ••

« Jésus en croix. ■>

« Que de fois cette scène terrible, sanglante, cette scène sublime du Calvaire m'est apparue I

« Les prophètes l'avaient prédite, les poètes l'ont chantée en essayant de tirer de leur lyre des gémissements surhumains, les peintres et les sculpteurs ont essayé de la reproduire dans toute son horreur, dans toute sa beauté.

« Ce drame divin ne se chante, ni ne se peint: il i se voit, il se sent par le cœur. C'est le cœur qui doit gémir, prier, pleurer.

(t Jésus, Jésus, laissez-moi embrasser le pied de votre croix, et rester là, abîmée dans la méditation

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de votre amour, de vos souffrances, de mon ingratitude.

« Quelques minutes sur le Golgotlia font tant de l:)ien à l'âme; mais pour contempler ces scènes divines, il faut vivre d'une vie surhumaine, ou bien il faut être soi-même attachée à une croix que Dieu, dans sa rigueur, peut-être dans sa justice, peut-être dans sa miséricorde, vous a envoyée.

c( J'ai la mienne, o Jésus; elle est là sur mes épaules qu'elle a Jjien fait saigner. Je veux vous suivre en la portant, et aller parfois la déposer au pied de la votre, à cette heure suprême où s'accomplit le mystère de la Rédemption.

« La parole du Sauveur s'est vérifiée, il est ressuscité:

« J'ai écouté mon ame languissante, elle a tressailli, je lai sentie revivre. Alléluia!

« Il y a donc en moi quelque chose qui a ressuscité.

<( Je ressuscite à la vie spirituelle, surnaturelle, et pour toujours, car ma consolation est en Dieu.

(' Ce mot de résurrection ne fait-il pas battre le cœur quand le cœur a souffert par la Mort, quand un jour une main glacée en a arraché les fibres les plus sensibles?

u II est ressuscité, elle ressuscitera, je ressusciterai. Souffre donc avec patience, ô être désolé I Le temps passe vite: l'éternité, le temps de la résurrection, n'est pas loin. »

IMlE.Miklli: ItKTKAUt:. 203

Hésolul'ions de ma Retrait''.

u 1° Servir Dieu !

t< Priant, soutîranl. aiiissaiil devant Lui. en motlrant pour Alixl

(. 2° Entrer dans le T. 0. des Auxiliatriros du purgatoire.

« S*' Mener une vie sérieusement clirétienne et solitaire dans le monde.

c( 4° Garder un deuil rigide.

u 5' Retourner à Saint-Brieuc. où je moecuperai de mon petit Francis.

« G" Xe prendre aucune détermination grave avant la fin de mon année de deuil, février 1868.

<( Ce dernier avis m"a été donné par le Pv. 1^. Olivaint qui a dirigé ma retraite. Jen reconnais toute la sage prudence, et j'y obéirai.

.< Paris, le lo août iSCI. •■

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