‹ Zénaide FleuriotChapitre 44 sur 79 · MARIE DE LA PROVIDENCE · texte numérisé non relu

MARIE DE LA PROVIDENCE

" Rome, 1"' mars ISIO.

u Ma chère Révérende Mère.

u Je vous remercie d'avoir bien voulu, souffrante et occupée comme vous Tètes, me donner vous-même signe de vie. Je retournerai certainement voir le P. Piccirillo et lui parlerai de aous. Nous alloue aujourd'hui chez la marquise di Rende.

« X on : la persévérance de votre alïection nt m'échappe pas, chère Révérende Mère, mais elle ne surpasse pas la persévérance de la mienne. Je suitrès fidèlement, très sincèrement attachée au cou vent. J'y ai reçu d'immenses grâces; et il me semM«

DEUXIÈME VOYAGE A l\().ME. 281

qu"<Milro lui el moi, c'est à la vie, à la inorl. l']t ce n'est pas (run cœur épuisé ou éh'iul. ou (h'daii'né, que part ce sentiment profond ; c'est, hélas! d'un cœur qui n'a que trop de vie, et sur lequel Lien des choses et bien des i^ens aimeraient à établir leur empire. Aussi, croyez que si mon esprit n'est pas toujours souple, mon cœur est toujours sincère. C'est dans votre maison que j'ai rencontré la vérité, la foi vivante. J'ai eu là plus dune vision du ciel. Je ne saurais l'oublier.

^' Celle qui est i- ma Mère » m'a entraînée, non pas dans sa voie, qui est celle des saints, mais aux pieds de Jésus-Christ qui dit : u Venez tous à moi! » Dieu sait que je n'ai en ce moment qu'un chagrin, c'est d'être d'une nature tellement ditlerente de la sienne: c'est de ne pas être ce que je pourrais être, après tant d'apostolique dévouement. Mais les chardons ne sont pas des lis, et elle m'a déjà ôté bien des épines sans tenir compte des piqûres. Puissé-je vivre et mourir dans le rayonnement de sa foi, rattachée à cette chère maison et à vous, ma Révérende Mère, par des liens éternels. Je ne forme pas d'autre vœu. »

A MÈRE MARIE DE

« Rome, 0 mars 1870,

« Bonjour, ma chère Mère; je ne puis attendre pour vous écrire. J'ai à vous rendre compte d'une soirée chez Madame Craven. Votre fdle était la seule ! qui eût une robe montante, et tout unie. Cela ne ; m'embellissait pas. mondainement parlant; au contraire; mais je savais que je plaisais à Dieu ainsi, et

282 ZENAIDE FLEURIUT.

je liai fait que des réflexions qui vous auraient consolée.

« J"ai eu l'honneur de faire la connaissance de Al. l'aljbé Bougaud. un vicaire général, encore jeune, qui a prêché le carême à la Madeleine. J"ai pu le remercier de m'avoir fait aimer sainte Jeanne de Chantai. C'est un prêtre sympathique, sérieux, modeste, dans cette aristocratique cohue.

« J"ai vu des archevêques de tous les pays, Mgr de Mérode. et plusieurs autres prélats de la Cour romaine.

c( Je ne me croyais pas vraiment si connue, ma Mère: mais ne craignez rien, je nai pas laissé mon amour-propre faire des siennes. Je suis rentrée de bonne heure; j"ai fait comme les prélats, qui disparaissaient après dix heures.

u Cette semaine, j"ai suivi le Triduum prêché par Mgr Mermillod à la Trinité du Mont. Il grandit en simplicité, ce qui donne, pour moi, à sa parole élégante une puissance véritable. C'est de la pure et forte doctrine quil nous sert. Et on sent qu'il doit aussi prêcher d'exemple. J'allais un peu machinalement la première fois: j'ai suivi avec le désir de profiter en conscience de ces saintes causeries. Il me semble que je commence à me débrouiller en moinip/ne; mais c'est toujours par mes éternelles comparaisons avec le prochain, par mes éternelles observations que j'opère. C'est })lus fort que moi; cette fois, le résultat est de me rendre énergique. Il faut que je brise avec l'illusion, que je me prenne comme je suis, et que je laisse les autres comme ils sont. J'aurai, pour me consoler, ma chère Mère que j'ai

de[\\ii:me voyage a rome. 283

vue au vrai, puisque je la vois toujours la même, absolument la même. Si je n'avais trouvé cette vérité, en voyant le reste, en approfondissant le reste, je serais devenue tout à fait mauvaise.

« Mgr Mermillod a eu, hier, un mouvement d'une sincérité effrayante. S'adressant à celles qui vivent de Dieu sans humilité, sans douceur, livrées à leurs éi:2:oïsmes ouverts ou cachés, il s"est écrié : « Vous (i tuez notre apostolat. Le monde a l'œil pénétrant, (t il vous voit sans vertus malgré vos dehors de piété. « et il s'éloigne de nous, et il rit, et il a raison: c'est (' vous qui tuez notre apostolat. »

^' Alors, je pensais qu'il fallait bien me résoudre à souffrir pour acquérir un peu de vraie vertu et ne pas tuer l'apostolat de ma chère Mère. Aussi ai-je pris la résolution d'être toujours bien simple et bien effacée.

« Veuillez dire à notre Révérende Mère que j'ai vu la marquise di Rende, qui est vraiment charmante d'amabilité: elle a du lui écMMre ou elle doit lui écrii'e. Mme de C-aramau n'était pas chez elle, nous avons laissé la lettre. •

(( Je vous quitte et je vais au Gesù, me confesser. Pour gagner les indulgences, à Rome, il faut recevoir l'absolution tous les huit jours. Je ne I manque jamais mon oftlce, ni. ma visite au Saint- Sacrement.

« A bientôt! Qu'il y a longtemps que je suis partie, n'est-ce pas? Co-iime je serai-^ seule au monde, si je n'avais pas mon éternelle Mèrel

284 ZÉXAÏDE FLELRIOT.

A LA MÊME

« Rome, G mars ISTO.

u Oui, ma chère Mère, je comprends parfaitement la différence qui existe entre la Jérusalem terrestre et la Cité de Dieu; ce n'est pas la compréhension qui me manque, cest la volonté de me replacer entre les scies et les marteaux, dont jai lelïroi et la détestation.

(■ Je ne le sais que trop, je suis un bloc informe, plein d'aspérités, placé, par la bonté de Dieu, sous une belle pierre, bien polie; mais son frottement, si doux qu'il soit, ne produit-il pas un peu de polissage? C'est de la haute perfection, de demander, à grands et vimis cris, de vraies scies et de durs marteaux: c'est la voix divine dans une âme humaine. Evidemment, ma .Mère, je n'ai pas votre goût de la Croix. Avonsnous, hélas, la même nature? Avons-nous eu la même vie? Avons-nous reçu les mêmes grâces? Puis-je être à votre degré? C'est l'impossible encore. Y serai-je jamais en ce monde? J'ai le ferme espoir de vous retrouver au Ciel: mais, dans ma sincérité, je dois 1 avouer, en me ménageant un long purgatoire.

« Ma pauvre amie *** aura fort à combattre pour son philosophisme. J'espère lui faire du bien, car je ne lui cache pas la vérité et elle ne me sent pas inférieure à elle. J'avais espéré que la mort de sa mère aurait ébranlé « l'arbre •>.

« Le jour de la mort dAlix, je n'avais plus d'orgueil. Il a malheureusement repoussé depuis;

Imais CCS jours-là, il ctait comme un arbre brisé. I Celui de X... a tenu bon, c'est de la haute espèce. Elle est jeune; elle est à Tàge des grandes présomptions; et elle n'a encore rien aimé plus quelle-même. Elle paradera quelque temps; et puis, Dieu aidant, comme c'est une nature élevée, elle se rendra.

u Mes souvenirs à nos pauvres malades, à Mme Décoville, à la bonne .Julie, à Mme Vilmin, et à Louise, qui me fournit l'occasion de mhabituer à la patience. Continue-t-elle à étudier son catéchisme?

« J'ai refusé net de me décolleter pour assister à des réunions sérieuses, mais parées. Le sacrifice a été fait de bon ceur. Je dis nettement ma façon de penser, et quand on veut me lancer dans de trop subtiles questions, je réponds que, comme les évèques, j'ai mon théologien, et que je ne résous rien sans lui : cest ma bénite Mère qui, sur sa photographie, dit paisiblement son chapelet dans mon livre de prières.

« La Supérieure des Filles de la Charité, Mlle Lequète, me témoigne beaucoup d'amitié depuis qu'elle sait mon nom. Je lui laisserai quelques livres pour ses malades, ^'oulez-vous faire prier M. LecolTre de m'envoyer. à Home, une demi-douzaine de Ce pauvre vieux'?

« Paule, qui va mieux, très bien même, me charge de ses souvenirs respectueux pour vous.

« Mon Évêque de Saint-Brieuc m'a présentée à rarchevêque de Reims, Mgr Landriot : vous savez qu'il a beaucoup écrit sur les femmes, et j'étais heureuse de le connaître.

on ombre de

mot et j'adresse mes sincères amitiés à chacune de mon couvent. »

A SA SŒUR

« Rome. T mars 1S70.

(' Je te réponds un mot à la hâte, ma chère Marie. Après un voyage fatigant, mais heureux, je suis arrivée, en fort lionorable et fort nombreuse compagnie, où je me suis enrhumée. Cela est fini, mais je vais être obligée de rattraper le temps perdu et de compter mes instants.

«- Je devrai, à Rome, beaucoup ti-availler; et je ferai seulement de rares apparitions dans les salons les plus distingués, qui m"v sont ouverts.

« Quelques heures passées dans ces cercles sérieux, sans toilette, seront une de mes distractions. Je n'oublierai au L'un de vous près du Saint Père, qui a l'air de plus en plus saint. Dis aux chers enfants que je leur rapporterai des souvenirs de mon voyage.

« Pendant les vacances de Pâques, soyez bien prudentes; les enfants ne sont pas une distraction^ ni un jouet, ni une propriété. Ce sont des âmes prêtées, auxquelles on ne doit montrer que le bien. Il faut garder vi<-à-vis les uns des autres le respect; l'enfant, plus tard, remercierait à genoux ses parents de lui avoir donné de bonnes habitudes : habitude de se vaincre, habitude de penser aux autres, habitude de s'oublier.

" Xe regrette pas ton mal de maui. ma pauvre Marie, il a été voulu de Dieu : mais garde soigneusement la patience qu'il a dû te donner. Xe pas pouvoir beau-

DEL\I1:ME VOYA(iE A ROME. 287

iniip agir est une préparation à la prière qui apporte f.inl de consolations, et par elle, tu te rendras utile i nous tous. Les préoccupations inquiètes ne ser- M lit de rien. L'àme, vide de rêvasseries, monte natuvllenient vers Dieu. Dis chaque jour un chapelet K»iir moi.

« timbrasse maman et les enfants de ma part, etc. »

A MÈRE MARIE DE

" Rome, 8 mars 1870.

« Je viens davoir un grave entretien avec le bon )ère Laurencot. Il a pris la peine de m'expliquer ï fond les questions litigieuses du moment. .Je lui ivais cependant déclaré que je marchais les yeux 'ermés, entre mes deux guides, tant je me défiais de noi-même et des autres. Ce qu'il m'a dit pourra néannoins me servir à l'occasion.

« Demain, je communierai pour la première fois à Saint-Pierre. .Je me repose encore et je reste bien :alme. Le temps coule vite! Cependant, si tout à 'heure des ailes me poussaient, je serais à Paris ce »oir. Mes bons amis de S*** sont ébahis de ma sainte ndifterence, et voudraient me fanatiser de Rome. Ils )arlent à leur aise, eux qui voyagent avec ce qu'ils ')nt de plus cher.

« Sentez-vous un certain allégement de mon départ. Ba Mère? Dites-moi si vous avez reçu mes cinq courners. Une lettre, s'il vous plaîl ? .J'espère qu'il y en a me en route. ■>

288 Z EXAIDE FLEL'R[Oï.

A LA MÊME

" Rome. 11 mars IS'O.

« Il n'y a jamais de ma faute pour les courriers, chère Mère. Cest la grande distance et ces affreux paquebots! Je n"ai même pas attendu votre réponse et j"en suis heureuse, car, tout en gémissant de votre silence bien inexplicable et bien tourmentant, je vousi ai écrit. ,

« Votre lettre affermit ma résolution. Ce matin, J6 me sentais la tête lourde et l'esprit distrait, et je m( disais : Il est temps de mesurer même mon sérieux mondain. Et, comme si j'avais entendu votre chèn voix, j'ai renoncé au vendredi C ***, uniquement poui me coucher tôt, me lever tôt, et faire ma matiné( chrétienne. Si j'étais malade, je me traînerais Paris; si l'encens me montait à la tête, je m'encapu chonnerais.

« Hier soir, chez Mme ***, au milieu de toutes ce fleurs, de toutes ces éloquences, de toutes ces atteni lions, je pensais pourtant en moi-même : Si ma Mèr' me regardait, qu'aurait-elle deviné en moi? Le dési-i de la suivre, de me mettre dans sa poche, et d'aile dire une dizaine de chapelets dans notre salle di travail. Voilà, sincèrement, Mère vénérée, où soDi mes désirs, à Paris, en Bretagne, à Rome, partout'

« Je regrette de n'avoir pas dit à mes amies : « Ecrt « vez-moi sans calculer n. Je vis debout; mes course! sont horriblement fatigantes. Quand j'arrive, je m' délasse en écrivant à mon couvent; mais à d'autres, il est difficile d'en avoir le courage. Elles ne idoutent pas de la fatigue physique que coûte Romàl

dklxiï:me vova(jE a iio.Mt:. 289

Uicn aiiiicalemenl, quelles ne coinpleiit pas avec

ii(»i. Quand on a regardé des fresques de plafond

I tuant deux heures, au bout dune lorgnette, on

TOUNe qu'un besoin : celui de fermer les yeux.

Savez-vous que celle chère lettre, resi.ée poste

nile, a été la cause de ma paresse et du retard de

non envoi? Quand je n"ai pas . ma manne ■>.j"ai tout

m jilus le courage dalleret de venir: mais quand j'ai

.'( u ma céleste nourriture, je me mets à l'œuvre avec

.1 pensée de faire aimer ce que vous aimez, et que

;nme éternellement avec vous.

Je pars pour faire mon chemin de Croix au .«•lisée. Paule me presse. Cet exercice remplace ma Mirée: ma chère Mère est-.'lle contente? •>

A .MAOEMOISELL!-: CLAIRE DE KERÉVER « Rome. 12 mars ISTO.

Tu es à Rennes, ma Claire, je fais une halte pour t'irire. Mon arrivée à Rome a été bien sérieuse; Itnri de Cathelineau était très mal, d'une fluxion de '•itrine. de façon que sa tante Mlle de Ser\igny. qui tait ma compa^-ne de voyage, a été tout attristée à • '11 arrixéc; 11 est guéri, grâce à Dieu, mais nous vous déjà payé notre IriJjul au climat, qui n'était i»'n moins que doux. Garder la chambre, à Rome, ''^t pas intéressant : et ces quinze jours auraient été I utilement ennuyeux, si par la prière et l'acceptation ' cet ennui je ne les eusse cohvertis en petits u'rites.

Maintenant nous arrangeons avec la famille de ■'int^Maclou nos courses pieuses et profanes. Mni«

290 ZÉXAÏDE FLEURIOT.

combien le divin l'emporte ici sur le profane I Que sont tous ces vieux Romains auprès de nos martyrs? C'est toujours la souffrance qui est la vraie grandeur de l'homme. J'étais trop brisée, il y a trois ans. pour goûter ces beautés; aujourd'hui, je vois tout clairement dans les rayons dune foi plus vive et d'espérances mieux atï'ermies. A Rome, on comprend le néant de l'humain, la divinité réelle de Xotre-Seigneur Jésus-Christ et de sa religion. <■ Rome, ainsi « que le dit M. de Pontmartin, donne un double « exemple et une double leçon : elle apprend com- « ment passent les grandeurs humaines et comment <( résistent les vertus divines. »

(' Le monde est ici, la fine fleur du monde chrétien; et les réunions les plus Ijrillantes sont sérieuses. Mon deuil ne m'en exclut pas; j'y rencontre toute l'élite de Rome et de l'étranger. Je suis très connue en Halie, où tout le monde lit le français. Je vois souvent ma chère princesse Wittgenstein qui me comble d'amabilités. Mais, toutes ces brillantes et charmantes relations n'empêchent pas que je ne sente aucun désir de prolonger mon séjour au delà de Pâques, comme on m'y invite.

« J'ai retrouvé à Rome un coin de notre Bretagne : les de Quélen, de la Villechevalier: j'ai aperçu Adèle Le Beschu. je vois souvent Mlle de Trémaudan. Et toi, ma Claire, que fais-tu à Rennes, y soignes-tu bien sérieusement ta santé? Ton ame y trouve -t-ellc des consolations religieuses, pendant ce temps de carême? (' Je prie souvent pour toi, chère fille, afin que la foi, la vraie et solide piété, vivifient ton esprit et ton cœur.

C'est par rameur <{u"il faut aller à Dieu, et par le

. ritlre. Autrement nous ne le trouvons pas, et c'est

HU' lui que nous sommes faits.

(. Je te prie dembrasser bien atTectueusement Emma et Julien. Dis à ce dernier que j'aimerais à le voir faire ses Pâques à Saint-Pierre de Rome, où tant d'hommes accourent de toutes les parties du monde.

M Pour toi. ma Claire, tu sais que je t'aime de tout mon cœur. )

A MÈRE MARIE DE '

« Rome. 14 mars 1870.

i' Ma chère Mère.

« Heureusement que le bon père Laurençot est venu me faire visite comme pour me donner le courage d'attendre un autre courrier.

c< Ne pouvez-vous plus souvent m'écrire un mot?

« Je deviens toute lâche, toute triste quand votre parole me manque. Je suis prèle à m'asseoir entre ces vilains quatre murs, pour ne pas voir que je suis si loin.

« Je désire beaucoup visiter Xaples, mai*^ si je dois voyager seule, je n'irai pas.

« M. l'abbé Bougaud a admirablement parlé à |Saint-Louis des Français. C'est un apôtre de grand talent. Je suivrai la station qu'il donne, car je sens que ma vie de foi s'en trouvera bien.

« Quelle matinée j'ai passée! A la prison Mameriine, à Sainte-Françoise Romaine. Je me rappelais mes visites d'il y a trois an-: j'y ai mis beaucoup plus de foi, jai moins subi l'ascendant du profane.

A Saint-Côme et Saint-Damien, j'étais fatiguée; je me suis assise n'en pouvant plus. « Ces saints étaient « médecins », m'a dit Paule, qui a toujours son guide à la main. Je me suis de suite mise à genoux, et je les ai priés pour la santé de ma chère Mère, et aussi pour la Révérende Mère générale.

(( Mgr de Mérode vient de se casser la jambe. Je l'avais vu la veille chez Mme Craven; le Saint Père sera fort affligé de cet événement.

« Malgré toutes mes brillantes relations, malgré toutes les splendeurs qui m'entourent, je suis vraiment en exil, heureuse que chaque jour me rapproche et de ma patrie et de vous. »

A LA MEME

« Rome, 18 mars 1870.

« Ma chère Mère avait oublié mon numéro 7/ e1 j'étais toute triste, à Saint-Louis, avant le sermon df l'abbé Bougaud. Paule arrive et m'apporte une lettre du 1" mars qui était rest*''e « poste restante ». C'est là près de Dieu, devant lequel je répandais toutes me sollicitudes, que jai laissé mon cœur se dilater e qu'une véritable hymne de reconnaissance s'est échap pée de mes lèvres.

« Oh que si! pensons tout haut ensemble; buvon ensemble la sincérité, la vérité, et n'accusez que m faiblesse. Elle est grande, cette faiblesse, elle a 1 poids de ma nature; mais le fl s'est enroulé autou de mon cœur, et bon gré, mal gré, il me tire vers lei sommets, où vous demeurez ferme pour deux.

<■<• Que ma Mère grandisse, combatte, monte! Je 1

DKL'Xlk.MK VOVA<iK A llO.Mi:. 293

suis do bien loin, en traînant laile, mais son chemin est mon chemin, son Maître est mon Maître, sa foi est ma foi. Je me représente un paj)illon et une chrysalich^ aux ailes tlasques, elle sort de son cocon, mais son frère haie sa métamorphose. Gardez les principes, Mère, les principes sauvent. Chez les gens passionnés de mon espèce, la plupart des sottises viennent de raffranchissement des principes.

u Hélas î le goût de la vie est vivant en moi. parce que je suis pétrie de vie et parce que je nai pas vécu. De là, les illusions, les rêves de bonheur, les regards sur les fleurs de la terre qui s'épanouissent. Mais le temps passe, la raison tend à dominer limpression, et la grâce prend le souverain empire, parce que vous êtes là. priant pour votre indigne fille, la gardant d'aimer ce qui pourrait la perdre, et utilisant ses forces pour la cause de son Seigneur. Seulement, il y aura toujours quelques cris de cette affreuse nature, qui. chez certaines gens, paraît faite pour celte vieille terre de péché.

« Je voudrais bien que la Révérende Mère générale eût au moins de bonnes nuits: otï'rez-lui mon tendre et respectueux souvenir. ••

" Rome. 21 mars ISIO.

a Ma Mère,

«Après avoir entendu la messe dans l'église bâtie sur remplacement de la maison de sainte Paule, qui iaimait tant Blésilla. je viens vous écrire, répondre à votre lettre au sujet de la Ligue de l'enseignement dont s'occupe le révérend père Olivaint. Cette œuvre

peut bien être la réforme du monde, ce n'est pas trop dire. J'ai vu ce que deviennent les jeunes catholiques de province qui ne sont ni des saints ni des sots. Cette majorité qui croit en Jésus-Christ est tout de suite entamée, et ce n'est pas complètement de sa faute : les courants sont tous mauvais. Au moins, qu'il y ait à choisir, qu'on voie un camp d'intelligents, qui gardent leur foi sans rien perdre de ce qui fait réussir dans le monde.

a Cette oeuvre m'est singulièrement sympathique, ma chère Mère; d'abord vous m'avez donné l'amour des âmes; ensuite, j'ai vu mes frères dans le passé et je vois mes neveux dans l'avenir. Ma main, forte ou faible, est à votre disposition; je sais que j'ai tout reçu de Dieu, vous m'apprendrez à tout utiliseï pour lui.

u Auprès de vous, la vie humble, travailleuse silencieuse me paraît possible, me paraît la meilleure Vous avez expérimenté les gloires et les bonheurj humains, et vous leur avez préféré le tas de copeau? de Nazareth; votre fille peut bien n'avoir d'autre ambition que cette sublime ambition-là. Hélas ! m< Mère, comment se guérit-on d'être ardente? Je L serais à flamber, sans vous. Au moment où vou m'avez prise, j'allais même devenir violente et m" mêler d'asservir les autres : ce qui etit été un gram piège.

« J'envie les personnes usées, vieillies, et je suii fâchée d'être comme je suis; mais l'hiver approche..

« J'ai reçu la broche en turquoises et diamants d notre chère Princesse, un bijou exquis I et la montr delà Marquise avec son Z flamboyant. C'est artistiqu!

ci cliai'inant ! mais comme jattadio peu de \aleur à ces choses I Ce n'est pas ce qui retiendrait mon c(eur. •

(t Lundi après-inidi.

u Chère Mère, je reçois votre mot au moment de fermer cette lettre. Soyez bien tranquille: tout ce qui est adressé « Via délia Vite » nous arrive >' rue de rilumilité ■': j'avais bien pensé ({ue le nom ne vous échapperait pas.

u \'ous aurez votre petite sonnette, bien sûr, quand je devrais aller la cherchera Lorette. »

A LA MÉMI-:

'< Rome. 23 mars 1S70.

u Que j'ai envie de recevoir une nouvelle lettre de vous, ma Mère; la dernière m'a aftligée.

« Je demeure tout à fait calme, je vous assure, au milieu d'un déchaînement d'exaltation à propos du Concile. Oh! que vous m'êtes utile! Quelle tentation c'eût été pour moi d'entrer dans l'une ou l'autre de ces ligues: j'aurais été la plus jeune des ligueuses, et le diable y eût trouvé son compte. Je me répands en actes de contriction quand j'ai voulu faire de Téblouissement.

(' Le monde que je vois à Rome, ce n'est pas celui qui a été maudit par \otre-Seigneur. ce sont ses apôtres; et, après leur disparition de ces brillants salons, il reste encore de grands chrétiens et de grandes chrétiennes.

« Que Xotre-Seigneur vous fasse bien sentir que mon cœur demeure étroitement uni au vôtre, malgré son indignité. »

29G ZKXAÏDE FLEURIOT.

A LA MEME

« Rome. 24 mars 1870.

u Ma Mère,

« Votre lettre d'aujourd'liui ma desserré le cœur, et je vous remercie de l'avoir écrite. Me voilà encore revenue sur l'eau, et je vais pouvoir continuer mes notes. Quand je suis seule ou triste, ou ramenée par le souvenir, sous le poids du passé, je puis encore prier, agir, parler, mais non pas écrire.

u On dirait que mon esprit et mon cœur ne font qu'un; et mes efforts pour les désunir sont toujours vains. Oui, laissons les fièvres de Rome, toutes les fièvres; laissons faire Dieu. J'ai bien des vertus à acquérir, mais acquerrai-je jamais Fhumilité? Je suis humble avec vous qui ne comptez pas. J'ai bien des motifs de m'humilier; et cependant je ne me méprise que devant ceux qui me paraissent les vrais parfaits. Je renoncerais encore assez facilement aux applaudissements; j'espère arriver à ne plus les désirer, à les entendre avec inditïérence, pourvu que ma mère soit contente, et qu'elle me le dise de la part du Maître. Mais il me faut toujours un coin bleu; le sombre m'attriste, le dur me révolte.

<( Au fait, devant les autres, l'orgueil court dans mes veines; et cependant je lui résiste. Avec les éléments que j'avais dans les mains, pour satisfaire cette affreuse passion qui porte à régner sur les autres, je pouvais beaucoup parader à Rome, m"embellir, me rajeunir. La volonté de paraître, le désir de briller, et deux vraies toilettes me suffisaient pour cela. La tentation ne m'a pas épargnée, rien ne me

DELWIKMK VUVAGt: A KOMlî. 297

-cinijlait plus simple; ce n'est pas moi (pii ai Iriomphé : c'est mon Ange gardien.

u J'ai fait une plus intime connaissance avec le monde, je le retrouve partout: aussi je commence à devenir prudente et charitable. Je ne veux faire souffrir personne; et j'ai pris, au sujet de la modération, toutes sortes de bonnes résolutions. Je mettrai ma vilaine perspicacité dans mes livres, ce qui ne pourra blesser personne, et je tâcherai de regarder mon prochain, de quelque habit qu'il se revête, par les yeux de ma Mère.

(' Elle doit bien se porter si le quart des prières que je fais pour elle est exaucé. Ahl que bénie a été votre rencontre pour moil Qu'il me serait dangereux de m'aimer par-dessus tout, de me livrer, sans lest, aux iélans de mon intelligence, à cet âge oi^i beaucoup s'amoindrissent, mais où beaucoup se développent. iOuil bénie soyez-vous I

« Nous délogeons : grand embarras pour si peu de temps I A bientôt, ma Mère. Quand je vais à la bénédiction, je la recois toujours pour nous deux. J'ai repris tous mes exercices du matin; le vague est enfoncé. •

A LA MEME

" Rome. 2o mars 1S70.

I « Ma chère ^lère. j'ai envoyé hier un article à M. LecoflVe, pour la Semaine des famille-^, annonçant e service funèbre de M. de Monlalembert. à l'Ara- ZœVi. Or, il n'y a en pas eu. C'est un coup d'État. Je le m'en mêle pas: mais il est absolument impossible |ren parler maintenant.

u C'est pour celte correction importante que je me vois obligée de vous écrire aujourd'hui en hâte, vous suppliant d'envoyer ch suite, rue Bonaparte, le papiei inclus. Je craindrais que la correction ne s'égarât au bureau du journal, et qu'il n'y eut du retard. Pardon de ce dérangement et merci I »

A LA MÊME

'. I\ome, 26 mars 1870.

u Croyez-moi, Mère, les salons de Rome ne m'on pas rendue femme du monde. Xe savez- vous pa: qu'avec le triste talent que Dieu m'a donné, il m'es bon d'approcher les choses enviées et les gens en viables?

(' J'idéalise vite, mais un seul coup d'oeil suffit pou me montrer la réalité des choses. C'est de loin qu les personnages me paraissent grands; de près, il se rapetissent toujours. Pour modérer toutes me fougues, il me suffît d'entendre votre voix dire a\ e conviction : u Tout cela est du temps «. Vous m'in spirez le goût de l'Éternité.

(( La princesse m'a fait porter l'autre jour un car ton de fleurs artificielles, un col et des manchette de guipure: j'ai refusé les fleurs de couleur.

(( A Rome, les petites lampes qui brûlent devant' Saint-Sacrement n'ont ni ruban ni anneau: c'est u cœur qui y est appendu. La lampe, pensai-je, c'est-î dire ce qui est le parfum, la lumière, ce qui brûle i ce qui éclaire, c'est ma Mère, et ce cœur, sur lequ' elle jette son reflet, et qui est là comme un poic inutile, c'est moi. Mais ils se tiennent, ils sont étroiti

DErXIKME VOYAGE A ROME. 299

ment unis; el ce vilain cœur, reflétant la petite clarté, apparaît aussi clans les ténèbres comme une lumière bien faible, mais enfin comme une lumière. Maintenant j'aime à regarder brûler toutes ces lampes avec leur cœur pendant.

u Je suis enchantée que Mme de Montalembert soil venue demander des prières au Purgatoire. J'admire beaucoup son mari, et je le regarde comme un des plus vaillants champions de l'Église: la douleur de sa veuve m'est très sympathique. Je pense que vous aurez aussi la visite de Mme Craven. 11 faut bien que je parle un peu de vous, pour mexpliquer moi-même: et je vous indique à certaines âmes qui soutirent, comme lorsqu'on connaît un bon médecin.

u Je n'irai plus dans le monde inutilement : je ' n'avais accepté que des soirées parlantes, où je rencontre le haut clergé romain et étranger. Le monde m'ennuie: néanmoins j'y prends des tableaux. Les comédies qui s'y jouent, les importances qui s'y déploient, m'en dégoûtent de plus en plus, puisque ' je n'aime que le vrai. Je n'en peux plus de la bruyante musique qu'il m'est donné d'entendre, et je me mords souvent les lèvres pour ne pas dire qu'elle me semble insupportable, car il faut tout admirer à Rome, devant certaines gens, à tort et à travers. Quel repos sera de revenir parler avec vous de ce qui est vraiment admira])le! D'ici là je me tairai, ma chère Mère; je voudrais, à votre exemple, envelopper tout le monde de charité, mais les excitations ne manquent pas.

«< Pour moi, grâce à vous, j'ai été prudente et je le serai davantage encore; cela coûte bien parfois,

300 ZÉXAÏDE FLELIUOT.

quand ceux qu'on attaque sont les meilleurs enfants de l'Église; mais les langues des femmes font un mal affreux.

u Adieu, ma chère ^lère. etc. »

A LA MÊME

« Rome, 27 mars 1870.

« Je ne me lasse pas de penser à ce qui court de p^o^identiel dans notre correspondance. Mais quand je dirai à ma Mère que sa lettre s'adapte toujours juste au bien nécessaire à mon âme, au moment où je la reçois, ne sera-t-elle pas encore plus encouragée à m "écrire?

« Mère vénérée, j'aime à vous le redire : votre souvenir m'est une sauvegarde; il change soudain ma physionomie, il me sauve des prestiges, il arrête mes regards et mes paroles. Il y a ce qui offense Dieu et ce qui vous déplaît; or ce qui vous déplaît ne serait pas toujours une offense grave; mais les pentes sont si dangereuses I

« Le récit de mon voyage, dans la Semaine^ est quelque peu amalgamé; mais, pour être lue par ceux qui ne lisent pas les gros livres, il faut plaire. Je n'écris pas seulement pour quelques-uns, il faut parler un peu de tout, au risque d'ennuyer. Les gens qui acceptent les auteurs ennuyeux et les discours ennuyeux, sont tout convertis; mais les autres! Personnellement, mon voyage est plus sérieux, beaucoup plus sérieux qu'il y a trois ans.

« Le grand nomljre ici est chrétien; et c'est un idéal qu'il m'était bon d'approcher : les riches, les

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inlelligoiits, les distingués, les heureux, les beaux. Cet ensemble offre le plus grand des prestiges humains. La sainteté seule les dépasse. Eh bien! quand, sortant de ces salons si brillants, si séduisants, je rêve de m'asseoir avec vous, sur un tas de copeaux, dans latelier de saint Joseph, je me figure mètre plutôt fortifiée qu'atVaiblie ; mes coquins d'yeux voient si avant, et mes propres passions me révèlent si bien celles des autres I Mais, je remonte, avec ma Mère, bien au-dessus de tout ce fond attirant, et j"ai des élans vers la vérité et la justice.

u Je suis obligée de vous quitter, pour aller à Sainte- Croix de Jérusalem vénérer l'insigne Relique. ■

" Rome, 2S mars 1S70.

( J'attends la lettre de ma chère Mère. C'est, après le divin, la vie de ma pauvre âme. Les aspects éteraels de Rome ne me parlent pas d'éternité comme Bile.

« Mgr Mermillod nous a recommandé plusieurs Fois d'avoir le cœur plein! « On n'agit jamais complè- K lement sans cela, dit-il; on est là, cherchant et K ramassant, les uns ceci, les autres cela ».

« J'envie ceux qui font vraiment plein de Dieu seul, la paix les inonde: mais je ne me plains pas du remplissage du mien.

« Ce que vous dites des humbles est si vrai, ma Mère: quel Ijonheur en ce monde et quelle sécurité pour l'autre! Mais, mon Dieu! mon Dieu! C'est si l'are. Je n'ai un ofain d'humilité que devant vous; et

pourtant, intérieurement, je me méprise beaucoup. Je me propose, depuis quelque temps, de subir aimablement la Aanité et Timportance des autres; hélas je n"ai guère encore remporté de victoires,

« J'assiste souvent à de beaux sermons bien pratiques.

u Mgr Forcade, évêque de Xevers, disait spirituellement ce matin, dans une réunion de dames qui lui avaient demandé de bénir leur ouvrage pour les jiauvres, qu'elles aidaient l'Église pratiquement avec leur travail, leur charité, leur piété, l'amendement sérieux de leur vie; tandis que ces discoureuses qui se mêlent de théologie et veulent en remontrer aux évêques ne sont propres qu'à tout brouiller. « Hier, « ajoutait Monseigneur, une aimable marquise me « prêcha contre l'infaillibilité pour me ranger de son u parti.... Ouel ridicule I à chacun sa science, à cha- (' cun son métier. Demandez des adresses de modistes « et de parfumeurs à nos élégantes, et laissez les doc- (( leurs s'occuper du Concile. Hélas 1 quoi de plus « rare que le bon sens; ^ Ecce ancilla Domini », dit « Marie: et c'est pourquoi l'Ange répond : « Dominus « tecum. Le Seigneur est avec toi. » U s'approche " d'une servante, il s'en sert et lui confie ses dons. « Mais les orgueilleuses pleines d'elles-mêmes, il les « regarde de loin. Aussi comme leur âme est froide « et leur foi languissante; qu'il n'en soit pas ainsi de <' vous, mesdames! «

(' J'ai voulu redire ces paroles à ma chère Mère, pour lui montrer qu'elle est bien secondée dans les conseils qu'elle me donne. »

; u Rome, 30 mars lî<7u.

c( Ma clière Mère,

(V Je voudrais bien vous conter ma journée, heure )ar heure: c'est impossible, la moindre visite aux 'glises et aux antiquités m'enlève d'un coup la demiournée. Je me sens bien paresseuse le matin: mais, i moins de fatigues prolongées la veille, je me lève à ;ix heures. Dans le cas où Paule aurait un cher projet jue je ne voudrais pas retarder, je fais ma méditation ivant de mhabiller. Les jours de communion, je vais i la messe tout de suite; autrement, j'écris et j'ai la nesse en visitant un nouveau sanctuaire. Le va-eti-ient continue dans la journée. J'ai d'habitude la )énédiction du Saint-Sacrement vers cinq heures, et e dis mon office. Je rentre de bonne heure, j'écris m peu. je lis ma méditation, je fais une prière courte îl je me couche. Mon oraison du matin devient plus listraite, mais je l'aime toujours; un peu partout, je ne recueille, et même bien au fond. Chaque fois que effleure les tristesses et les égoïsmes, je cherche non Dieu en moi. Je le sens, la grâce me conserve lans ces dispositions de recueillement, car cette vie l'impression, de liberté, convient si bien à ma nature [ue je pourrais m'y oublier.

« Ce soir, je fais ma dernière visite à Mme de Guécriant, où se rencontrent tous les évèques infaillibilisles; j'y apparaîtrai avec Mlle de Trémaudan quia •remis pour moi. et ce sera ma dernière soirée. J'y vais parfaitement renoncé ; mais on m'a prouvé que

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ce serait une incivilité, puisque jai accepté ailleurs, et j'irai une demi-heure.

M La semaine prochaine, je verrai ce que je n"ai pas vu encore. Je passerai la Semaine sainte à Saint- Pierre : et les jours qui suivront Pâques, je commencerai ma malle.

H Je trouve, en ce moment, l'occasion de faire reproduire mes ouvrages par des journaux catholiques américains. C'est un évèque américain qui s'en chargera. Il m'a dit que le Concile s'occuperait de lïnfluence de la littérature sur les masses, et que cette question serait une des plus importantes.

« Je vais entendre assez souvent un jésuite, le père Fessard, au Noviciat du Sacré-Cœur: le jour où je recevais votre lettre de TAnnonciation, il paraphrasa VEcce ancilla Dominl. Il parle comme un vieux saint. »

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