‹ Zénaide FleuriotChapitre 41 sur 79 · INSTALLATION A PARIS · texte numérisé non relu

INSTALLATION A PARIS

)pper; et pour l'amour de vous et pour le bonheur

Alix, je ne remuerai pas trop; je les laisserai s'iraoser à moi: je me les mettrai au cou. comme une haine déternité, de sorte que, en définitive, je serai

vous, bien à vous. Je penserai à vos pieds: j'écrirai, eus présent, et je ne refuserai rien de ce qui pourra burner à votre gloire. Je paraîtrai le moins possible, achant bien que si je me nourris d'amour-propre, je ivrai dans rillusion.

' « Je ne suis qu'une enfant en fait de foi: et pour ue les grandes vérités me pénètrent, il me faut en ivre. Avec la légèreté d'esprit qui m'afflige parfois, vec mon imagination toujours active, ma mémoire, la terrible et dangereuse mémoire, il faut doublelent m'appuyer sur tout ce divin: il faut me 'assimiler par la rétlexion et l'étude. Mon cœur 'échautîera d'autant plus.

« Suis-je appelée à la vie religieuse? Vous seul le kvez, ô mon Dieu! Moi. je ne sais que prier, vous coûter et aussi souilrir.

« Mais je ne résisterai pas à la grâce si elle me emande de suprêmes sacrifices; je sais qu'elle me 3S rendra possibles, faciles. Je ne lai jamais tellement enti.

o Mon âme pourra donc s'élever, peu à peu, vers [Époux invisible des âmes; mes yeux se détacheront,

jamais, du bonheur humain, pour ne voir que éternel bonheur.

' « Cela me fait soutïrir, cela m'effraie, et parfois ela me ravit.

« Ce sera un martyre et une liberté.

« Mon Dieul c'est à vous que je confie tout cela;

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mais je reste docile sous votre souffle, sous votr main, sous votre volonté :

<- Car tout le bruit divin me laisse encore entendre Le calme battement de mon cœur adouci; Là, pour bénir le ciel, chante une voix plus tendre. Ne laisse pas. Seigneur, le monde me reprendre; Fais que je meure ici! >•

Et Zénaïde Fleui'iot , après cet élan généreux envoya à sa chère mère Marie de ***, comme résum de ses résolutions , sa photographie qu'elle ava naïvement ornée d'une pèlerine et d'un bonnet d'aux liatrice dessinés à l'encre; puis elle partit pour ] Chapelle du Gesù, afin que le révérend père Olivaii approuvât et encourageât u son héroïsme ».

Dimanche 1 novembre, il heures.

(< .J'ai vu ce matin le révérend père Olivain Après avoir lu mes résolutions avec beaucoup ( gravité et d'attention, le bon père m'a rendu me cahier en souriant ; puis il m'a dit : « Xon : ma chè « fille, je ne vous crois pas appelée à la vie re

« Vivez dans le monde en vraie chrétienne ; servez Dieu par votre plume. i

« Votre nature, habituée à l'indépendance, ne su porterait pas les bandelettes de l'enfance re gieuse; elle aurait des soubresauts qui les bris raient et vous en concevriez ensuite des remorc u L'esprit est prompt, mais la chair est faible. : « Abordez franchement la voie des préceptes, sa vous engager néanmoins à ne pas faire de teni

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u en temps quelques petits voyages dans celle des « conseils. Demandez, de ma part, à votre chère « mère Marie de *** de mettre de l'eau bénite dans u votre encrier, et de vous recevoir sans inquiétude « au parloir, fût-ce même plus souvent et plus longci temps que d'autres. En élevant votre esprit, en « éclairant votre foi. en élargissant votre cœur par « une charité de plus en plus universelle, elle fera en « même temps du bien à vos 500 000 lecteurs. Allons! « mon enfant! terminez votre retraite dans la paix et u la confiance, et regardez-moi toujours comme « votre père. »

« Merci, mon Dieu! quelle paix me donnent les décisions de ce saint religieux; c'est comme si j'avais entendu votre propre voix.

« .J'aime tant, Seigneur, à trouver la vérité et la clarté dans ceux qui vous représentent. En deux imots, je suis mise en présence de la question nette- (ment posée : Préceptes ou Conseils?

<( J'ai compris. Avant d'écrire mes résolutions, je vais raconter ma vie à ce petit cahier qui contient des choses si intimes. Oue je sois droite, bien droite devant vous, mon Dieu! renouvelez, jusqu'au fond de mes entrailles, l'esprit de droiture.

I « Je vais avoir bientôt quarante ans. i « Si je mourais en plein temps de paix, et que certains journaux fussent à court de copie pour les Inouvelles diverses, on serait capable déparier de moi; ce qui serait se tromper sur moi. personne ne sait ma vie que mère Marie de ***.

« Dieu, dans son extrême bonté, m'a tenue, comme

par un fil, au-dessus de l'océan que je devais traverser. Grâce à ce fil, ma petite barque s'est toujours promenée librement, fièrement, et n'a touché aucun écueil réel. Si je nai point connu les ports où Ton croit jeter l'ancre, ni les flottilles où Ton se figure pouvoir naviguer de concert, je n'ai point connu les orages ni les naufrages. Dieu me tenait dans une perpétuelle jeunesse et un irrassasiable amour d'idéal.

« A dix ans, j'avais cinq ans; à vingt ans, j'avais dix ans; et la proportion s'est gardée jusqu'à ce moment où je jouis de la plénitude de la vie.

« C'est l'heure du midi pour moi, l'heure de la grande lumière, et je sens monter à mes lèvres une hymne de reconnaissance. Je n'ai plus seulement des goûts d'hermine, j'ai le culte de la vertu; et je déclare que les sacrifices qu'elle impose sont largement compensés par les avantages qu'elle procure.

<( J'ai eu mes douleurs, mes souffrances, mes joies, peu de joies, excepté du côté divin; les unes et les autres sont le secret de Dieu et des âmes saintes et splendides qu'il a placées sur ma route.

« Je veux le remercier de tout : de mes parents vertueux et chrétiens, d'une santé sans défaifiance, d'une enfance pure, d'une piété d'abord peu éclairée, mais profonde, de charmantes et fidèles amitiés, de religieux dévouements , de grâces étonnantes qui m'ont singulièrement préservée et fortement enseignée.

u Ma vie, dont personne ne connaîtra les vraies épreuves ni les vrais bonheurs, est tout un miracle de grâce.

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