INSTALLATION A PARIS
- Je n'ai pas travaille vainement, je l'espère; et mes (.livrâmes sont un fidèle écho de moi-même. Néanmoins je n'ose croire que le talent qui ma été confié ;iil suiTisamment fructifié, et je taille la bonne petite •>lame qui m'aidera à gagner le seul bonheur enviable,
lui qui survit à la mort.
w En attendant, je chante mon action de grâces d'avoir toujours eu une vive horreur du péché et une soif inextinguible d'infini, ce qui a formé une sorte de paratonnerre au-dessus de ma tète.
u Ardente, aimante, imprudente par ignorance, assez bien douée extérieurement pour plaire, j'aurais pu, comme tant d'autres, errer du côté de l'esprit ou du côté du cœur.
« J'ai effleuré la jalousie, l'hypocrisie, mais toujours quelque révélation providentielle venait m'éclairer et éteindre les fausses lumières. Mon cœur, très fidèle, a soutTert de certaines laideurs; mais ne s'étant jamais absolument engagé, n'a eu à briser que de généreuses illusions.
u Je ne me suis pas mariée parce que Dieu ne Ta pas voulu. Un seul projet de ce genre m'avait ébranlée. Le jour où j'avais écrit un oui formel, celui qui devait m épouser mourait subitement.
« Dans cet événement absolument imprévu . je reconnus le doigt de Dieu. Or on a beau faire : ce que Dieu ne veut pas ne s'accomplit pas.
« A cette heure recueillie de mon existence, je ne puis que le louer de son adorable conduite sur sa i pauvre servante, qui l'aime et le bénit de tout son cœur.
« D'après cet ensemble de réflexions, de souvenirs,
250 ZÉXAÏDE FLEURIOT.
et les conseils du révérend père Olivaint, je formulerai des résolutions pratiques, prenant devant Dieu rengagement solennel d'y demeurer fidèle.
« Ma vie sera laborieuse, car je désire servir Dieu, tirant de mes facultés tout ce que j'en pourrai obtenir.
« Je désire me rapprocher de Notre-Seigneur .Jésus- Christ, vivant habituellement avec lui. Pour cela, je me fixerai à Paris, dans une retraite relative; je me plierai à la régularité, et je ferai passer avant tout les exercices de piété qui me seront conseillés.
(( Dans le monde, je serai décidément, irrévocablement placée sous l'étendard de Jésus-Christ; ma conduite se conformera à mes croyances, sans respect humain. Je ne veux plus rien donner à forgueil, « au « paraître ».
« Je conserverai des vêtements de deuil.
« Je ne veux pas rester un jour sans faire d'une manière ou d'une autre quelque mortification pour Alix, dont la mort a été pour moi comme une révélation de la vraie vie, et à laquelle je veux demeurer fidèle jusqu'à la mort et au delà. Dieu m'en fasse la grâce î
« ZÉXAÏDE FlEURIOT. )) « Paris, 10 novembre 1868. »
A LA PRINCESSE WITTGEXSTEIN
« Paris, il novembre 1868.
« Chère et bonne Princesse, « Mme la marquise de Blocqueville m'a raconté avec émotion l'immense danger que vous avez couru.
INSTALLATION A PARIS. 2ol
llélasî ces affreux brigands pouvaient vous tuer, afin dètre sans témoins, quand ils ont forcé votre coiïVe et enlevé tous vos diamants; grâce à Dieu, ils les ont emportés sans vous faire aucun mal. mais on tressaille en songeant à ce qui pouvait arriver : les hommes sans Dieu sont capables de tout!
« Je tiens à vous écrire aujourdlnii. d'abord pour vous exprimer ma joie de ce que vous n'ayez pas été assassinée; ensuite, pour vous adresser mon compliment de condoléance sur la perte de vos diamants (je fais des vœux pour que ces bandits soient pris et pris à temps pour rendre gorge ; et enfin, pour vous rassurer sur mon sort.
« Comme conclusion de ma sérieuse et bénie retraite, je n'abandonne ni la Bretagne, ni la campagne, ni Francis, ni mon apostolat par la plume. .Je me rapproche du centre, où mon âme et mon cœur trouvent la vie surnaturelle, Je n'habite pas le vrai Paris, le Paris dévorant.
(( Un mot va vous peindre sous son vrai jour ma position. Je ne quitte pas. je ne quitterai jamais mon deuil, un deuil adouci, éclairci, mais un deuil: or, à Paris, une femme en deuil est une femme à la mer. Je vivrai indépendante , paisible dans mon coin , entourée de quelques amis vrais, et ne regardant que I de loin passer le Paris bruyant, fou, ivre.
« Moi aussi, chère Princesse, jai enfin l'ambition d'amasser un peu de ces trésors dont Xotre-Seigneur a parlé, que la rouille ne consume pas, et que le voleur ne dérobe pas. Le plaisir n'est pas le moyen, je ne le \eux pas prendre, ^'ous avez saisi ce qu'est ma vie à Paris, tranquille, uniforme, laborieuse
comme une vie de province: le cher souvenir d'Alix me garde de rentraînement et de la vanité. Voir danser maintenant me îerait volontiers sangloter; toute réunion bruyante, tapageuse, me serre le cœur.
« Je n"ai donc point grand mérite à ne pas livrer à l'enivrement un reste de jeunesse dont il vaut mieux concentrer que disperser les forces. Dieu me soutiendra, et aussi les âmes que sa douce Providence a placées sur mon chemin, juste au moment où j'y tombais tout de mon long.
« J'ai trouvé à Paris, chez une descendante des grands .Murray, sœur de la princesse de la Trémouille, une vie quelque peu idéale. Je n'aurais jamais osé rêver aussi bien.
« La maison, pour Paris, est très riante; de ma fenêtre, je vois des lierres traînants et grimpants; les oiseaux se baignent sous mes yeux, dans un charmant bassin ovale, dont une enfantine nymphe en bronze occupe le centre, et j'ai une très grande part de ciel. Mon hôtesse est une femme douce, distinguée, spirituelle: les dames pensionnaires sont choisies, et. pendant le repas, leur conversation est un vrai charme. Il y a ici, dans toutes choses, un véritable parfum de bonne compagnie. Être libre et n'être pas seule, n'est-ce pas une heureuse situation?
(( Je suis à deux pas de mon couvent du Purgatoire et de mes meilleures amies.
(( Au printemps, quand l'atmosphère de Paris me pèsera sur la poitrine, je courrai à mon beau château du Bois-Rooer, où un cœur fidèle et une bien forte âme m'attendent.
INSTALLATION A PARIS. 2o3
« Et sil me faut, à tout prix, aspiriM- de l'air breton, je reprendrai le chemin de Ouimperlé.
M Et voilà comment, encore toute chavirée, je conduis ma petite barque sur la mer de l'avenir.
« Adieu, je vous embrasse très fort, comme quelqu'un d'aimé qui vient d'échapper à un danger. »
A LA MÊME
« Paris, 22 décembre 1868.
« Ma lettre cette fois ne vous apportera pas l'odeur acre et saine des fleurs de genêt, mais le parfum d'un cœur reconnaissant. Il m"a été bien doux de vous entendre parler de mon livre d'Alix.
a Je le croyais manqué, comme œuvre d'art, l'ayant construit je ne sais comment, et je regrettais parfois de n'avoir pas su attendre. Chère Princesse, vous êtes pour moi une étoile. Quand vous brillez, je me rassure, j'ai confiance, merci!
«' J'ai livré à l'éditeur quelques-unes de vos pensées sur mon livre, dont elles formeront la plus brillante couronne.
« Je reprends maintenant votre précédente lettre, à laquelle je répondais quand votre appréciation d'Alix m'est arrivée.
u Soyez tranquille. Paris ne me mangera pas ce que j'ai de bon : au contraire. Je vis dans un milieu intelligent et charitable; et avant, j'habitais un coin de province où, trop souvent, j'ai rencontré ce que vous n'aimez pas dans la province.
« La photographie de la princesse de Hohenlohe m'a charmée : elle est votre fille, cela me suffit.
2o4 ZENAIDE FLEURIOT.
« Je continue à être satisfaite de ma nouvelle installation . Mme Murray nest point une femme ordinaire! et comme elle est très bonne, nous nous entendons déjà. Son père a été le dernier gouverneur général quait eu l'Angleterre en Amérique.
« Ma vie, à Paris, me revient à 200 francs par mois, sans compter la toilette, les voitures, etc. Je suis heureuse d'être ainsi débarrassée des petits soucis matériels du ménage.
« Voici ma journée en gros : de six à neuf heures, j'appartiens à Dieu, à mes souvenirs; je prie, plus ou moins bien, dans ma consolante chapelle du Purgatoire. Ensuite, je travaille. Mes après-midi sont dévorées par ceci, par cela : visites, promenades, essai de bonnes œuvres, etc. Cependant j'arrache encore une heure ou deux à ce va-et-vient des jours ordinaires. Je dîne à six heures et demie, je cause un moment dans le salon de Mme Murray. et je remonte. Je lis ou j'écris jusqu'à neuf heures, puis je me couche. Même dînant en ville, je ne dépasse pas onze heures. C'est une vie bien sage, n'est-ce pas? j'espère devenir meilleure, afin de donner plus de prix à tout ce que je fais.
« Votre jugement sur la province est d'une vérité saisissante. On dirait que vous y avez vécu. La campagne est autrement attachante, et je suis enchantée que vous approuviez tout ce que j'en dis. C'est donc aussi la campagne qui a éveillé le génie en vous? Je me rappellerai toujours votre tableau des Steppes et la visite au Grand-Chardon, lorsque nous parcourions ensemble la Voie Appienne. Je suis la plus is:norante des créatures, mais vous avez le don de
INSTALLATION A PARIS. 2oo
faire comprendre la science; je saisis très clairement tout ce que vous m'écrivez, et j'en suis fière.
« Ma chère Altesse dépouillée par les voleurs, que vous êtes bonne de penser à m'envoyer votre joli papier. Merci à l'avance, et merci encore des livres et du coupe-papier que je reçois à l'instant, avec une lettre charmante de M. l'abbé Sire, toute pleine de respectueuse admiration pour vous et de gracieuetés pour moi. Cette lettre mérite une visite, et je saisirai avec empressement l'occasion de réparer na négligence. Je ne Fai pas revu depuis Rome.
« Je crois avoir compris la forme et la devise du gracieux coupe-papier. Que c'est aigu, tranchant parfois, la Volonté de Dieu! mais c'est elle aussi qui fait tout : la nôtre mise en travers forme une croix 3t n'opère rien. Chère Princesse, je sens qu'il y a oaaintenant des biens que je serais désespérée de me roir ravir, et je me demande déjà, avec effroi, comment mon cœur accueillerait d'autres sacrifices. Enfin ils ne lui seront peut-être pas demandés.
« Je vais porter moi-même votre livre à mon ami Nettement, chez lequel je dîne deux fois par semaine, t qui est pour moi une sorte de second père.
« J'ai revu Mme de Montgommery, et ainsi . à Paris, je vais pouvoir m'entretenir de vous très soupnt, ce qui diminue un peu l'ennui de ne jamais irous voir. Heureux le temps où j'entendais votre voiure s'arrêter à ma porte et où j'accourais, sûre de rouver un regard et un sourire qui me disaient : Soyez la bienvenue! Il est déjà loin, mais comme j'en û gardé le souvenir et comme il m'est présent!
« Au revoir, etc., etc. »
Z^b ZENAIDE FLELRIOT.
A LA MEME
.. Pari?. 30 décembre 1868.
" J'ai reçu, chère Princesse, dans une jolie boîte à mon chitïre, le papier que vous m'aviez annoncé: j'ai vraiment hâte de vous en remercier.
« On a tiré un parti tout artistique de mes deux initiales, et j'en reçois mille compliments.
(( Je suis en train de vous découper en petits articles, pour la Famille. Donner ainsi aux bonnes idées une forme élevée et pourtant compréhensible est rare. Et je ne saurais assez vous remercier de mavoir permis de vous faire connaître. Je ne me rappelle plus du tout si je puis mettre votre nom; et, dans le doute, je n'en fais rien. Je vous dirai ce qu'on pensera de ces articles, que je détacherai et que je raccourcirai pour en former un mets substantiel qui convienne même aux estomacs faibles.
« Hier, pour la première fois, jai dû paraître dans un salon un peu mondain. Comme je me complaisais dans ma simple robe noire devant ces toilettes ridicules! Une dame avait tant de faux cheveux sur la tète, que je ne pouvais m'empècher de la voir coiffée du casque de cuir bouilli des pompiers. Quel dévergondage de toilette en ce moment! Il n'y a plus d'âge, mais du tout! C'est bien laid parfois.
« La date de ma lettre me rappelle que 68 expire. Je vous désire pour 1869, mon illustre amie, tout ce que vous désirez vous-même; et le 1" janvier,
INSTALLATION A l'AlUS. 2:j7
votre nom se rencontrera i)liis (Tune l'ois clans mes [)rières.
« Adieu encore; et merci toujours I »
A LA MÊME
« Paris. 28 janvier 1869.
«< Chère Princesse,
« Un gros rhume m'a pris du temps et m"a empêchée de vous écrire plus tôt : je ferai pour les citations ce que vous voudrez, et jannoncerai votre
olume.
! « Je suis toujours retenue par la pensée de ne pas
ntrer complètement dans vos vues: mais quand
DUS parlerez, vous serez obéie.
u 11 faut que je vous dise que votre livre des Petits
ntret'ipus aux femmes du moud»' est bien manqué bomme forme : jaurais plus de plaisir à annoncer k'otre beau livre de La Prière, après quelques citations im donneront au public le désir de connaître tout
ouvrage, oi^i il se rencontre \ raiment des pages d'une !)eauté écrasante.
t< Je commence à m'occuper d'une œuvre Ad ina- 'orem Dei gloriaui: c'est le révérend père Olivaint qui 'entreprend.
« Le vent n'est pas aux Jésuites par le temps qui
oiirt, chère Princesse: je voudrais savoir la raison 'le cette haine générale, indestructible. 11 doit v en ivoir une, dites-la-moi. Aucun ordre religieux n'est lussi calomnié; et moi, je me prends à les aimer lepuis que j'ai vu de près levu' science profonde, leur Tiodération, leur absolu dévouement au service de
IT
2o8 ZÉNAÏDE FLEURIOT.
toutes les grandes causes. Je soutïre, dans ma justice, de les voir ainsi persécutés à tort et à travers, aussi bien par les lettrés que par les ignorants.
u A l'occasion, je vous demanderai, chère Princesse, quelques nouveaux Serpents et colombes. Je les distribuerai à des femmes intelligentes qui font public; et ainsi, quand, un jour ou l'autre, vous apparaîtrez éditée à Paris, on vous connaîtra. Ai-je bien compris? Puis-je mettre votre nom sous les fragments pris dans La Prière ou ailleurs?
« Je compte puiser, puiser pour la Semaine, tou jours, jusqu'à ce que vous me disiez : Halte-là Adieu, etc. »
A LA MÊME
'. Paris, 3 mars 1869.
u Chère Princesse,
« Il n'est pas de jour que je ne pense à vous e\ voudrais vous écrire; puis il marrive trente-si:j petites choses qui m'obligent à remettre ce plaisii plus tard.
u Merci mille fois des Serpents et colombes. J'ai parmi mes connaissances nouvelles, des femmes d beaucoup d'esprit que vos œuvres ravissent, enthou siasment. Et ce sont des natures très froides, trè réfléchies, qui nadm.irent qu'à bon escient.
« Le carnaval passe inaperçu pour moi, croyez-1 bien, depuis ce carnaval dont le souvenir m'est présent. Toute notre petite société intimp de Saini Brieuc s'était déguisée, et nous n'avions pas sous 1 main de costume théâtral, mais de simples habil de paysanne. J'étais en Lamballaise; Alix poj
INSTALLATION A PARIS. 2o9
ait en reine riiahillement pittoresque des filles de Scaër; et je la vois dansant avec ses jupons courts •t sa croix dOi-. sa grande collerette plissce. tout )ccupée de venir relever mon grand chignon qui 'échappait sans cesse de dessous ma petite coilïe de uUe.
a Ces souvenirs glacent à jamais certaines joies, l désormais j'ignorerai le carnaval. Pour moi , •elui-ci sera plutôt divin qu'humain. Prier en ces ours me console, surtout devant le Très Saint Sacreaent exposé dans ma paisilde chapelle du Purgaoire.
« Je suis toujours parfaitement contente de mon ôtesse.
u J'ai vu les ombres légères, et dessous brille une rès grande Ame. Nous nous entendons bien, nous ous retrouvons avec plaisir à l'heure des repas, et h vois défiler chez elle une série de pensionnaires i e passage qui otïrent de lintérèt. En ce moment, je iiis étudier l'Amérique sur des Américaines, dont esprit positif m'émerveille. Je commence à décourir qu'en Bretagne, nous tournons à la poésie pour lijinsi dire naturellement, et ne sommes nullement •I es gens pratiques.
« Mme de Cathelineau est tout à fait touchée de
olre amabilité pour son cher Henri: c'est un type
•le Breton à son printemps, sérieux et timide. J'aime
)liment mieux ce genre-là que celui de nos modernes
Jelits crevés. Vous aussi, je pense?
« Un sermon du père Gratrv m'a Ijeaucoup inté-
ssée dimanche dernier: il a eu des comparaisons
i rofondes qui m'ont ramenée à vous. Mais il a surtout
260 ZÉNAÏDE KLEUHIOT.
parlé irécoles professionnelles catholiques. C'est une œuvre à créer; et je ne sais si on ne me lancera pas dans ces grands projets apostoliques.
« Adieu, etc. »
A LA MEME
« Paris, 3 avril 1869.
« Votre silence, chère Princesse, me pèse et m'inquiète parfois; mais mon attente est tout à fait sereine, tant que je ne vous sais pas positivement souffrante. Je ne puis perdre la naïveté de croire à la sincérité de certains sentiments. J'ai beau me heurter au factice, au mensonge, aux petites trahisons; je conserve mon propre DonOuichotlisme, je me rends humblement la justice de penser que je ne suis pas coutumière de ces étranges manières d'aimer, et je ferme la porte à triple tour sur mes illusions et sur mon cœur, pour que ce doute mondain et flétrissant ne puisse y entier.
« Je ne vous accuse donc point de m'oublier, je vous demande seulement un mot de souvenir de temps en^ temps, afin que je sache ce que vous êtes : rhuma-^ tique ou occupée.
« Je travaille assez, et le livre que je vous dédie^ avance. Mais je ne sais pas ce qui s'est passé enj moi.
« Dans le temps de ma grande sève, de ma grande jeunesse, j'aimais le dramatique, j'aimais à faire pleurer, à émouvoir. Maintenant que je connaisi l'amertume des vraies larmes et le brisement dUj cœur, je redoute ce qui me rejette dans l'émou-jj
INSTALLATION A PAIUS. 20 1
vaut, ol je lais tourner mon esprit au i^ai, au jM'tillant.
< Du reste, je crois (]ue mes lecteurs ne m'en apprécient que mieux. Ils me disent un grand bien des pages écrites avec cette verve nouvelle, avec cette plume un peu moqueuse, mais profondément catholique. On maflirme que mon Pauvre vieur n'est pas banal. Autrefois je sacrifiais beaucoup à la convention, à ceci, à cela. Maintenant ma plume est une vagabonde qui ne suit que l'impulsion du moment.
« Des amis m'engagent à lire Top fer, mais je m'y refuse. Si, sans le savoir, j'ai le malheur de le mal copier, au moins ce ne sera pas un plagiat, puisque je ne l'aurai pas lu. En défmitive, je trouve que tous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux.
u Vous avez porté bonheur à Alix, chère Princesse; la première édition, deux mille exemplaires, a été épuisée en quatre mois, ce qui est un grand succès, dit l'éditeur.
« Je ne manquerai pas de prier pour vos intentions. "Votre ami doit èlre un illustre, et cela fait douille peine de voir les grands manquer de courage à l'heure de la mort. C'est un si triste exemple pour les petits. J'assistais, hier, à une séance du Corps législatif. J'y ai entendu M. Thiers, M. Rouher, et aussi de légers jFugissements poussés par le puissant Jules Favre, qui a l'air d'un sanglier. J'ai donc vu nos législateurs de près. Ah! quelle désillusion 1 qu'il y en a de vindicatifs, d'emportés, de ridicules. Comme ces passions individuelles, ces mesquines passions de parti me semblent déplacées!
« Ne doit-on pas discuter avec plus de calme les
262 ZÉNAÏDE FLELRIOT.
intérêts dune grande nation? lisse sont tous mis en colère, aussi bien les gentlemen assis aux bancs des ministres que les barbus députés de la gauche. C était à craindre quils en vinssent aux mains. Votre Traité de la bienveillance serait un bon sujet de médi tation pour ces Messieurs.
« Adieu, etc. »
A LA MÊME
« Paris, 16 juin 1869.
« Chère Princesse,
« ^ otre dernière lettre m'est arrivée dans l'oasis de Ouimperlé. J'étais là au milieu des fleurs, et je m'} trouvais bien. Un des motifs de mon voyage avait étt de surveiller les exercices de la retraite de Francis ei d'assister à sa seconde communion. J'ai donc passé dans l'historique et pittoresque petite ville d'Henné boni, quelques jours de repos. Quand je n'avais pa: mon cher enfant, j'allais errer autour des vieille; murailles qui ont vu Jeanne de Flandre, rhéroïqu( duchesse, que nos ballades bretonnes appellent Jeanne la flamme.
(' J'ai assisté, à Quimperlé, aux batailles électo raies; cela a été très ardent; le candidat officiel 1'. enfin emporté, mais j'ai cru un moment que ce Bretons, soulevés par les différents agents, allaienj saisir leur pen-bas et s'assommer au nom de 1 liberté.
u Me voici revenue à Paris, travaillant beaucou et me laissant mêler à bien des choses importantes!
« Paris, chère Princesse, est, l'hiver comme rétéj le même pour moi. De Rome, quand vous aurez u
INSTALLATION A l'AIUS. 2t.3
instant, reganlez. \'ous me verrez très paisiljlement installée dans mon petit coin, racontant, à ma guise, riiisloire de mon Pauvre vieux, ayant, en fait de relations, mes chères religieuses Auxilialrices, quelques intimes et des pauvres, détournant, le plus possible, les yeux du trop séduisant, cherchant à bien connaître. dan s le calme et le silence, la volonté de Dieu.
M ^'ous avez peut-être reçu Mon sillon'^ je m'attends à quelque juste critique, et pourtant jai hâte d'apprendre votre avis sur ces pages.
u Je le sens, je suis dans une phase de transition.
u Puissé-je, en tout, prendre un bon pli. et en perdant d'un côté, gagner de l'autre.
« Le travail intérieur s'est fait lentement chez moi, je m'éveille tard: mais enfin, mieux vaut tard que jamais.
t« Adieu, etc., etc. -^
A LA MÊME
•' Paris. 24 novembre 1S69.
u Chère Princesse, u Les journaux vous ont appris le grand chagrin que je viens d'éprouver par la mort de mon excellent ami Nettement. Il avait été un père pour moi. Je n'ai jamais rencontré de plus belle àme d'homme. C'est vraiment un deuil général. Je ne me rappelle pas lui avoir trouvé l'ombre dune imperfection. Je me dévoue un peu à sa fille, et passe près d'elle le plus de temps possible.
■264 ZENAIDE FLELRIOT.
■■ Jai eu dernièrement la pensée de faire précéder ma lettre par un exemplaire de la lievue des Jésuites^ qui renferme un long article sur votre ÉrjUse: puis on m*a dit que ce recueil était très répandu à Rome, et j'ai compris que ma livraison arriverait après coup, inutilement par conséquent. Voulez-vous me dire si vous approuvez les quelques lignes ci-jointes que je place en tcle de ce Pauvre vieux qui vous sera remis un de ces jours? Je n'ai que le désir devons exprimer toute ma reconnaissance pour votre fidèle amitié, en plaçant votre nom sur ce volume.