ZÉNAÏDE A LA PRINCESSE
" Paris. 2ti décembre 1813.
' u Chère Princesse, Mme de Suarez est arrivée, charmée d'avoir fait votre connaissance; elle a trouvé une de ses petites filles malade, ce qui a retardé quelque peu sa visite.
« Quant à moi, je sors d'une vente pour TOEuvre générale des Ecoles professionnelles, et je n'en peux olus. Cependant j'ai fait de très bonnes affaires; mais :ommerçante, même pour rire, ne suisi
« J'ai grand'peine d'apprendre que vous êtes encore
rhumatique », et suis aussi fort occupée de votre nal d'yeux, que je rencontre chez plusieurs personnes ie ma connaissance. En vérité, je tiens beaucoup à îes yeux-là, et désire ardemment leur guérison.
a Vous avez raison de m'encourager à écrire pour es enfants, c'est tout à fait mon attrait : l'' parce
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que je les aime; 2° parce qu'ils m'introduisent chez le roi des libraires; 3'^ parce qu'ils me préparent un public. Oui, l'enfance est profanée; et je reprends les bonnes traditions qui sont de la laisser à sa pure ignorance. J'ai débattu cette question avec Téditeur. Il est convenu que mes enfants seront des enfants; et, si je les fais parler trop sérieusement, ce sera sur des sujets à leur portée. Je suis contente des succès du Petit chef de famille. La première édition a été de 6 000 exemplaires ; et le prochain tirage sera de 10 000. On désire me voir remplacer la comtesse de Ségur, qui a passionné toute une génération, avec ses ouvrages pleins de verve. Je crains de paraître fade auprès d'elle. Son style aux libres allures nr s'embarrassait de rien.
u Chère Princesse, je vous remercie de vos souhait de bonne année, et vous les retourne avec ceux d( ma sainte Mère, à laquelle je recommande souven votre précieuse santé.
« Puisque l'Italie vous joue des tours pendable en hiver, que ne venez-vous à Paris? Il m'arrive sou vent de dire à Mme de Blocqueville ; u Si nou « voyions entrer la Princesse? » Je ne puis vous expri mer la joie que me donnerait la réalisation de ce rêve
« En ce moment, je publie Miss Idéal, suite d Mes héritages, dans la Mode illustrée; Armelle Trahec suite des Pieds d'argile, dans la Semaine; et En congé dans le journal de Hachette, la Jeunesse. Jugez si j puis flâner.
u Adieu, chère Princesse I A l'an prochain!
^« Pour l'affection que je vous porte, les années s suivent et se ressemblent, »
l'KIX DE LACADÉ.MIE. 421
DE LA PRINCESSE WITTGENSTEIN
'- Home. 16 janvier ISTi.
" Ma chère Bruyère de Brelag:ne,
" Oui, j'aime à vous le redire, je suis heureuse que vous écriviez pour h^s enfants. Vous les aimez, vous les connaissez, et vous ne laites pas comme certains auteurs, assez mal inspirés pour leur parler mariage et autre chose de cette nature insolite. Le petit chef de famille me semble être le chef-damvre du genre. Quant à votre .4r?7î^//(? Trahec,]e finis sa lecture, et vous félicite bien sincèrement de ce fruit nouveau, après un été si riche de fleurs.
«' ^'oici une véritable œuvre dartiste! la même tonalité y est gardée en tout. Pas de heurts, de soubresauts, de transitions oubliées, d'accords sautés à pieds joints: c'est un coloris doux, égal, partout profond, sans être creux. O qu'il y a de plus remarjuable dans votre Armelle, c'est son contraste avec les Pieds d'argile. Ce qui est vraiment attractif dans le second roman, c'est qu'il est Tenvers du premier. La ille, devenue mère, voulant être aimée de son fils :omme elle aimait son père, et n'y réussissant pas. « La fatalité de cette transposition, funeste à la lature, a quelque chose de tragique qui saisit et meut le lecteur. C'est un coup d'œil philosophiqueaent jeté dans l'àme humaine. Mais vous comprenez [ue si vous séparez Armelle des Pieds d'argile^ ce ontraste ne frappant pas le lecteur, il ne reste plus [u'une mère égoïste qui n'intéresse que médiocre- Qent. Aussi ne manquez pas à mettre sur la cou-
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verture : Anne/le Trahec. suite des Pieds d'argile.
« Je liai absolument aucune remarque à faire, cette fois, sur la marche des incidents. Le style y est excellent. Vous voyez que je loue sans restriction quand je peux le faire sincèrement. Autrefois, quand je ne connaissais pas votre valeur, je ne songeais qu'à vous louer sans aucune critique, qu'à trouver tout bien, tout charmant. Maintenant je mêle le tonique et l'absinthe à mes gelées d'ananas; mais la gelée ne nourrit pas, et l'absinthe, médicalement prise, rav gote. Et ce qu'il faut, c'est d'être ravigotée. En somme, soyez contente de ce dernier ouvrage. Continuez, ma chère Bruyère, continuez; et remuez bien l'encrier, afin que votre plume y trouve une substance assez forte pour ne pas s'effacer devant le soleil du lendemain et ne pas s'éteindre dans l'oubli du surlendemain.
« Je vous embrasse bien cordialement, et vous prii de prendre tout ce que je dis comme je le dis: noi en vue de votre talent, mais du bien que vous pouve faire. Il ne s'agit vraiment pas de Zénaïde Fleuriot mais de ceux qui la lisent.
« Que les chers bons Anges fassent le tour de votr encrier et le remuent tout à l'aise! »