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CHAPITRE XVII

Paris. — Locmariaker. — Correspondance, 1878-1879.

A LA PRINCESSE WITT G 11 >' S T El X

u Paris. P^ janvier 18:8.

u Chère Princesse,

« Quels souhaits vous adresserai-je pour cette nouvelle année?

« Lorsque je ne comptais encore que quinze printemps, voici comment, à la campagne, on me souhaitait la bonne année. A Taurore, la porte de ma chambre s'ouvrait brusquement; les gens de la ferme apparaissaient à la queue leu leu; et bons hommes et bonnes femmes, et vachères et pâtours, m'embrassaient sur les deux oreilles, tout le temps que durait ce souhait : u Mamzelle, je vous souhaite bonne année, bonne santé, et le paradis à la fin de vos jours, quand vous aurez vécu assez. •« J'admire ces simplicités à peine croyables ; les souvenirs de ce bon vieux temps me reviennent aujourd'hui, et je vous adresse de loin, puisqu'il le faut, mon naïf souhait, demandant bien

sincèrement à Dieu de ne vous donner le Paradis que le plus tard possible.

« Vous avez laissé ma dernière lettre sans réponse, ( ela malarme un peu. Ce détestable hiver, humide comme une éponsre mouillée, a-l-il réveillé vos rhumatismes? Voilà mon inquiétude, car de votre amitié je ne saurais douter. Moi qui veux être contente de tout, je commence à geindre sur létrangeté des maisons.

u Durant l'été, à mon cottage, les murs ruisselaient autour de moi; et c'est encore la pluie qui occupe la scènecet hiver. Où sont nos beauxjours glacés, notre air vivifiant, nos cristallisations charmantes, cette froide haleine que mes poumons aspiraient avec force, < omme de solides poumons qu'ils sont? L'atmo- -phère est tiède, fade, mouillée: nous n'avons pas cependant changé de planète, que je sache. Cette semaine, j'étais sur pieds pour ma vente de charité annuelle au Ministère de la justice. Votre souvenir m'y attendait. Il y avait, parmi nos collègues vendeuses , une charmante comtesse Potocka , avec laquelle j'échange toujours quelques paroles, et à qui j'ai parlé de la comtesse Kuefstein. Or, de cette dernière à vous, il n'y avait qu'un cheveu.

u Nous avons fait de belles affaires, plus belles que celles qui se brassent en nos ministères. J'ai vu la politique face à face, pendant ces jours de commerce pour rire, et je l'ai trouvée laide et louche. Où avonsnous l'esprit?

u Mais silence 1 Vous devez être saturée de politique générale et particulière. J'aime mieux vous redire les souhaits que renferme pour vous ma prière. Je vous

désire, chère Princesse, le peu ou le beaucoup que vous désirez vous-même, d'un cœur dévoué qui vous garde un tendre et persistant souvenir. »

« Paris, 2 février 1S78.

(c II est donc vrai, ma chère Mère, vous partez pour Cannes, avec votre Mère générale! J'aurais désiré que vous me fissiez demander un instant dans votre parloir; mais quand même, je vous souhaite par ce petit billet un voyage selon votre cœur de religieuse et d'apôtre, et j'attends bien quelques souffrances à offrir à l'appui de ce souhait.

u J"ai déposé au pied du tabernacle le poids de mes vagues inquiétudes, et j'ai promis de me livrer le plus possible à l'École professionnelle. Confiante en l'adorable Providence, j'attendrai votre retour l'arme au pied, comme une sentinelle fidèle et vigilante. »

A LA MEME

« PariS; 1 février 1878.

« Quel bonheur de recevoir une lettre à l'encre, de ma chère et toujours plus chère Mère. La voilà donc arrivée à Cannes, sous son toit béni de religieuse, entourée des soins les plus fraternels, au milieu des merveilles de la création! Elle a vu du soleil, des horizons, des fleurs; tout cela est charmant, tout cela vient de son Dieu; tandis que la vilaine rue du Cherche-Midi, organisée par les hommes, est noire et laide. Aussi, je me réjouis quand même de. vous savoir à Cannes, et non point parmi notre ver-

irlas t'I notre triste atmosphère. Le temps est vérita- Meinent atTreux. Nos arbres, passés au noir, ont l'air malades du charbon.

■ Ma mère compreniha un jour, jen suis sure, la \M\v[ invisible de sacritices que simpose sa fille, si iniparl'aite d'ailleurs. Elle verra ce qu'il faut de grâces IHUir (|ue le i)auvre <« Zoizeau » ne soit pas trop hérissé dans sa cage. Son âme et son cœur sont au repos; mais que d'élans naturels à briser! Pourvu que cela me compte pour le ciel, il suffit I

<> L'École marche comme sur des roulettes ; votre <eul souvenir maintient chacune dans le devoir.

" Les efforts que j'ai faits pour garder mon entrain ont prolongé mon rhume, je crois; et je n'ai pu voir encore Mme de Robersart. Voulant me soigner sérieusement, j'ai acheté un joli emplâtre rouge au piment. ( 'e petit rouleau est déposé précieusement sur mon Inireau, depuis trois jours. Je crois qu'il va aller rejoindre la boîte de pilules anglaises qui s'y trouve depuis trois ans. On ma cependant affirmé qu'il serait dun effet bénin : quelques plaques rouges sur la peau. C'est trop! je neveux pas d'inconnu pendant votre absence. >^

8 février.

- Ce matin, je vais parfaitement: et je chanterai sûrement dimanche.

u Je suis heureuse de penser que ma Mère préfère à ces orangers, à ces bealités, à ces splendeurs, le torrent des eaux de la grâce qui les entraîne bien loin. Vous resterez, et resterez partout, sentinelle aimante du Calvaire: et moi. qui frémis sur le Cal-

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vaire, j'y vais quand même à votre suite, et je ne me prosterne avec larmes que devant notre Sauveur crucifié. Voilà une belle chose que vous avez faite de me conduire là, et surtout de me révéler ces surnaturelles joies. Vous avez fait de moi une toute petite pastille dencens qui ne brûle que devant l'autel, un lampion qui se sait bien fumeux et se dérobe derrière les colonnes du temple, mais qui est là, pourtant, au milieu des cierges bénits et des lampes ciselées, à la flamme odorante et pure. Quand reviennent mes deux lampes? Je commence à trouver que Tobscurité s'avance.

« A bientôt, ma Mère, à bientôt! Semez à pleines mains, pendant que vous êtes là-bas ; mais n'oubliez pas qu'ici la moisson attend. »

A LA MÊME

« Paris, l" février.

« x\ujourd'hui. Mère, il me tombe des tuiles de travail pour la Semaine, et aussi de la maison Hachette, d'où l'on me demande un résumé de la vie de Pie IX. J'ai pensé qu'il était bien de remplacer des plumes, peut-être indifférentes, par la mienne, puisqu'on la réclamait.

u Que je regrette cette névralgie dont la nouvelle m'arrivel j'avais toujours pensé que vous admiriez Irop, de visu, le clair de lune illuminant la Méditerranée et les Esterelles; cela doit vous être défendu, archidéfendu. Clair de lune! jamais ma pauvre névralî^ique Mère ne pourra en supporter la vue qu'à travers de bonnes vitres.

CORKESPOMJA.NCES DIVERSES. 467

" Le bon abbé Roussel, de la première Communion (lAuleuil, est venu me voir; il m'a dit que mes livres produisaient un bien énorme. Je lui ai fait traverser les ateliers. Lui! qui a fondé une œuvre si belle, était stupéfié du silence! - Voilà ce que je ne peux pas « obtenir, disait-il, c'est impossible, c'est impossible ! « je n'ai jamais vu pareille physionomie à des ateliers. » « Cela vous fait plaisir, n'est-ce pas? Fonder le vrai,

; obtenir la simplicité, la vérité, l'obéissance, est réellement une œuvre difficile et agréable à Dieu, qui, dans

[ son infinie bonté, aime l'adoration de toutes ces pau-

l vres petites brebis.

: u L'élection du pape Léon XIII me met dans la

i; joie; on y sent le Saint-Esprit, on y goûte la Paix de

< Jésus-Christ assise sur ces sommets.

^ «' J'ai assisté avec beaucoup de dévotion au salut solennel de la chapelle. Et j'ai pris le deuil pour Pie IX, justement pour me plonger dans l'affirmation ({ue vous me prêchez. J'ai dépensé six francs en ruches de tulle noir, et j'ai mis un voile de gaze sur mon chapeau. J'ai été si touchée du Bref que S. S. m'a octroyé dans sa bienveillance paternelle !

" J'ai reçu un charmant billet de Mère ***. L'ne vieille Bretonne, qu'elle soigne à Nantes, avait fait écrire sur son rideau : ^'ive Pie IX! L'ne autre, sur un jupon rouge, avait semé des larmes de papier blanc. La foi du pauvre est touchante.

M Croiriez-vous que nos sœurs m'ont procuré l'honneur de monter à la tribune du chant? Je ne puis vous dire mon émotion. Ces prières liturgiques sont divines, et je me demande si je ne suis pas trop indigne de les chanter avec des religieuses, devant

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le tabernacle. A quel degré dhumilité certaines choses nous précipitent I

«« Mon cœur profère en français ces belles paroles latines: il me semble que j'en sens la grandeur pour la première fois. Cela met un terme ou plutôt une sourdine à ce que me fait éprouver la persécution religieuse.

M Mère, à demain. Que Xotre-Seigneur vous garde et vous ramène I »

A LA PRINCESSE WIT T GENS T EIN

'■ Pari?. 23 février 1818.

« Chère Princesse, oui, j"ai bien regretté notre saint pontife Pie IX, et j'ai beaucoup pensé à votre douleur. Votre lettre m'en apporte la vivante expression, et vous me lavez fait regretter de nouveau. Pour moi, cependant, il y avait comme une glorification nouvelle dans cette mort sublime, que rien n'est venu troubler. Les vieillards ont parfois de longues agonies, auxquelles leur âme participe en quelque point; mais lui. sans défaillance, sans enfance, sans misères, il a dépouillé son enveloppe mortelle, et il nous laisse un souvenir radieux. J'avais appris combien il vous aimait 1 Vous m'avez vous-même parlé de son intercession pour votre vue, et je sais aussi que votn cœur, bien ({lie cuirassé d'énergie, est un vrai cœxii accessible au regret.

u Vous sentant sous une impression douloureuse j'ai envie de ne vous dire rien autre chose ; mais h charité est bien un sujet à traiter dans une lettre qU parle de Pie IX, car il ne fut que charité;

COKRKSPONDANCES DIVERSES. 400

<( Jai toujours compris qu'il vous ennuyait de me voir si pratiquement intéressée à cette belle œuvre (les Écoles professionnelles. Croyez, chère Princesse, (|ue dans Téternité ces Ames de modistes et de couturières sauvées pèseront plus lourd dans ma petite lialance que les livres pour lesquels je reçois des coups d'encensoir et des visites de personnages illustres.

" L'Évangile sera tout à fait de mise alors, et heureux ceux qui se seront embarrassés d'œuvres basses, aux yeux du monde, mais seules grandes aux yeux de Dieu.

<( En donnant à ma vie, malgré mes goûts, une part active à la charité, je n'ai eu qu'une pensée : mon jugement! Dieu n'est pas un mot, nul ne le sait mieux que vous, qui en parlez si magnifiquement! Mais il faut un cadre et une action pour obtenir le l)ien surnaturel expliqué dans les théories des économistes. Impossible de faire le catéchisme aux pauvres intelligents de Paris sans se mêler de leur vie matérielle. La classe ouvrière se déchristianisant de jour en jour par la lecture des mauvais journaux et des mauvais livres, ni prêtres, ni religieuses, ni chrétiens dévoués ne peuvent désormais approcher de ces incrédules, si on ne parvient à les grouper.

'■ Or, pour les attirer et les retenir, il a fallu l atelier \ .nit rement, nous n'eussions pu prêcher que dans le di'sert. Maintenant que l'organisation désirée est l'h^nement réalisée, je me suis retirée même de nom. Mais, de fait, mon action militaire se continue. Je viens en aide à mes chères religieuses. Le concours des femmes du monde est nettement défini. Il v a des

inspectrices générales, dont je fais partie; des dames lectrices du meilleur monde, qui se dévouent; nous ne nous occupons du commerce qu'à titre de clientes. Il faut bien de Touvrage pour des centaines de doigts î Que ne pouvez-vous voir cette organisation! Elle est admirable, et fonctionne parfaitement. Assez de charité, n'est-ce pas, chère Princesse? Mais je dois le dire : j'aime beaucoup mon Seigneur Jésus dans le pauvre. »

A LA PRINCESSE WITTGE N ST EI

« Kermoareb. 10 avril 1878.

u Chère Princesse,

(» Voilà quelques semaines que j'ai quitté Paris, avec l'intention de vous écrire à ma première station. Mais ici je ne m'appartiens guère et j'ai dû attendre.

u Enfin l'hiver semble vouloir plier bagage, mais quelle résistance I J'ai la joie d'entendre ces belles notes de la tempête qui ont été si longtemps ma seule musique; je suis replongée, jusqu'au cou, dans le pittoresque, et je m'en donne pour plusieurs mois.

«( Ma provision faite, je retournerai à mon riant et paisible appartement parisien, où m'attendent des travaux commencés. Cette année sera faite pour vous plaire, elle me donnera une lourde moisson. Je vous adresserai bientôt Les aventures d'un Rural, dont les deux volumes parlent au grand nombre. Il y a des types populaires, mais de ceux que vous accepterez, il me semble, de vrais ruraux. Ohl qu'il m'est doux de dire la vérité à cette civilisation menteuse, qui déborde jusque dans nos contrées, où la foi et

CORRESPONDANCKS DIVERSES. 471

l;i (lignilé naissent, en quelque sorte, du sol même. A chacun de mes voyages, je déplore les effets produits par des éléments étrangers. Il faut que nous ayons la vie dure pour résister à tant de dissolvants. Avec Les aventures dan Rural, j'ai écrit Le chef de Famille, une troisième partie dun livre de la Bibliothèque rose, qui a eu du succès près de vos petits enfants; et, cet été, je compose Bouche en cœur, poupt'c de mon temps, qui aura, comme Bigarrette, une certaine intelligence.

u Ma sainte Mère, qui écrit comme saint François de Sales, m'encourage, mais ne me lit pas. Après avoir connu toutes les œuvres de l'esprit, elle est entrée dans des régions plus hautes, et n'en veut plus sortir. Aussi aime-t-elle à me savoir lue et encouragée par vous, qui jugez avec tant d'autorité les choses du monde. Que ne puis-je vous montrer la lettre qu'elle vient de m'écrirel C'est du sublime tout pur, mêlé à une simplicité introuvable.

^' S'il était possible que vous vinssiez à Paris, avec quel bonheur j'assisterais à votre rencontre! »

A LA MÈRE MARIE DE

« Lorient, samedi saint, c' Ma chère Mère,

M C'est demain Pâques, et je m'y prends à l'avance pour causer avec vous. Mais qu'est-ce donc que causer avec vous? C'est me recueillir, comme lorsque je veux prier. C'est sortir de ce qui m'enserre de pénible, de douloureux, d'irritant, pour adorer Celui qui est bon, dans la simplicité d'un petit enfant qui a

Vâge d'homme. Aussi, quand j'ai pensé avec vous, causé cœur à cœur avec vous, je suis toute reposée, toute rafraîchie.

(I Je ne sais si vous avez à Paris les bourrasques dont nous jouissons ici. Quels beaux concerts j'entends I Je ne puis me lasser de ces notes superbes de la tempête, et j'écoute avec ravissement. Mais en voyant tomber la pluie, je pense à nos chères Mères surveillant la récréation, et je voudrais être partout : à Paris, pour leur épargner cette peine, et ici, où je vois un paysage qui me rafraîchit les yeux. Un seul coup d'œil au dehors me donne des heures d'enthousiasme pour cette harmonie magnifique et cet ordre admirable.

«« Il y a en moi deux choses dont la vie semble s'accroître chaque jour, et qui sont inlassables : mon cœur, et ce que j'ai d'intelligence. Quand ils ont compris ou saisi le beau et le bien, c'est fini; ils n'en peuvent plus démordre. Qu'est-ce donc que vieillir? Je ne peux me le figurer. Mon corps seul fatigue davantage, et encore.

(^ J'avais je ne sais quoi dans l'arrière-gorge. que je sentais à chaque instant : je bois l'air vif de la mer, la délicatesse s'en va. Et je reviendrai en bon état, prête à reprendre mon double labeur d'action et dépensée, que Dieu daigne bénir, et que vous voulez bien encourager.

(' Je vous redis : à bientôt; ce mot m'est un fortifiant. •'

COHl^ESPONDANCES DIVF.KSKS.

A LA MEME

■• Kermnareb, 21 avril |s"i8.

« Ma chère Mère. j"ai quitté Lorient hier avec les enfants; le voyage a été bien gai, dan? cette bonne vieille calèche, qui nous conduisait, sans fièvre ' aucune, vers Kermôareb, à travers deux haies dajoncs en fleur. Je suis toujours heureuse de voir ce pauvre sol maigre, qui. par je ne sais quel mystère, me tient tant au cœur. Il est orné en ce moment de sa plus éblouissante parure : ces grandes zones d'or, si brillantes sous le soleil, forment un contraste avec la pauvreté de nos landes. Il n'y a eu que le bon Dieu à prodiguer ainsi l'or en Bretagne. Le petit manoir est comme je Tai laissé; il n'a pas ces odeurs de vieux qu'on rencontre dans les maisons inhabitées: et cependant le salon était dans un état pitoyable, la tapisserie navrante. Aidée d'Hortense. j'ai pansé les plaies et recollé les fuyards.

'- Ici il n'est pas toujours facile de s'approvisionner; et cependant il arrive sans cesse de nouveaux personnages. Les anciennes maisons sont rebâties; c'est une fièvre de progrès, depuis que moi, amie de la stabilité, j'ai apparu dans le pays. Mais il y a vraiment dans ce peuple un vieux fond, dont les idées actuelles ne viendront pas vite à bout.

« Le jour de mon arrivée, j'ai pris, pour porter mes caisses, une pauvre commissionnaire. Elle arrive avec ces lourds fardeaux et en laisse le prix à ma générosité; je lui tends un franc. Elle le repousse : « ('/est

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(( beaucoup trop, dit-elle, je ne prendrai pas tant d'ar- « gent.... » Il ma fallu diminuer!

« Dites à Mère *** que je serai à mon poste de récréation, mardi 3 mai, sil plaît à Dieu. Là aussi, il y a beaucoup à faire.

« Je vous quitte pour aller adorer, dans la simplicité et la pauvreté de mon cœur. Celui à qui vous êtes, et auquel vous m'avez enchaînée par Tamour. Là où est le trésor, là est le cœur. »

A MÈRE MARIE DE

« Locmariaker, 31 août 1878.

« Ma chère Mère,

" Je ne peux résister au plaisir de vous écrire un petit mot, la maison ayant été bénite ce matin. Vous savez que j'ai fait placer dans le fronton le charmant groupe de sainte Anne, envoyé par Mère générale.

« Le bon recteur est arrivé avec le vicaire et un jeune abbé. Un enfant de chœur portait l'eau bénite et un grand crucifix argenté; je l'ai placé sur la table: et, en voyant le Maître prendre possession de mon chez-moi. j'ai été doucement émue. C'est vous qui l'avez placé au sommet de mon âme et de ma vie; c'est grâce à vous qu'il vient aujourd'hui pour que je témoigne publiquement de ma foil Aussi vous étiez là présente avec ma famille, qui a été très grave. Chacun s'est agenouillé, et nous avons récité le Veni Creator. Puis le vieux prêtre, en aube, avec sa plus belle étole. a parcouru, le goupillon à la main, tous les appartements.

« Cela fait, nous avons récité VAvp Maris Stella,

COHHESPONDAXCES DIVERSES. i-T.'i

une oraison, et le vieux recteur s'est levé en disant : c Que notre Dieu donne le bonheur à cette maison et

à tous ceux qui l'habiteront ! » C'était bien touchant. (les messieurs sont restés à déjeuner. Je n'avais invité personne autre, pour que les enfants restassent sérieux. Et j'ai pensé venir vous raconter cela, car il y a du divin là dedans.

« Mon bon Ange, dites à mon autre bon Ange que tout va bien, et portez-lui ces œillets que le bon Dieu a pensés, peints et parfumés. Il est important pour moi que ma Mère vénérée les reçoive. Ces parfums-là sentent le Ciel, où elle m'a appris à vivre. »

.\ LA PRINCESSE WIT TGE XSTEIX

« Paris, 31 décembre ISIS.

M Chère Princesse,

M Pardonnez-moi d'avoir si longtemps tardé à vous répondre; le mois dernier j'ai été accablée d'affaires. Présidente provisoire de l'œuvre à laquelle je m'intéresse, j'ai dû assister à des réunions, et je sors de la vente de charité faite au Ministère de la justice. Nous avions, parmi les vendeuses, la princesse Blanche d'Orléans, et deux ou trois personnages très aristocratiques.

« Si la princesse Mary eût été à Paris, j'aurais espéré sa visite à mon comptoir.

« En de semblables bousculades, je n'ai pas même eu le temps de vous envoyer mon volume d'étrennes, Grand cœur. Vous le recevrez au premier jour.

<■ On illustre en ce moment la troisième partie du Pet'd chef de famille, et je demande qu'on

476 ZÉXaIdE FLErRIOT.

me fasse du distingué. Ce que jai vu est fort bien.

« J'ai eu de grandes inquiétudes sur la marquise de Blocqueville. Cette fois elle a disparu complètement, et les nouvelles étaient si alarmantes que j'en avais le cœur serré. Je passais, en baissant les yeux, devant les fenêtres de son appartement, me remémorant toutes ses bienveillances, toutes ses amabilités; je ne la vois pas souvent, mais je ne puis oublier l'accueil qu'elle m'a fait alors que j'étais inconnue et si pleine d'inexpérience. Puis c'est grâce à sa lettre d'introduction que j'ai fait votre connaissance. Son départ me ferait un vide douloureux, et je me réjouis de la savoir en voie de guérison.

« Chère Princesse, je vous souhaite une année selon votre cœur, et vous renouvelle l'expression de ma fidèle et sincère affection. »

P. -S. — M En ce moment, je finis La Rustaude^ un plaidoyer contre Témigration des paysans et paysannes à Paris. »

A LA MÈRE MARIE DE

« Locmariaker. 25 avril ISTQ.

« Mais, ma chère Mère, je suis ici, où j'ai reçu la bonne nouvelle de la réception de Francis, par ma sœur.

« A Lorient, je n'étais pas en mesure de paraître, même à des soirées intimes. Il y a eu un thé chez mon frère, et j'étais mise, il fallait voir! J'ai pris un très bel air; mais enfin, l'air, ce n'est pas la chanson; et puis, une fois ici, chez moi, je me trouve mieux.

« Brigitte me cuit mes coquillages ; pour le moment.

CORHESPONDANGKS DIVEUSKS. 477

je n'ai pas d'autre rôti. Mon cidre arrive demain: je suis en train de louer mes terres, je prépare mon travail dété: enfin j'use le temps de mon mieux, en attendant de vous revoir.

<' Ce matin, j'ai suivi dévotement la procession de Saint-Marc, et j'ai entendu la messe à la petite chapelle Saint-Michel, au milieu de mes dévotes et dévouées paysannes. Le vieux recteur vient me voir, et songe enfin, me dit-il, à prendre sa retraite, sa (|uatre-vino:t-dixième année étant commencée.

" A ])ientôt, à la fin de la semaine prochaine. C'est avec bonheur (|ue je l'écris. »

A LA MEME

« Redon, 2s avril 1879.

(» Ma chère Mère,

« Me voici donc en pleines vacances de Pâques, et j'arrive à Redon. L'extraordinaire est que. cette fois, je n'ai pas d'encre, et que je n'en trouve pas dans le vieux secrétaire qui me sert de bureau. Je dois donc recourir au crayon, parler à voix basse, comme disait Mme Swetchine. Dans le petit hôtel où je suis, il y a un merle ou un garçon qui siffle admirablement: je n'entends pas d'autre bruit, et je vais faire ma prière du soir à cette musique. »

« 29 avrii.

« Bonjour, ma Mère; il est tombé cette nuit une

grêle affreuse qui entrait dans ma chambre par la

cheminée. Ah ! si la Bretagne était moins impratique !

Ce matin, je prends du lait chaud: on m'apporte une

478 ZENAIDB FLEURIOT.

pyramide de beurre frais, sur laquelle se voient un Saint Sacrement, deux anges en adoration, des croix et des médailles en relief. Cela les peint, n'est-ce pas?»

" Lorient.

« Je suis arrivée, ma chère Mère; mon monde m'attendait à la gare; ils sont tous bien. Sous la grêle et la pluie, je me rends à Téglise. Ailleurs, je vous cherche; là, je vous trouve. »

A LA PRINCESSE AV IT T GE NS TEIN

" Paris, 9 juin 1879.

u Vous êtes vraiment mille fois trop bonne, chère Princesse, de me faire ainsi un brouillon, selon l'étiquette, pour la princesse*** et je me hâte de le copier. Je suis une mauvaise copiste, mais l'étiquette, cette fois, n'aura pas d'entorse, et votre jeune amie ne sera pas, grâce à vous, choquée par mes formules. Attendez-vous toujours à voir très horriblement fait ce que je fais sur commande; j'ai des raideurs particulières qui m'empêchent absolument de réussir. Un brouillon peut encore se recopier. Mais de soimême parler comme le veut une autre... ne le sais, vraiment, ni ne le puis.

(■ J'ai été un certain temps à mâcher votre dernière lettre et à l'avaler. Permettez-moi de vous l'avouer: je me demandais s'il s'agissait d'un enfantillage ou d'un exercice de patience inventé par vous, pour me mettre à l'épreuve ?

c II m'est impossible de comprendre la susceptibihté sur les hauteurs, et, je l'avoue encore, je crois avoir

CORUKSI'ONDANCES IHVKKSKS. 4 , 'J

n^i avec la princesse***, comme il ((Hivienl. .le vois assez souvent des duchesses bon teint, et je ne me mets pas l'esprit à la torture pour leur plaire. Je conçois vos anathèmes contre mes rudes indépendances; mais enfin, chère Princesse, il me faut bien un peu laisser vivre ma dignité. Je verrai toujours avec plaisir la princesse*** quand elle viendra à Paris: mais correspondre avec elle, je n'en vois ni lutililé. ni lagrément. soit pour elle, soit pour moi.

« \'ous me demandez ce que signifie : « Kermoareh -, le nom de mon petit cottage? Kermoareh veut dire, en langue celtique : VUln cl'' la Tante. Je l'ai choisi, afin d'inspirer à mon bataillon de neveux la pensée d'un certain respect. Le terrain que j'ai acheté autour donne des tleurettes idéales, et, en plus, d'exquises pommes de terre. C'est un terrain fertile. Je pourrais même planter des arbres, mais il faudrait clore de murs, à cause des grands vents. Ma maison est tout près de la mer : non point du sauvage Dcéan : c'est un golfe riant qui s'étend devant le regard, golfe semé rfiles. jadis visité par César et ses légions, et si pittoresque que les voyageurs le comparent à l'Archipel. Je mourrai avec la passion de la mer; elle me produit l'etïet d'une zone véritablement intermédiaire entre la terre et le Ciel.

^' Mon papier termine l'hymne dont vous étiez menacée, chère Princesse: il ne me laisse ([ue la place de vous dire : adieu el merci'.

« Et croyez bien que ce n'est pas à vutre Altesse que j'écris en ce moment, mais à la grande et aimable femme, à laquelle je demeure bien fidèle. •>

480 ZÉNAÏDE FLEURIUT.

A MÈRE MARIE DE "*'

■ Kernin.irt^l). 12 août 18"/9.

u Ma chère Mère,

(< Comme vous êtes en retraite et ne lirez ma lettre que dans huit jours, il me vient à lesprit de vous écrire, sous forme de joiu^nal, ce que je vois et ce que je pense.

« Me voici arrivée; et possédée par l'instinct du nouveau, de linconnu, je cherche les changements qui ont pu atteindre ce lieu paisible du grand univers. Au point de vue pittoresque, ils me saisissent. Les pluies qui ont désolé la France, et peut-être le monde, ces pluies intarissables, quotidiennes, qui rappellent à l'esprit les mystérieux fléaux de Dieu, ont fait germer devant mes fenêtres des coquelicots à foison, et, en retardant la moisson, me donnent l'occasion d'admirer des champs d'avoine, qui forment sous mes yeux un riant parterre. Ces panaches légers qui se balancent au milieu des herbes, ces fleurs éclatantes font à la mer, toujours belle d'une beauté immuable, un cadre d'une grâce et d'un éclat inusités. Que la main qui a jeté ces semences sauvages soit bénie I Même en nous châtiant, elle nous caresse. »

a Dimanche.

(' J'ai prié avec mes braves paysannes et mes hon^ hètes pêcheurs: nous avons chanté le Gloria et le Credo, d'une voix plus ou moins juste, mais de tout notre cœur. Il y a entre nous une grande union dans la foi. et je vois avec émotion, autour de cet

CORRESPOi^^'^^'^ES DIVERSES. 481

autel rustique où Dieu descend, des jeunes hommes et des enfants, dont lincrédulité n'a pas obscurci rintelligence et dont le cœur est pur.

» Dans l'après-midi, je suis allée au sémaphore, rendre visite à l'Océan: c'est ma royale connaissance, mon terrible et charmant voisin. Que de fleurs sur ma route! J'ai cueilli des chèvrefeuilles embaumés, et une ({uantité de plantes grimpantes, dont j'ignore le nom, mais dont la grâce est incomparable. L'Océan se faisait <aressant. Pas une ride, pas une vague. Un lac d"une étendue infinie. Je me suis reposée sur le beau sol de granit: il était dur, mais tiède, et la brise rafraîchissait mon front. Les petits lacs creusés dans la pierre sont troublés par les pluies. Quelques-uns, néanmoins, réfléchissaient le Ciel, et tout parlait de l'été.

H Au retour, il a fallu moccuper des pauvres, du ménage. Ohl le ménage! quel poids attaché aux ailes de l'imagination. Mais il y a, dans cette chose nécessaire, un attrait spécial: on se sent dans son rôle providentiel. C'est à nous, femmes, qu'il appartient de faire vivre les autres, de prévenir leurs besoins, de satisfaire leurs goûts. Je me prête volontiers à ces mille détails. Je n'y mets rien de moi-même comme savoir-faire, mais seulement un peu d"ordre et un peu de cœur. Les convives étaient satisfaits; la journée a été excellente. Je vais lire dans le journal un peu de ce qui se passe par le monde, dont je suis' séparée momentanément, puis me reposer. »

« Lundi, u Ce matin, pas de messe; mais une grande cérémonie pour l'anniversaire d'un vieux prêtre. J'ai

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regardé comme un devoir de m'y rendre, afin de témoigner, une fois de plus, mon respect pour le sacerdoce. Ce prêtre, devenu aveugle, nous avait dit la sainte messe plus dune fois: soyons-lui reconnaissants. Donc, je nai pas pris le chemin du bourg, mais jai suivi le sentier de la grève. Le flot arrive avec sa mélodieuse chanson. Le sentier est doux aux pieds. Tair est vif et frais. Je marche. Mais voici qu'au détour du chemin je rencontre Marianna. une bonne vieille boiteuse, qui est propriétaire de sa cabane, et voit, en hiver, la mer écumer devant les vitres de sa fenêtre. Elle a deux fdles qui travaillent dur avec elle. J'aurais voulu que ma Mère entendît notre dialogue : cela ne se rend pas, il faut saisir l'accent, voir la physionomie. Il était question des étrangers :

(' Ah! mademoiselle, il n'y a que de bonnes gens " chez nous, des gens qui savent prier.

« — Oui. Marianna. et on n'écoute pas les autres, « ceux qui parlent mal de Dieu, des prêtres.

(' — Les écouter, Seigneur Jésus! Pourquoi faire? (' Ce que disent les prêtres, c'est la vérité. « — Certainement.

(I — Et il n'y a qu'eux qui consolent. Ecoutez, quand « j'ai perdu mon mari, je restais avec trois pauvres <( petits enfants, je pleurais toute la journée. Le vicaire « est venu, et voici ce qu'il m'a dit : <« Vous êtes décou- « ragée; savez-vous cet Evangile? )> Et alors il m'a " conté que les oiseaux du Ciel ne semaient pas et que M le bon Dieu les nourrissait; Et ça m'a fait un tel « effet que j'ai essuyé mes yeux, que je suis allée à « l'église, et que j'ai dit à Dieu de se charger de nous.

Le courage m'est revenu; et mes filles, mes grandes

't braves filles, à présent, travaillent pour leurvieille

mère. »

' Voilà ce que me contait cette femme qui ne sait pas lire; une page d'Évangile lui avait donné une • on fiance inébranlable et avait tari immédiatement ».'< larmes. A cette tète saine, à ce cœur pur. Jésus- Christ se révélait par une de ses plus touchantes p;i rôles. Et j'ai poursuivi ma promenade, pensant (|ue je continuerais à dire que le bonheur, même en < t' monde, est dans une vie exempte d'envie et de convoitises, en une vie de travail et de foi. >

<' Bonsoir, ma chère Mère, tout va bien.

" Mercredi.

<• .lécris dans une si profonde solitude que nul bruit ne vient me troubler. Le vent s'élève, mais il n'a pas. dans mes environs, de girouette à faire grincer, de volets à agiter, de tuiles à secouer: il tourne autour de moi comme un souffle ami. plein d'harmonie. Je l'écoute distraitement, et il n'interrompt pas pour moi le silence. Tout à roup la fenêtre s'ouvre. Oui vient me visiter? Oui arrive au galop? Qui parle ainsi bruyamment? C'est la brise de la mer, son avant-coureur. Je regarde. Sois la bienvenue. ô belle et charmante visiteuse, viens me parler; je suis tout oreilles pour t'entendre: viens étaler devant moi. ta toilette diaprée, d'un*^ richesse sans pareille; je suis tout yeux pour te regarder. Elle approche, ranchissant les barrières: le vent, qui seconde son dlure. la pousse et lui imprime un mouvement plein ie majesté. Elle arrive près, bien près: le caillou que

je lancerais de ma fenêtre retomberait dans ses jolies vagues bleues à la crête dargent.

« Quelles bonnes voisines nous sommes I Sa conversation me plaît et me charme. Elle me raconte si éloquemment les grandeurs et les amabilités de l'Être puissant qui nous a également créées; je lui dis, de mon côté, mille choses intimes. Je lui parle des esprits profonds que j"ai rencontrés, des cœurs plus profonds encore. Elle contient de mystérieux abîmes, mais le mystère et l'abîme sont partout: elle reflète, comme un miroir, la splendeur des cieux, mais certaines âmes reflètent des splendeurs mille fois plus belles. Pauvre mer! on la dit perfide: elle est mobile et changeante. En ceci, ma visiteuse et moi ne nous ressemblons pas: il y a dans mon cœur des surfaces rmmuahhs.

•' Jeudi.

« Le décor placé devant ma fenêtre a changé instantanément. La mer, d'un bleu banal, s'est assombrie soudain : et cette magnifique pièce d"eau d'un veii glauque est sillonnée de longues traînées d'un rose pâle. On dirait des routes tracées sur un glacis. E ce sont des routes, en efl'et: ce sont les courants, cef routes invisibles qui, par un effet d'optique, qu( j'admire sans l'analyser, produisent ces sinuosité? lumineuses. L'abîme se laisse deviner; le pilote 1< plus inexpérimenté pourrait voguer sur cette me qui se dessine elle-même. Mais cela n"a que la duré< d'un moment. Déjà les teintes s'allaiblissent. la me jalouse va reprendre la mystérieuse uniformité d ses teintes: et si je relève les yeux dans dix minutes

jr n'aurai devant moi qu'une surface unie, d'un vert doux, qui là-bas, vers l'île baignée dune vive lumière, passe au bleu.

o La mer est donc bien la vivante image de la variabilité de la vie. Je ne dirai pas du cœur. A l'éternel honneur de l'humanité, il y a des cœurs assez forts pour les sentiments invariables. La loi ne passe ; pas par mille nuances indécises, l'amour n'a rien à voir avec ces métamorphoses: il est, il demeure, Ahl c'est que Dieu s'est regardé en nous, et que nous avons, bon gré mal gré. quelque chose de divin, ->

« 20 août 1879.

\'otre retraite doit être finie, et je vous envoie mon journal intime, ma chère Mère.

■ Il faut que j'écrive sur une adresse le nom aimé de la rue Barouillère, et aussi, que je dise à un cœur ami les consolations que je reçois. Vous êtes telle- [ ment apostolique que vous me pardonnerez de vous parler de ces enfants, qui bientôt seront des hommes. Le collège de ^'annes est admirable: je suis heureuse de reconnaître combien les bons pères ont su apprivoiser ces louveteaux. Charles a eu les meilleurs prix de sa classe : excellence, diligence, etc., etc. Avec cela, une véritable transformation religieuse ; tout prêt à se dévouer pour la France et l'Eglise. Quelque chose d'inattendu enfin, et qui me fait détester une fois de plus les lois Ferry. René, mon filleul, a eu aussi des succès. Somme toute, c'est un avenir plein de sérieuses promesses, et mes abnégations reçoivent déjà leur récompense.

u Le temps est capricieux et désagréable; mes

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compagnons ne s'en amusent pas moins pour cela. Ils sont entourés des gamins du bourg que je régente, il faut voir! Ces petits nu-pieds écoutent mes catéchismes avec un grand sérieux, et sont très gentils, du côté de la foi. Il paraît que. dès mon arrivée, l'exactitude aux offices devient le mol d'ordre. Xos prêtres me remerciaient, tout à l'heure, du bien produit par l'exemple. Nous devenons le boulevard religieux de la paroisse, puisque, gens instruits huml), nous pratiquons la religion comme les paysans. Cet hommage, que jaime à croire agréable au cœur de Notre-Seigneur, je le renvoie à qui de droit.

« Je me fais renseigner sur la politique, et je partirais au moindre signal de danger, mais je ne vois rien de nouveau. ïci, c'est le repos absolu: Dieu est adoré sans résistance. Xotre-Seigneur nourrit ces âmes simples et ces cœurs naïfs. Peut-on ôter cette foi consolante à des masses humaines qui ne trouvent de compensations à leur dure destinée que dans les espérances éternelles?

« J'espère que cette lettre vous sera remise au sortir de votre retraite bénie, qui me jette au pain et à l'eau. Mais il faut bien que la rosée du ciel rafraîchisse toute terre: et je fais mon sacrifice le plus largement que je peux. Je ne vous écrirai plus jusqu'à mon retour près de vous. »

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